POLOGNE Deux mois de prison pour surréalisme
Waldemar "Major" Fydrych, le principal animateur du mouvement de culture indépendante Alternative orange, a été condamné le 9 mars dernier à deux mois de prison pour "trouble de l'ordre public". Le "major" (un surnom qui lui vient du temps où, refusant d'effectuer son service militaire, il se faisait passer pour fou et se prétendait major) est à l'origine des actions de rue oppositionnelles à Wroclaw, qui montrent le ridicule de la réalité bureaucratique polonaise. Ces activités, les happenings, ont pour but selon Fydrych "d'aller à l'encontre de certaines normes, des normes morales, des normes de l'art. La peur peut aussi être une norme, comme le marasme. Les happenings à Wroclaw brisaient notamment les normes fixées par l'Etat". Les manifestations de l'Alternative orange présentent les problèmes de société sous forme de clins d'œil, prennent la réalité polonaise SOuS l'angle de l'humour, poussent à l'extrême les formes caricaturales du rituel stalinien. Les participants et le public - à chaque fois plus nombreux - apprennent à rire de leurs peurs et à ne pas prendre au sérieux l'omnipuissance des "hommes bleus" - la police. Waldemar Fydrych expliquait récemment dans une interview à la presse clandestine, les raisons du choix de cette forme de lutte : "le surréalisme socialiste, c'est la réalité dans laquelle nous vivons. C'est ce qui nous entoure dans ce pays, ici et maintenant".
Et c'est un fait que l'idée de Fydrych fait tache d'huile dans le pays. Récemment, de telles manifestations ont eu lieu également dans d'autres villes.
La bureaucratie polonaise avait longtemps hésité - craignant le ridicule - avant de réprimer les happenings. Les participants étaient certes arrêtés, mais la police les libérait au bout de 48 heures de garde à vue. La condamnation de Fydrych constitue un précédent sur ce point. Elle a eu lieu après un happening organisé le 8 mars dernier.