Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URSS

Le mouvement social indépendant

· Inprecor n° 253, 16 novembre 1987 · p. 5-8 · 2 931 mots

URSS et Russie Stalinisme

LA PREMIERE RENCONTRE des structures indépendantes existant

Moscou, 20 Vek i Mir - a rendu compte de l'événement, même palette très large de préoccupations tout en se définissant par un triple non : non à la violence, non à une vérité unique, non correspondants de presse et plusieurs dirigeants du mouvement des Clubs, tels Grigori Pelmann, président du Club d'initiatives

URSS

Le mouvement social indépendant en URSS, s'est tenue à Moscou du 20 au 23 août dernier. Le nombre des clubs et groupes divers, a connu un essor spectaculaire depuis le plénum du CC du PCUS de janvier

1987, mais il est difficile d'en connaitre le chiffre exact.Cette réunion, qui rassemblait 600 personnes représentant une cinquantaine de clubs, avait l'aval des instances du parti de

Moscou, et la presse soviétique - Ogoniok, Les Nouvelles de si c'est de façon partielle.

Ces clubs, qui ont pris la dénomination d'Association des groupes d'initiative sociales (l'Anneau), représentent une au chauvinisme et au racisme.

Par ailleurs, un certain nombre de ces clubs ont décidé de fonder la Fédération socialiste des clubs, dont nous publions la plate-forme page 10.

Enfin, le 8 octobre dernier eut lieu au siège de l'agence de presse Novosti, une rencontre entre une trentaine de sociales (KSI), Boris Kagarlitsky du groupe Obschchina

(Communauté), Youri Samodourov du groupe Perestroïka et

Gleb Pavlovski, responsable de l'agence de presse indépendante qu'a fondée la réunion d'août.

Profill présente la rencontre des clubs et les débats qui eurent lieu en son sein.

Alexandre SEVERYOUKHINE

OUS LES SIGNES indiquent que le

T processus de changement en

Union soviétique est entré dans une nouvelle phase, peut-être décisive. Après le discours de Gorbatchev au plénum du comité central du PCUS de janvier dernier, la libéralisation ne se cantonne plus au domaine des mots mais commence à être mise en pratique.

"Tout ce qui n'est pas interdit est permis"

Les décisions officielles ont créé la possibilité légale de nombreuses formes d'activités sociales auparavant considérées, sinon contre l'Etat, tout du moins

"répréhensibles" et "nuisibles". Remplaçant le bon vieux "tout ce qui n'est pas autorisé est interdit", le principe opposé, c'est-à-dire "tout ce qui n'est pas interdit est permis", commence à prévaloir.

ci-dessous, qui est paru dans le journal autrichien les proclamations libérales au sommet ne changeront rien tant qu'il n'existera pas de forces réelles dans la société pour s'emparer des nouvelles possibilités ainsi offertes. La croissance d'associations, clubs et groupes embrassant toutes les tendances possibles et imaginables, a démontré que ces forces

Malgré leurs nombreux appels à l'initiative démocratique des citoyens, les autorités ont montré clairement qu'elles étaient perplexes face aux nouveaux mouvements sociaux. Même les fonctionnaires appartenant à l'aile réformiste de la direction n'ont aucune expérience de tisser des contact avec des reindépendants de couches sociales diverses. Dans la mesure où beaucoup des groupes qui ont surgi considèrent qu'il ne leur est pas nécessaire de se faire enregistrer et que d'autres, autant que possible, évitent le contact avec les autorités bureaucratiques, ces groupes sont décrits par les autorités officielles comme des "associations informelles".

Quelques unes de nouvelles organisations obtiennent rapidement un statut juridique et commencent à développer des contacts avec les médias. Grâce à la "politique de glasnost", ils gardent une relative indépendance. D'autres demeurent dans une position semi-légale, car ils n'ont pas confiance en la tolérance officielle.

La floraison des organisations de gauche Au départ, l'attention de la presse soviétique comme de la presse occidentale s'est fortement polarisée sur le groupe d'extrême-droite Pamyat (Mémoire) qui représente le chauvinisme et l'antisémitisme grand-Russes. Mais dès le printemps 1987, de nombreuses organisations de gauche se sont formées et ont commencé à susciter l'intérêt. La plus d'initiatives sociales (KSI) de Moscou, dont la formation remonte à l'automne

Les fondateurs de KSI sont les sociologues Grigori Pelmann et Boris Kagarlitsky, le journaliste Gleb Pavlovski et

Au départ, ce groupe avait quelques liens avec le magazine (plus ou moins) jeune, Komsolskaya Pravda. Plus tard, il s'est transformé en organisation indépendante dont le but, selon les mots de Kagarlitsky, est de "consolider l'aile gauche de la peres-

L'activité du KSI se base sur des idées socialistes et des traditions marxistes. Sous Brejnev, Pavlovski dirigeait le samizdat de gauche Poîski et Kagarlitsky participait au groupe clandestin Jeunes socialistes. Tous deux furent emprisonnés sous Brejnev et ne retrouvèrent leur liberté que grâce aux changements politiques qui virent le jour dans le pays.

La majorité des militants et des membres du KSI, n'ont néanmoins qu'une faible, voire aucune, expérience de participation à un mouvement politique. Ils ont été poussés directement dans la vie publique par la libéralisation. Certains d'entre eux demeurent au parti, comme c'est le cas pour Malyutin. L'un des objectifs du KSI est d'essayer de faire passer la "réforme radicale" proclamée par Gorbatchev du domaine de la théorie au sommet à celui de l'activité pratique à la base.

Au sein du KSI, des séminaires et des discussions ont été organisés. Des groupes de travail sur le problème de la jeunesse et de l'autogestion, les droits de la classe ouvrière etc. ont été mis sur pied. Le matériel et les activités du club ont été publiés dans la presse écrite

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comme à la radio ou à la télévision. Et des groupes de jeunes et d'étudiants de la "gauche radicale", dont le nombre s'est rapidement multiplié depuis le plénum de janvier, travaillent avec le club.

A côté du KSI, d'autres organisations importantes et de gauche ont vu le jour. Le club Perestroïka à Moscou comme à Léningrad rassemble de nombreux lycéens et étudiants, juristes, sociologues et économistes. A la différence du KSI, le groupe Perestroika de Moscou n'a pas un programme de travail clairement défini, et ses militants ont des opinions très variées. Tant et si bien que les membres de ce club consacrent plus de temps aux discussions internes qu'au travail pratique. Même si dans les documents du groupe Perestroïka, les principes de son activités sont définis comme socialistes, il est généralement suspecté de "libéralisme occidental" et les gens préfèrent collaborer avec le KSI, plus clairement défini idéologiquement.

Samizdat et presse officielle

A Léningrad, à côté du groupe Perestroïka relativement faible, le Conseil pour une écologie de la culture (SEK) et le mouvement démocratique et culturel Epicentre sont apparus. Une manifestation de partisans de SEK contre la démolition du vieil Hôtel d'Angleterre, fut un sujet de débat dans les principaux journaux soviétiques. Qui plus est, Epicentre a créé son propre journal, Merkur, dont des centaines de copies circulaient à Léningrad. En août 1987, Merkur eut droit à des commentaires favorables dans la presse officielle, événement sans précédent dans l'histoire des samizdats !

Les groupes de gauche importants ont également vu le jour à Vilna, à Kiev, Riga etc. En mai dernier, le plus radical d'entre eux est venu à Moscou pour la conférence des Clubs de correspondance sociale et politique (WZSPK). Cette organisation déclarait que son objectif était dès le départ d'avancer les revendications les plus radicales ("aucune collaboration avec les autorités", "combat pour un socialisme démocratique", "Autogestion révolutionnaire par les masses" etc.) Mais, à cause de divergences d'opinions dans ses rangs, l'organisation a été incapable d'adopter des documents consistants et de faire du travail.

Le WZSPK n'est pas le seul à souffrir de divisions internes. Un conflit aigu est également apparu entre le KSI et le groupe Perestroïka. Le KSI a connu une scission donnant naissance en mai 1987 à un groupe de gauche très modéré et basé sur un Fonds d'initiative sociale (FSI). Un mois plus tard, de nouvelles frictions apparaissaient et le KSI était de fait divisé en deux groupes, chacun des deux réclamant le nom de KSI. Malgré tout, le mouvement a poursuivi son développement. Un mois après la scission, un militant impliqué dans l'affaire déclarait avec étonnement que chacun des deux groupes était plus fort et plus important que le KSI originellement unifié.

Malgré tous ces conflits, les efforts pour travailler ensemble se poursuivent. Déjà au mois de mai, le conseil du KSI à Moscou décidait de tenir une conférence de tous les groupes progressistes existant en Union soviétique à la fin du mois d'août. Les autorités décidèrent de laisser se faire la conférence, à condition qu'elle soit "une réunion informelle pour le dialogue sur les initiatives sociales dans le contexte de la perestroïka". Par les luttes de factions existant dans les groupes moscovites, la préparation de cette réunion était lourde de tensions. Pourtant, le congrès s'est ouvert le 20 août, avec 250 délégués représentant 40 groupes.

Pendant les 4 jours de la réunion, de nombreux représentants affluèrent des groupes de province. A la fin des travaux du congrès, le comité d'organisation de la conférence rapportait qu'au total, 600 personnes représentant au moins une cinquantaine de groupes de toutes sortes -écologiques, démocratiques et culturels, socialistes - avaient participé à la réunion.

Unification de la gauche

Les premiers jours de la conférence furent empoisonnés par d'âpres discussions entre les délégations des groupes Perestroïka et le comité d'organisation composé par des représentants des deux fractions du KSI. Les premiers soutenaient qu'il fallait aller vers la formation d'une large union des clubs et groupes sans aucune délimitation idéologique et sans programme clairement défini. A l'inverse, le KSI présentait un projet de construction d'une Fédération socialiste des clubs.

Les discussions furent également très vives sur l'ordre du jour lui-même. Les propositions de compromis furent impuissantes à éclaircir la situation. Au même moment, les clubs politiques marxistes entraient dans une violente polémique avec quelques uns des participants à la conférence, les membres du

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groupe libéral et pacifiste Doverie (Confiance) et le Séminaire démocratie et humanisme, composé d'anciens dissidents.

Les représentants des autorités intervinrent de manière retentissante quand les dissidents prirent la parole et quand des revendications radicales furent mises en avant par les groupes socialistes et marxistes (abolition de la pré-censure, érection d'un monument aux victimes du stalinisme à Moscou, réhabilitation de ceux qui furent persécutés sous Brejnev, punition des hauts fonctionnaires du parti responsables du déclin de l'économie ou convaincus de corruption etc.). Dans les couloirs, des rumeurs circulaient sur une possible interdiction du congrès...

Dans ces conditions, les commencèrent à s'unifier. Les deux fractions du KSI et le groupe Perestroïka se mirent ensemble et, selon un participant à la conférence, "fonctionnèrent comme un commandement bien coordonné". Rapidement, on parvenait à un accord entre le KSI et le groupe Perestroïka impliquant la création simultanée de deux organisations, l'Association des d'initiative sociale au recrutement très large et au programme démocratique général, et la Fédération des clubs

Lutter contre le fascisme

Get le stalinisme

Quelques membres de la délégation de Perestroïka hésitaient et annoncèrent que de telles décisions avaient un caractère prématuré et trop radical. Au cours de la conférence, toutefois, les rapports de force se modifièrent. Les groupes jeunes radicaux (Obschchina, Jeunes communards internationalistes, la Brigade Che Guevara etc.) trouvèrent un langage commun. Ce sont eux et les clubs de jeunes non représentés au Conseil du KSI qui déterminèrent l'atmosphère psychologique du congrès à sa dernière n'avaient aucunement l'intention de repartir les mains vides mais bien avec des décisions concrètes. Sans cette détermination et cette pression, le congrès n'aurait pas été un succès.

Les événements de ces quatre jours de réunion étaient sensationnels, pour beaucoup des participants à la discussion. Dans la déclaration des clubs socialistes, qui fut lue par Boris Kagarlitsky le 23 août, l'indépendance du mouvement est proclamée, tout comme son droit à "s'exprimer de façon indépendante et de défendre leurs intérêts sans passer par quelque intermédiaire que ce que soit.

Nous reconnaissons - poursuit la déclaration - le rôle constitutionnel du PCUS dans notre société. Mais le parti ne se présente pas comme un tout homogène. Dans ses rangs se trouvent aussi ceux qui portent une responsabilité directe pour les abus et les erreurs des années passées, ceux qui ont rempli les rangs de la bureaucratie, formant cette masse de fonctionnaires qui s'autosuffisent et sont coupés des besoins et des espoirs de leur peuple. Nous nous efforcerons de soutenir les dirigeants et les simples membres du parti qui représentent des forces saines et progressistes."

Les clubs socialistes déclaraient leur ferme intention de combattre le conservatisme bureaucratique, les groupes fascistes tels Pamyat et toutes les formes d'extrémisme "qu'il vienne d'en haut ou d'en bas", de même que le "racisme et le chauvinisme, le fascisme et le stalinisme" qui existent dans certaines couches sociales et représentent une menace directe contre le mouvement social.

Les nécessaires garanties sociales

La déclaration appelle à une modification du système électoral, un élargissement de la fonction et de l'autorité des soviets dans tous les domaines, pour garantir aux clubs le droit de proposer leurs propres candidats aux élections des sosans aucune restriction, tout comme le libre accès aux médias.

Une série de participants mettaient également l'accent sur la nécessité d'élargir les garanties sociales simultanément au développement du marché afin de compenser de façon effective et démocratique la redistribution des richesses qui s'opérera par l'extension du marché. De plus, la déclaration parle de véritable autogestion des collectifs ouvriers comme garantie du succès de la réforme, et de la nécessité de mener le combat contre les tentatives bureaucratiques de manipuler les organismes autogérés.

La déclaration proclame le principe d'information, demande l'abolition de la pré-censure et la liquidation des "enfers" (fonds spéciaux) dans les bibliothèques et les archives, et appelle à la création de maisons d'édition indépendantes en coopérative, et demande la liberté de manifestation. Sur l'insistance des groupes jeunes radicaux, un point a été inclu dans la déclaration proclamant la solidarité avec les forces révolutionnaires et de gauche dans les pays capitalistes comme dans les pays du

La formation d'une agence de presse indépendante

La déclaration a été signée par 16 groupes, dont KSI, Perestroïka, Obschchina et la section moscovite du WZSPK Dans le même temps, sur la base du centre de presse de la conférence, Gleb Pavlovski a annoncé la formation d'une agence de presse. Un groupe de travail spécial a également été formé devant prendre en charge l'organisation d'une campagne pour élever un monument aux victimes de la répression. Une telle idée avait déjà été formulée au lors du 27e congrès du PCUS, mais la direction du parti avait réussi à la rejeter.

De plus, un groupe de travail sur la question de l'extrémisme (RGE) a été créé. Sa fonction est de coordonner les efforts des clubs luttant contre les nationalistes de Pamyat et le "fascisme et le stalinisme". La création d'un tel centre anti-fasciste a engendré une sérieuse inquiétude dans l'extrême-droite. Quelques jours à peine après la fin de la conférence, des inconnus l'appartement d'un membre actif du RGE, N. Lvov, et volaient tous les documents sur les dirigeants de Pamyat. Un autre militant fut menacé de "règlements de comptes". Mais de tels événéments ne peuvent changer le cours des choses. Des douzaines de groupes progressistes ont pris contact lors de la conférence, affirmant des principes communs et commençant à travailler ensemble sur diffé-

La fin de l'isolement On peut dire que le mouvement a appris à se connaître. Ses militants ne se sentent plus isolés et écrasés. Beaucoup de questions qui au début de la conférence soulevèrent de violentes polémiques et même des scissions, ont été résolues par des décisions constructives. Bien sûr, des différences entre l'aile droite et l'aile gauche du mouvement - entre les partisans d'une "pression révolutionnaire" sur la bureaucratie et des groupes plus prudents - demeurent. Mais il est clair que de telles différences d'opinion ne pas être un obstacle

Même si un grand nombre de journalistes assistèrent aux travaux de la conférence, les médias ont maintenu un silence virtuel (à la seule exception de la station de radio Mayak, qui fit un court rapport du congrès quelques jours après la fin de ce dernier). Il était très clair que les directeurs de la presse officielle attendaient une réaction d'en haut.

Pendant tout ce temps, l'information sur les discussions et les décisions prises commençait à se répandre dans Moscou et bien entendu apparaissait rapidement dans les publications samizdat. Peu de temps après, la conférence était mentionnée dans une émission de La Voix de l'Amérique. Mais les stations des pays occidentaux n'avaient aucune information sérieuse et n'offraient rien de substantiel à leurs auditeurs. Toutefois, ils ont donné

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27 =021+ un coup de pouce à la presse officielle qui dut donner l'information sur le congrès avant de se voir voler la primeur par les journalistes occidentaux.

Le 5 septembre 1987, un article relativement consistant sur la conférence apparu finalement dans Ogoniok, l'un des magazines les plus plus populaires et à plus grande diffusion du pays.

Un protagoniste réel dans la vie politique

Dans cet article, la fondation de la Fédération socialiste des clubs et la déclaration n'étaient pas mentionnées mais la couverture de l'événément était bonne. Dans le même temps, les clubs appartenant à la Fédération et l'agence de presse de Pavlovski avaient fait savoir qu'ils comptaient publier leur propre collection de matériel donnant une pleine et "inédite" version de l'activité des clubs et groupes. Pour leur part, les dirigeants de la campagne pour le monument aux victimes de la répression stalinienne ont commencé à collecter des signatures et à faire circuler plus largement leur matériel. Cette activité est à mettre à l'actif de la glasnost. Surmontant ses propres contradictions et faiblesses, le mouvement est devenu un protagoniste réel dans la vie politique du pays.

Le sens réel des décisions adoptées reste encore à analyser. Mais une chose est claire : pour la première fois dans l'ère Gorbatchev, il est possible de parler non seulement d'initiatives de réforme d'en haut mais aussi d'un mouvement social d'en bas.

Octobre 1987

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