L'opposition syndicale ouvrier suédois avait connu, avec l'assassinat, d'Olof Palme, (1)
SUEDE se renforce
Après une remontée de sa combativité, le mouvement un véritable choc, suivi d'une retombée de la combativité syndicale. Dans l'interview ci-dessous (2) Göte Kilden, leader syndical chez Volvo, et dirigeant du Parti socialiste, section suédoise de la IVe Internationale, décrit cette évolution depuis la mort de Palme.
- Dans quelle mesure le choc causé par le meurtre d'Olof Palme affecte-t-il toujours le mouvement syndical ?
- Nous disons généralement que les travailleurs de Suède ont été, par ricochet, frappés par la balle qui a tué Olof Palme. Les patrons, le gouvernement social-démocrate et les bureaucraties syndicales ont, tous ensemble, exploité la situation, le choc et le deuil ressentis par les travailleurs. Avant le meurtre, il y avait eu une certaine réactivation de quelques mouvements sociaux, surtout parmi les courants d'opposition dans les syndicats. Cette montée a été brisée.
La période qui a suivie a, de plus, été marquée par plusieurs scandales peu râgoutants, chose à laquelle les Suédois ne sont pas habitués. Le plus important d'entre eux était lié à la mort de Palme. Il est en rapport avec la façon dont le chef de la police de Stockholm a dirigé les investigations. Il a fait tout un battage autour des Kurdes et autres réfugiés en Suède. Il a dit qu'un de leurs partis, le PKK était probablement responsable. Mais un an après il a dû démissionner. La police fut incapable de trouver aucune preuve de la responsabilité du PKK ou d'une autre organisation ou individu temps, les policiers avaient négligé d'autres pistes, en particulier celles qui impliquaient des éléments de la police de Stockholm elle-même, comme certains groupes d'extrême-droite dans la police, des gens ayant des connexions avec la Ligue anticommuniste mondiale et autres forces de droite.
Dans la même période, le mouvement de la paix suédois découvrit de gros trafics illégaux d'armes conclus par la firme
Bofors avec divers pays.
Un autre scandale concernait un gros trafic d'armes avec l'Inde.
Des fonctionnaires locaux avaient reçus des pots-de-vin.
C'était devenu un gros problème pour
Rajiv Ghandhi, le
Premier ministre indien, car certains de ses proches étaient impliqués.
Notre "médiateur"
dut démissionner pour mauvais usage de fonds, parties fines, etc. Nous avons vu tout cela - le meurtre de Palme et les scandales - renforcer parmi les masses le sentiment de dégoût et de méfiance envers la politique et les politiciens, mais aussi le grand patronat.
Nous avons également connu quelques défaites des travailleurs dans cette période, dans des régions de faible population mais avec d'importantes industries, les régions de mines, de production d'acier, etc. Ce sont des régions qui connaissent de gros problèmes de chômage.
D'un autre côté, la situation est assez différente dans les grandes villes, comme
Stockholm ou Göteborg, où il y a moins de chômage. Aujourd'hui dans une ville comme Göteborg les employeurs désespèrent de trouver de la main-d'oeuvre, à cause de l'expansion. Le syndicat a donc connu un accroissement du nombre de ses adhérents, dans le secteur privé, mais surtout dans le secteur public.
- Quelles luttes ont été menées ?
- La première vague de protestations est venue du secteur public, car le gouvernement et le patronat ont essayé de profiter de la situation pour créer une division entre travailleurs du secteur public et du secteur privé. Le premier prétexte qu'ils ont invoqué était que les travailleurs du privé devaient gagner plus car ils ont une moins grande sécurité d'emploi. Bien sûr, cette grande campagne était liée à la question des impôts et de la reprivatisation.
Les infirmières ont réagi de la bonne manière. Elles ont mené un long combat pour leurs salaires, mais aussi pour défendre la reconnaissance de leur qualification, posant la question de l'oppression des femmes et comparant le travail qu'elles effectuent à celui qu'exigent des Si j'avais quelque chose à cacher
Je vous le dirais tout de suite 1
71-78 La Suède découvre les scandales (paru dans Internationalen du 8 octobre 1987). emplois traditionnellement réservés aux hommes.
Cependant, même si nous avons connu un accroissement des effectifs syndicaux, toute cette période est restée marquée par le déclin de l'activité ouvrière. Bien que les membres des syndicats ne soient pas satisfaits du tout, ils ne s'engagent pas dans des luttes car ils sont déçus par leurs directions tout en ne leur voyant pas de véritable alternative. Dans le champ politique, cette attitude
1) Président depuis 1969 du Parti social-démocrate suédois (près de 45% de l'électorat. membre de l'Internationale socialiste), et depuis lors Premier ministre, il avait été battu en 1976 après 44 ans de régime social-démocrate ininterrompu. En 1982 il revenait à la tête du gouvernement après la victoire électorale de son parti Il fut abattu le 28 février 1986 et le meurtrier n'a toujours pas été découvert.
2) Paru dans International Viewpoint, numéro 126, du 28 septembre 1987.
s'est exprimée à travers les sondages d'opinion. Le pourcentage obtenu par les Verts, par exemple, est monté de 2% en 1985 à 10% aujourd'hui. Dans les syndicats cette recherche d'une alternative s'est exprimée d'une façon plus modeste dans des élections où nous avons présenté des candidats soit sur des listes de membres de notre parti soit sur des listes comprenant des membres du PS et des forces indépendantes proches de nos positions syndicales.
- Qu'est-ce que cela a signifié pour votre travail dans les syndicats?
- Cette année, nous avons de grosses possibilités d'augmenter notre soutien, bien que nous ayons encore des problèmes pour amener les gens à agir. Ils sont prêts à voter pour une nouvelle direction, mais pas encore à passer à l'action militante.
A Volvo nous avons connu deux grandes victoires sur le plan électoral. Nous avons traditionnellement une place importante dans la direction syndicale de l'usine de camions Volvo de Göteborg. Dans l'usine d'automobiles l'opposition syndicale a construit une tradition dans les luttes quotidiennes pendant plus de dix ans, sans réussir à gagner une majorité dans l'un quelconque des organes syndicaux locaux. Mais maintenant membres de notre parti et des travailleurs indépendants, proches de nos positions syndicales ont obtenu une victoire électorale, pour la première fois, et pris la majorité dans la direction du syndicat des équipes de jour à l'usine d'assemblage d'automobiles. Il s'agit d'une unité de 1 500 membres, très moderne, connue comme le coeur de cette usine.
Dans d'autres ateliers nous n'avons pas encore la majorité mais nous avons gagné une importante influence dans la direction syndicale. En même temps nous avons gardé notre bastion dans l'usine de camions où nous obtenons maintenant près de 65% des votes, nous avons tous les postes de direction syndicale et presque tous les délégués d'atelier.
A Umea, tout à fait au nord, deux camarades ont été élus à la direction syndicale pour la première fois dans cette usine de 700-800 ouvriers. Dans toutes ces élections les sociaux-démocrates avaient présenté des candidats contre nous. Dans d'autres endroits de réelles possibilités se sont également fait jour comme à Atlas Copco à Stockholm où nous avons eu environ 35% des votes.
Chez les agents hospitaliers de Göteborg des camarades ont été élus à la
SANCHO Olof Palme direction d'un syndicat de plusieurs milliers d'ouvriers. Nous avons long temps été une minorité avec des positions importantes, mais aujourd'hui nous gagnons une base de plus en plus large. Et cela nous permet de prendre davantage d'initiatives. Cette année, tout spécialement, des camarades ont pu mener des activités anti-racistes, soutenir les organisations anti-racistes. Les skinheads et les fascistes ont organisé des provocations et se sont heurtés aux antiracistes. Il était donc très important que les syndicats soient capables de prendre position pour soutenir les groupes antiracistes.
- Quelles perspectives à l'ouverture des négociations ?
- Le gouvernement a déjà pris une position très agressive. Il a déclaré que "3% et rien de plus pour le secteur public" et que "s'ils veulent plus, il faudra accepter la rationalisation et une réduction des emplois !" A eux de choisir ! De l'autre côté, dans la métallurgie et dans le secteur privé les travailleurs sont enclins à la revanche. Il y a eu une redistribution considérable des richesses en Suède pendant les deux gouvernements de coalition bourgeoise et les 5 années du nouveau gouvernement social-démocrate. C'était la plus forte redistribution des revenus depuis la grève générale de 1909 qui avait commencé à inverser le rapport des forces en faveur des ouvriers.
Maintenant il y a eu un renversement de situation. Les compagnies d'exportation nagent dans l'argent et les profits. Ce gouvernement a initié son mandat par une dévaluation de 15% de la monnaie.
- Le niveau de vie des ouvriers a-t-il beaucoup baissé ?
- Cela équivaut à environ 10% des salaires réels. Le niveau de vie était au plus haut au milieu des années 70. Pour les travailleurs de chez Volvo, c'était en 1976. Del'équivalent d'un mois de salaire. Dans les deux ou trois ans nous n'avons pas perdu beaucoup. Mais nous n'avons rien récupéré et maintenant les ouvriers veulent regagner un peu de ce qu'ils ont perdu à la fin des années 70. Le problème crucial est celui de la direction et celui de la faiblesse de l'opposition syndicale à l'échelle
- Quelles sont les autres forces de gauche influençant la classe ouvrière?
- Le parti communiste officiel (eurocommuniste, ndlr), le VPK n'a qu'une faible influence dans les syndicats aujourd'hui. Je pense même pouvoir dire que notre influence y est plus grande que la sienne. Ils ont certainement plus de membres que nous mais ils n'agissent pas comme des socialistes ou des communistes dans les syndicats.
Il y a aussi le Parti communiste des travailleurs, l'AKP, pro-Moscou, il avait pris une bonne partie de la vieille base ouvrière du PC, mais aujourd'hui il s'éteint. Il peut encore produire un journal quotidien, avec, je pense, une grosse subvention de pays de l'Est. Aujourd'hui sa base la plus importante est peut-être chez les travailleurs immigrés, membres des PC dans leur pays d'origine comme le
- Et les groupes maoïstes qui étaient si puissants dans les années 70 ?
- Le groupe le plus important était le "Front populaire" marxiste-léniniste (KFml). Il dirigeait le très puissant mouvement contre la guerre du Vietnam. Aujourd'hui c'est un petit groupe qui s'appelle le Parti de la solidarité ; il soutient les Moudjahidins d'Afghanistan et combat I' "impérialisme soviétique". Sur le plan de la défense des mobilisations et des revendications ouvrières, pour la défense du pouvoir d'achat nous pouvons collaborer avec eux.
Il existe un troisième groupe maoïste stalinien ultra-gauche "troisième période", le KFmlr, qui a encore un bastion à Göteborg, bien qu'affaibli. Il est deve-
nu de plus en plus pro-soviétique et tend même à critiquer Gorbatchev comme trop démocratique. Mais il ne travaille pas dans les syndicats et ne se présente pas aux élections. Je pense que s'il recrute aujourd'hui c'est parmi les intellectuels et les travailleurs du secteur public.
- Est-ce que vous recrutez des gens au PS directement à partir des usines?
Oui. Nous avons eu un certain recrutement. Mais l'an dernier, les effectifs ont stagné, c'est à cause de nos difficultés à organiser les jeunes. On peut obtenir leur appui, mais pour l'instant ils ne sont guère enclins à entrer dans les organisations de gauche. Ils préfèrent soutenir Greenpeace ou d'autres activités de cet ordre.
- Qu'en est-il de la circulation de votre presse dans les entreprises ? Votre audience dépasse-telle vos effectifs de ce point de vue ?
- Oh oui! Mais avec des hauts et des bas. Notre activité fluctue selon les périodes. L'important c'est qu'aujourd'hui notre hebdomadaire a un contenu, une ligne que les travailleurs qui s'intéressent à la politique peuvent suivre. Au congrès du VPK, un travailleur de Dalarna, représentant du courant gauche de ce parti a déclaré qu'il n'avait pas honte de dire que lui et certains de ses camarades lisent Internationalen de préférence à la presse de
Mais je pense qu'on peut faire bien plus. Nous avons des problèmes à cause de la réduction de nos activités qui affaiblit, bien sûr, la diffusion de notre presse. Nos cadres vieillissent et nous avons du mal à recruter des jeunes, bien que nous ayons quelques jeunes travailleurs autour de nous à l'entreprise de camions, au syndicat. Mais nous avons des difficultés pour les éduquer et les convaincre de devenir membres du parti.
Les cadres de notre organisation sont de plus en plus occupés par leur famille et n'ont plus la même énergie à consacrer à la vente de la presse, etc.
Dans les premières années de notre travail chez Volvo nous passions presque toutes les nuits au travail syndical, à faire des tracts, aujourd'hui nous ne pouvons maintenir le rythme. Notre base est plus solide, notre travail plus consistant et bien mieux lié aux soucis des travailleurs, mais l'ancienne énergie a disparu. Il nous faut, pour ainsi dire, davantage de révolte, intégrer plus de jeunes.
----- pull-quotes on this page -----
SUEDE