Les militants de l'opposition en Tchécoslovaquie et en Pologne s'efforcent de tracer la voie d'une coordination est-européenne plus large. Jan KAVAN
L Y A QUARANTE ANS, ces deux pays auraient difficilement pu être plus différents : la Pologne, pays essentiellement agricole avec une Eglise catholique très puissante considérée comme le sauveur de la Nation, dirigé par la petite équipe de communistes polonais hissés au pouvoir par la puissance de l'armée soviétique ; la Tchécoslovaquie, pays industrialisé, où l'Eglise catholique est moins puissante, toujours associée par beaucoup, avec la domination étrangère des Habsbourg et un parti communiste qui, dans des élections relativement libres a obtenu plus de voix que tous les autres partis. Après plusieurs décennies de lutte contre le même système imposé, les similarités de leurs réponses oppositionnelles sont remarquables.
Reprise de contact
Pendant un temps, les contacts formels établis entre la Charte 77 et le Comité de défense des ouvriers (KOR) polonais ont été interrompus, en partie à cause de l'arrestation des principaux militants tchèques en 1979, en partie à cause de la montée des activités de Solidarité en Pologne. En 1981, les autorités tchèques craignant que le "mal polonais" ne se répande dans d'autres pays, ont pris des mesures de répression draconiennes spécifiquement dirigées contre les amis actifs ou de Solidarité parmi les militants tchèques des droits de l'Homme. Malgré ce coup de force et en dépit de l'instauration de la loi martiale en Pologne, les contacts se sont intensifiés, depuis 1982, entre ces deux mouvements d'opposition démocratique.
En juillet dernier, il fut révélé, pour la première fois, que beaucoup de ces contacts avaient été organisés avec l'aide du groupe "Solidarité Pologne Tchécoslovaquie", , créé en 1981. Ce groupe est responsable de plusieurs déclarations conjointes de Solidarité, du KOR et de la Charte 77, exprimant un soutien réciproque à leurs objectifs communs et défendant mutuellement leurs prisonniers politiques, déclarations de protestation appuyées à l'occasion, par des grèves de la faim et, en Pologne, par des manifestations. Grâce à ce groupe, des livres et des revues samizdat furent échangés et les textes les plus importants traduits. De nouveaux périodiques apparurent, entièrement consacrés à des informations sur les pays voisins. Des Polonais, à Wroclaw, imprimaient des journaux en tchèque et les faisaient ensuite passer en contrebande en Tchécoslovaquie. La plupart de ces activités sont toujours florissantes.
Des actions unifiées
Plus récemment, le groupe Solidarité Pologne-Tchécoslovaquie a publié des interviews de trois dirigeants de Solidarité dans le bulletin d'information de la Charte 77, organisé une manifestation à Wroclaw pour soutenir le militant tchèque des droits de l'Homme Petr Pospichal et l'objecteur de conscience hongrois Zsolt Keszthelyi, ainsi qu'un échange d'informations par video, et édité des timbres de solidarité ainsi que des calendriers 1987 portant un logo conjoint Solidarité/Charte 77.
Ce groupe a également appelé, en septembre dernier, à une manifestation contre la pollution du Krkonose (Montagnes géantes) sur leur frontière commune. Malheureusement des fuites ont eu lieu en Pologne, pendant la préparation de cette action unitaire et 16 Polonais seulement ont pu y participer. Ils ont été arrêtés, mais relâchés après interrogatoire. Les éventuels participants Tchèques et Slovaques, avertis de la fuite par leurs amis polonais craignant un traitement plus brutal entre les mains de la police tchécoslovaque, n'y ont pas participé, d'un commun accord.
La confiance grandissante de ces militants est illustrée de façon convaincante non seulement par l'apparition publique du groupe Solidarité Pologne Tchécoslovaquie et la désignation de deux porte-parole, Anna Sabatova pour la Tchécoslovaquie et Josef Pinior pour la Pologne, mais aussi par le lancement, le 6 juillet, d'un nouveau groupe le "Cercle des amis de Solidarité Pologne-Tchécoslovaquie". Parmi les 19 membres tchèques et slovaques du "Cercle" on trouve des personnalités bien connues telles que Vaclav Havel, Jiri Dienstbier, Ladislav Lis, Jaroslav Sabata, Milan Simecka et Petr Uhl. Les 16 membres fondateurs polonais incluent des dirigeants de Solidarité Zbigniew Bujak, Jacek Kuron, Wladyslaw Frasyniuk, Jan Josej Lipski et Zbigniew Romaszewski.
Il est significatif que le groupe Solidarité Pologne-Tchécoslovaquie reconnaisse son engagement dans "la coordination de diverses activités internationales (...) dans le contexte de relations élargies entre d'autres groupes indépendants dans les pays du bloc oriental". Le besoin d'élargir la "coopération d'individus et de groupes indépendants dans les pays européens du bloc soviétique" est également souligné dans une importante déclaration commune publiée le 21 août 1987, à l'occasion de l'anniversaire de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie (...).
East European Reporter, novembre 1987.