D EPUIS QU'ELLE A ETE VOTEE
Men 1967, la loi britannique sur l'avortement a fait l'objet de continuelles attaques. La Campagne nationale pour l'avortement (NAC), organisation fondée en 1975, pour lutter contre l'une des ces attaques, un projet de loi visant, déjà, à raccourcir le délai autorisé, a continué depuis à oeuvrer pour l'extension des facilités matérielles permettant l'avortement.
Dernière en date d'une longue liste de tentatives de restreindre la loi, particulièrement sur la question de la date limite, on trouve la proposition de David Alton, député de Liverpool du Parti libéral, catholique et célibataire. Il ne fait pas secret de sa position personnelle selon laquelle tout avortement devrait être hors-la-loi, son projet de décret vise à ramener la date limite de 28 à 18 semaines.
Ce projet est passé en ture devant la Chambre des Communes, le vendredi 22 janvier, avec une majorité de 45 voix (298 pour, 253 contre et 96 nonvotants). Il sera maintenant discuté et probablement amendé par une commission composée de députés en proportion conforme à ce vote, et repassera en troisième lecture avant l'été. S'il passe ce stade il ira alors devant la Chambre des
Les sondages d'opinions ont constamment montré que le soutien à la légalisation de l'avortement ne cesse d'augmenter. Bien que la date limite et le débat sur la viabilité du foetus soient les aspects les plus vulnérables de la législation actuelle, un sondage publié dans l' Indépendant, réalisé par une société de marketing réputée, Marplan, montre que 51% des personnes interrogées se prononcent contre Alton. Lors de la deuxième lecture, la coalition large "Luttons contre le décret Alton" (FAB, Fight the Alton Bill) lancée par la NAC a mobilisé plus de 30 000 personnes dans des initiatives locales et nationales très diverses, y compris une manifestation d'étudiants, une délégation massive au Parlement, une marche aux flambeaux non mixte, des manifestations réunions publiques dans la plupart des grandes villes. 24 syndicats ont adhéré au FAB dont celui des mineurs, dirigé par Arthur Scargill, qui a, pour la première fois, pris position en faveur du droit des femmes de choisir. La Confédé. ration syndicale (TUC) de GrandeBretagne qui représente 9 millions de travailleurs a appelé à soutenir ces mobilisa-
Parmi les orateurs, lors de ces meetings, on trouvait des représentantes de la volues à l'avortement et à la santé des femmes en général. Des oratrices de l'Etat espagnol et de l'Irlande ont évoqué ces Bretagne pour avorter à cause des lois reslavortement est totalement illégal. Au moins 15 femmes par jour traversent la mer d'Irlande pour avorter.
L'argument anti-avortement est que les progrès accomplis par la technologie médicale permettent à des bébés très pré maturés de survivre et que les avortement tardifs sont des "assassinats de bébés"
En fait, seul un très petit nombre d'avortements a lieu à un stade avancé de la grossesse. Selon un article de l'hebdomadaire économique britannique The Economist (qui ne jouit pas d'une réputation de féminisme !) seuls 5% des 172000 avortements réalisés en Grande-Bretagne en 1986 ont eu lieu après 18 semaines. La moitié concernait des étrangères, venant de pays où la date limite est inférieure. The Economist souligne que parmi les 4 750 Britanniques qui ont avorté au-delà de 18 semaines, la plupart avait fait leur demande avant 12 semaines et que le retard était dû au manque de facilités mises à leur diposition par le NHS. Les autres étaient soit des femmes très jeunes qui n'avaient pas réalisé, ou avaient refusé d'admettre leur grossesse, soit des femmes ayant été averties qu'elles portaient un fœtus mal-
La NAC a toujours fait campagne pour accroître le nombre de services d'accueil, car c'est le meilleur moyen d'éviter les avortements tardifs. En Suède où l'avortement est aisément obtenu jusqu'à 12 semaines, 96% d'entre eux ont lieu pendant cette période, contre 84% en Angleterre et au pays de Galles.
Mobilisation syndicale
Les femmes travaillistes sont particulièrement furieuses car, en dépit de la politique continuellement réaffirmée de leur parti en faveur du droit des femmes de choisir, le Parti travailliste n'a pas donné à ses députés la consigne formelle de voter contre des projets comme celui d'Alton. La quarantaine de membres du Parti travailliste qui s'est abstenue ou a voté pour Alton pourrait bien être en mesure de faire la balance pour la défaite de ce décret s'il vient en troisième lecture. Les femmes menacent d'agir au niveau des circonscriptions et de refuser de choisir comme candidats travaillistes les députés qui ne suivent pas la position du Parti sur cette question. Plus important, le 19 mars, la Confédération syndicale et la FAB organisent ensemble une manifestation nationale de masse contre le décret Alton. En 1979, la même coalition de forces avait mobilisé 80 000 personnes pour défendre la loi de 1967. Un succès encore plus grand est nécessaire, cette fois-ci, pour défaire cette dernière attaque contre les droits des femmes.