Inprecor 1974–2004

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AMERIQUE CENTRALE

Reagan et le Nicaragua

· Inprecor n° 250, 5 octobre 1987 · p. 7-8 · 1 382 mots

Nicaragua États-Unis Amérique centrale El Salvador

nationale de réconciliation nicaraguayenne prévue par le texte les autres membres étant Sergio Ramirez, le vice-président du

Nicaragua, Mauricio Diaz, secrétaire général du Parti populaire

Sergio Ramirez - ce qui en soi, est déjà un événement - ce dernier devait déclarer que le Nicaragua entendait appliquer de "façon stricte" les accords d'Esquipulas. Enfin, le 20 septembre 1987, un communiqué officiel annonçait la levée de l'interdiction du jour-

AMERIQUE CENTRALE

Reagan et le Nicaragua

LE 2 SEPTEMBRE DERNIER, la composition de la Commission des accords d'Esquipulas a été définitivement arrêtée.

Le président en est le Cardinal Miguel Obando y Bravo, social-chrétien (PPSC) qui représente l'opposition et enfin, le pasteur protestant Gustavo Parajon, en qualité de personnalité indépendante.

Lors d'une conférence donnée en commun par Obando et nal La Prensa et de Radio Catolica.

Roberto BARDINI

E 7 NOVEMBRE, la paix pourrait s'établir en Amérique centrale si les armes du dialogue s'imposent contre le dialogue des armes. C'est ce jour-là, que devrait, en principe entrer en vigueur la

"Procédure d'établissement d'une paix ferme et durable" approuvée par cinq présidents centro-américains à la réunion qui s'est tenue au Guatemala d'Esquipulas les 7 et 8 août derniers.

L'aboutissement de Contadora

L'accord, signé par le Costa-Rica, le

Nicaragua, le Salvador, le Honduras et le

Guatemala, prévoit que dans un délai de 90 jours devrait prendre effet, dans la région, un processus de cessez-le-feu, d'amnistie, de suspension de l'aide militaire étrangère et de démocratisation interne. Le contrôle et le suivi du plan seront assurés par une commission internationale dont feront partie le groupe de Contadora (Colombie,

Mexique, Panama et Venezuela), son groupe d'appui (Argentine, Brésil, Pérou et

Uruguay), l'Organisation des Etats américains (OEA) et l'Organisation des Nationsdemi d'efforts diplomatiques menés par le groupe de Contadora semblent avoir abouti. Cette instance de négociation s'est formée dans l'île panaméenne du même nom en janvier 1983 et durant ses 56 mois d'existence, elle a impulsé plus de trente réunions de ministres et vice-ministres des

Affaires étrangères d'Amérique centrale. En septembre 1985, elle présentait un "Acte de paix et de coopération" pour la région, dont 97 points sur 100 furent approuvés. Les trois questions en suspens portaient sur les points les plus controversés : le contrôle et la réduction des armements, les mécanismes de surveillance et de suivi en matière de manœuvres militaires et la sécurité politique.

Pendant tout ce temps, les Etats-Unis -le grand absent de la table des négociations mais, en même temps, le principal protagoniste - exerçaient une influence à distance, à travers le Salvador, le Honduras et le Costa-Rica. En juin 1986, les pourparlers diplomatiques du groupe de Contadora paraissaient entrer dans une impasse et, en janvier 1987, le président socialdémocrate du Costa-Rica, Oscar Arias, proposait un projet de paix alternatif, connu sous le nom de "Plan Arias".

Pas de symétrie

Salvador - Nicaragua

Toutefois, cette dernière proposition ne connut pas de succès. Initialement, elle prévoyait une réunion au sommet en Amérique centrale pour les 25 et 26 juin, mais, à la demande du président démocrate-chrétien du Salvador, José Napoléon Duarte, elle fut suspendue.

Salvador Samayoa, l'un des représentants du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN) et du Front démocratique révolutionnaire (FDR), déclarait sur cette question à Panorama : "Au départ, le Plan Arias était dirigé contre le Nicaragua. Il essayait d'ouvrir un espace politique intérieur à la Contra au moment même où la Maison Blanche traversait la

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AATELLOENCE

crise du scandale de la vente des armes à l'Iran. Mais ensuite, le jeu s'inversa et le résultat en fut une symétrie qui n'était pas du goût des Etats-Unis."

Et il poursuivait : "Ce qu'ils voulaient pour le Nicaragua - légaliser intérieurement la Contra - ils ne le voulaient pas pour le Salvador, avec le FMLN-FDR. Ce qu'ils exigeaient du gouvernement sandiniste - de nouvelles élections - ils ne le souhaitaient pas pour le régime de Napoléon Duarte. Et ce qu'ils voulaient également pour le Nicaragua - le cessez-le-feu - ne leur convenait pas non plus pour le Salvador."

Choisir la guerre ou la paix

La symétrie Contra-FMLN, évidemment contrariait les plans de Washington. Le 19 juillet dernier, à l'occasion du huitième anniversaire de la révolution sandiniste, le président Daniel Ortega déclarait : "Le gouvernement des Etats-Unis a repoussé la proposition d'Arias, que nul pourtant ne peut taxer de gauchisme. Voilà qui donne une idée de l'obsession de Reagan : il ne veut pas partir de la Maison Blanche en laissant derrière lui un Nicaragua libre."

Mais si le "Plan

Arias" ne plaisait pas à Washington, l'accord signé à Esquipulas lui plaît bien

AGENCY moins encore. Le 16 août, Franck Carlucci, conseiller à la Sécurité de la Maison

Blanche annonçait qu'indépendamment des accords du Guatemala, les Etats-Unis poursuivraient l'aide et l'ap-pui aux contras, jusqu'à ce "qu'ils puissent changer leurs fusils en bulletins de vote". Le gouvernement américain, disait

Carlucci " a pour objectif de parvenir à l'instau-ration d'une véritable démocratie au Nicaragua".

Deux jours après, les ambassadeurs nord-américains accrédités auprès des cinq pays d'Amérique centrale concernés, faisaient connaître par communiqué et suivant les directives de

Washington

"la préoccupation profonde des Etats-Unis concernant l'ac-cord du Guatemala". Avant son application, précisaient les

Teprésentants diplomatiques, le Nicaragua doit cesser de recevoir une aide militaire de Cuba et de l'Union soviétique, mettre fin à ses "programmes de subversion"

dans la région et mettre en place un plan de "démocratisation pleine et réelle". En somme, les arguments de toujours.

Le 19 août, un éditorial du New York

Times indiquait que "la nouvelle initiative de paix en Amérique centrale obligeait les dirigeants sandinistes et le président Reagan à choisir entre la perspective de l'accroissement des combats et les risques de la paix

: toutes les raisons pratiques existent pour que Monsieur Reagan choisisse le sentier diplomatique vers la paix".

Le quotidien estimait même que l'accord du

Guatemala pouvait être "une dernière chance"

Tous les gouvernements concernés par le conflit en Amérique centrale l'ont compris ainsi. Le 20 août, les cinq ministres des Affaires étrangères tenaient une réunion de deux jours après avoir signé un accord en sept points qui servira de cadre en marche les premières pour mettre étapes du traité de paix régional signé au

Guatemala. La prochaine réunion se tiendra au Nicaragua le 20 septembre.

Le 21 août, 13 ministres des Affaires étrangères latino-américains (5 d'Amérique centrale, 4 du groupe de Contadora et 4 du groupe d'appui) se réunissaient à Caracas pour définir les mécanismes de contrôle et de vérification des accords. Ces ministres ne s'étaient pas réunis depuis juin 1986.

Des points

"non négociables"

Mais une fois de plus, les progrès diplomatiques se voyaient contrariés par une nouvelle initiative du président Ronald Reagan qui posait - avec l'accord du Parti démocrate - une série de points "non négociables", apparemment préalables et indépendants des accords d'Esquipulas qui devraient entrer en vigueur le 7 novembre. Ces points sont les suivants :

- Tout cessez-le-feu dans la région doit être acceptable par la Contra et "l'aide humanitaire" aux anti-sandinistes se poursuivra pendant les négociations.

- "La présence soviétique et cubaine" au Nicaragua sera considérée comme une "menace directe" à la sécurité nationale des Etats-Unis.

- La démocratie au Nicaragua est également liée à la sécurité des Etats-Unis : avant 1990 il devra exister une commission électorale sans contrôle sandiniste.

- Les Etats-Unis suspendront graduellement "l'aide humanitaire" à la Contra dans la mesure où ces derniers s'intégreront à la société nicaraguayenne.

- La possible suspension de manœuvres militaires américaines en Amérique centrale devra être comprise comme une "contribution de bonne foi" au processus de négociation.

Vue de la Maison Blanche, toute négociation est un résultat de ses propres pressions. Sol L. Linowitz, ex-représentant des Etats-Unis à l'OEA, exposa clairement son opinion sur l'attitude latinoaméricaine quant à la politique de Washington : "Il existe beaucoup de scepticisme sur nos intentions", devait-il déclarer. En effet, l'histoire des interventions de Washington et de ses mensonges diplomatiques est très éloquente et reste toujours en vigueur. Certaines petites phrases sont encore plus expressives. Quand, en avril 1985, le mandataire nord-américain présenta un "plan de paix" pour le Nicaragua, le ministre des Affaires étrangères, Miguel d'Escoto devait déclarer vingt-quatre heures après : "le président Reagan s'est contenté de dire : 'Ou ils meurent, ou je les tue."

Panorama d'Amérique centrale

Get de la Caraibe ; Mexico Septembre 1987

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