Inprecor 1974–2004

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UNION SOVIETIQUE

Réhabilitations à Moscou

· Inprecor n° 260, 29 février 1988 · p. 23-24 · 1 136 mots

URSS et Russie

a officiellement réhabilité juridiquement Nicolaï Boukharine et

Seul le cas du dernier accusé - lagoda - n'a pas été examiné,

(la police politique), lagoda avait dirige les épurations de 1934 et 1936, avant d'être écarté "des affaires", remplacé par lejov

UNION SOVIETIQUE

Réhabilitations à Moscou

LE 4 FEVRIER DERNIER, la Cour suprême de l'Union soviétique ses dix-neuf camarades condamnés lors du troisième "procès de Moscou" en mars 1938, cassant par là-même le verdict du collège militaire de la Cour suprême qui avait officié à l'époque.

selon la presse soviétique, aucun recours le concernant". Comme responsable du NKVD en septembre 1936 et finalement, subir le sort qu'il avait fait connaître à tant d'autres.

Ernest MANDEL

A REHABILITATION PENALE (juridique) de tous les accusés du troisième procès de Moscou, en 1938, à l'exception de l'ancien chef du

Guépéou, lagoda, représente une grande victoire pour le peuple soviétique, le prolétariat soviétique et la classe ouvrière internationale. C'est surtout une grande victoire pour notre mouvement.

L'isolement de Trotsky

Trotsky et Léon Sedov, son fils, ainsi qu'un petit noyau de partisans et de sympathisants, dramatiquement isolés du international (à mouvement ouvrier l'honorable exception de Friedrich Adler, alors secrétaire de la Deuxième internationale), furent pratiquement les seuls, dans les années 1936-1938 à dénoncer les trois procès de Moscou, basés sur des mensonges, des calomnies et des falsifications de prétendues couvertes

"preuves". Ils dénonçaient l'extorsion de confessions des accusés par n'importe quels moyens, - et nous savons aujourd'hui que la torture était utilisée sur une large échelle - utilisant ces confessions comme base principale des actes d'accusation, méthode que le procureur Vichinsky a même élevé au niveau d'une théorie judiciaire générale, qu'on a enseignée dans les universités soviétiques pendant vingt ans.

Il est probable qu'à très long terme la vérité aurait triomphé, même sans les efforts de Trotsky. Mais grâce à ces efforts, le mécanisme des mensonges et des calomnies staliniennes fut rapidement dévoilé aux yeux de tous ceux qui n'étaient pas aveugles ou cyniques. Ainsi le temps de la restauration de la vérité historique a- t-il été raccourci de beaucoup.

Le "rapport secret" de Khrouchtchev au XXe congrès du PCUS, en 1956, pré-

"le procureur général n'a formule parait le verdict du 4 février 1988 de la Cour suprême d'URSS, bien qu'il ait fallu encore vingt ans pour laver de toute opprobre les noms de tous les accusés du troisième procès de Moscou. Ce verdict est une victoire de la plus grande importance politique pour la lutte que Trotsky et Sedov ont entreprise à l'été 1936 pour défendre l'honneur de leurs camarades, les

Bolchéviks, qui avaient dirigé le jeune Etat soviétique depuis les jours de sa création en octobre-novembre 1917.

En déclarant que toutes les accusations "d'espionnage", de "terrorisme", meurtre", de "conspiration", contre l'Etat soviétique et la direction du parti avancées lors du troisième procès de Moscou étaient fausses, la Cour suprême n'a pas seulement réhabilité Boukharine, Rykov et leurs co-accusés. Elle a aussi dénoncé

Vichinsky, lejov-Beria (les têtes du Guépéou d'alors), leurs complices et leurs hommes de main comme des assassins de masse. Car ces criminels ont utilisé les fausses accusations des trois procès de Moscou pour se livrer à une purge massive du Parti communiste d'Union soviétique, dans laquelle il est probable qu'au moins un million de communistes ont été assassinés ou sont morts des conséquences d'un injuste emprisonnement.

La vérité et le mensonge

Tant de sang, tant de boue, tant de souffrance humaine infligés des hommes, des femmes et des enfants innocents ! Mais la vérité a finalement triomphé, en dépit des mensonges répandus dans des dizaines de millions d'exemplaires de livres, de brochures et d'articles de journaux qui ont circulé pour la faire taire. Quelle leçon pour les tenants cyniques et naïfs de la Realpolitik, raison d'Etat et opportunisme ! Quelle confirmation de l'inébranlable conviction morale et politique, qu'à terme, il paye toujours de s'en tenir aux principes, en toutes circonstances, et contre toute probabilité. Le seul regret que nous ayons c'est que trop nombreux sont les gens courageux de 1936-38 qui n'ont pas vécu pour voir ce moment de triomphe, dont ils n'avaient jamais douté. Cette génération a sauvé l'honneur du socialisme aux jours les plus sombres du XXe siècle.

Ceux qui, quelle qu'en soit la raison, ont répété les mensonges et les calomnies contre la vieille garde bolchévique, contre notre mouvement, contre tous les opposants, pendant des années et des décennies, sont aujourd'hui dans la position honteuse d'apologistes et de complices d'assassins de communistes. Ceux qui ont continué à éduquer leurs membres et leurs sympathisants au moyen du manuel d' Histoire abrégée du PCUS codification des mensonges et des calomnies des procès de Moscou, sont coupables d'avoir empoisonné et détruit les esprits critiques de deux générations de communistes. Le moins qu'on puisse leur demander est une autocritique claire et ouverte, une déclaration publique claire que toutes les épithètes telles que "hitléro-trotskystes" utilisées un nombre incalculable de fois par la presse des PC staliniens et les maoïstes, n'étaient que des calomnies d'un bout à l'autre.

Poursuivre la campagne

Mais la Cour suprême de l'URSS n'a fait que réhabiliter juridiquement les accusés du troisième procès de Moscou, et pas ceux des premier et deuxième procès.

Cela n'est pas un hasard. La combinaison des pressions des personnes à l'esprit critique et des rapprochements idéologiques des partisans de Gorbatchev avec Boukharine a rendu moins problématique la réhabilitation des accusés du troisième procès de Moscou pour les dirigeants soviétiques. Mais l'identité politique de l'Opposition de gauche et de "l'Opposition unie" fait de la réhabilitation pénale des accusés du premier et du deuxième procès de Moscou, y compris Trotsky et Sedov, réhabilitation qui implique le droit de reproduire, faire circuler, étudier et discuter publiquement leurs écrits, midable problème pour les dirigeants de la bureaucratie.

Il est vrai que parmi ceux qui sont aujourd'hui réhabilités, on trouve Krestinsky, ami proche et partageant les idées de Léon Trotsky, membre du premier Bureau politique élu après la révolution d'Octobre, bien que jamais membre formel de l'Opposition de gauche. Particulièrement encourageant pour la bataille des réhabilitations se trouve le fait que parmi ceux qui sont touchés par le verdict du 4 février 1988, figure Christian Rakovsky, qui fut le plus proche compagnon de Trotsky et l'un des principaux dirigeants de l'Opposition.

A la lumière de cette réhabilitation, il faut poursuivre avec la plus grande ténacité la campagne pour une réhabilitation juridique de tous ceux qui ont été accusés

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dans les trois procès de Moscou, dont Trotsky et Sedov, accusés et condamnés par le verdict du premier procès.

Il faut poursuivre avec la plus grande énergie la lutte pour que soient bannies toutes méthodes basées sur le mensonge, les calomnies et les accusations infondées, et sur l'utilisation de la violence pour régler les divergences idéologiques, une fois pour toutes, dans le mouvement ouvrier.

8 février 1988.

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