Inprecor 1974–2004

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SPECIAL URSS

Une classe ouvrière sceptique

· Inprecor n° 251, 19 octobre 1987 · p. 7-11 · 4 404 mots

URSS et Russie Stalinisme

DANS LA VISION "TOTALITAIRE" de la société soviétique qui peut-être est en train de se modifier, mais qui predomine encore à l'Ouest, les ouvriers sont atomisés et totalement dominés par un Etat absolu. Leur condition sociale n'est pas très différente de celle des ouvriers dans les pays capitalistes à cette exception près, qu'ils n'ont aucun des droits politiques et syndicaux des ouvriers occidentaux leur permettant de se défendre contre l'exploitation capitaliste. David SEPPO.

A REALITE est beaucoup plus complexe. Bien sûr les droits politiques et syndicaux sont inexistants en URSS (quoiqu'il faille être prudent et ne pas exagérer leur signification pratique pour les ouvriers des Etats capitalistes), mais les ouvriers soviétiques sont loin d'être atomisés, du moins au niveau des entreprises où ils possèdent certains droits et moyens qui leur permettent de défendre leurs intérêts les plus immédiats (1). Ce "l'économie dirigiste" qui le rendent possible. En premier lieu, existe le plein emploi et même la pénurie de main-d'œuvre (malgré des poches locales de surplus) (2). L'article 40 de la Constitution de 1977, affirme le droit au travail des citoyens (3).

Une main-d'œuvre excédentaire Toutefois la portée réelle de cette clause est difficile à vérifier directement car "l'économie dirigiste" tend à maintenir

1) Beaucoup de ce qui suit est basé sur des entretiens personnels et des observations au cours de voyages en U-

Pour une analyse pénétrante de la situation des ouvriers dans les usines d'Europe de l'Est, voir C. Sabel et D. Stark, "Plannings, Politics, et pouvoir de la base : Hidden Forms of Bargaining in Soviet-impose Statesocialist Societies," Politics and Society, vol. 11, n°4, 1984, Pp.339-475. Voir également D. Mandel, "La crise du 'socialisme réellement existant'", Etudes internationales, Québec, vol.12, n°2, juin 1982, pp.293-5.

2) Pour des discussions sur le chômage rural en Asie centrale et Azerbaijan, voir Sotsialistecheskaia industria, 25-29 avril 1987 et Selskaia Zhizn, 24 avril 1987.

3) Constitution de l'Union des républiques socialistes soviétiques, Moscou, 1977.

4) Pour une discussion intéressante sur ces problèmes, une pénurie chronique de main-d'œuvre. La somme des prévisions en matière de main-d'œuvre des entreprises excède régulièrement la totalité du volume de la main-d'œuvre planifié pour l'ensemble l'économie, (à la fois avant et après cor-

Pour les gestionnaires soviétiques, cette force de travail en surplus ne coûte rien. C'est même l'inverse. Elle offre beaucoup d'avantages : les sommes destinées aux stimulants matériels croissent en proportion de la masse des salaires, et les ouvriers en surplus rendent plus aisée la réalisation des objectifs du plan malgré le fonctionnement irrégulier du système d'approvisionnement, le rythme haché de travail qui en résulte, et les demandes périodiques d'ouvriers des entreprises par les autorités extérieures afin d'aider d'autres secteurs de l'économie, que ce soit l'agriculture, la construction, la récolte des fruits et légumes etc., tout ce qu'on nomme les "boulots des chefs" (shefskie raboty) (4).

Se défendre "avec ses pieds"

Pour les raisons que nous venons de décrire, les ouvriers (mais non les employés et le personnel technique) bénéficient de facto de la sécurité de l'emploi : même si du strict point de vue légal, ils peuvent être renvoyés pour raison, de sur-effectif, en pratique, cela ne se produit jamais (5). (Ce n'est pas le cas pour les délits politiques, mais les conflits locaux entre les ouvriers et la direction ne sont généralement pas considérés comme politiques par le régime). Au fil des années, les ouvriers ont donc considéré la sécurité de l'emploi comme un droit (6).

Cette situation crée, dans l'entreprise, un rapport de forces favorable aux ouvriers : la direction a besoin d'eux, alors qu'ils voir P. Hanson, "The Serendipitous Soviet Achievment of Full Employment : Labour Shortage and Labour Hoarding in the Soviet Economy", in D. Lane, ed., Labour and Employment in the USSR, N.Y. : NYU Press, 1986, pp. 83111, et également V.M. Rutgaizen et Yu. E. Shevnyakov, "Raspredelenie po trudu" (Distribution selon le travail), EKO, numéro 3, 1987, pp. 14-17.

5) Voir Lampert, "La sécurité d'emploi et la loi en URSS", in Lane, Labour and Employment in the USSR.5

6) Nove, The Soviet Economic System, p.296. En Hongrie, ce n'est que l'an dernier que les autorités ont commencé à fermer quelques usines improductives. Bien qu'on leur ait offert des emplois ailleurs et que les autorités politiques les aient rencontrés pour leur expliquer la situation, les travailleurs ainsi déplacés furent très mécontents. New York Times, 2 déc. 1986, p. A-10)

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peuvent aisément trouver un autre travail où les conditions leur seront peut-être plus favorables. Ainsi, malgré l'absence syndicats qui les défendraient, les ouvriers peuvent voter avec leurs pieds (changer de travail) et le font d'ailleurs à une cadence très élevée. Plus même, l'utilisation informelle de la grève et d'autres moyens collectifs de pression au niveau de l'entreprise est très fréquente, notamment dans l'industrie lourde.

Un second trait de ce système "d'économie dirigiste" est le socle d'intérêts communs - ou plus précisément de collusion - qu'il crée entre les ouvriers et la direction de l'entreprise face aux pressions des autorités centrales. Une entreprise soviétique est très différente d'une

Банкир. БАН КИРКАЯ entreprise capitaliste où la direction essaye d'obtenir le profit maximum en intensifiant l'exploitation de la force de travail. Les ouvriers peuvent vérifier tous les jours de leur vie de labeur, en régime capitaliste, l'intérêt que les patrons y trouvent. Par contre, les ouvriers soviétiques tendent à avoir une attitude beaucoup plus ambivalente envers la direction. Ils considèrent la direction (et, dans une moindre mesure, les techniciens) comme un groupe à part, mais cette division n'est qu'en partie basée sur une perception de conflits d'intérêts, c'est-à-dire une discrimination au profit des directeurs et des techniciens dans la distribution des bénéfices sociaux (les vacances subventionnées, les appartements, etc.), et le traitement occasionnellement arbitraire envers les travailleurs (en leur donnant les emplois les "moins profitables", heures supplémentaires obligatoires), etc.

Pour les travailleurs soviétiques, la différence la plus importante réside dans la nature de leur travail, qui est sale, éprouvant physiquement et peu gratifiant, alors que les "cols blancs" comme on les appelle, sont assis à leur bureau dans des locaux propres, sirotant leur sempiternel thé. Bien souvent les ouvriers disent que "ces gens là ne travaillent pas"

Pourtant, bien que dans leur esprit "nous" représente les ouvriers et "eux" la direction, à cause de cette habituelle collusion, l'attitude spécifique des ouvriers vis-à-vis de la direction semble dépendre plus de facteurs subjectifs, personnels, que de différences objectives au plan social. Bien souvent, le problème est surtout de savoir si le directeur est "un bon gars" : est-il loyal avec les ouvriers et les traite-t-il comme des êtres humains ? A la différence des ouvriers en réБсе буржу в панине Стобрали банки gime capitaliste, les ouДолю не найдешь другую vriers soviétiques disent Тяжелей баникрочнов. Стап, селедкаян торгут. que la direction На услу у Кирочной. pressure pas terriblement

(il est généralement admis qu'on pourrait, de fait, travailler plus) et qu'elle essaie de leur obtenir les meilleurs salaires étant donné les circonstances (qui sont largement déterminées par le centre). La collusion entre les ouvriers et la direction "l'économie dirigiste" peut prendre différentes formes. Mais sa manifestation la plus éclatante, c'est la pripiska "ajout" de travail fictif et de production fictive, qui sert les intérêts des deux parties : l'ouvrier qui reçoit plus qu'il ne le devrait par son travail réel, et le directeur qui réalise et dépasse les objectifs du plan. C'est "seulement" l'économie dans son ensemble qui en pâtit. Mais, à ce niveau, dans le système bureaucratique, c'est le problème des seules autorités centrales. Sous Brejnev, la pripiska pouvait atteindre jusqu'à 40% du salaire de l'ouvrier (7).

En l'absence de terreur, disparue après la mort de Staline, le produit de ces deux traits de "l'économie dirigiste" - pénurie de main-d'œuvre et collusion ouvriersdirection - exerce une pression constante sur les salaires dont la croissance n'a qu'une faible relation avec la hausse de la productivité, malgré l'insistance des autorités centrales à vouloir lier les deux facteurs. La situation est similaire pour les différences entre les salaires, qui sont relativement faibles à l'intérieur d'une même industrie, et malgré, là aussi, la dénonciation constante par les autorités centrales de la uravnilovka, le nivellement.

Une troisième caractéristique de "l'économie dirigiste" est l'importance prise par le salaire social, c'est-à-dire ces biens et services qui sont fournis indépendamment ou presque du travail fourni : les produits alimentaires de base largement subventionnés, les loyers, les transports, les soins médicaux, l'éducation, etc.

Selon une estimation soviétique récente, pour chaque rouble gagné sous forme de salaire en 1965, 46 kopeks étaient distribués sous forme de produits ou services gratuits ou subventionnés provenant des fonds publics (1 rouble = 100 kopeks). En 1971, cette somme atteignait 51 kopeks ; en 1975, 56 ; en 1980, 58 ; et en 1964, 69 kopeks (8). Même si la quantité et la qualité de ces biens et services sont souvent médiocres et leur attribution aux ouvriers, une marge de sécurité, dont estimée.

A chacun selon son travail De plus, dans ce système, le directeur n'a jamais l'intérêt ou le moyen - que possède un directeur capitaliste - d'assurer une utilisation "efficace" ou "rentable" de la force de travail, ou en d'autres termes, d'intensifier constamment l'exploitation des travailleurs. De l'autre côté, les travailleurs possèdent des moyens informels leurs permettant de défendre leurs intérêts les plus immédiats.

En expliquant la nécessité urgente d'une réforme structurelle de l'économie qui introduirait de façon indirecte des moyens économiques de planification et de gestion et une plus large autonomie des entreprises, Gorbatchev, déclarait lors du plénum de janvier :

"La restriction des droits économiques des entreprises et des groupes industriels a de sérieuses conséquences. Elle mine la base matérielle des stimulants, empêche d'obtenir des résultats supérieurs, amène le déclin de l'activité économique et sociale de la population, le déclin de la discipline au travail. De sérieuses infractions au principe socialiste du salaire selon le travail ont été commises. Une mentalité de dépendance s'est développée. Dans la conscience du peuple, la psychologie du nivellement a pris racine. La rupture du lien entre la quantité de travail et la quantité de consommation n'entraîne pas uniquement des

7) Entretiens personnels. Rutgaizen et Shevnyakov citent les estimations d'un expert concernant la pripiska et qui se montent, par entreprise, à 15-20% du travail déclaré dans le transport et la construction. Voir Rutgaizen et Shevnyakov, "Raspredelenie... p.20. Cependant, ils ne spécifient pas la période étudiée. Dans des entretiens personnels des ouvriers ont déclaré que les pressions contre la pripiska se soht significativement accrues après la mort de Brejnev.

8) Ibid., p.5.

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distorsions vis-à-vis du travail mais amène également une distorsion du principe de justice sociale, question d'une grande importance politique" (Pravda, 28 janvier 1987).

La réforme économique, si elle est introduite de manière plus ou moins conséquente, transformerait donc la situation des ouvriers. Les directeurs des entreprises, soumis à la pression des forces du marché, seraient motivés pour produire plus efficacement. L'un des principaux moyens pour ce faire consisterait à économiser sur les coûts de main-d'œuvre. Le droit des entreprises dans l'établissement des salaires serait élargi de manière significative. Les salaires seraient liés beaucoup plus étroitement aux résultats concrets et aux performances de l'entreprise, et les différences salariales augmenteraient dans les mêmes proportions (9).

Les subventions aux prix et autres formes du salaire social seraient drastiquement réduites par rapport au revenu salarial. La pénurie chronique de main-d'œuvre disparaîtrait, on parle même d'une apparition du chômage quoique, dans un futur proche, ce phénomène ne serait sans doute qu'épisoque et localisé. Plus significative serait la perte de la sécurité de l'emploi. Beaucoup d'ouvriers seraient obligés de se recycler ou de muter géographiquement. Une loi qui devrait bientôt être adoptée, prévoit l'octroi, pendant trois mois, d'une allocation équivalant au salaire moyen national, pour les ouvriers obligés de chercher un nouvel emploi (10). Jusqu'à présent, il n'y avait jamais d'allocations pour les non-handicapés sans emploi.

Une étrange notion de "justice sociale"

Dans la presse et la littérature scientifique, ces mesures sont souvent discutées sous la rubrique "justice sociale". Ainsi, par exemple, les changements d'ordre général que nous avons décrits étaient défendus par une sociologue éminente, Tatiana Zaslavskaia, dans un article intitulé "Le facteur humain et la justice sociale" publié dans le numéro de novembre 1986 de Kommunist, le journal théorique du PCUS. Dans les discussions, "justice sociale" tend à prendre une signification particulière : si un ouvrier A produit mieux que l'ouvrier B, le salaire réel de A doit être plus élevé. Et, ajoute-t-on, ce n'est généralement pas le cas à présent.

Il n'est pas difficile de comprendre les raisons qui sont derrière cette insistance à vouloir renforcer le lien entre travail et rétribution et à éliminer le nivellement des

Mais il est cependant frappant de constater que les thèmes relevant habituellement de la "justice sociale" ne sont mentionnés que pour la forme : la motivation au travail par le renforcement de la solidarité sociale basée sur une participation réelle aux décisions et la garantie, pour tous, d'un minimum décent de ressources, quelles que soient les circonstances particulières (infirmité physique, responsabilités familiales, conditions du marché, etc.) dans lesquelles travailleuses et travailleurs peuvent se retrouver. Les économistes Rutgaizen et Shevniakov commencent ainsi leur article intitulé "Distribution selon le travail": "Jusqu'à voilà peu de temps l'amélioration de la distribution a été principalement considérée du point de vue de la solution à apporter aux problèmes urgents du bien-être public. Nous devons, à présent, renforcer considérablement son rôle dans l'intensification de la production." (11). L'article tout entier est exclusivement consacré à développer la deuxième phrase. En fait il n'est accordé pratiquement aucune attention sérieuse dans la presse, la littérature scientifique ou la pratique, aux mesures sociales nécessaires pour adoucir les coups sociaux et économiques qui frapperaient inévitablement, d'emblée, une très grande partie de la population.

Un substitut au pouvoir politique Le problème n'est pas tellement de savoir si la réforme envisagée est "antiouvrière" ou non (bien qu'on puisse, à juste titre, se demander s'il n'existe pas d'autres variantes de réforme correspondant davantage aux aspirations des travailleurs) (12). Car l'économie dirigiste" n'est sûrement pas pro-ouvrière, malgré ceux qui, à l'Est comme à l'Ouest, n'hésitent pas à décrire comme des privilégiés les ouvriers soviétiques sous le régime actuel.

Comme nous lavons vu, ces "privilèges" ne sont en réalité qu'une adaptation défensive à un système qui a privé les travailleurs de leurs droits politiques. Ils sont, en un sens, des substituts au pouvoir politique, en particulier au droit de contrôle sur la gestion de l'économie nationalisée, comme aux droits syndicaux.

Vue sous cet angle, les travailleurs se méfient d'une réforme qui, au moins court terme, les réduirait à la condition des ouvriers sous le capitalisme, sans leur garantir qu'ils en tireront profit ultérieurement, et cette attitude est compréhensible. Jusqu'à présent, leur expérience dans les usines sous Gorbatchev, a été dans l'ensemble, négative : resserrement de la discipline, intensification du travail, réduction des revenus et hausse des prix, sans amélioration significative de la consommation.

Dans une interview aux Izvestia, le directeur de l'Institut de recherche sociologique de l'Académie des sciences de I'URSS, V. Ivanov, généralisant les résultats d'une étude menée dans 120 entreprises de tout le pays, déclare qu'à l'inverse

Довольмо поотносились масково. Заждались Мева, Фонтанка и Мойка. Прачка! Буржуя иди прополаскивать, Чтоб был белее в Неве промой-ка. de ce qui se passe dans la sphère de la création intellectuelle, il y a eu peu de changements bénéfiques pour les travailleurs dans la sphère de la production matérielle. "Pour l'instant, la majorité ne fait l'expérience de la restructuration que sous la forme d'une pression accrue au travail (...) Le marché des biens de consommation reste inchangé, et de plus, l'an dernier le taux de croissance de la production des biens de consommation a été inférieur à celui de 1985" (13).

Une ouvrière d'une entreprise de béton armé de la ville de Kurgan décrivait ses conditions de travail et de vie dans les termes suivants : au travail, un système de ventilation inexistant, un traitement préférentiel pour les administrateurs dans la répartition des bénéfices, un comité syndical qui ment et qui a au coeur d'autres intérêts que ceux des travailleurs ; à l'extérieur un appartement dans un immeuble dont le toît fuit, dont les ascenseurs ne fonctionnent pas, glacial en hiver, et des trans-

9) Voir par exemple U. Chtcherbakov (Directeur du département salaires de la Commission du travail d'URSS). "Kardinalnaia perestroïka oplaty truda" (Réforme fondamentale de la rétribution du travail) EKO, nº1, 1987, pp.37-

10) Crosnier, "Le new deal..." p.16. La presse a déjà relaté des cas de licenciements. Voir "Ekonomika na perepiete", Literaturnaia gazeta, juin 1987, p.10. L'agence TASS a fait état, le 26 mars 1987, d'une première faillite, dans une firme de construction de Léningrad.

11) Rutgaizen et Shevnyakov, "Raspredelenie...", p.3.

12) Ce problème extrêment crucial, qui n'a guère retenu l'attention, à l'Est comme à l'Ouest, dépasse le cadre de cet article. Pour une défense intéressante - et très rare -d'une planification démocratique mais cependant fondamentalement centralisée, voir E. Mandel, "Démocratie socialiste contre socialisme de marché", in Quatrième internationale numéro 25, septembre 1987.

13) "Realnost nadezhd", Izvestia, 5 mai 1987. La presse a également noté un déclin continu dans la qualité des produits alimentaires (Qui nous gâte l'appétit ?), Izvestia, 28 mars 1986.

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ports en commun tellement surchargés qu'il lui faut une heure et demie pour faire les quatre kilomètres qui la séparent de son travail, et même dans ces conditions, faut se battre pour y entrer. "Excusez-moi -conclut-elle - d'écrire ce que je pense. Je ne suis pas capable d'exprimer à la fois tout ce que j'ai sur le coeur. Nous sommes abreuvés d'insultes depuis trop longtemps, tout en nous taisant. La vie a maintenant pris un tournant. Nous voyons des améliorations. Nous voulons croire qu'il y en aura davantage. L'élection des administrateurs, une production d'Etat acceptable -tout cela est correct et nécessaire. Mais je crains que derrière la restructuration de la production, on n'oublie de restructurer la vie quotidienne. Pour être honnête, pour moi, la chose principale c'est ma maison et ma famille, mes enfants. C'est pour eux que je travaille. Croyez-moi, la majorité des femmes pense de même. Et si tout autour de nous on dit : "Nous restructurons", et qu'il fasse, en même temps, toujours aussi froid dans les appartements, et qu'on ne trouve pas de place dans les transports en commun, et qu'il soit impossible d'acheter quoi que ce soit dans les magasins, alors pour nous, c'est comme s'il n'y avait pas de changements. C'est ça que nous pensons. En un mot, nous ne voulons pas seulement travailler, mais aussi vivre différemment." (14).

Se sentir maître chez soi

Gorbatchev est conscient du problème. L'aspect politique de la perestroika est destiné, en partie, précisément à créer chez les travailleurs l'engagement politique nécessaire au succès de la réforme. Il a expliqué, par exemple, que l'élection des directeurs d'entreprise par les travailleurs est une mesure nécessaire "car le bien-être de l'ouvrier dépendra des capacités des gestionnaires. Les ouvriers doivent donc avoir le moyen réel d'influencer le choix du directeur et de contrôler ses activités." (Pravda, 28 janvier 1987).

Et plus généralement :

"Nous avons besoin du maximum de démocratisation du système socialiste afin que chaque individu se sente maître et créateur... Seul quelqu'un qui se sent maître chez lui peut y mettre de l'ordre" (idem).

D'autres réformes politiques importantes incluent de meilleures garanties légales contre les abus de pouvoir de la part des officiels (15), l'introduction d'un vrai scrutin secret (ce qui s'oppose à la pratique actuelle, où le secret est purement symbolique) et le choix parmi plusieurs candidats désignés par la base dans les élections aux Soviets (16). On a même parlé de donner aux Soviets pouvoir sur les comités exécutifs, qu'ils éliront et contrôleront légalement (17).

On a également encouragé les initiatives individuelles et collectives indépendans la vie sociale et économique, y compris l'apparition, dans certaines des villes les plus importantes, de diverses sortes de clubs au profil politique bien défini, tous, bien sûr, se prononçant formellement en faveur de la perestroïka (mais dont quelques-uns, en particulier le mouvement Pamyat (mémoire), sont en fait chauvins grand-russe et fascisants). Il existe actuellement une discussion à propos de la création d'une organisation nationale de ces clubs qui ont abordé des thèmes aussi variés que la brutalité policière, la protection de l'environnement, la réforme économique, l'assistance aux perРасстрелялись пария Надоел хозяйке пост Самолично стала в хвост sonnes âgées, la désignation des candidats pour les élections aux Soviets, les droits des travailleurs, le désarmement.

Le régime fait preuve d'une tolérance nouvelle envers les luttes populaires et leur donne même un certain encouragement. Jusqu'à présent la plupart de ces mouvements ont concerné la protection de l'environnement et des sites historiques et semblent surtout avoir entraîné les intellectuels et la jeunesse étudiante. L'un de ces mouvements a réussi à arrêter un projet visant à détourner vers la mer Caspienne des fleuves sibériens coulant naturellement vers le Nord. Un autre, marqué par des manifestations de masse spontanées, n'a pas réussi à empêcher la destruction, par les autorités de Leningrad, de l'Hôtel d'Angleterre (où le poète Essenine s'est suicidé dans les années 20).

Ces deux mouvements ont été décrits dans la presse centrale comme des luttes contre l'étroitesse et l'autoritarisme bureaucratiques (18). La protestation politique la plus significative, jusqu'à maintenant, a cependant été celle des Tatars de Crimée, déportés par Staline après la guerre, et dont la lutte pour le droit au retour semble finalement atteindre un point critique (19).

Mais le plus spectaculaire a été l'explosion du travail journalistique, scientifique et artistique. C'est un secteur de la vie soviétique où les changements ont été radicaux et immédiatement visibles pour le citoyen ordinaire. Pratiquement tous les aspects de la société et de l'histoire soviétique ont été touchés, y compris, par exemple, les privilèges bureaucratiques, les abus de pouvoir, le chauvinisme grand-russe, la discrimination ethnique, l'abus de drogues, la prostitution, l'Afghanistan, la corruption des militaires, la détérioration du système de santé et la falsification des faits médicaux, Staline; Trotsky, les purges. Par contre un problème crucial qui n'a pas beaucoup retenu l'attention l'instant, c'est la situation des femmes.

Des changements si timides

Il ne faut pas sous-estimer la signification de ces changements politiques, surtout dans le contexte soviétique, mais la démocratie socialiste reste encore du domaine des promesses, et les mesures pour la faire appliquer sont souvent vagues et ambiguës.

Par exemple, une lettre collective d'un groupe de citoyens de Smolensk, donne l'évaluation suivante des changements proposés et expérimentés lors des élections aux Soviets locaux: "changements sont si timides qu'on ne peut espérer d'eux qu'ils résolvent le problème du développement de la démocratie ni écrasent les mécanismes retardataires" (20). De même, le projet de loi sur les entreprises d'Etat reste très obscur sur les véritables pouvoirs de décision des collectifs ouvriers et de leurs conseils élus. Même le droit, clairement établi, d'élire les directeurs est soumis "ratification par l'organisme supérieur" (Pravda, 4 avril 1987). Jusqu'à présent, l'expérience de telles élections s'est très souvent soldée par le "parachutage" de

14) "My khotim zhit inache" (Nous voulons vivre autrement), Izvestia, 14 avril 1987

15) Voir, par exemple, "Proshu zashcity u suda". (Je demande protection à la Cour), Izvestia, 9 avril 1987, el "Sila zakona" (La force de la loi), Moskovskaia pravda, 17 mai 1987.

16) "Kak nam vybirat 7" (Comment choisir ?), Izvestia 30 janv. 1987; "Vybory po mnogmandatnym okrugam ?" (Elections aux districts avec candidatures multiples), Pravda, 29 mars 1987.

17) "Demokratia iperestroika", (Démocratie et perestroika), Pravda, 31 oct. 1986.

18) Voir "Komy urok 7" (Une leçon de qui 7), Izvestia, 27 mars 1987; "Urok ne vprok" (Une leçon inutile), ibid., 9 avril 1987 et 25 avril 1987; et S. Zalygin, "Povoroturoki odnoi diskussi" (Le toumant-leçons d'une certaine discussion), Novyi mir, nº1, 1987, pp.118.

19) Vesti i SSSR, Munich, numéro 14, 1987, pp.3-6

20) "Vybirat no kak 7" (Elire, mais comment ?), Literaturnaia gazeta, 10 juin 1987, p.1.

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candidats d'en-haut. (Bien sûr, même avec les lois déjà en vigueur, les travailleurs ont de larges pouvoirs dans l'entreprise, mais en pratique très peu d'entre eux les connaissent, et encore moins les ont vus appliqués). Le Congrès des syndicats de février 1987, malgré des discours d'une teneur plus franche et plus critique, n'a pas donné l'impression que ces organismes allaient se transformer d'eux-mêmes en organisations de défense des intérêts des travailleurs contre leur direction. Le congrès des Komsomols (Ligue des jeunes communistes), qui s'est tenu un peu plus tôt cette année, ne s'est pas montré plus empressé que le plénum du Comité central de janvier, de prendre le chemin de la démocratisation interne.

Run discours de plus ?

Plus important, les aspects politiques de la perestroïka, déjà introduits dans la capitale et dont la presse centrale se fait l'écho, ne sont que très inégalement étendus au reste du pays. En dehors de Moscou, l'application des mesures de réforme politique dépend beaucoup des intérêts et des interprétations des autorités locales. Dans beaucoup de régions, le changement est minime dans les media, et on sait que la presse locale a reproduit des articles de la presse centrale en les falsifiant. Pour une grande partie de la population, donc, le côté politique de la perestroïka, n'est qu'un discours de plus.

Reste à voir si la démocratisation que Gorbatchev veut ou peut introduire, ira suffisamment loin pour se gagner une classe ouvrière dont le scepticisme est basé sur de longues décennies de despotisme bureaucratique. Selon Ivanov de l'Institut de recherche sociologique, "l'inertie et la passivité" des ouvriers sont des facteurs principaux du retard de la restructuration. Dans une étude portant sur les travailleurs de l'usine d'équipement sanitaire de Moscou, un tiers des personnes interrogées pensent qu'elles "vont attendre que la restructuration soit plus clairement définie, avant de décider d'y adhérer ou pas". Vu les formidables pressions médiatiques et officielles en faveur de la perestroïka, on peut penser, à coup sûr, que les travailleurs qui expriment des réserves ne sont que les plus courageux d'un groupe plus large qui pense de même. Dans une autre étude effectuée dans des entreprises du Kazakhstan, 40% des réponses étaient en faveur du maintien de l'ancien système de salaires (21). Dans un proche avenir, du moins, les masses ouvrières vont, dans l'ensemble, rester vraisemblablement méfiantes, voire opposées à la réforme économique, même si cette hostilité est de nature passive et voilée.

21) "Realnost nadezhd", Izvestia, 5 mai 1987 s'offensent (dans certains cas, à juste titre), des résultats du réexamen des qualifications du personnel scientifique entrepris l'année dernière."

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