Inprecor 1974–2004

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ITALIE

La dynamique des Comités de base

· Inprecor n° 259, 15 février 1988 · p. 9-12 · 3 497 mots

Italie Syndicalisme Stalinisme

LE 27 NOVEMBRE 1987, les trois grandes confédérations syndicales italiennes, travailleurs à une grève générale de quatre heures.

Son objectif : protester contre la décision du gouvernement de retirer de la loi sur les finances, une série de dégrèvements fiscaux.

Le thème des impôts est fortement ressenti par les travailleurs italiens parce que leur progression est une des causes principales de la diminution des gains salariaux.

Franco TURIGLIATTO

A GREVE FUT une réussite dans tout le pays. La participation a été particulièrement élevée dans l'industrie ; avec comme seule exception la FIAT de Turin où les travailleurs ont subi une dure défaite en 1980.

Dans le secteur public, l'arrêt de travail fut un peu moins suivi, particulièrement chez les enseignants. Il faut souligner l'engagement massif des travailleurs du sud de l'Italie dans cette grève nationale.

Ce mouvement, particulièrement chez les catégories de travailleurs industriels où les organisations syndicales n'ont engagé, dans la dernière période, aucune mobilisation d'ampleur, exprime une volonté générale de reprendre l'initiative et de faire face à l'offensive du patronat et du gouvernement. Ceci avant tout sur le terrain

Création des COBAS

Simultanément, durant la dernière année, dans le secteur public et avant tout parmi les enseignants, des comités de base (COBAS) ont été créés. souvent à l'initiative de militants syndicaux, quand bien même ce sont des structures extérieures aux syndicats. Ces COBAS ont dirigé des luttes de grande ampleur et déterminées. De même, les travailleurs des aéroports, au moyen de leur structure syndicale de base - fortement opposée aux directions des trois confédérations - ont paralysé à diverses reprises le trafic aérien. Ces grèves se sont parfois développées en même temps que celles des cheminots. Il en résulta que, à quelques occasions, l'ensemble des transports fut para-

Sommes-nous revenus au temps des grandes luttes ouvrières ? Assistons-nous à une reprise du mouvement de masse de nature à battre en brèche l'offensive de la

Confindustria (organisation du patronat)

appuyée par le gouvernement de coalition ? Ce gouvernement, quels que soient la CGIL, la CISL, T'UIL, ont appelé les les conflits entre la Démocratie chrétienne et le Parti socialiste est unanime sur un point : l'attaque contre les conquêtes sociales des masses populaires.

En outre, les directions syndicales n'ont pas l'intention de développer effectivement la mobilisation. En fait, la grève du 27 novembre, de leur point de vue, devait servir à récupérer une crédibilité face au développement de formes d'organisations des travailleurs telles que celles représentées par les COBAS. Ce n'est point un hasard si, après cette journée, les directions des confédérations n'ont planifié aucune initiative pour prolonger la mobilisation et imposer les dégrèvements fiscaux réclamés au gouvernement.

Au contraire ce gouvernement, comme une sorte de cadeau de Noël, a imposé une série d'augmentations des impôts indirects qui frapperont avant tout les salariés, alors que les dégrèvements fiscaux

L'actuel mouvement des COBAS a été suscité par la façon dont les directions syndicales ont engagé le renouvellement des contrats collectifs, pour les diverses catégories des travailleurs de l'industrie et du secteur public, dans la seconde moitié

La situation économique italienne était très favorable. On peut même parler d'un véritable boom et d'une reprise sérieuse des profits. Dans ce contexte, les directions syndicales ont pourtant abordé le renouvellement des contrats collectifs à l'échelle nationale - un mouvement qui a toujours ponctué les mobilisations des travailleurs italiens - d'un point de vue minimaliste sur le plan revendicatif. Une telle attitude s'inscrivait dans la continuité d'une politique qui avait subordonné les revendications des salariés aux exigences de "l'économie nationale" et de la concurrence des entreprises italiennes sur le marché mondial. C'est d'ailleurs au nom de ces impératifs que des coupes importantes dans l'emploi ont été acceptées. Or dans le contexte de relance de l'économie une telle orientation perdait sa crédibilité. En outre, les directions des trois confé dérations, dans cette année 1986, avaient privilégié les revendications concernant les catégories salariales les plus élevées, avec l'espoir de les regagner au syndicat. Cette tactique révélait aussi la subordination du mouvement syndical à l'idéologie patronale, c'est-à-dire à l'idée de "récompenser les plus méritants"

Il s'ensuivit que les contrats signés à la fin 1986 et au début 1987 comportaient des résultats inférieurs à tous ceux des vingt dernières années : les augmentations de salaire ne permettaient pas de défendre le pouvoir d'achat, les droits conventionnels étaient érodés (par exemple dans l'industrie les patrons avaient toute liberté d'imposer la flexibilité du travail), la précarité de l'emploi augmentait. Dans le secteur public des critères de "productivité économique" étaient introduits. Ils mettent en cause la nature même de service public du système sanitaire ou d'assistan-

La dynamique COBAS

Afin de faire approuver les accords passés entre les syndicats, la Confindustria et le gouvernement, les directions des confédérations utilisèrent le moyen du référendum, considéré comme plus fiable et plus contrôlable que les traditionnelles assemblées ouvrières sur le lieu de travail qui entérinaient ou rejetaient les accords signés. A la grande surprise des dirigeants syndicaux, le référendum fut loin d'être un plébiscite. Le "non" avoisina les 35% à 40%. Dans les grandes entreprises industrielles nationalisées, par exemple la chimie, le "non" a même été majoritaire. n'ont pas réussi à transformer leur opposition aux accords en une initiative de mobilisation et de lutte. Il en alla tout diffé remment dans la fonction publique, où existe certes une tradition de lutte moindre, mais où le poids des appareils bureaucratiques du syndicat est plus petit. 000000000.

Les syndicats italiens

CGIL : c'est la principale confédération syndicale. Les communistes y sont largement hégémoniques, mais la direction est très encline à un accord étroit avec la composante socialiste. A l'intérieur de la CGIL, une tendance de gauche combative (Democrazia consigliare), animée par la LCR (section italienne de la IVe internationale) et DP (Démocratie prolétarienne), est très active.

CISL : deuxième confédération syndicale, d'origine chrétienne. Après une période - au cours des années soixante-dix durant lesquelles les ouvriers d'industrie ont connu une certaine radicalisation - cette centrale a été "renormalisée". La Démocratie chrétienne y jouit d'une forte

IUL : troisième centrale syndicale, la plus faible numériquement. Elle est dirigée par le Parti socialiste italien.

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Au cours de l'année 1987, trois catégories du secteur public - les enseignants, les cheminots et les travailleurs des aéroports - ont trouvé la force et les instruments organisationnels pour passer du refus des accords contractuels à une action de lutte et à la définition d'une plate-forme revendicative. Et cela en prenant appui sur des grèves qui ont complètement bloqué l'activité de leurs secteurs respectifs.

La différence entre l'industrie et la fonction publique est facilement explicable. Les travailleurs de l'industrie ont une grande tradition de lutte. Cependant ils ont subi des défaites très dures durant les années quatre-vingt. Des centaines de milliers de travailleurs ont été licenciés à l'occasion de restructurations industrielles. Il s'ensuivit qu'une partie substantielle de l'avant-garde ouvrière fut expulsée des entreprises. Aujourd'hui, l'insécurité de l'emploi et le risque de licenciement pèsent beaucoup. En même temps, dans l'industrie, l'appareil des syndicats et celui du Parti communiste sont très forts. Le PCI depuis un certain temps a quasiment épousé les thèses patronales en admettant que les revendications des salariés doivent dépendre des besoins de l'entreprise. Les conséquences de cette politique sur le niveau de vie des travailleurs ont été très lourdes. Déborder ces appareils syndicaux et politiques et surmonter la confusion idéologique qu'ils ont systématiquement diffusée parmi les militants ne sont pas chose facile.

de la bureaucratie syndicale

Dans le secteur public, si la tradition de lutte est plus restreinte, il y a eu par contre un accroissement du nombre de salariés. La menace des licenciements n'est pas aussi pesante. La vigueur des appareils bureaucratiques est moindre. passer du mécontentement, du désaccord à une action de lutte est, de ce point de vue,

Dans un contexte de forte relance de l'économie et des profits, d'étalage de la richesse par la bourgeoisie, alors que les revenus d'une grande partie des salariés se tassent, il était prévisible que des tensions autour de revendications salariales

Parmi les enseignants, une catégorie qui compte 900 000 travailleurs (l'une des plus importantes à l'exception des métallurgistes), des comités de base sont nés à la fin 1986, dans quelques villes. Leur généralisation s'est opérée au printemps 1987. Dans des villes comme Rome et Naples, ils se sont fortement développés et ont acquis une ample représentativité. Face aux plates-formes revendicatives des syndicats (aussi bien celles des trois confédérations que celle du syndicat autonome corporatiste), ils élaborent des revendications alternatives. Les plates-formes syndicales et les propositions du gouvernement aboutissaient à pénaliser les salaires, à introduire une nouvelle hiérarchie au sein des enseignants, à prolonger les horaires en ne tenant pas compte du temps nécessaire à la préparation des leçons, favoriser, de fait, les écoles privées.

Les plates-formes alternatives mettaient en avant des augmentations salariales de quasiment 30% pour tous les enseignants, le refus de la hiérarchisation, le rejet d'une école à deux vitesses, la défense de l'enseignement public, la titularisation des suppléants, la réduction à vingt du nombre d'élèves par classe.

Lorsque les quatre organisations syndicales signèrent l'accord avec le ministre de l'Instruction publique, la réactionnaire Falcucci, les COBAS stimulèrent un mouvement de refus. Ils réorganisèrent à l'échelle nationale la lutte, prenant à contrepied les directions syndicales qui allèrent jusqu'à demander au ministre de prendre des mesures de rétorsion contre les enseignants en lutte.

En mai 1987, une manifestation nationale est organisée par les COBAS. Elle réunit 50 000 enseignants. Ces derniers ne démordent pas, même lorsque le ministre et les dirigeants syndicaux acceptent quelques améliorations partielles, par exemple la perspective de n'avoir que des classes de vingt-cinq élèves.

Avec la fin de l'année scolaire, le mouvement entre dans une phase de réflexion. Néanmoins la structure des COBAS fait montre de vitalité. Et dès les premiers mois de l'automne 1987, lorsque s'ouvre la discussion sur le nouveau contrat (dans la mesure où celui qui venait d'être appliqué était déjà caduc parce qu'il avait été défini avec beaucoup de retard) et sur le problème de la réglementation du droit de grève, les initiatives redémarrent. Les cheminots ne roulent plus

Une dynamique similaire s'exprime parmi les cheminots. Les chemins de fer italiens, il y a peu, se trouvaient sous contrôle direct de l'Etat. Aujourd'hui, c'est une entreprise publique, c'est-à-dire régie selon les critères capitalistes. Il en découle la mise en œuvre d'une vaste restructuration qui doit aboutir à des réductions considérables de la main-d'œuvre

Dans ce secteur, le processus de mobilisation est plus complexe. Ce sont avant tout les mécaniciens (conducteurs de locomotives) qui se sont organisés en comités de base. Par la suite, les agents de conduite constituèrent de même leur COBAS. Mais une mobilisation unitaire de tout le secteur ne se fit pas. Toutefois, les résultats de ce conflit surprirent aussi bien le gouvernement que les bureaucraties syndicales. A plus d'une reprise, les COBAS des mécaniciens ont bloqué de 80% à 90% du trafic ferroviaire.

Le scénario se répéta parmi le personnel des aéroports, mais rence. Là, ce ne sont pas de nouvelles structures de représentation et de lutte qui surgissent. Les salariés de ce secteur affirment explicitement qu'ils ne veulent pas créer, au sens strict, des COBAS. Ils utilisent les instances de base des confédérations syndicales. Ces dernières agissent indépendamment des directions centrales, comme par exemple à l'aéroport de Fiumi-

Elles prennent une série d'initiatives couronnées de succès et font face à l'attitude dure et provocatrice du gouvernement et de la direction des aéroports qui espèrent infliger une leçon à ces travailleurs. Ainsi, après la suspension des grèves pour la période des fêtes de fin d'année, la lutte a repris. Les salariés des transports aériens semblent plus que jamais déterminés à faire aboutir leurs revendications sur le terrain des salaires et des horaires de travail.

Que sont les COBAS ? Les COBAS, surgis durant la dernière année, ne constituent pas de nouvelles formes de conseils d'usine (qui étaient apparus en Italie durant "l'automne chaud" de 1969 et qui sont constitués par des délé gués élus dans chaque atelier). Ils ne sont pas non plus leur prolongement. Après la vague de luttes pour la défense de l'échelle mobile des salaires en 1984 - à l'occasion de laquelle les conseils de fabrique autoconvoquèrent des réunions nationales, indépendamment des directions syndicales -les conseils de fabrique manifestèrent peu d'initiatives. Ils connurent une période de déclin d'activité, d'autant plus que la mobilisation de 1984 s'était conclue par une défaite.

Les COBAS actuels ressemblent plus aux comités unitaires de base (CUB) qui apparurent en 1968 et préparèrent la relance des luttes ouvrières de 1969. Les COBAS sont des structures hybrides. Dans un premier temps, ils émergèrent comme des regroupements d'avant-garde aptes à stimuler une prise de conscience et une riposte face aux manœuvres bureaucratiques. Peu à peu, ils s'élargirent et augmentèrent leur crédibilité organisationnelle comme politique. Parmi les enseignants, cette dynamique s'est constituée au travers d'as-

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semblées plénières, régulières, dans les écoles, de l'envoi de délégués aux assemblées de ville qui se transformèrent de fait en comités de grève citadins, placés sous contrôle régulier de la base. Plus tard, les COBAS se sont coordonnés à l'échelle nationale grâce à un système de délégations s'appuyant sur les assemblées de ville.

Les COBAS sont donc des instruments de lutte analogues à des comités de lutte et, en même temps, ils remplissent une fonction syndicale en opposition à l'orientation des directions des confédérations. A l'intérieur des COBAS la proposition fut faite quelquefois de les transformer en cinquième syndicat (à côté des trois confédérations nationales et du syndicat autonome corporatiste). Mais cette proposition a été rejetée par la grande majorité des travailleurs. Les COBAS se sont maintenus durant une longue période comme structures de lutte et de mobilisation. Dans ce contexte, ils ont acquis un poids politique significatif et ont même conquis l'hégémonie dans des catégories de travailleurs. Néanmoins, jusqu'à maintenant, ils n'ont pas manifesté de capacité à organiser de façon permanente l'ensemble d'une catégorie.

Contre le droit de grève

La bourgeoisie et le gouvernement furent surpris par la force du mouvement et des grèves. La crainte de la contagion se révélait dans une série de déclaratións des politiciens et des industriels. Dans les principaux journaux italiens, une série d'articles expliquaient pourquoi les COBAS ne pourront pas s'étendre au secteur industriel. Les médias, le gouvernement et les patrons ont relancé, avec plus de force que par le passé, une campagne pour la réglementation du droit de grève au moyen d'une nouvelle loi.

Le secrétaire de l'UIL, le socialiste Benvenuto, bien connu pour ses prises de position conservatrices, a réclamé du gouvernement une loi pour imposer l'ordre dans le secteur public. Il alla jusqu'à menacer d'organiser la récolte de signatures pour un projet de loi populaire, si sa revendication n'était pas prise en compte. La CGIL et la CISL, quant à elles, avaient adopté un système d'auto-réglementation préventive du droit de grève : préavis de quinze jours avant de déclarer la grève, renonciation à l'utilisation de la grève durant un certain nombre de jours par année, etc. Ces normes sont rattachées au contrat mais n'en font pas partie ; le contrat, lui, a force de loi. De ce fait, elles ne sont pas des normes statutaires et donc aucune sanction ne peut être prise contre ceux qui les transgressent. Or la CGIL proposait d'intégrer ces normes dans les contrats, ce qui, de fait, leur donnait un statut de loi et faisait de cette autoréglementation une limitation légale du droit de grève. De façon détournée, cela revenait à s'aligner sur l'UIL.

En novembre, le gouvernement a cherché à accélérer les rythmes. Il propose un décret de réglementation du droit de grève dans le secteur public. Cependant, les contradictions en son sein et les rapports de forces ne lui permettent pas de mener à bien cette opération. Il n'en reste pas moins que durant toute la fin 1987 la distions syndicales et dans le gouvernement, sur le thème d'une loi pour limiter le droit de grève et sur celui des sanctions à adopter contre ceux qui la transgresseraient.

La Confindustria a présenté un texte de réglementation du droit de grève dans l'industrie. Il met hors-la-loi les piquets de grève et le blocage par les ouvriers de l'entrée et de la sortie des marchandises. Or ces deux formes de lutte ont été amplement mises à contribution, avec succès, par les travailleurs italiens ces vingt dernières années. Si jamais une réglementation du droit de grève passait dans les services publics, cette proposition concernant l'industrie pourrait être appliquée. C'est aussi dans ce cadre qu'il faut replacer la grève du 27 novembre 1987.

L'attitude des directions syndicales face à la réglementation du droit de grève est déterminée, en grande partie, par leur perte de crédibilité chez les travailleurs, à cause de leur politique pro-patronale et pro-gouvernementale. Les dirigeants syndicaux établissent un lien entre cette réglementation et le problème de la représentativité, entre autres le droit de négocier et de signer les contrats. Ils espèrent, ayant perdu la confiance des travailleurs, obtenir celle de l'Etat en acquérant l'exclusivité de la représentation syndicale et, de ce fait, le droit de déclarer les grèves. Pour obtenir un tel "avantage", , ils sont prêts à laisser attaquer un droit fondamental comme celui du droit de grève. Il est clair qu'ils désirent réduire l'influence d'un mouvement comme celui des COBAS et les possibilités d'expres-sion des structures de base du syndicat lui-même. Le 15 novembre, à Rome, une vaste assemblée inter-catégorielle des COBAS s'est tenue. Plus de 700 délégués ont fait le point de la situation et ont discuté en particulier des divers projets de limitation du droit de grève. De cette assemblée est sortie la proposition de convoquer pour le 12 décembre une manifestation nationale de protestation contre toutes les intentions de limitation du droit de grève. Cependant, afin de respecter la volonté des structures de base de chaque catégorie, la décision finale devait être prise par les COBAS eux-mêmes dans chaque ville. De plus, l'assemblée du 15 novembre jugea prématurée la mise en place d'une structure de représentation inter-catégorielle des COBAS. Elle s'est définie plus comme une rencontre et une coordination. Une coordination des COBAS

Dès que l'annonce du projet de manifestation du 12 décembre fut faite, une violente campagne de presse se développa. La police interdit la manifestation sous forme de cortège, comme cela était initialement prévu. Des divisions apparurent au sein des COBAS enseignants, où un secteur développe une orientation très corporatiste. Parmi les cheminots prévalut la décision d'une adhésion individuelle à la manifestation et non pas en tant que COBAS.

Le climat suscité par la presse, l'interdiction déclarée de la police et les divi-

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sions au sein des COBAS affaiblirent la manifestation du 12 décembre. Elle ne réunit que 5 000 personnes sur une place de Rome. La riposte n'était pas à la hauteur de la gravité des attaques contre le droit de grève.

Néanmoins cet échec relatif n'a pas empêché que, le 13 décembre, les mécaniciens bloquent une fois de plus le trafic ferroviaire et que les travailleurs des aéroports fassent de même quelques jours plus tard. La combativité de ces catégories professionnelles et le rôle des COBAS sont confirmés par les décisions prises en ce début d'année 1988. De nouvelles grèves sont prévues par les mécaniciens, les agents de train et les travailleurs des aéroports. Le 24 janvier, une assemblée générale des COBAS enseignants doit discuter de la plate-forme pour le nouveau contrat collectif.

Les actions engagées par les COBAS

Dans les prochains mois, il sera possible de savoir si les prémices d'une reprise des luttes sociales en 1987 se confirmeront et si les travailleurs réussiront à reprendre l'initiative après les défaites qui leur ont été infligées au cours des années 80. Le maintien d'une mobilisation de quelques catégories professionnelles qui rompt avec l'immobilisme syndical ambiant peut servir de référence à d'autres secteurs de travailleurs et, de ce fait, favoriser une reprise des luttes dans l'industrie. Là, les difficultés sont énormes, mais des indications d'une fermentation existent. Les tensions sur la question sont fortes, et il n'est pas impossible que cela se traduise par des conflits.

Les actions engagées par les COBAS sont essentielles pour rompre la paix sociale et lever la chape de plomb de la bureaucratie. Mais la bataille au sein des syndicats pour organiser et renforcer les courants combatifs et disposer ainsi d'un instrument utile pour intervenir politiquement dans les batailles sociales à venir n'est pas moins importante.

Les prochains congrès de la CGIL permettront de vérifier l'ampleur des oppositions antibureaucratiques. Les militants de la LCR (section italienne de la IVe internationale) développent une intense activité sociale et politique à la fois dans le mouvement des COBAS et à l'intérieur du syndicat, entre autres dans le courant dénommé "Démocrazia Consigliare" (Démocratie conseilliste) afin qu'il soit apte, particulièrement dans le secteur enseignant, à organiser de larges secteurs de

Le printemps 1988 verra, à coup sûr, des ripostes défensives face à la politique de contre-réforme du gouvernement.

La Brèche ; 10 janvier 1988

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