tenuen Irlande, à Dublin du 6 au 10 juillet dernier. Près de mille à la conférence, contribution qui a pour but d'ouvrir un débat
FEMMES
Féminisme irlandais :
un modèle différent
Le troisième congrès inter-disciplinaire sur les femmes s'est femmes y participaient, venant pour la plupart d'Europe et d'Amérique du Nord, mais aussi des pays du tiers-monde.
L'article suivant, paru dans An Réabhllóid le journal de la section irlandaise de la IVe Internationale, People's
Democracy, est la contribution faite par cette organisation sur le féminisme en Irlande.
Sue PENTEL
E FEMINISME IRLANDAIS est à la
L croisée des chemins. Depuis 1983, les femmes ont subi une série de revers sur le droit à l'avortement et le divorce, elles sont aujourd'hui confrontées au chômage, à la récession et aux licenciements. Les prisonnières politiques de
Mghaberry Gaol, en Irlande du Nord, subissent toujours les humiliations et la dégradation de l'emprisonnement.
Deux modèles de féminisme
C'est pourquoi il est important d'examiner le développement du féminisme irlandais et les relations qu'il entretient avec la principale question politique qui se pose à l'heure actuelle à la classe ouvrière irlandaise : une question natioet la partition de nale non-résolue lIrlande en deux Etats instables et réactionnaires.
Si l'on regarde bien, on pourrait schématiquement dire qu'il existe deux modèles de développement du mouvement féministe. Premièrement, un modèle européen, avec un mouvement important, deuxièmement, un modèle latino-américain, avec des femmes participant aux luttes de masses révolutionnaires sur ce continent.
Nous pensons pour notre part, que nous devons analyser les particularités des problèmes auxquels sont confrontées femmes en Irlande. Regarder les les modèles européens et latino-américains peut être riche d'enseignements, mais le féminisme irlandais doit trouver sa propre voie. Dans notre approche pour analyser l'oppression des femmes en Irlande et les réponses à y apporter, nous utilisons la méthode marxiste qui situe l'oppression des femmes dans l'apparition de la société de classe et place fermement la responsabilité de lutter contre cette oppression dans les mains de la classe ouvrière. En Irlande, un pays dominé par l'impérialisme britannique, cette responsabilité échoit à la fois à la classe ouvrière et aux forces anti-impérialistes.
Le mouvement féministe en Irlande surgit dans la montée générale des luttes à la fin des années 60. Toutefois, dans ce pays, ce mouvement a toujours été faible et peu nombreux en comparaison des mouvements féministes dans les pays capitalistes avancés. Afin de comprendre cette différence, nous devons examiner quelles sont les racines des mouvements de femmes qui sont apparus avec force en Angleterre, en Europe et en Amérique du
Ces mouvements étaient essentiellement basés sur la contradiction entre d'une part, le niveau d'études et l'entrée sur le marché du travail d'une couche très large de jeunes femmes des couches moyennes, produit du boom d'après-guerre et d'autre part, leur rôle dans la famille. Dans un sens, le féminisme, un mouvement de femmes organisées de façon autonome autour de leur oppression en tant que sexe, peut être caractérisé par son rejet de la famille. C'est pourquoi, internationalement, les féministes ont donné la priorité aux questions en rapport avec le rôle des femmes dans la famille, la sexualité, la reproduction, etc.
Les particularités de la société irlandaise
Mais les pré-conditions sociales et économiques pour une radicalisation similaire des femmes des couches moyennes n'existent pas en Irlande. De plus, existent de puissants obstacles politiques et idéologiques au développement des idées féministes au sein de la société irlandaise. Ils sont le produit direct de la domination impérialiste, qui se réflète dans l'arriération de l'économie, le rôle idéologique de l'Eglise et les effets de la partition du
A cause de ces particularités de la société irlandaise, le mouvement des femmes qui existe est petit et fragmenté.
Il est absolument clair que ce petit noyau ne transcroîtra pas en un mouvement féministe quasiment de masse comme ce fut le cas en Europe et qu'il serait erroné de transposer le modèle féministe européen à la société irlandaise.
Mais si la domination impérialiste est la clé pour comprendre le sous-développement économique et social, il ne faut pas pour autant négliger le rôle de l'Eglise. La partition imposée a entraîné la création de deux Etats artificiels. Le lieu commun selon lequel les femmes du Nord vivraient dans une société "libérale" est totalement faux. La domination de l'éthique moyennageuse des unionistes d'Ulster sur le Stormont Parliament (1) (rappelons par exemple qu'ils étaient pour la fermeture des jardins publics le dimanche) a eu les mêmes conséquences pour les femmes des six comtés (le Nord) que celle de l'Eglise catholique dans les 26 comtés (le Sud). Au Nord, le droit au divorce était très sévèrement res-treint, l'avortement et l'homosexualité illégaux, les possibilités de garde d'enfants pour les femmes qui travaillaient quasi inexistentes.
Des problèmes similaires dans les deux Etats Bien que des réformes aient été effectuées sous l'administration directe de la Grande-Bretagne, après l'abolition du Stormont Parliament, notamment dans le domaine du divorce, de l'homosexualité et de la violence domestique, dans les deux Etats, l'avortement est toujours illégal, et les problèmes économiques et sociaux que doivent affronter les femmes sont très similaires.
L'oppression des femmes est commune aux deux etats. Si la partition a créé deux entités politiques et légales distinctes, elle a aussi divisé la classe ouvrière et les femmes. Nous devons lutter contre cette division et construire un mouvement des 32 comtés basé sur des objectifs com-
Si l'on examine le rôle de l'Eglise dans la société irlandaise, il est identique à celui qu'elle joue en Amérique latine. Le pouvoir et l'influence de l'organisation religieuse est particulièrement forte dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, à cause de l'arriération économique et de la protection accordée à la hiérarchie religieuse par l'impérialisme. Dans de nombreux pays, comme en Irlande, il n'y a pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et même quand il existe une séparation officielle, le dogme et les coutûmes religieux demeurent bien qu'en Amérique latine, l'Eglise catholique et romaine soit en crise, divisée entre une aile pro-Vatican et une aile qui se réclame de la théologie de
Le poids de l'Eglise et la force relative (même si la famille n'est plus l'unité économique prédominante de la société irlan1) Nom du Parlement régional d'Irlande du Nord, suspendu en 1972 et remplacé par l'administration directe du Parlement de Grande-Bretagne.
daise) pose un problème politique aux féministes de ces pays. Les grossesses non désirées posent en Amérique latine des problèmes aux dimensions catastrophiques pour des masses de femmes, mais qui ne les mobilisent pas. C'est aussi vrai en Irlande. Ainsi, les femmes ont moins de contrôle sur leur fonction reproductive que les femmes des pays capitalistes avancés. Si nous regardons qu'elle est la place des femmes dans la main-d'œuvre, nous voyons que la société irlandaise a ses spécificités. Bien que les femmes demeurent faiblement intégrées au marché du travail, leur position est toutefois moins précaire en comparaison de la majorité des pays sous-développés. Des statistiques récentes montrent que la main-d'œuvre est à 27,6% féminine dans les 26 comtés, alors que la moyenne est de 37,9% pour la communauté économique européenne. En Irlande du Nord, l'emploi des femmes est identique à la moyenne de la CEE, c'est-àdire 37% environ.
Comme en Amérique latine
Bien que la place des femmes se soit renforcée sur le marché du travail, leur rôle dans les syndicats est moindre qu'en Angleterre par exemple, en terme de positions dans les syndicats, de commissions femmes, etc., bien que les femmes aient été en pointe dans des luttes importantes comme celles des vendeuses des magasins Dunnes (2) et les protestations contre les coupes budgétaires dans la santé. Quand nous regardons quelle est la participation des femmes aux luttes de la classe ouvrière, elle est analogue aux expériences latino-américaines.
Historiquement, les luttes des femmes en Amérique latine se sont développées en relation étroite avec le mouvement social en général. Confrontées à une profonde crise économique, à la détérioration du niveau de vie et à la dégradation des droits politiques, les femmes ont dû y répondre. Des millions de femmes ont pris part aux luttes syndicales et paysannes. même temps, le développement des bidonvilles et des ceintures de pauvreté autour des villes a produit un mouvement populaire urbain composé pour l'essentiel
Quant aux luttes sur les droits démocratiques, les femmes ont pris une part primordiale. Les comités de familles de prisonniers politiques et de disparus se sont formés dans différents pays d'Amérique latine, le plus connu étant les Mères de la place de Mai, qui sont devenues l'avant-garde du mouvement pour le rétablissement de la démocratie en Argentine. Les femmes se sont également organisées en masse pour assurer la simple survie économique.
En Irlande, les femmes ont joué un rôle dirigeant dans les luttes ouvrières et anti-impérialistes, notamment dans tous les moments de grande crise. Par exemple la Ligue des femmes pour la terre fut créée à cause de la répression qui s'était abattue sur la Ligue pour la terre, entièrement composée d'hommes. Fondée en 1881,
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cette organisation comptait plus de 500 sections en 1882 et ce, grâce à sa politique militante de lutte contre l'éviction de leur terre des paysans paupérisés et comités indépendants dans l'ensemble du pays. Des sections enfantines furent également créées, leur fonction étant d'apprendre aux enfants
Dans toutes les luttes importantes de la classe ouvrièrs irlandaise, les femmes ont été au premier plan, depuis leur participation à l'insurrection de 1916 dans l'armée des citoyens d'Irlande organisée par James Conolly ; dans la lutte pour le suffrage universel au travers de l'organisation de femmes du mouvement républicain, dans la formation des Comités d'action des familles (RAC) en soutien aux prisonniers politiques dans les six comtés, contre la politique de criminalisation du gouvernement britannique.
Remise en question des rôles traditionnels
Les RAC ont quelques similitudes avec les comités de parents de prisonniers et de disparus en Argentine et au Chili. L'activité des femmes à l'intérieur de ces comités est une extension directe de leur rôle dans la famille, elles y sont présentes en tant qu'épouses et mères.
En devant actives sur ces questions, les femmes remettent en question, en même temps, leur rôle familial traditionnel. Bien sûr, cela ne signific pas automatiquement qu'elles deviennent des militantes féministes. Ici, la similitude s'achève. Bien que la forme d'action soit similaire, le développement politique des luttes de femmes en Amérique latine est beaucoup plus important, correspondant au niveau plus avancé de la lutte révolutionnaire sur ce continent.
Si dans certains pays latino-américains le féminisme demeure faible et isolé, dans d'autres, comme le Mexique ou le Chili, un réseau d'organisations féministes intégrant des femmes partie prenantes de luttes populaires comme des féministes, se développe.
La faiblesse du féminisme irlandais peut être liée à la grande faiblesse et au manque de développement de la lutte antiimpérialiste irlandaise, et en particulier, la faiblesse du marxisme révolutionnaire irlandais.
Si l'on compare la vie des femmes irlandaises à celles d'Europe et d'Amérique latine, on peut voir que l'Irlande combine des traits propres aux sociétés néocoloniales et d'autres, caractéristiques des pays européens.
Le féminisme irlandais ressemble beaucoup plus aux petits groupes de féministes qui existent en Amérique latine, écrasés par les luttes sociales de masse où les femmes sont présentes. Malgré cela, l'existence du féminisme irlandais est elle-même due à la force et au poids du mouvement féministe dans les pays impé-
Le féminisme est un mouvement international et nous devons en tirer force et soutien. C'est l'autonomie et l'indépendance du mouvement féministe qui lui ont permis, au départ, de se développer. Aujourd'hui, il ne s'étendra plus en se cantonnant dans un splendide isolement.
Bien qu'il soit encore faible, le mouvement féministe terrorise les hommes qui dominent les partis politiques bourgeois, qui dirigent l'Eglise, qui dirigent le qui dirigent le mouvement anti-impérialiste.
Bien sûr, cet effet provoque la crainte et a pour conséquence de cantonner les femmes dans leurs traditions différentes. Ce n'est que si le mouvement féministe est capable de se tourner hardiment vers la classe ouvrière et le mouvement antiimpérialiste, qu'il pourra commencer à
La place de ces dirigeants doit leur être disputée, et doit l'être sur des questions importantes pour les femmes comme le droit de choisir. Ce n'est qu'ainsi que les revendications pour la libération des femmes pourront être reprises centralement par le mouvement anti-impérialiste et le mouvement ouvrier.
Août 1987
2) En mai 1986, les vendeuses d'un supermarché Dunnes, à Dublin, se sont mises en grève pour boycotter les produits d'Afrique du Sud.
----- photo credits and running heads -----
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