NOUS PUBLIONS ci-dessous un article paru dans le Washington Monthly, DOCUMENT
L SEMBLERAIT que l'administration
Reagan ait finalement décidé d'agir avec intelligence. Confrontée à une opposition croissante au régime de Duarte, elle a compris qu'il valait mieux utiliser les "opérations couvertes" disputer le cœur des gens.
En 1986, avec la montée de l'influence de la gauche dans les syndicats, l'Administration Reagan, travaillant avec l'un des tentacules internationaux de l'AFL-CIO, a aidé à mettre sur pied un mouvement ouvrier parallèle à celui existant, et qui représenterait les travailleurs se défaisant de l'influence communiste. Il n'y a eu qu'un seul problème : les nouveaux syndicats n'ont même pas essayé de réveiller l'intérêt des masses. (...)
Dans tout le Salvador, l'histoire est la même : un nombre considérable de nouvelles organisations ouvrières se sont constituées pour se substituer ou concurrencer les organisations existantes. Le rôle des nouvelles n'est pas de répondre aux revendications des travailleurs mais de mettre à disposition du gouvernement un instrument de contrôle sur ces revendications. Et bien que le gouvernement comme les intéressées nient que l'AFL-CIO et le gouvernement américain aient aidé à créer ou mettre en place une politique antidémocratique et contre-productive, des documents secrets de la CIA et d'autres organismes le confirment.
Combattre le communisme
(...) La filiale latino-américaine de l'AFL-CIO, l'Institut américain pour le développement du syndicalisme libre (AIFLD) s'est organisée après la révolution cubaine pour combattre le communisme, à travers la constitution de syndicats centristes pro-américains. Cette organisation recueille plus de 90% de son budget de l'Agence internationale pour le développement (IAD) et de l'Agence d'information américaine, soit environ 20 millions de dollars, c'est-à-dire, la moitié du budget de fonctionnement de l'AFL-CIO des Etats-Unis.)
Au Salvador l'Union populaire démocratique (UPD) est devenue le plus important syndicat du pays en 1982, en grande partie parce qu'il était la seule organisation ouvrière autorisée. Ce fut la base d'appui clé à l'élection présidentielle de que les Salvadoriens soient moins dépendants de l'aide extérieure - les Etats-Unis versent près de la moitié du budget du pays, 1 million de dollars par jour - et disait que les mesures d'austérité stabiliseraient l'économie et attireraient les investissements étrangers.
Quand l'ambassade américaine s'inquiète
Les mesures ont eu un effet différent. Des groupes syndicaux centristes qui rassemblent quelque 30 000 personnes mé contents de Duarte, se sont unis aux syndicalistes de tendance marxiste. (...)
Tant les Etats-Unis, l'AIFLD que le gouvernement de Duarte nient avoir aidé à établir un mouvement syndical parallèle. mais des documents secrets américains prouvent que les trois travaillèrent en étroite collaboration au moins depuis novembre 1985 pour écraser l'agitation ouvrière. Ce mois-là le gouvernement salvadorien fournit à l'AIFLD et à l'ambassade américaine la copie d'un rapport recommandant des actions énergiques en conseillant à l'AIFLD de l'aider à mettre en place "des méthodes légales" pour contrecarrer "la paralysie" créée par le mécontentement dans le secteur public.
Il semble que les trois reconnurent que l'emploi ouvert de la force pourrait envenimer les choses. "La violence politique donnerait une crédibilité à la propagande insurrectionnelle, affaiblissant gravement l'image de marque intérieure et extérieure de Duarte" affirmait un rapport de la CIA en septembre 1985.
L'ambassade américaine et l'AIFLD semblaient disposés à empêcher que la coalition ouvrière d'opposition puisse tirer avantage de l'impopularité des mesures d'austérité, tant et si bien qu'ils créèrent une coalition pro-Duarte, l'Union nationale des ouvriers et paysans (UNOC), ainsi que des organisations parallèles appuyées par le gouvernement, tant dans le secteur public que dans le privé "Beaucoup du mérite de la création de l'UNOC revient à l'AIFLD" affirme un mémoire de l'ambassade américaine en mars 1986. "Le directeur de l'AIFLD pour le pays, Clemente Hernandez, a travaillé inlassablement pour réunir les fondateurs de l'UNOC. L'AIFLD eut à Miami une réunion avec des dirigeants ouvriers démocratiques salvadoriens plusieurs semaines auparavant pour discuter des voies de l'unification du syndicalisme démocratique et l'UNOC surgit de cette réunion".
Septembre 1987