TOUTES LES USINES Nestlé des Philippines sont en grève depuis le 10 septembre. Le 10 octobre 1987, Barry Rawlinson, de la revue anglaise International Labour Reports ,rencontrait quelques-uns des 70 travailleurs en grève de l'usine Cayagan de Oro, des Philippines. Ils ont dû former et reformer continuellement leurs piquets de grève face aux attaques répétées de l'entreprise, de l'armée et de la police. Barry RAWLINSON
ES SERVICES ADMINISTRATIFS et les services commerciaux du trust à Manille, Cebu et Davao City se sont joints à la grève des travailleurs de Cayagan de Oro et ceux des autres usines Nestlé à Cabuyao et Alabang dans la province de Laguna. Les grévistes sont membres du syndicat des Employés philippins (UFE), syndicat qui est affilié à la fois au KMU et au Syndicat international des travailleurs de l'alimentation, dont le siège est à Genève. Le porte-parole de l'UFE, Rudy Paglinawan, expliquait que les travailleurs de Nestlé veulent une augmentation de salaire, la fin du harcèlement que subit leur syndicat, la fin de l'embauche de temporaires pour faire le travail d'ouvriers permanents, et ils veulent surtout que la direction de Nestlé prenne sérieusement ses responsabilités dans la discussion de la prochaine convention collective (CBA).
Pendant près d'un an, le syndicat a essayé de négocier avec Nestlé. Le ministère du Travail et de l'Emploi (DOLE) a été impliqué dans l'affaire mais, selon le syndicat, l'entreprise est intransigeante. Depuis le 30 juin, l'ancienne convention a expiré. Dans la négociation pour un nouvel accord, la direction a refusé d'aller au-delà de sa proposition initiale, de 80 pesos par jour. Rudy Paglinawan dit que la demande d'augmentation de salaire n'est qu'une miette comparée aux 50 millions de dollars de profits effectués par la compagnie au Philippines en 1984-1985.
A l'usine Cayagan de Oro, les travailleurs doivent faire face aux problèmes traditionnels. Les salaires sont sensiblement plus bas et le nombre annuel de jours accordés pour maladie ou pour les vacances inférieur à ceux des autres usines Nestlé. L'UFE veut que la compagnie mette fin à cette "discrimination des salaires" entre usines.
Ils ont également subi un traitement discriminatoire quand a été installée une nouvelle chaîne de production de lait qui transformait l'ancienne, faisant du café. Ils ont été affectés à des emplois dans le nettoyage, le jardinage ou le blanchissage. Neuf d'entre eux ont été envoyés travailler dans une plantation de café proche. Ils ont peur d'un sur-emploi éventuel, qui impliquerait l'introduction de travailleurs temporaires.
Le syndicat pense que Nestlé s'est préparé depuis longtemps à cette confrontation avec les travailleurs en important et en stockant pour le marché philippin. A la fin du mois de septembre, la compagnie a licencié arbitrairement 79 membres du syndicat.
Enfin, à la fin du mois d'octobre, les autorités philippines ont suivi les nouvelles consignes anti-grève de la présidente Aquino. La troupe fut envoyée pour disperser par la force les piquets de grève de Nestlé. Les 27 et 29 octobre, puis de nouveau le 6 novembre, de façon concertée sur les trois usines, des troupes armées de matraques et de fusils, prirent d'assaut les piquets.
Après chaque affrontement, les piquets se reformaient dès que possible. Le KMU a lancé une campagne internationale de boycott des produits Nestlé.
International Labour Reports, Janvier-février 1988.