Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER POLOGNE

"Nous entendons représenter les opprimés"

Inprecor n° 256, 28 décembre 1987 · p. 8-11, 11 · 3 191 mots

Pologne Syndicalisme

POLOGNE-EXCLUSIF

"Nous entendons

Interview de Jozel Pinior Jozef PINIOR : Trésorier régional de Solidarité de Basse-Silésie, il entre dans l'histoire comme celul qui, peu avant l'instauration de l'état de guerre, aura retiré de la banque 80 millions de zlotys - argent qui servira à financer l'activité clandestine du syndicat. En novembre 1982 Il prend la tête du Comité régional de grève (RKS) de Basse-Silésie et entre au sein de la Direction nationale clandestine (TKK) de Solidarité. Participe à l'élaboration de la "ligne des usines" - une orientation combative qui sera mise en pratique dans sa région. Arrêté en avril 1983, il sera libéré à l'été 1984. Depuis, il a notamment été condamné à... rembourser les 80 millions de zlotys utilisés pour financer l'activité syndicale clandestine. Entre septembre 1896 et octobre 1987 il fait partie du Conseil provisoire national (TRS) de Solidarité qui agit au grand jour. En novembre 1987, Il participe à la fondation du Parti socialiste polonais, dont il est le vice-président du Conseil général. Depuls lors, il n'exerce plus de fonctions au sein d'organismes dirigeants de

INPRECOR : Que pensez-vous des résultats du référendum ?

- A mon avis, ils reflètent surtout la méfiance envers le pouvoir, envers l'ensemble de la politique de l'équipe du général Jaruzelski depuis le 13 décembre 1981, et non une méfiance envers les changements proposés dans l'économie. Les Polonais ont dit "non" au régime de cette équipe. La société est en faveur des réformes économiques et politiques, mais en faveur de réformes authentiques et non d'une farce qui devait être légitimée par le référendum.

• Mais l'introduction d'énor-mes hausses des prix constitue un des aspects de la réforme économique du général Jaruzelskl. Ne peut-on donc pas penser que le résultat du référendum constitue également un refus de ces hausses ?

- Les gens ont du mal à accepter une paupérisation croissante, et cela sans aucune des garanties que donne la possession des libertés civiques et politiques, même à un niveau aussi élémentaire que celui du pluralisme syndical et du droit à défendre ses propres intérêts grâce à une représentation syndicale indépendante. Lorsqu'on possède de tels droits et garanties, alors on peut discuter des augmentations des prix, des sacrifices matériels. Mais une telle discussion est impossible en l'absence des libertés politiques et

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syndicales élémentaires. Il est évident que le résultat du référendum a également été une réponse aux projets gouvernementaux de hausse des prix.

• Pensez-vous que les travailleurs seraient prêts à accepter des hausses des prix en échange du pluralisme syndical, et qu'ils ne profiteraient pas immédiatement de la légalisation de leur syndicat indépendant pour imposer une compensation salariale aux augmentations des prix?

- Non, il s'agit là de quelque chose d'inimaginable. Et le pouvoir ne raisonne pas en ces termes, il n'a nullement l'intention de compenser les hausses des prix et la paupérisation croissante de la société en lui octroyant les libertés syndicales. Sans aucun doute nous assisterons en Pologne à la lutte de la majorité de la société pour une vie matérielle décente, à une lutte sur des questions les plus élémentaires. C'est le résultat de l'"albanisation" qui avance d'année en année, d'un énorme appauvrissement. Les gens n'ont plus rien à perdre, ils n'ont pas d'avenir. Leur niveau de vie est trêmement bas, et il est encore menacé de

Nous serons les témoins de réactions naturelles, d'explosions de luttes pour l'amélioration des conditions de vie. Mais ces luttes vont se cristalliser au niveau politique, en tant que luttes pour les libertés syndicales, les droits autogestionnaires et les libertés politiques. Pologne nous avons affaire à une telle conscience sociale, il est peu probable que l'expression de ces luttes soit différente. Il est inimaginable que la résistance aux hausses des prix et la défense du niveau de vie ne soit pas liées à la lutte pour les libertés syndicales ou qu'on puisse lutter pour les libertés syndicales sans en même temps lutter en défense du niveau de

• Un des phénomènes nouveaux de la résistance sociale est l'apparition des initiatives pour légaliser les syndicats indépendants d'entreprise. Je sais que vous soutenez ces initiatives...

- Dans la région de Wroclaw naissent actuellement à la base, des comités constitutifs de Solidarité, qui tentent d'imposer l'enregistrement des organisations syndicales indépendantes à l'échelle de l'entreprise. Il s'agit bien évidemment d'une manifestation de la situation sociale, dont nous avons parlée. C'est avant tout le mouvement de gens jeunes, jeunes ouvriers de 18-20 ans qui n'étaient pas dans Solidarité en 1980-81 et qui sont entrés dans la vie active après l'instauration de l'état de guerre. Ils commencent à découvrir aujourd'hui en quoi consiste l'activité revendicative classique. La forme de ces comités constitutifs du syndicat Solidarité au niveau de l'entreprise est

Jozef Pinior (DR)

pour eux très attractive, car il s'agit à la fois d'un moyen de lutter pour le droit d'activité syndicale légale et d'un moyen d'agir à découvert. D'où l'intérêt des jeunes pour cette idée. De tels comités sont apparus en Basse-Silésie dans plusieurs entreprises : à Polar, dans la fabrique d'armements Hydral, dans la mine de Walbrzych, dans l'usine Dolmel bastion traditionnel de Solidarité à Wroclaw. Nous verrons comment cela se développera. Je pense que ces comités doivent franchir deux étapes. La première relève d'une question organisationnelle élémentaire : il faut trouver dix courageux qui décideront de constituer un tel comité. Je le répète, courageux, car bien que la constitution d'un tel comité soit formellement légale, ce dernier est immédiatement confronté à la répression de l'administration et de la SB (police politique ndlr). Solidarité tente depuis sept ans déjà de franchir ce premier seuil. Mais ce qui sera décisif pour le succès du comité, c'est le franchissement de la seconde étape : l'élaboration d'un programme syndical au niveau de l'entreprise, c'est-à-dire d'un programme grâce auquel les travailleurs de l'entreprise en question pourront s'identifier avec cette dizaine de courageux. Il s'agit là d'un programme de revendications très concret, de revendications qui pourraient être satisfaites dans le cadre des rapports entre le comité constitutif et le directeur de l'entre-prise. Il faut que les travailleurs puissent à nouveau oser lutter, ne serait-ce que sur des questions élémentaires, l'amélioration des conditions de travail, la sécurité, tout ce qui peut être obtenu sans se confronter aux autorités supérieures. Si les comités en sont capables, s'ils élaborent de tels programmes, alors ce sera un succès. Ils ne doivent même pas obtenir d'emblée une victoire, ce qui est important, c'est qu'ils formulent des revendications et entament une campagne pour leur satisfaction. Alors ils obtiendront le soutien massif des travailleurs dans leurs entreprises. • Une telle manière de présenter les tâches du syndicat n'apparalt que rarement dans la presse indépendante, pour ne pas parler des déclarations des instances dirigeantes de Solidarité. Par contre, beaucoup de place est consacré à la question de la nécessité d'instaurer le marché libre... - Au sein de l'opposition polonaise existe un problème général. A mon avis on peut le résumer de la manière suivante : nous avons besoin d'une opposition pluraliste. Il y a sept ans, Solidarité était tout à la fois une plate-forme d'identité nationale, un syndicat au sens classique du terme, la lutte pour le marché libre... Divers mouvements coexistaient au sein de Solidarité. C'était un mouvement social qui s'est avéré être un excellent moyen de lutte contre le totalitarisme. Pendant ces sept années, le paysage s'est cependant modifié. Nous assistons à l'évolution de ce système - je ne sais pas si on peut appeler cela une réforme, mais le système pas moins. L'opposition change également. La société indépendante est apparue; la société est devenue un sujet politique. Voilà pourquoi cette forme d'unité caractéristique de Solidarité d'il y a sept ans est finie, qu'elle ne sert plus à grand chose. On assiste à une très claire formalisation de l'opposition entre deux pôles opposés. D'un côté nous avons Marcin Krol et son journal Res Publica (1) ainsi que les sociétés économiques qui tentent de se former et d'agir en faveur d'une économie classique de marché libre, de l'autre, à gauche, se forme le Parti socialiste polonais (PPS). Nous sommes dans une période de diversification de l'opposition. Pour la bonne santé de l'opposition et plus généralement de la société indépendante, cette diversification et cette tiques et des idéologies sont importantes et utiles. On pourrait avoir l'impression que tout cela se fait au détriment de Solidarité, mais c'est faux, car il ne s'agit que d'un développement naturel de Solidarité. L'ancienne formule de Solidarité ne tient plus. Tout ce qui était regroupé au sein de Solidarité, se développe aujourd'hui à l'extérieur, sous la forme de plate-formes idéologiques plus claires.

Si l'on prend Solidarité en tant que syndicat, ce qui est pour moi le plus précieux, c'est ce qui se passe dans les entre-

1) Res Publica : revue indépendante se réclamant de la droite "néo-conservatrice", seule publication d'opposition légalisée (en 1986) par le gouvernement de Jaruzelski. Le courant néo-conservateur critique Solidarité pour son jusqu'au-boutisme" au nom d'une prétendue opposition réaliste et constructive au pouvoir en place.

Sociétés économiques : indépendantes de promotion de l'entreprise privée, qui commencent à apparaître dans le sillage de la réforme économique. L'une d'elles, à Cracovie, a obtenu sa reconnaissance légale

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prises, c'est à dire l'activité des comités constitutifs dont j'ai parlé, celle des commissions clandestines d'entreprises de Solidarité, et aussi le développement de la presse syndicale. En parlant de presse syndicale je pense aux journaux indépendants édités dans les entreprises par les commissions clandestines. C'est ce niveau de lutte syndicale qui m'est le plus proche.

• Que pensez-vous de la lettre de 22 dirigeants syndicaux adressée en septembre dernier à Lech Walesa, dans laquelle ils soulignent le danger de voir Solidarité perdre son identité syndicale et insistent sur l'urgence d'élaborer un programme revendicatif comme celul dont vous avez parlé, mais au niveau national ?

- Je pense que jourd'hui dans une situation où l'articulation des revendications au sein de Solidarité se fait à différents niveaux, mais avant tout à la base - dans les commissions clandestines d'entreprises, mités constitutifs agissant au grand jour, de la presse syndicale (et je souligne encore, celle qui est éditée dans les entreprises), mais aussi au niveau des régions et sous diverses formes au niveau national, tant par le biais de la plate-forme des vingt-deux, ou celle de la Commission exécutive nationale (KKW), que d'une autre manière. Tout cela devrait aujourd'hui être renforcé par une certaine plate-forme politique, et de là découle l'idée de constituer le PPS. Il me semble que le moment est venu de lutter pour que les groupes socialement et économiquement opprimés deviennent sujets politiques, que c'est le moment pour renforcer la lutte syndicale au niveau élémentaire des entreprises, par l'élaboration d'une plate-forme politique. Nous pensons que telle devrait être la tâche d'un parti politique, concrètement le PPS. Nous voulons, grâce au PPS, donner une force politique aux groupes socialement opprimés.

• Pourriez-vous présenter les buts que se fixe le PPS ?

- Ce qui est nouveau dans l'expérience politique que constitue la création du PPS, c'est que nous déterminons clairement les intérêts sociaux que nous voulons représenter. Il s'agit d'une nouveauté par rapport à Solidarité en tant que mouvement social anti-totalitaire qui exprimait divers intérêts, avant tout ceux des groupes socialement opprimés, mais pas seulement ceux-là. D'ailleurs Solidarité en est toujours à ce point. Au contraire, nous pensons que le temps est venu d'exprimer ces intérêts plus clairement, qu'il est temps de prendre franchement position. C'est ce que fait le PPS. Nous n'entendons pas représenter la société dans son ensemble, mais seulement les intérêts de certains de ses secteurs, c'est-à-dire des ouvriers et plus généralement, de tous les opprimés socialement et économiquement. Il s'agit là d'une modification qualitative dans le paysage politique de notre pays, constitué

- Eh, viens, ils ont découvert que c'est toi qui avais raison

(Szymon Kobylinski-Polityka) par les changements économiques introduits par le pouvoir, de la paupérisation de la société, de l'évolution du système, et nous voulons y apporter la force politique de ces groupes sociaux. Ces groupes, tant bien que mal, deviennent un sujet social au niveau syndical, bien que cela soit illégal, et aussi au niveau autogestionnaire. Mais il est nécessaire de constituer un sujet social qui puisse en faire une force politique. Le PPS, c'est une sorte d'autoconvocation à la gauche. Aujourd'hui en Pologne, on peut lutter pour le marché libre ou faire ce que fait l'Eglise - je pense à la défense de l'identité nationale - mais il faut également lutter en défense des opprimés. Et c'est notre choix. Bien sûr, gauche regroupée au sein du PPS n'est pas divers courants, groupes opinions y existent. A Wroclaw, par exemple, nous avons entre autres, groupes anarchisants, d'autres qui sont typiques de ce qu'on nomme la

Get enfin des sociaux-démocrates dans le sens traditionnel du terme. Le PPS aspire à devenir un pôle de regroupement de la gauche. Son nom fait référence à une tradition avec laquelle nous sommes tous d'accord. Le PPS était un parti qui ne s'est aucunement compromis dans l'histoire de la Pologne (2). Nous verrons comment cette référence à la tradition du PPS va se concrétiser au niveau programmatique, et quelle variante programmatique sera domi-

• Le programme du PPS n'est pas encore élaboré ?

- Pour le moment existe seulement une déclaration politique élémentaire, dans laquelle nous présentons ce que nous voureprésenter les groupes socialement opprimés et leur donner une force politique, et nos objectifs de lutte : les libertés syndicales, les droits autogestionnaires, les libertés politiques pour les ouvriers, le droit de refuser le service militaire, la protection de l'environnement, l'abolition de la peine de mort, etc., c'est-à-dire les buts classiques de la gauche dans le monde entier. Nous affirmons clairement que nous n'acceptons pas le système constitutionnel de la Pologne populaire, par exemple l'hégémonie constitutionnelle du Parti communiste. Maintenant, sur la base de cette déclaration, nous avons commencé l'élaboration du programme. Le statut provisoire que nous avons adopté garanti le droit de présenter diverses plate-formes politiques et de s'organiser autour d'elles au sein du parti.

al Le guotidien français Liberation

(3) a laissé entendre que le PPS se réclame de la doctrine sociale de rEglise Cela semble étre contradictoire avec la tradifion du PPS, parti qui au travers foutes les phases de son histoire fut strictement laïc...

- Il s'agit là d'une confusion. Dans notre déclaration de principes nous constatons que le PPS historique - celui d'avant la Première et la Deuxième Guerre mondiale - avait été un parti anticlérical. Dans le système totalitaire où nous vivons, la situation est très différente. Le PPS actuel ne sera pas un parti anticlérical, car les temps ont changé, et nous pensons qu'au sein de notre parti, des socialistes animés par la doctrine sociale de l'Eglise et de Jean-Paul II pourront trouver

• Cela signifie-t-il que le PPS espère regrouper aussi bien des socialistes d'inspiration chrétienne que, par exemple, des marxistes ?

- Oui, bien sûr, et c'est cela qui a été mal compris par Libération. Je pense que notre position à ce sujet est très claire.

Pour terminer, je souhaiterais que vous expliquiez le caractère de la manifestation organisée à Wroclaw par l'Alternative orange à l'occasion de l'anniversaire de la révolution d'Octobre. Vous avez pris part à cette manifestation. Des informations contradictoires furent publiées : d'une part qu'il s'agissait d'une démonstration politique, dont les participants exigeaient notamment la réhabilitation de Léon Trotsky et, d'autre part, qu'il s'agissait d'une blague d'étudiants. Qu'en est-il ?

2) Le mouvement socialiste polonais fut divisé dès ses débuts entre une aile révolutionnaire internationaliste, la Social-démocratie du royaume de Pologne et de Lithuanie (SDPiL) dirigée par Rosa Luxembourg, et une aile indépendantiste, le Parti socialiste polonais (PPS) fondé er 892. Ce demier se divisa en deux en 1906. Le PPS. Gauche fusionna en 1918 avec la SDKPil pour former le Parti communiste. D'autre part le PPS-Fraction révolutionnaire, entama la lutte armée (terroriste) pour l'indépendance nationale. En 1918 ses militants reconstituèrent avec d'autres groupes le PPS sur une base réformiste et anticommuniste social-démocrate. Ce parti fut le Sous fondation aver are de Predes an

Occupation nazie, Lappareil du PPS passa à la clandestinité sous le nom de Libeté-Egalité-Indépendance (WRN) et joua le rôle dirigeant dans les structures politiques (et non militaires) de l'Etat clandestin polonais. A la in de la guerre certains socialistes acceptèrent de recons ituer un PPS légal dans le cadre fixé par les staliniens, ce arti fusionna avec le parti stalinien polonais en 1948 pour ormer le POUP. Pour sa part le PPS-WRN resta clandes tin, refusant de reconnaître le pouvoir stalinien, par lequel il fut brisé. Le secrétaire général du PPS-WRN, Kazimierz Puzak mourut en prison en 1951. Après 1948, le courant socialiste organisé et se réclamant des traditions du PPS cessa d'exister jusqu'à l'apparition en novembre demier d'un parti de ce nom.

3) Libération du 28-29 novembre 1987.

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- L'Alternative orange fait partie du mouvement de la culture alternative. Depuis un certain temps, elle organise à Wroclaw des actions de rue sous forme de happenings. Leur contenu est à la limite de la culture et de la politique et relève du surréalisme. Cette forme a très bien pris à Wroclaw. L'Alternative orange avait commencé par des actions élitistes, auxquelles ne prenaient part que quelques personnes, mais cela s'est transformé en actions de masse, au cours desquelles la police a arrêté, pour quelques heures, jusqu'à 150 personnes, ce qui est déjà un fait politique important. Le fondateur de l'Alternative orange est un jeune écrivain indépendant de Wroclaw, Waldemar Hydrych. Il ne s'agit pas d'un groupe constitué, mais plutôt d'un centre d'initiatives qui propose des actions concrètes et invite les diverses organisations indépendantes - Solidarité, le Mouvement liberté et paix (WIP) et maintenant aussi le PPS - à y prendre part. Je suis personnellement un chaud partisan de l'Alternative orange et je ne manque pas de participer à ses actions de rue. En ce qui concerne le happening organisé à l'occasion de l'anniversaire de la révolution d'Octobre, il s'agissait d'une version surréaliste des cérémonies classiques organisées par le pouvoir à cette occasion. Environ 150 personnes - des

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étudiants, des lycéens, des groupes de culture indépendante, des militants de Solidarité - ont participé à ce happening, où chaque groupe était venu avec ses propres slogans. Par exemple un des groupes est venu avec une banderole portant "Nous soutenons Boris Eltsine". Imaginez-vous le surréalisme d'une telle situation ! Un autre groupe portait une banderole avec l'inscription : "Nous exigeons la pleine réhabilitation du camarade Léon Trotsky" Il est bien évidemment difficile de dire, où finissait le comportement surréaliste où commençait la philosophie politique. Je pense que ces deux aspects étaient présents, que sans doute les gens qui portaient la banderole sur Trotsky devaient avoir quelque chose de commun avec lui, bien qu'en Pologne, il y ait une bonne dose de surréalisme dans une telle référence. La dernière action de l'Alternative orange fut un happening organisé deux jours avant le vote autour du référendum. Les participants s'y livraient tous à une parodie d'autocritique politique et déclaraient qu'ils voteraient "deux fois oui". La police a encore arrêté pour quelques heures près de 150 personnes.

Propos recueillis au téléphone le 4 décembre 1987

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