le mouvement ouvrier est loin de les avoir gagnées en ce qui
BELGIQUE
L'imbroglio politique
DOUBLE PARADOXE à l'issue des élections parlementaires du 13 décembre 1987. Les partis bourgeois de la coalition sortante chrétienne-libérale gardent une courte majorité parlementaire, mais sont incapables, politiquement, de continuer à gouverner sans les partis socialistes, vainqueurs du scrutin. Si les partis bourgeois perdent ainsi les élections, concerne la possibilité immédiate de renverser la politique d'austérité.
François VERCAMMEN
A BELGIQUE entre dans une grave crise politico-gouvernementale où la bourgeoisie et les dirigeants réformistes des mouvements ouvriers socialiste et démocrate-chrétien s'efforceront de trouver un accord. Au sein du mouvement ouvrier, le débat stratégique autour de la question "que faire face à la crise ?" est plus que jamais à l'ordre du jour. Une nouvelle situation politique émerge progressivement, dont l'arrière- fond est formé par la persistante polarisation entre les classes, (résultat de dix ans d'une résistance ouvrière active à la crise), et par la nouvelle récession internationale qui, avec la perspective du marché unique européen, donnera à la nouvelle conjoncture socio-politique un caractère nettement plus mouvementé, spasmodique et "politique".
Qui gagne, perd!
Pour commencer, regardons les chiffres bruts du scrutin (voir tableau 1). Les
"familles politiques" (1) au gouvernement reculent légèrement en % de voix : les sociaux-chrétiens francophones et flamands
(PSC-CVP) perdent 1% ; les libéraux francophones et flamands (PRL-PVV) restent stationnaires, à la Chambre, cette coalition garde une courte majorité : 109 sièges sur 212. Théoriquement une coalition libérale-démocrate-chrétienne reste possible. La volonté politique de continuer avait été ouvertement affichée tout au long de la campagne électorale. Une réforme fiscale avait été annoncée, démagogiquement, dans un but clairement électoraliste, afin de reléguer à nouveau les partis socialistes dans l'opposition pendant une nouvelle législature de 4 ans, la politique belge se mettant ainsi à l'heure
Cette orientation avait le thatchérienne.
soutien avoué du patronat qui avant, pendant, et même après le scrutin, s'est ouvertement prononcé dans ce sens - chose plutôt rare en Belgique.
De plus, d'un point de vue arithmétique, la coalition sortante pourrait compter éventuellement sur le renfort des 16 députés de la Volksunie (fédéralistes flamands). Car celle-ci a repris sa difficile mutation d'un parti petit-bourgeois nationaliste en un parti bourgeois respectable, en se séparant de son aile fasciste de nationalistes flamands, devenue "Vlaams Blok". Mais la bourgeoisie prendrait un très grand risque en voulant gouverner à nouveau contre le mouvement ouvrier socialiste. Cela ferait 11 ans d'opposition pour celui-ci, de 1981 à 1992. Ainsi, la rentrée des partis socialistes dans un gouvernement, soit avec la famille démocrate-chrétienne, soit dans une combinaison "tripartite" d'union nationale, semble inévitable.
Pour le comprendre il faut regarder au-delà des chiffres bruts et des moyennes nationales.
Déclin historique du principal parti bourgeois
Le grand capital belge a une double raison de s'interroger sur l'orientation à suivre, indépendamment même de la force persistante du mouvement ouvrier, son projet politique vole en éclat, il y a un affaiblissement de ses instruments politiques, surtout en Flandres, qui encadrent la population laborieuse et la jeunesse. Le Parti social-chrétien flamand (CVP) est entré dans une crise profonde. Des quatre partis politiques qui sont directement à sa solde, seul le parti libéral flamand, le
1) Après la scission organisationnelle complète, sur une base linguistique-nationale intervenue dans les partis potamil e politiques, on désigner les partis anciense de "famille politique" pour designer les partis qui sont programmatiquement restes tres proches. y donc trois familles politiques : "socialiste"(PS-SP); libé rale (PRL-PVV) ; sociale-chrétienne (PSC-CVP). Ils pré sentent des listes chacun dans sa propre "région" (soit Flandres, soit Wallonie). Par contre, ils présentent tous des listes, séparées, dans la "région bruxelloise".
46
49
50
54
BELGIQUE
PSC-CVP
48
32
35
37
36
12
RW-FDF
Volksunie
• D
Communistes
Ecolo-Agalev
WALLONIE
37
45
48
Socialistes
39
Sociaux-chrétiens
26
31
33
Koss. Wolon
Libéraux
VN
Communistes
Ecolo
FLANDRE
54
52
Sociaux-chrétiens
Socialistes
27
24
8=-
Libéraux
Volksınie
Ecolo-Agalev
BRUXELLES
(19 communes)
Sociaux-chrétiens
30
35
Socialistes
18
Liberaux
Ecolo-Agalev т1.
Résultats électoraux
PVV, s'en sort bien. Il passe de en récupérant à peu près 1/3 des voix perdues par l'autre parti bourgeois, le CVP.
Mais les trois autres partis bourgeois traà savoir les libéraux francoditionnels, phones (PRL) et les deux partis sociaux- chrétiens, le PSC et le CVP, reculent. Le
PSC qui, sous l'impulsion de son aile liée au Mouvement ouvrier chrétien (MOC) a anticipé la chute du gouvernement, derrière le rideau de fumée des Fourons (2)
(voir page 15), stagne et perd même un siège. Il est vrai que cette manœuvre lui a sans doute permis de limiter les dégâts. En revanche, au CVP, son homologue flamand, c'est la consternation. Avec 31%, le CVP atteint le score le plus bas de son histoire. Il est entré dans une crise politique profonde qui, du coup, frappe au cœur le système hégémonique de la bourgeoisie belge.
Ce système reposait, depuis le "tournant historique" de 1894, sur un mécanisme simple, mais profondément ancré dans la réalité de la société.
Le pivot du système, c'est le parti social-chrétien. C'est un parti bourgeois interclassiste : il regroupait - et en Flandre cette structure persiste - ouvertement les classes sociales organisées (le mouvement ouvrier chrétien, les classes moyennes, l'association paysanne, les patrons) qui envoient leurs représentants dans les comités locaux du Parti et y mènent une lutte politique lors de chaque
POS
1987
1985
1981
Total Belgique
30513
14003
12352
Flandres
15830
8233
Wallonie
10923
4731
3760
1039
Bruxelles
T2. Les résultats (1981, 1985, 1987) du POS, PTB, PCB
74
58
65
47
42
28
15
16
==
UN
35
20
27
10
51
38
30
25
26
25
34
(à la Chambre, en % des voix)
1946-1987 à 19%,
17 électoral de notables, de puissantes partite fondeur le mouvement ouvrier organisé.
PSC.
PTB
1987
1985
1981
45162
45685
45804
7110
34389
36457
40446
3717
8448
7574
2955
1525
2325
1654
81
85
87
78
28 và
21
UNÕ collaboration aNѰ aANa
- a
ENE
16
== 87° poids et sedi coure la lui des classes" !). Ce n'est pas un regroupement mais un parti
"capillaire" grâce à un réseau très dense, organisations sociales
(syndicats, mutuelles, écoles, hôpitaux, églises et structures sociales parallèles propres...) Pour former des gouvernements, le PSC-CVP occupe constamment pouvoir en s'alliant successivement soit avec le Parti libéral, soit avec la social-démocratie (les autres alliances, socialistes-libérales, ou union nationale trisont exceptionnelles). Socialement parlant, il parvient à diviser en projeunesse
La CSC, Confédération des syndicats chrétiens, qui fait partie du MOC organise un peu plus de la moitié des travailleurs syndiqués (1,2 million, alors que la Fédération générale des travailleurs de Belgique (FGTB), le syndicat socialiste, en organise 1,1 million, sur un total de 3,3 millions de travailleurs salariés). Même si la CSC est une organisation syndicale indépendante du CVP, sa direction et ses cadres sont, historiquement et, en ce qui concerne la génération qui aujourd'hui quitte la scène, aussi personnellement et idéologiquement très attachés aux CVPnées 70.
PCB
1987
1981
1O8K
52003
71703
138978
14621
16173
42265
30572
46910
80040
6810
8620
16673
(à la Chambre)
beid, parti maostalinien.
Le déclin irréversible du CVP mine ce système de domination. Car, celui-ci ne peut continuer à fonctionner qu'à deux conditions : d'abord le quasi-monopole politique du CVP doit persister, permettant de satisfaire les appétits de sa clientèle très vaste, grâce à l'occupation permanente de l'appareil d'Etat ; ensuite, la
"équilibrée" entre les classes en son sein doit satisfaire tous les groupes concernés.
En passant de 60% en 1950 à 31% en 1987, la satisfaction de cette double exigence devient de plus en plus difficile.
De plus, les députés CVP ouvertement liés au mouvement ouvrier chrétien, sont désormais en majorité dans ce parti ! De 35% en 1948, ils sont plus de 50% en 1987. Plus le CVP s'affaiblit, et plus le MOC y gagne en influence. Mais moins le CVP constitue la base, le "premier étage"
belge de collaboration entre Dans une perspective politique plus large, le déclin du CVP a de quoi inquiéter
D'abord, parce que le quasi-monopole politique du CVP en Flandres a toujours été un contrepoids indispensable face à la "menace" d'une Wallonie "rouge". Or, au moment où le CVP décline, le PS progresse spectaculairement. Avec ses 44% de 1987, il frise la majorité sièges en Wallonie ; il y a une "majorité de gauche" très nette en voix, si l'on aditionne PS, Ecologistes, PCB, POS, PTB
Ensuite, parce que cette perte électorale, qui entame la capacité hégémonique du CVP sur la société flamande et, par le biais de l'appareil d'Etat national, sur la société belge tout entière, reflète aussi une perte d'encadrement social vis-à-vis du mouvement ouvrier chrétien et de la
"catholique" en ébullition depuis 1965. Finalement, tout cela intervient au moment où le projet politique, mis en place par la bourgeoisie en 1980-81, est mis en échec par le suffrage universel : elle avait pris un véritable virage en voulant exclure, pendant toute une période, les partis socialistes du gouvernement national (et des "gouvernements" wallon et flamand) afin d'entamer le poids considérable du mouvement ouvrier organisé (politique et syndical) dans la société. Dé sormais, incapable de continuer "la ligne" des années 1981-87, elle ne peut pas non plus opérer un simple retour en arrière vers la collaboration de classes des an-
2) Les Fourons constituent un groupe de villages, transféré administrativement, en 1962, de la Wallonie vers la Flandre, par un "troc" typiquement belge. La po pulation y vote à des majorités des 2/3 son "retour à Liège", son bourgmestre, José Happart, refuse de parler le flamand - on le comprend - ce qui provoque le sentiment national flamand - on le comprend aussi - puisque les Fourons se situent désormais administrativement en Flandre En fait, derrière le cas des Fourons se trouve tout le problème national et l'incapacité de la bourgeoisie de procéder à cette grande réforme démocratique que serait la réorganisation fédérale de l'Etat belge.
3) POS/SAP. Parti ouvrier socialiste/Socialistische Arbeiders Partij, section de la IVe Internationale.
PTB/PVdA, Parti du travail belge/Partij Van der Ar-
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ONN • a- - aa
Heureusement pour le grand capital, les dirigeants réformistes de la socialdémocratie et de la démocratie-chrétienne s'offrent encore une fois comme ses meilleurs serviteurs.
Les partis socialistes viennent d'obtenir une victoire électorale marquante. Dans l'ensemble du pays, ils progressent de 3% et deviennent la première "famille politique" du pays (comme en 1936). Cette constatation doit pourtant être relativisée, car le mouvement ouvrier (social-démocratie, PC, gauche révolutionnaire) ne retrouve pas sa force électorale de 40% aux élections de 1925, 1932, 1946 (45%), et 1961 (suite à la grève générale).
La social-démocratie gagne Le PS regagne, en Wallonie, les voix perdues depuis 1965, en récupérant la "gauche wallingante" et s'y impose à nouveau, comme la force dominante. Le SP (flamand) a repris une certaine vigueur, mais il est bloqué par les écologistes (Agalev : 7%) et la gauche révolutionnaire (très minoritaire, mais très "visible").
Mais cette victoire électorale des PSSP survient à contretemps, car elle succède à un nouvel échec d'une montée ouvrière très importante qui en mai 1986, a failli déboucher sur une grève générale "au finish". Les dirigeants sociaux-démo-crates qui ont tout fait, d'abord pour briser l'irruption de la grève générale, et ensuite pour anesthésier la combativité, réussissent à récolter les fruits d'une indéniable et persistante polarisation socio-politique entre les classes sociales, mais dans une conjoncture de reflux. Néanmoins, la classe ouvrière, mise en échec sans être battue, continue à marquer sa résistance à la politique d'austérité. Preuve directe : le vote PS-SP. Preuves indirectes : la chute du gouvernement de coalition Martens-Gol, qui a débouché sur les élections anticipées de décembre 1987, a été provoquée par l'aile ouvrière des partis chrétiens au gouvernement. Craignant le démantèlement de la Sécurité sociale à la faveur d'une réforme fiscale pro-patronale, c'est le Mouvement ouvrier chrétien(MOC) qui a utilisé l'affaire des Fourons pour préparer un renversement d'alliance gouvernementale. D'autre part, ce n'est pas par hasard que le gouvernement en fonction va trouver sur sa table, le mémorandum commun de la FGTB et de la CSC - pour la première fois depuis 10 ans ! Mais pas plus que les programmes électoraux des PS-SP et des candidats du MOC sur les listes CVP-PSC, ce mémorandum ne quitte le cadre de la politique d'austérité, quand bien même il formule des revendications que la bourgeoisie vient déjà de rejeter d'une
Sauf événement bouleversant, il ne faudra pas s'attendre à une relance rapide sociales interprofessionnelles, à la faveur de cette "victoire" électorale et de cette pression accrue du front commun syndical.
Les partis ouvriers à la gauche de la social-démocratie (PC, POS, les mao-staliniens du PTB), ne sont pas parvenus à capter une partie significative du mécontentement de la population laborieuse. Le "vote utile" pour "enfin" (!) chasser Martens-Gol a poussé, encore une fois, toute une couche de travailleurs à voter pour les PS-SP, même si - et nous l'avions bien senti lors de notre campagne - la méfiance à l'égard du PS-SP est profonde et massive, avant même une éventuelle rentrée au gouvernement. Le Parti communiste, le Parti ouvrier socialiste et le Parti du travail de Belgique qui, ensemble, obtenaient encore 197 134 voix en 1981, tombent à 127 678 en 1987 (2%) (voir Tableau 2).
Mais ce chiffre brut doit être bien interprêté. D'abord, il y a le vote écologiste qui traduit, en grande partie, un vote à la gauche de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne, même si ces partis (Agalev et Ecolo) ne peuvent être considérés comme partie intégrante du mouvement ouvrier organisé. Les écologistes
Ensuite, le recul de ce qui, en Belgique, est perçu comme étant l'extrême-gauche, est exclusivement le résultat du déclin dramatique du Parti communiste. De 151500 voix en 1977, il est tombé à 52000 en 1987. Avec ses 765 675 voix, la gauche révolutionnaire devient pour la première fois plus forte que le PC !
Changement à l'extrême-gauche
Si tout cela reste un phénomène électoral marginal au niveau national, ce n'est plus le cas dès qu'on jette un coup d'œil sur les cantons à forte concentration urbaine et ouvrière. Ainsi, à Anvers, où la social-démocratie est, avec ses 27,3%, la première force politique, la "gauche de la gauche" (Ecolo, PC, POS, PTB) rassemble 14,3%, soit plus de 50% des voix de la social-démocratie. Dans toute une série de cantons (la plus petite circonscription électorale correspondant souvent à une ville avec ses faubourgs) le PTB et le POS vont au-delà de 1,5 et parfois de 2%.
En fait, il y a un "retard" dans l'expression électorale du poids de la gauche révolutionnaire dans la société au sens large, et dans le mouvement ouvrier. Cela se remarque à coup sûr dans les luttes, mais aussi dans certains phénomènes de recomposition du mouvement ouvrier organisé : "les syndicalistes de combat" (dont beaucoup de militants révolutionnaires) ont été plébiscités par leurs compagnons de travail, lors des récentes élections sociales d'avril 1987 (4). Ils percent de plus en plus dans les délégations syndicales d'entreprise et dans les comités exécutifs des centrales syndicales.
C'est dans ce cadre que se place un autre phénomène : la percée médiatique du POS et son progrès électoral spectaculaire. Avec nos 31 000 voix, nous doublons nos chiffres et nous progressons dans toutes les circonscriptions électorales sans exception. Le POS devient le deuxième parti de l'extrême-gauche en Wallonie et à Bruxelles (chaque fois après le PC, mais avant le PTB), et en Flandres (avant le PC, mais après le PTB). Le recul du PCB, le tassement du PTB (qui rate son opération sectaire de faire élire à Anvers son "médecin du peuple" comme député) et le progrès du POS bouleversent les rapports de forces à "la gauche de la gauche". La presse bourgeoise n'a pas manqué de prendre acte du "phénomène POS" (Le Soir, La Libre Belgique, De Standaard).
Désormais la possibilité d'une perçée parlementaire de l'extrême-gauche est obligatoirement liée à l'unité entre le POS, le PTB et le PCB, ce pour quoi nous militons depuis des années. Le choc que viennent de subir, chacun à leur manière, le PTB et le PC, a provoqué un début de mouvement. Au PC, qui est à son minimum historique, cela part dans tous les sens. Trois attitudes se manifestent : 1) un courant, impulsé par ses permanents syndicaux (staliniens et eurocommunistes confondus) plaide pour une entrée dans la social-démocratie, surtout en Wallonie ; 2) le courant "ultra-eurocommuniste" (majoritaire à Bruxelles) prépare sa "liquéfaction" dans un "mouvement " avec les écologistes ; 3) un courant, majoritaire en Flandres, semble s'orienter vers l'unité avec le POS et le PTB.
Ce dernier de son côté, vient de s'aligner derrière Gorbatchev et cherche à se rapprocher du PC, en lançant en même temps une violente campagne contre le
Mais l'exigence unitaire est très forte parmi l'avant-garde politisée et cela au moment où s'annoncent les élections municipales (octobre 1988) et européennes
4) Les élections sociales se tiennent tous les quatre ans sur un laps de temps de trois semaines. Les travailleurs du secteur privé y élisent leurs délégués aux Conseils d'entreprise et aux Comités d'hygiène et sécurité.
Le POS aborde cette nouvelle étape avec un nouvel élan politique et organisationnel.
Le gain que nous apporté la campagne électorale est avant tout une percée dans les médias et dans l'opinion publique large qui ont constaté l'existence d'un "nouveau" (sic) Parti socialiste.
Par le tirage au sort, nous avions obtenu le numéro 1 dans l'ordre de passage sur les antennes, ce qui a attiré l'attention d'un large public sur nous. Ainsi notre message politique, que nous avons "amélioré" au fil des campagnes électorales, a-t-il suscité l'intérêt et rencontré un écho politique important.
Au fil des dix dernières années, le POS a réalisé une importante mutation politique et organisationnelle. En déplaçant le centre de gravité de son implantation vers les grandes entreprises privées et publi-
Men menant des batailles politiques dans le mouvement syndical, en intervenant avec sa propre ligne dans les montées sociales qui se sont succédées en 1977 et 1987, le POS a appris à accompagner l'avant-garde ouvrière et jeune, produit des luttes, vers une perspective politique d'ensemble, basée sur le front unique ouvrier.
Cette ample agitation sociale et politique a été répercutée systématiquement sur l'arène électorale : avec de plus en plus de force organisationnelle et de savoir-faire politique, le POS a participé chaque fois aux élections générales, c'est-à-dire concernant l'ensemble du pays.
Cette activité électorale régulière impose un degré d'organisation supérieur en termes de système de propagande, de collectes de signatures pour remplir et déposer les listes de candidats députés et sénateurs. Ainsi, nous avons été, comme en 1985, présents dans l'ensemble des 30 circonscriptions du pays (à la Chambre et au Sénat). Et nous avons présenté à peu près 325 candidatures. Tout cela est indispensable pour avoir accès aux moyens de communication de masse et pour engager le maximum de sympathisants dans l'activité électorale du Parti. En même temps, nous avons appris à considérer les élections comme une vraie lutte pour gagner
"une par une". Ce travail de conviction parmi les masses (à l'entredans les réunions syndicales, sur les marchés, par le porte-à-porte) a, en retour, un impact considérable sur la mise en oeuvre de notre ligne politique. En rompant avec un propagandisme abstrait et semi-gauchiste, nous avons affiné notre message en l'orientant systématiquement vers "une issue politique" d'ensem-
Bâtir un pôle d'attraction unitaire et classiste
Ainsi, un espace s'ouvre pour le POS au moment où une nouvelle situation pola gaume de la gauche pays pariatar de la situation en Belgique réside dans un niveau d'auto-activité des masses rarement atteint et dont la montée s'étale maintenant sur dix années (1977-1988), alors que l'offensive d'austérité et de militarisation s'amplifiait. Il s'agit là d'une bataille politique d'envergure que les travailleurs, les femmes et les jeunes ont livrée.
Les masses ont ainsi accumulé une expérience politique (avec et sans luttes directes) qui a créé une polarisation sociopolitique entre les classes, une politisation globale "brute" et une radicalisation de l'avant-garde. Electoralement, les fruits restent limités. Socialement parlant, c'est différent : pour le POS "l'accès" à la classe ouvrière ne cesse de s'élargir, et un début de recomposition du mouvement syndical apparaît.
Bâtir un pôle d'attraction anticapitaliste et unitaire est vital au moment où une très grave récession économique internationale se profile à l'horizon, que la social-démocratie belge devra affronter en portant la responsabilité gouvernementale. Quel sera, dès lors, le comportement du large courant de travailleurs socialistes, déjà très opposés à la droite et très méfiants vis-à-vis de "leur" direction ? Quelles seront les retombées de ce qui bouge à l'Est dans l'avant-garde politisée qui s'intéresse au débat politique propre-
Comment les écologistes, le PC et le PTB vont-ils, eux, répondre aux difficiles problèmes de programme, de ligne et de tactique qui vont émerger dans la nouvelle
Une échéance difficile se prépare, mais elle est riche de possibilités pour progresser dans la construction du par-
27 janvier 1988.