SENEGAL Front des révolutionnaires pour les élections
Des élections législatives et présidentielles se tiendront au Sénégal au cours du mois de février. Rare pays africain à admettre le pluralisme politique et syndical, le Sénégal passe généralement pour un exemple de démocratie "à l'occidentale". Abdou Diouf l'actuel président de la République use et abuse de cette étiquette sur la scène internationale. Les institutions sénégalaises ont été un moyen de canaliser une opposition très diverse, allant de courants bourgeois à de petites organisations d'extrême-gauche. Cette apparente liberté d'expression a pourtant constitué une impasse pour beaucoup d'organisations qui, ayant obtenu le droit à une existence publique, n'ont eu de cesse de respecter le cadre offert par le pouvoir afin d'éviter les mobilisations et ne pas mettre en péril leur "existence" politique. C'est ainsi que se sont comportées les trois lambeaux du courant pro-soviétique, se disputant entre eux quelques fractions du syndicalisme enseignant mais incapables d'œuvrer à une véritable activité poli-
Le Parti socialiste, parti au pouvoir, membre de l'Internationale trouve dans le PS français un parrain attentif. Un bon exemple de la duplicité de l'idéologie officielle a constitué dans l'organisation d'un show international anti-apartheid à Dakar en 1985 tout en y interdisant la présence de l'opposition et en réprimant une manifestation de celle-ci en faveur des Noirs sud-africains.
Dans ce contexte, les élections sénégalaises conservent évidemment un caractère très formel. Le trafic des listes électorales est certes généralisé mais, au travers de la corruption, le pouvoir bénéficie aussi d'une base réelle. En vue de ces prochaines élections on a donc assisté, comme lors des précédents scrutins de 1983, une large cooptation d'intellectuels et d'ex-opposants dans les rouages du pou-
Des scissions bien organisées, comme celle du Parti démocratique séné galais (PDS), viennent à point nommé pour exhiber quelques anciens opposants ralliés au pouvoir.
Un certain nombre d'organisations d'opposition, dont le PDS, avaient constitué l'Alliance démocratique sénégalaise (ADS) afin de mener une bataille permanente et unitaire sur le terrain des libertés démocratiques. Ce cadre ne devait pourtant pas résister à l'approche des élections, le dirigeant du PDS, Abdoulaye Wade, s'étant de lui-même, présenté comme candidat au rôle de représentant unique de l'opposition. Or, constatant le cours de plus en plus droitier de ce parti (Wade est devenu vice-président de l'Internationale libérale !) deux autres organisations, elles aussi membres de l'ADS, ont décidé de mener une toute autre campagne. Il s'agit d'abord de l'organisation And-Jeff qui est un mouvement d'origine maoïste et qui présente son secrétaire général, Landing Savané à l'élection présidentielle. La seconde est l'Organisation socialiste des travailleurs (OST), section sénégalaise de la Quatrième internationale, qui a décidé de soutenir pour L. Savané et d'entreprendre une campagne commune avec And-
Dans une déclaration commune ces deux organisations appellent à une "alternative de gauche". Par-delà ces péripéties électorales elles précisent que "cette unité devra se prolonger, au-delà des élections, avec toutes les composantes du mouvement révolutionnaire pour lutter ensemble, main dans la main, contre les attaques du pouvoir et de l'impérialisme, et débattre ensemble des voies et moyens pour construire le parti révolu-
Leur campagne s'organisera autour d'une plate-forme intitulée Servir le peuple. Ce document prend position sur le retrait des troupes françaises du Sénégal, l'arrêt des accords de coopération militaire et le départ des forces sénégalaises stationnées dans le pays voisin, la Gambie. Il se prononce également pour une réforme agraire, l'annulation de la dette extérieure et l'indépendance du mouvement
And-Jeff et l'OST prévoient la formation de comités locaux de soutien. Alors que la plupart des organisations d'extrême-gauche se perdent dans le soutien à un candidat "démocrate" ou demeurent paralysées, l'initiative de And-Jeff et de l'OST apparaît comme une étape nouvelle. C'est en effet la première fois, dans un pays comme le Sénégal, que deux formations politiques aussi différentes cherchent un terrain de collaboration. C'est aussi la première fois qu'un front ne se contente
pas de protestations formelles mais appelle à prolonger la réflexion pour la constitution d'un parti révolutionnaire. •