Cette interview de Gabriel Valdès, président de la Démocratie-chrétienne a été réalisée par la revue chilienne APSI. Elle résume parfaitement les deux axes politiques de la DC :
DOSSIER CHILI "Un militaire conduira certainement la transition" négociations avec les forces armées, isolement maximum du MDP..
- APSI Quelle est la seule issue politique rationnelle à la sitution actuelle du Chili, pour la démocratie-chrétienne ?
- Gabriel VALDES : Il n'est d'autre issue politique rationnelle que de parvenir à un accord avec les militaires pour qu'ils assument leurs responsabilités et qu'ils fassent preuve de leur volonté politique d'ouvrir un processus de transition. Ce gouvernement est celui des forces armées, elles l'ont conçu ainsi. Elles ont promis de rendre l'institutionnalité démocratique au pays et ne l'ont pas fait. Elles doivent le faire maintenant avant qu'il ne soit trop
- Vous demandez que les militaires prennent leurs responsabilités, mais qu'advient-t-il de Pinochet ?
- Il est évident que Pinochet est l'obs -tacle et nous pensons qu'il doit laisser la
- Si ce fait se produisait et si un autre militaire prenait la tête d'un gouvernement de transition, l'appuyeriez-vous ?
- Quelles conditions poseriez-vous à ce gouvernement?
- Nous le soutiendrions s'il avait pour unique objectif de conduire à un gouvernement de transition. Nous lui donnerions notre plein appui, et plus encore : je crois qu'il y a de bonnes raisons de penser que penser que ce sera effectivement un mili -taire qui conduira ce processus.
- Le Parti national (droite Ndir.) cherche la formation d'un bloc de centre-droite pour négocier une solution avec le gouvernement. Cette formule semble être celle qui convient également au Département d'Etat américain. Je voudrais vous demandez si vous seriez prêt à prendre la tête d'un regroupement de
- Non. Nous ne sommes pas pour for -mer un bloc de centre-droite. Nous partie prenante de l'Alliance démocratique, nous voulons approfondir la possibilité d'un accord de gouvernement avec le Parti national mais aussi avec des de gauche, notamment le Parti objectif n'est donc pas un acord de centre-droite. Il est celui d'un accord le plus large possible pour un futur gouverne -ment. Mieux. Nous pensons qu'il faut parvenir à une proposition consitu -tionnelle qui aurait le soutien de tous les Chiliens. Au dessus de cette constitution il doit y avoir un accord de gouvernement le plus large possible et, finalement, un politique pour gouvernement de transition présenter une formule de gouvernement démocratie chrétienne est extrèmement intéressée à ce que le Parti socialiste participe à cette formule de gouvernement. Nous pensons que la coopération entre le socialisme démocratique chilien et la DC est une clé maîtresse pour la stabilité politique et le développement social du pays. C'est là notre position.
Nous voulons que participent le MAPU, la Gauche chrétienne, mais nous ne pensons pas être le cœur d'un quelconque schéma de centre-droite. Ce serait là une vision étroite des choses et je pense qu'elle ren -drait invivable un pacte de gouvernement futur.
- Qui engloberait ce pacte ?
- Ce pacte doit se faire dans le cadre de l'Accord national.
- Quelle va-t-être votre attitude face au Parti communiste ? Je vous pose la question parce que, d'une part, vous ne pouvez l'exclure de la future démocratie mais d'autre part, vous ne pouvez pacter avec lui car ce serait retarder une possible issue à la situation actuelle.
- Nous pensons que le PC doit se défi -nir une bonne fois pour toutes.Il doit dire s'il est et entend demeurer un parti démo -cratique ou s'il veut continuer à courir deux lièvres à la fois. D'une part, il dit qu'il veut être considéré comme ce qu'il est historiquement, comme un parti démo -cratique mais, de l'autre il fait sienne la violence. Cette dualité est un grave préju -dice pour le processus de reconstruction démocratique et donne à Pinochet des jus -tifications pour considérer le PC comme une organisation violente. Il faut mainte -nant que le PC se définisse non seulement en paroles mais aussi dans ses actes face à la violence et au terrorisme.
- La dernière proposition faite par l'Alliance fut reçue favorablement par le MDP. Quelle peut-être la prochaine étape ?
- L'étape suivante consiste en ce que les forces armées étudient et révisent cette proposition. Quand une proposition reçoit un accueil favorable non seulement du MDP mais aussi des forces du centre et de la droite, elle doit être prise en considération par des forces armées. Elles ne sont pas étrangères. Elles sont aussi formées de Chiliens et doivent se rendre compte qu'en agissant comme elles le font actuellement. elles s'éloignent chaque jour plus de leurs responsabilités profession -nelles. Pour conserver leur profession -nalité, elle doivent s'entendre avec la société civile. Voilà comment peut s'opé -rer au Chili une réconciliation démocra -tique. Si les militaires pensent obtenir une défaite des civils, ils se trompent. Par cette voie, ils ne peuvent que s'isoler davantage. Nous ne voulons quant à nous la défaite de personne. Ce que nous désirons, c'est nous entendre avec eux et la formule que nous proposons est mise par écrit. C'est la formule de l'Alliance démocratique et elle ne peut être autre chose que de parvenir dans le plus bref délai à une consultation populaire car ni nous ni les militaires sont propriétaires de ce pays. Encore moins Pinochet qui comme tous les dictateurs finit par se croire Dieu et croit représenter le senti - ment national parce que ses fidèles in -conditionnels et ses familiers l'applau -dissent.
- La majorité des gens au Chili pensent que la situation est plus tendue de jour en jour et demande aux hommes politiques de donner des solutions concrètes. Que propose la Démocratie-chrétienne?
- La démocratie chrétienne, pour sa part, est consciente du fait que cette situa -tion doit se terminer pour revenir à quelque chose de très simple, pratique et valable en permanence : un plébiscite pour savoir ce que pensent les Chiliens ; un plébiscite qui s'effectue par un vote libre et à bulletin secret.
- Mais le général Pinochet ne va jamais réaliser ce plébiscite. Alors que pensez-vous faire pour parvenir à un accord dans ce sens avec les forces armées ?
- J'ai déjà dit que le général Pinochet était l'obstacle, non seulement à un plébiscite, mais à toute transition normale à la démocratie. Par rapport à ce que nous pensons faire, nous allons continuer à insister verbalement et par écrit, au Chili et ailleurs, pour que les forces armées comprennent que nous sommes disposés à un parvenir à un accord sur une formule qui implique responsabilité, délais et objectifs. C'est là un point. Ensuite, nous allons continuer à impulser la mobilisation sociale dans laquelle la société puisse exprimer de façon pacifique, mais concrète, son refus de l'institutionnalisation du régime en vigueur, qui, n'ayant aucune légitimité, a perdu sa crédibilité. |
Propos recueillis par APSI, 7 septembre 1986.