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GRANDE-BRETAGNE

L'accord de chez Ford, une trahison cynique

· Inprecor n° 261, 14 mars 1988 · p. 10 · 953 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

LA GREVE DE FORD a été trahie de façon cynique par les leaders syndicaux nationaux et la Commission nationale de négociation. Les travailleurs ont voté à une majorité de 2 contre 1 l'acceptation du contrat révisé. La seule usine qui se soit prononcée contre cet accord est l'usine d'assemblage de Dagenham à l'Est de Londres, par 3 voix contre une. Alan THORNETT

ES DELEGUES D'ATELIER des usines Ford de Dagenham et Halewood (Liverpool) qui avaient appelé au rejet de laccord ont été furieux de cette trahison, d'autant plus qu'elle s'est produite au moment où la grève atteignait son point culminant avec la fermeture d'usines en Europe continentale et une grève solide à 100%.

Ces délégués d'atelier avaient entièrement raison. L'accord est le même que celui originellement proposé, le seul changement c'est de passer d'un contrat de trois ans à un contrat de deux ans ce qui signifie que les changements seront imposés sur une période de temps plus courte. Tout le reste, argent et contraintes, reste identique.

Une étrange victoire

Ce vote est un produit direct à la fois des recommandations de la Commission de négociation et de la façon dont elle a argumenté. Ses porte-parole ont déclaré qu'une victoire massive avait été obtenue, bien que chaque membre de cette commission sache pertinemment que ce n'était pas vrai. Certains d'entre eux expliquèrent même que les contraintes avaient été supprimées dans le document tout en sachant que tel n'était pas le cas. En fait, c'est encore pire. Non seulement les contraintes restent partie intégrante du document, mais les syndicats s'engagent de façon précise à veiller à leur application durant la durée de l'accord.

Cela ne pourrait être plus clair, ainsi on peut lire dans l'accord révisé : "Pour assurer qu'il n'y ait pas de malentendus, (...) une discussion constructive dans des commissions locales sur les lieux de travail débutera au plus tard un mois après le début de l'application de ces principes. Leur mise en oeuvre continuera tel que demandé, de façon appropriée pour chaque usine et avec le soutien total des syndicats pour ce faire. Si, malgré votre accord avec ces principes, des zones de divergences apparaissent dans les négociations locales, il en sera référé à la Commission nationale pour trouver une solution positive, et peut-être, si nécessaire, elle en référera à son tour aux syndicats concernés. Avec l'accord mentionné ci-dessus des syndicats nous ne voyons pas ou ces changements devraient être imposés."

De drôles de syndicats La véritable position est donc que les syndicats se sont engagés à soutenir totalement l'introduction de ces changements et la direction ne les prendra en charge que si le syndicat n'y parvient pas. Sachant tout cela, Derek Horn, vice-président de la Commission nationale de négociation, a cependant déclaré au London Evening Standard : "Les gens parlent des conditions, mais les faits obligent à dire qu'il n'y a pas de conditions du tout qui soient attachées à cet accord. Nous avons conclu un accord historique."

Et ce n'est pas seulement l'aile droite qui adopte cette ligne. Le Morning Star (journal du Parti communiste, pro-soviétique) est sur la même position. Il cite Jimmy Airlie, député et secrétaire de la Commission nationale de négociation, qui a dit : "Les travailleurs de Ford ont obtenu une formidable victoire ". Et pourtant, tout le monde sait que la Commission de négociation a signé un accord qui comporte des conditions. Tous ces gens-là ont été d'accord pour accepter ces conditions contraignantes depuis le début.

PenJant les négociations, Jimmy Airlie a dit que ces conditions étaient nécessaires pour que Ford soit compétitif sur le marché mondial. Mick Murphy du Syndicat des transports et autres travailleurs (TGWU) a accepté avec enthousiasme, l'an dernier, des conditions de même nature à Austin-Rover, où elles ont dû être imposées. Murphy, cependant, a été le plus honnête dans le cas Ford. Il a déclaré au Financial Times que "Ce qui est important dans ce que nous avons obtenu c'est que la compagnie aura les changements qu'elle désire, mais qu'elle gardera les travailleurs en même temps".

La direction de Ford a dit que c'était un bon contrat, car elle a obtenu les changement souhaités. Les effets de cette trahi-

One doivent pourtant pas être vus seulement du côté des conditions contenues dans cet accord particulier. Les contraintes de la flexibilité ont été introduites également dans le dernier accord avec Ford, et les conditions dans les usines Ford, comme dans d'autres entreprises automobiles, sont l'accélération des cadences, la tyrannie et les licenciements si l'effort de travail est jugé insuffisant.

Les travailleurs de chez Ford avaient besoin dune victoire, pas simplement d'arrêter cet accord particulier, mais de renverser les assauts menés par la direction depuis plusieurs années. Cette trahison leur a volé cette victoire et mis la direction dans une position encore plus solide qu'auparavant. Politiquement, la situation est identique. La classe ouvrière a besoin d'une victoire autour de laquelle concentrer ses forces pour organiser la riposte. Cela lui a été refusé, bien que l'actuelle vague de luttes industrielles se poursuivra sans doute.

La grève de Ford lançait un défi potentiel à la politique du gouvernement Thatcher. Mais les mêmes dirigeants syndicaux qui faisaient des discours sur les démons du thatchérisme sont prêts à utiliser les manoeuvres les plus cyniques et le double-langage pour parvenir à stopper ce défi. La trahison a été une trahison politique de la classe ouvrière, aussi bien qu'une trahison des travailleurs de Ford au niveau de l'industrie.

Ces travailleurs doivent maintenant se regrouper et se réorganiser et les conditions favorables sont créées par la grève actuelle des ouvriers de Land Rover, et par ceux de General Motors qui se sont prononcés pour une action de grève.

Février 1988

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