- COMBATE : Que signifie pour Herri Batasuna réaliser une campagne électorale dans l'ensemble de l'Etat espagnol ? Doit-on comprendre qu'il pourrait y avoir une collaboration plus large avec d'autres forces politiques au-delà des élections ?
- Txema MONTERA : Pour Herri Batasuna, cette campagne signifie en partie la consécration d'une ligne politique qui n'est pas nouvelle puisque ces quatre dernières années, nous avons développé nos relations internationales en donnant la priorité et la préférence aux relations avec le reste de l'Etat. Dans ce sens, ce n'est donc pas un phénomène nouveau qu'il y ait établissement de relations avec des groupes politiques de l'Etat espagnol.
Ce qui est nouveau, il est vrai, c'est cette campagne électorale, en partie parce qu'elle est fruit des circonstances créées par la loi électorale, en partie parce qu'elle peut être un bon point d'inflexion vers une consolidation de cette ligne de travail au niveau de l'Etat avec d'autres groupes politiques et, dans un certain sens, pour donner un nouveau style de travail à ces relations.
Nous pensons que nous sommes condamnés à nous entendre avec les forces et les militants de la gauche, les forces rebelles qui existent dans l'Etat espagnol, par un processus mutuel dans lequel ces forces ont pu voir que notre politique de résistance à la réforme s'est traduite premièrement par notre maintien et ensuite, par notre développement actuel, alors que dans d'autres parties de l'Etat, la réforme a miné les forces de la gauche dans un premier temps.
Maintenant qu'elles surgissent de nouveau, avec le mouvement anti-OTAN et les luttes syndicales, le moment est favorable à une convergence de tous ceux qui sont les victimes de la répression, de tous les dépossédés, de tous ceux qui n'ont rien. Ce peut être là l'occasion d'une modification substantielle de la situation qui prévaut dans l'Etat espagnol.
- Quelles est votre appréciation des institutions européennes et du Parlement européen en particulier?
- Pour moi, le Parlement européen est purement et simplement une caisse de résonnance politique. C'est à peine s'il a quelques attributions législatives et, par son caractère même, il n'a aucune prérogative exécutive. Les attributions législatives concernent le contrôle du budget
En revanche, c'est une magnifique tribune pour entendre et se faire entendre et c'est ce qui nous convient parfaitement. Si de plus, on nous donne les ressources nécessaires pour ouvrir un bureau public et nous établir en permanence à Bruxelles où nous pourrons effectuer un travail politique avec une vision européenne des minorités nationales, des courants historiques du mouvement ouvrier et des nouvelles idéologies qui naissent en Europe, ce sera une excellente chose, financée par le Parlement, qui plus est, ce qui ne gâte rien.
- Mis à part le thème de la solidarité avec Euskadi, quels vont-être les autres axes de votre campagne ?
- Le thème général de notre campagne est "Euskadi lutte avec toi " ", qui parle de lui-même. Je pense que nous devons rechercher un soutien non seulement parce que nous sommes en bute à la répression et parce que notre cause est juste, mais aussi parce qu'il existe des points de convergence avec d'autres forces. Je pense que contre l'Europe des marchands, contre l'Europe des armées, contre l'Europe atomique, contre l'Europe des polices et pour l'Europe du droit des peuples, il existe plus de gens dans ce pays que ne pourraient le faire croire a priori les résultats des dernières échéances électorales.
Faire un programme commun peut être une expérience très intéressante parce qu'il ne faut pas oublier que ces thèmes que je viens de citer sont très descriptifs mais qu'ensuite, il faudra les concrétiser un peu partout. Je parle donc de deux choses • 1 A
E CL d'une candidature et d'un programme commun qui peut finir par se faire. Si de plus, nous parvenons à mettre en oeuvre les moyens pratiques pour faire avancer ce programme commun, je pense que nous aurons franchi un pas de géant dans la contestation du système.
- Que penses-tu des déclarations récentes du sociologue suisse Jean Ziegler qui, faisant référence à Euskadi, disait qu'il fallait chercher une solution négociée ?
- Ziegler est quelqu'un qui a discuté avec beaucoup de gens sur le problème d'Euskadi, entre autres avec nous et qui est parvenu à la conviction, plus difficile à établir pour lui que pour nous qui vivons en Euskadi, dans l'oeil du cyclone, qu'il est nécessaire de résoudre les problèmes qui se posent sur la base d'une négociation politique. Il sait, comme nous le savons, qu'il fut un temps où le gouvernement ne voulait pas de paix sans victoire et qu'il veut maintenant une victoire sans paix. Cette position n'est rien d'autre que la reproduction des vieux schémas d'affrontement. Il s'agit pour nos gouvernants d'avoir à l'intérieur même d'Euskadi, une situation larvée susceptible d'être utilisée par une partie d'entre eux, parce qu'au-dessus du gouvernement existent des pouvoirs plus puissants.
Ziegler et d'autres intellectuels du courant progressiste se sont rendus compte de cette situation et seront visiblement nos interlocuteurs dans la recherche d'une solution négociée.
- Pour le futur, quelle importance peut avoir l'expérience de collaboration concrète avec le MC et la LCR dans cette campagne ?
- Les deux partis ont apporté leur soutien à HB au niveau de l'ensemble de l'Etat. Mais en Euskadi, l'EMK et la LKI ont fait un autre choix politique. Pourtant, je pense que cet appui au niveau de l'ensemble de l'Etat devrait avoir des répercussions en Euskadi, sinon nous avons le paradoxe suivant : il est facile de mener campagne et de parvenir à des accords avec le MC et la LCR pour l'ensemble de l'Etat, et avec ceux qui sont les plus proches, en
LAL. INDER
HB.