Les élections législatives égyptiennes du 6 avril dernier n'ont pas démenti l'hégémonie du parti gouvernemental, le Parti national démocratique (PND). L'effritement du nombre de ses députés, 348 au lieu de 390 en 1984, a peu d'incidence : le parti du président Moubarak dispose
L'opposition de droite se renforce (91 députés contre 58 en 1984) avec l'entrée au Parlement de l'Alliance entre Frères musulmans, intégristes modérés, et le Parti socialiste du travail
(PST), de tendance populiste droitière, avec 60 élus. Les libéraux du Wafd perdent leur quasi- monopole de l'opposition parlementaire. Ainsi, ils n'obtiennent que 35 députés au lieu de 58 en
1984 (1). Leur organisation, parti de notables sans autre implantation populaire que le clientélisme, cède le pas devant l'Alliance dont la poussée témoigne de l'enracinement des Frères musulmans dans une société traumatisée par la crise. Le Rassemblement progressiste unioniste
(RPU) seule organisation de gauche autorisée, d'orientation nationaliste réformiste, avec une participation stalinienne essuie une défaite. Avec 2,2% des voix, il est exclu du Parlement et
Euskadi même, on se heurte à une impossibilité politique. C'est là une situation absurde.
Certains éléments de désaccords doivent être dépassés, comme par exemple, tout ce qui relève de l'histoire. Mais je considère qu'il s'impose de faire non seulement une unité d'action mais aussi de débat au sein de la gauche. Nous devons voir ici et maintenant, à la fin des années quatre-vingt, quelles sont les caractéristiques, les profils de la gauche radicale, sur quels sujets pouvons-nous travailler en commun. C'est à dire, nous construisons ce profil idéologique en épurant et en décantant les divers éléments afin de voir ensemble à quel défi la gauche doit faire face pour le futur, une gauche qui, c'est là mon opinion, est restée à demi-paralysée dans certains cas par une théorisation excessive et dans d'autres, par une activité frénétique. Quand je parle de théorisation excessive, je pense aux camarades du MC et de la LCR et ce qui est de l'activité politique débordante, concerne Herri Batasuna. Peutêtre est-ce très ambitieux, mais je pense qu'il serait très intéressant de créer les instruments permettant de parvenir à une unité de débat et voir au fur et à mesure qu'elle peut être la projection du futur de la gauche. Voilà qui pourrait être l'un des résultats de cette campagne électorale qui, je le répète, a été un peu forcée en ce qui nous concerne.
- Quels pourraient être les thèmes de ces débats ?
- L'un d'eux concerne le rôle des nouvelles idéologies. Un autre doit se centrer sur le rôle des instruments politiques immédiats, c'est à dire les partis et les syndicats, leur adéquation à la situation actuelle, etc. Nous devons étudier le rôle des nouvelles idéologies quant à l'apparition de nouveaux éléments d'analyse qui ne soient pas strictement l'utilisation du matérialisme dialectique et du matérialisme historique. Et enfin, nous devons discuter une théorisation sur le rôle concret des minorités nationales dans les Etats plurinationaux. Je pense qu'il s'agit là de trois thèmes extrêmement intéressants. Il en existe un quatrième, également important même s'il est moins immédiat, qui a trait à la lutte armée. Nous disons moins important parce que la lutte armée est toujours un moyen et jamais un objectif en soi.
De toute façon, j'ai toujours dit clairement que ces débats doivent surgir du processus politique même. Il ne faut jamais apporter un débat de l'extérieur du processus politique concret et le soumettre à discussion. Cela ne mène qu'à des tautologies politiques ou des discussions de café. le débat doit surgir d'un processus existant d'où les différentes positions puissent se décanter.
Propos recueillis par Antonio FLOREZ ; Combate 9 mai 1987
EGYPTE toujours d'une majorité parlementaire de 77%. paie ainsi le prix de son orientation opportuniste de droite. Jean SYLVERE
L'optimisme régnait dans les états-majors d'opposition et particulièrement à gauche, durant l'automne 1986. Depuis un an, le régime avait d'abord subi les répercussions de l'affaire Suleiman Khater, le policier qui avait tiré sur des touristes israéliens dans le Sinaï. Il avait dû ensuite faire face à la révolte des forces de la "sécurité centrale", la police anti-émeute. Enfin, il avait été confronté à l'éclatement de trois grèves successives, de grande ampleur au printemps et à l'automne. Dans ce contexte, l'opposition espérait tirer profit de l'assouplissement gouvernemental en matière de liberté d'expression. Pourtant avec ces élections qu'elle réclamait, elle est tombée dans le piège qu'elle croyait tendre au pouvoir. Concentrant leurs attaques contre la loi électorale, les partis d'opposition ont occulté les vraies préoccupations populaires. Confiants dans leur stratégie légaliste, ils ont donné au gouvernement les moyens de reprendre
LES MANOEUVRES DE L'OPPOSITION
Le système proportionnel est unanimement la cible des formations d'opposition. Il est perverti par le seuil de 8% des voix que doit atteindre chaque liste pour être représentée au Parlement, comme par la répartition des restes qui favorise encore le parti dominant : celui-ci est le seul à casuffrages des listes qui ont obtenu moins de 8%. Ainsi en 1984, avec 73% des voix, le PND avait remporté 84% des sièges !
Mais l'argument essentiel de l'oppo-
L'opposition au miroir des
élections
reste la violation de la titution, et plus précisément de la liberté de candidature, par le pouvoir. En effet, seuls les partis légaux peuvent présenter des listes. Or, au lieu d'exiger la liberté d'organisation pour tous, l'opposition fait du retour au mode de scrutin uninominal sa principale revendication. Sous couvert de défendre pour chacun la possibilité d'être candidat, l'opposition réclame en fait le moyen de renforcer le poids de ses notables et du clientélisme. Le RPU, à l'instar des formations de droite, a fait sienne cette revendication ; l'état-major du parti suit, en fait, l'exemple de son leader Khaled Mohieddine, gros propriétaire terrien, qui cherche à récupérer son fief dans
La tactique de l'opposition est restée exclusivement légaliste sur le système électoral. Elle s'appuie sur la représentation parlementaire du Wafd et sur la Cour 1986, celle-ci majoritairement liée aux formations non-gouvernementales, a jugé non conforme à la constitution, l'opposition a exulté. Elle a alors réclamé la dissolution du Parlement. Le Raïs (président en arabe) n'eut aucune peine à reprendre l'avantage. Il fit adopter une "réformette" qui introduisait l'élection au scrutin uninominal de 48 députés sur 458 (soit 11%).
Les partis non-gouvernementaux dénoncèrent la mascarade : les députés du
(1) Le 15 mai, le Conseil d'Etat saisi par l'opposition de plaintes concernant 17 sièges attribués frauduleusement au PND, lui a donné satisfaction : le PST a ainsi gagné sept sièges supplémentaires et le Wafd dix sièges.
Wafd quittèrent leurs bancs lors du vote du projet. La Cour fut à nouveau saisie et un meeting unitaire de toute l'opposition programmé pour le 5 février (2).
A la veille du meeting, Moubarak annonça la dissolution du Parlement et l'organisation d'un référendum à ce sujet, le 12 février. L'opposition, déboussolée, ne put se déjuger et soutint la dissolution, offrant ainsi à Moubarak un plébiscite qui avec 89% de oui contribua fortement à lui donner une nouvelle légitimité. Le Raïs venait de réussir un coup de maître : il s'était assuré de nouvelles élections selon des règles, fixées par lui, que la Cour constitutionnelle n'avait pas le temps d'invalider.
UN BOYCOTT DE COURTE DUREE
"Boycott des élections ou liste commune de toute l'opposition !", lançait le lendemain Ibrahim Choukri, leader du PST, à la tribune du meeting unitaire. Telle est l'alternative sur laquelle s'entendirent toutes les formations, des Frères musulmans au Parti communiste, pour le cas où le gouvernement refuserait leur exigences. Celles-ci comportaient, outre le retour au mode de scrutin uninominal, une série de revendications politiciennes, la levée de l'état d'urgence et des garanties contre la fraude électorale. Mais le Raïs demeura intraitable et c'est l'opposition qui recula. Le Wafd s'allia avec les Frères musulmans et s'efforça d'apparaître comme le chantre de l'unité en engageant des tractations avec le Rassemblement. C'était en fait une manœuvre, car les intégristes ne voulaient pas sur leur liste des communistes, présents dans le RPU. En proposant la portion congrue à ce dernier, ils lui faisaient assumer L'opposition de gauche fut doublement perdante : des dissensions apparurent dans ses états-majors sur la question de l'union rence éclata, lorsque le RPU fut acculé à rejetter l'alliance pour des considérations de postes et non des raisons de principes. Le mot d'ordre de boycott fut définitivement enterré lorsque le Rassemblement composa ses listes avec l'accord du Parti communiste qui lui fournit de nombreux candidats. Le Raïs, pour qui l'organisation l'élections pluralistes étaient une nécessité afin de rompre avec l'image d'un régime de parti unique, l'opposition a accrédité le processus électotal, y compris les organisations statut légal comme le PC.
"Oui, nous avons utilisé l'état d'urgence et nous l'utiliserons encore Je me servirai de mon droit d'interjeter des décisions de justice libérant des personnes arrêtées dans le cadre de l'état d'urgence." Dès la veille du référendum, le ton était donné par le ministre de l'Intérieur. En effet, depuis la mort de Sadate, l'Egypte vit sous état d'exception. Tout attroupement fés. Les réunions ne sont possibles que durant les trois semaines qui précèdent le scrutin ; mais elles doivent demander une autorisation policière. Bien entendu, l'application de ces dispositions est fort différente selon les formations. Le PND les ignore purement et simplement ; les membres du gouvernement multiplient les inaugurations ne perdant pas une occasion de décupler leur publicité médiatique. Les Frères musulmans valorisent leur implandans les quartiers dont ils
En revanche, les délais pour obtenir l'autorisation de meetings publies sont longs pour les candidats de gauche indépendants. L'un de ceux-ci, interrogé par l'auteur de cet article, a dû s'accommoder d'une seule permission. "Toutes les salles sont déjà retenues ", lui ont répondu les services de police. " Alors j'ai bravé l'état d'urgence ", explique-t-il. "Avec des amis nous sommes allés à la rencontre des électeurs dans les rues et les cafés. Les forces de police ont alors encerclé le quartier en cherchant l'incident. Les gens apeurés, refusaient le contact avec nous. Nous avons filé. La première fois il y a eu plus de peur que de mal, mais la seconde tentative s'est soldée par une garde à vue de 24 heures pour certains d'entre nous " EST AUTORISE...CE QUI N'EST PAS INTERDIT
La censure, corollaire de l'état d'urgence, s'est alourdie durant la campagne. Le procureur général nommé par Moubarak a interdit les commentaires dans trois domaines : la fraude électorale, systématiquement pratiquée par le pouvoir, ne peut être évoquée ; la contamination radioactive de certaines importations alimentaires ne doit figurer dans aucun des discours politiques (la dénonciation récente de la toxicité du lait en poudre en provenance de RFA a beau avoir été démentie, personne n'a confiance) ; mais ce sont les subventions aux produits de première nécessité qui figurent en tête sur la liste. Un de ses thèmes traditionnels est ainsi ravi à la gauche. Les prix du pain, du sucre et du riz sont plus que des symboles pour le peuple depuis Nasser. Leur augmentation en janvier 1977 avait provoqué de vastes émeutes. En imposant le silence sur ce thème, le régime a en vue les négociations des mois prochains pour le rééchelonnement de la dette extérieure. Le Fonds monétaire international (FMI) ne manquera pas, en effet, de réclamer à nouveau la "vérité des prix". Le pouvoir n'exclut pas de lui donner satisfaction, ne serait-ce que partiellement (3).
"Le ministre de l'Intérieur recourt à la cuisine électorale pour diminuer les sièges de l'opposition ", titrait le journal du Wafd, deux jours après la proclamation des résultats. Mais c'est le RPU qui cria le plus fort. Une semaine avant le scrutin, il avait diffusé la photocopie d'une note interne du PND, adressée aux "militants gouvernementaux" par leur direction, où figuraient les consignes suivantes : "Les représentants du PND dans les bureaux de vote doivent prendre les cartes d'électeurs non-utilisées, les remplir avec les noms des morts ou des émigrés et s'en servir en faveur du parti. Et cela avec l'accord du président du bureau, ou à défaut, provoquer des incidents contre les représentants des autres partis pour introduire la police dans les lieux afin de pouvoir procéder l'opération ". Après la proclamation des résultats, l'hebdomadaire du RPU titra : "La police bourre les urnes et s'associe aux gangsters pour molester les délégués de l'opposition ".
L'insignifiance de ces protestations est le revers de l'acceptation par le RPU des Le président Moubarak (dr) conditions posées par le pouvoir pour ces élections. Dans la gauche égyptienne, harcelée sans répit par la répression, le Rassemblement fait figure de courant collaborationniste. Il ne répugne pas à la collusion avec le régime contre toute tentative d'expression autonome de la classe ouvrière. Dans les circonscriptions où menaient campagne des indépendants marxistes radicaux, le RPU a présenté des candidats modérés, marchant main dans la fime Depuis, la Couson compacte a oli système électoral en vigueur avec la constitution.
(3) Un accord a été conclu dans cette direction entre le FMI et le gouvernement égyptien et rendu public le 17 mai dernier.
main avec le NPD. Au printemps 1986, il a contribué à étrangler deux grèves massives (20 000 ouvriers) dans l'électroménager. Conjointement avec les patrons, les directions syndicales liées au RPU ont fait appel aux forces de l'ordre. L'occupation des usines a été réprimée avec férocité ; les leaders du mouvement, arrêtés et torturés, n'ont trouvé aucun avocat du RPU pour les défendre. En août, les chemins de fer ont été paralysés par une grève impulsée en dehors des cadres syndicaux. Durant deux jours, l'armée a assuré un service réduit. Le Rassemblement a réussi à récupérer le mouvement pour y mettre fin sans que les cheminots aient
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obtenu satisfaction quant à leurs salaires. Le gouvernement se montrera reconnaissant pour ces bons services. Quelques militants communistes ayant été arrêtés avant le scrutin, ils ont vite été relâchés. Un coup de fil de Mohieddine en haut lieu a suffi, se vante-t-on dans les couloirs du journal du RPU. Le Parti communiste, qui contrôle partiellement le Rassemblement, a repris une activité semi-publique tolérée par le pouvoir. Respectueuse de l'ordre bourgeois, l'opposition légale de gauche n'inquiète aucunement le régime.
L'ABSTENTION OUVRIERE
Les travailleurs ne se reconnaissent pas dans une telle "opposition" ; les plus avancés d'entre-eux éprouvent un fort ressentiment à son égard. En outre, la campagne électorale du RPU a été d'une indigence extrême : elle a simplement repris les thèmes institutionnels et nationalistes de la droite ; ses promesses sociales étaient à peine plus hardies que celles des autres listes. L'énergie militante était absente, comme en témoigne le faible nombre de banderoles, affiches et distributions de tracts. Le RPU est, de toutes les formations, la seule à ne pas avoir organisé de grands meetings dans les villes impor-
A peine a-t-il trouvé le moyen d'animer quelques réunions de quartier. En l'absence d'organisations autonomes, les travailleurs se sont largement abstenus. Alors que dans les campagnes et les zones non industrialisées, la participation a parfois atteint plus de 70%, la proportion de votants n'a pas dépassé 50,5% à l'échelon national selon les chiffres gouvernementaux (25% selon les chiffres du RPU). L'abstention a atteint 85% au Caire et de nombreux bureaux de vote dans les quartiers populaires n'ont pas enregistré plus de 3% de suffrages exprimés.
"Ceux des ouvriers qui sont allés aux urnes ont généralement voté pour des candidats officiels, cédant à la distribution de gratifications par les syndicats jaunes.
La classe ouvrière n'a pas voté, mais il faut se garder d'interpréter l'abstention comme une forme d'expression politique consciente de la part des ouvriers", explique un révolutionnaire égyptien.
A l'inverse, les Frères musulmans, ont parfaitement mis en valeur leurs atouts. En s'alliant au PST, ils ont trouvé une coquille vide qu'ils ont investie idéologiquement. Le PST, issu d'une manœuvre de Satique à géométrie variable.
L'opportunisme, sa seule constante, l'a conduit à se transformer en véranda de l'intégrisme modéré et à faire de son organe de presse le support du discours des Frères musulmans. Ceux-ci ont réussi à s'emparer de 60% des postes sur les listes de l'Alliance.
LE ROLE DES FRERES MUSULMANS
Ils ont su apparaître comme une alternative politique aux yeux de plusieurs secteurs sociaux. Leur programme présente en effet, l'apparence d'une réponse cohérente à la crise : "L'Islam est la solution", est leur slogan majeur. De nombreuses couches marginales, issues de l'exode rural et vivant d'expédients dans les banlieues miséreuses des grandes villes, sont un terrain réceptif à une critique de la société au nom des valeurs morales de la religion. Des franges de la petite-bourgeoisie malmenées par l'Infitah - ouverture économique à l'impérialisme - ont également cru trouver dans l'intégrisme une voie différente de celle du capitalisme sauvage.
Toutefois, de puissantes forces financières appuient également les Frères musulmans. Les sociétés d'investissement islamique - type spécifique de banques conformes aux principes coraniques prohibant l'intérêt - sont des acteurs économiques importants. Quelques jours avant le scrutin, Moubarak les a accusées d'être à l'origine de l'effrondrement de la livre égyptienne. Si ce fait est loin d'être vérifié, il reste que lesdites sociétés ont largement subventionné la campagne des Frères
Grâce à d'énormes moyens, ces derniers sont parvenus à organiser plus de meetings que le PND. Ce lien avec des éléments dynamiques du capitalisme égyp tien implique de la part de intégristes modérés un profond respect de l'ordre économique qui transpire du vague démagogique de leur programme. Hamed Abou Nasr, chef des Frères musulmans, a exposé dans une chéries ".
Rassurée par cette image, la grande bourgeoisie utilise les Frères musulmans pour prévenir l'éventuelle émergence d'un pôle de gauche que la dégradation des conditions économiques et sociales pourrait favoriser. Mais si elle admet les Frères musulmans dans le processus électoral, c'est surtout parce qu'ils sont actuellement la seule force capable de disputer le terrain à d'autres groupes intégristes, partisans radicaux d'un renversement du régime. Ainsi le Jihad, responsable de l'assassinat de Sadate, refait surface ; assimilant participation électorale et trahison, il fait régner la terreur dans les zones qu'il contrôle. A Minieh, en Haute Egypte, il a interdit l'entrée de certains quartiers aux candidats des Frères musulmans et les a rossés.
Interdite depuis l'assassinat de Sadate, l'organisation des Frères musulmans est redevenue opérationnelle avec une certaine bienveillance de la part du pouvoir. Grâce à la progression de la pratique religieuse, elle est à même de tisser un efficace réseau d'encadrement populaire. Tandis que la propagande officielle encourage l'approfondissement de la ferveur religieuse, la gauche chante sur le même ton : ici les staliniens ont jeté aux orties l'idée même d'un Etat laïque. Il n'est pas étonnant, dès du PST avec les Frères musulmans ait obtenu 17% des voix, alors que le PST n'en avait obtenu que 7% en 1984 lorsqu'il s'était présenté seul. Sur les 60 sièges de l'Alliance, les deux tiers vont aux inté gristes alors qu'ils n'en avaient obtenu que 8 en 1984 quand ils s'étaient présentés sur les listes du Wafd.
Des limites sont cependant fixées par le pouvoir au développement des Frères musulmans. Le gouvernement craint un revirement offensif des intégristes modérés qui n'en seraient pas à leur première volte-face. Ainsi leur leader Hamed Abou Nasr s'est vu interdire la prise de parole dans les meetings, autre effet que d'exacerber le ressentiment de ses parti-
UN JEU QUI PEUT-ETRE DANGEREUX
Plus significatives sont les arrestations massives à la veille du scrutin : 2 000 personnes, relâchées par la suite. Cette rafle, essentiellement préventive, avait pour objet de faciliter la fraude gouvernementale dans les circonscriptions où le PND menait une partie serrée contre l'Alliance. En lâchant partiellement la bride aux Frères musulmans, le régime joue un jeu dangereux. C'est d'autant plus vrai qu'il n'existe pas de force progressiste pour leur faire face. Les véritables intérêts des travailleurs sont restés extérieurs aux élections ; c'est à peine si quelques candidats marxistes indépendants sont parvenus à mettre à profit la campagne électorale pour entamer un travail de propagande, avec une audience minime.
Jean SYLVERE; 20 avril 1987