Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YOUGOSLAVIE

Editorial de Mladina

Inprecor n° 255, 14 décembre 1987 · p. 10-11 · 556 mots

Europe de l'Est Ex-Yougoslavie

Document

Editorial de Mladina L Y A JUSTE UN AN certains organes de presse, serbes pour la plupart, ont lancé une campagne pour la réhabilitation de Milos Zanko, autrefois figure politique croate éminente qui, au début des années 70, avait attiré l'attention sur l'augmentation du chauvinisme national en Croatie et sur l'attitude passive du parti croate face aux manifestations d'intolérance nationale. Cet avertissement coûta très cher à Zanko. Il dut démissionner de toutes ses fonctions officielles et ce n'est que 16 ans plus tard, bien après qu'il ait été prouvé qu'il avait raison, qu'on lui rendit hommage publiquement.

A la mi-septembre, lors d'une réunion avec des éditeurs de journaux, Dragisa Pavlovic, président du Comité de ville du parti à Belgrade, a dit que des déclarations publiques sans retenue et hystériques légitimaient les options revanchardes, un seul mot dans un journal pourront parfois suffire à déclencher des réactions incontrôlées. "Combien de vitrines de boutiques d'Albanais devront-elles être brisées ?" demande-t-il, "pour que nous soyons concaincus que le sentiment anti-Albanais n'existe pas seulement dans les déclara-

Page 11

tions des organes les plus hauts du parti, mais existe aussi dans la rue ?"

Quelques jours auparavant, Politika, naguère le plus respecté des journaux serbes, a publié un article dans lequel il informait ses lecteurs que le silence qui s'était étendu sur Paracin après l'acte sanglant d'Aziz Kelmendi, était brisé par la musique en provenance des boutiques albanaises. Le résultat final d'un tel écrit avait tout d'abord été porté à la connaissance des éditeurs par le président de la maison d'édition Politika, Dr. Zivana O1bina, puis par le directeur de Politika, Dr. Ivan Stojanovic, qui avait pris ses distances de la politique éditoriale du journal. Une lutte politique sans merci

Ces événements marquaient le début d'une lutte politique sans merci en Serbie, qui passa rapidement des coulisses au devant de la scène. Slobodan Milosevic, président du Comité central du parti serbe, qui s'était déjà fait l'avocat de l'usage de la répression contre les opposants politiques et "idéologiques", n'était pas non plus difficile quant au choix de ses méthodes : brisant toutes les règles statutaires, lors d'une réunion du Comité central du parti serbe présidée par lui-même, il s'assura de l'exclusion de Dragisa Pavlovic de la présidence du parti, acte exprimait la désunion, faisait obstruction à l'application des résolutions adoptées, dans le but de surmonter les problèmes sociaux les plus difficiles, surtout dans l'exécution résolue de nos tâches politiques au Kosovo"

La plate-forme d' "unité" formulée de cette façon est tout simplement un appel à un réglement de comptes, et à l'application de toutes les méthodes qu'on peut trouver dans l'arsenal des néo-staliniens yougoslaves. Il s'agit clairement d'une plate-forme du nationalisme serbe. Si cette plate-forme entraîne des actes et que les émotions submergent la raison, cela mènera indubitablement vers un retour au XIXe siècle de la part de la Serbie. La Yougoslavie entrerait alors dans sa crise politique la plus grave depuis la guerre.

Le règlement de comptes avec Dragisa Pavlovic conduira sans aucun doute au règlement de comptes avec tous les intellectuels qui pensent de façon démocratique et internationaliste. Milos Zanko c'est le passé. Dragisa Pavlovic, lui, c'est notre présent. Il est important que nous ne nous

Mladina ; 2 octobre 1987 toïna) ; ou quand on tue un civil pour de bon (comme c'est arrivé à un vieil homme

Une erreur sur cette page ?