Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Le "nouveau racisme"

· Inprecor n° 264, 25 avril 1988 · p. 10-14 · 4 742 mots

Afrique australe Inde et Asie du Sud

LES ETATS-UNIS viennent de connaître, en 1987, une année de multiplication dans les médias, de reportages sur des attaques racistes menées contre des gens de couleur. En même temps, sans précédent dans les dix dernières années. Ces événements ont suscité dans tout le pays des débats entre les individus et les

ETATS-UNIS ce fut une année de résistance de masse au racisme, groupes de la gauche nord-americaine, pour savoir si un "nouveau racisme" avait émergé, et si tel était le cas, quelle serait la réponse politique la plus appropriée. Alan WALD

L N'EST peut-être pas encore possible de répondre complètement à une telle question. De nombreux aspects du problème sont encore mal connus, tel que le niveau des activités racistes et antiracistes au sein du mouvement syndical à l'heure actuelle, la force numérique et la politique présente d'un certain nombre d'organisations nationales ou locales de gens de couleur. Cependant, il reste possible de dessiner quelques traits du terrain politique de la conjoncture actuelle.

Un héritage de violence

L'année 1987 a été inaugurée par deux protestations qui ont bénéficié d'un intérêt national. Le 21 janvier, 2 000 personnes ont défilé dans Manhattan pour une "Journée de deuil" à la mémoire de Michael Griffiths, motocycliste noir qui, le 2 décembre 1986, a été pourchassé par une bande de racistes blancs jusqu'à ce qu'il se fasse écraser par une voiture, à Howard Beach (New York). Trois jours plus tard, 20 000 personnes se sont mobilisées à travers le pays pour marcher contre la violence du Ku Klux Klan (KKK), jusqu'au Comté de Forsythe, en Géorgie.

A la fin de la même année, une attention considérable a été portée par les grands moyens d'information au procès, devant jury, des lyncheurs de Howard Beach, au cours duquel l'accusation a essayé de charger la victime du crime d'être pauvre et d'être noir. Mais comme les militants anti-racistes de New York, et d'ailleurs, sont extrêmement conscients que le système judiciaire n'est là, en dernier ressort, que pour servir l'ordre raciste, ils ont fait autant de pression qu'ils le pouvaient pendant et après le procès pour exiger des poursuites et une sentence sévère. Ces militants craignaient, à juste titre, que la faiblesse de l'accusation ou une condamnation de pure forme n'encouragent des violences similaires contre des gens de couleur.

En décembre 1987, trois des accusés du lynchage de Howard Beach ont été déclarés "non coupable" de meurtre. On les a seulement jugés coupables d'homicide, ce qui signifie qu'ils ne passeront guère plus de 18 mois en prison. Mais la punition sera finalement assez sévère pour Jon Lester, le plus pervers, qui a reçu le maximum, de 10 à 30 années de prison.

Les résultats de ce procès ont été bénéfiques car ils ont communiqué aux gens de couleur l'idée que la mobilisation et la protestation peuvent avoir un effet, spécialement si elles sont massives et combatives. Après tout, quelles que soient les faiblesses des condamnations des lyncheurs de Howard Beach, il y a eu une amélioraton significative par rapport à l'acquittement, six mois auparavant, de Bernhard Goetz, un vigile armé qui, en 1984 avait essayé de tuer de sang-froid plusieurs jeunes afro-américains dont il disait qu'ils l'avaient harcelé dans le métro de New York.

Le Ku Klux Klan

Il est aussi important de remarquer que les événements de Howard Beach, très largement retransmis dans les médias, ont été immédiatement précédés et suivis d'autres atrocités commises contre des non-Blancs. Par exemple, la veille du meurtre de Howard Beach, dans le même arrondissement, deux Portoricains ont été battus par une bande de Blancs. Trois jours plus tard, selon la Coalition des Asiatiques américains contre la violence raciale, la police new-yorkaise a pénétré dans la maison d'une famille de Chinatown, et a frappé les habitants sans au-

L'année précédente avait également connu une violence sans répit contre les gens de couleur, bien qu'avec moins de retentissement national et une réponse restée plus passive. Beaucoup des incidents de 1986 sont typiques du genre de racisme qui traverse les Etats-Unis.

•* En janvier 1986, six Blancs menés par un membre du Ku Klux Klan ont attaqué avec des battes de base-ball un groupe de Latinos-Américains, à Cedartown en Géorgie, alléguant que l'un d'entre eux était sorti avec une femme blanche.

* En février, des Blancs armés ont essayé de jeter le dirigeant noir du mouvement anti-apartheid de l'université du Texas par la fenêtre d'un dortoir du huitième étage.

* En mai, un cycliste noir, à Brooklyn, a été frappé à mort par une bande de Blancs.

* En juin, un jeune Sino-Américain, a été poignardé à Brooklyn par des Blancs qui criaient, "Ces chinetoques ne sont pas du quartier".

* En juillet, c'est un jeune Noir qui a été tué à Lake County, dans l'Illinois, par un homme qui criait son allégeance au KKK, tout en tirant.

* En septembre, des Blancs de Toledo, Ohio, ont sodomisé un Noir avec un tuyau de plomb et ont tenté de le castrer.

* En décembre, une semaine avant le meurtre de Howard Beach, un officier de police d'Ellenville (New-York) qui n'était pas en service, tua "accidentellement" un Noir en l'étranglant (1).

Sur les campus

Ces événements, et d'autres semblables, démontrent que la violence qui se déchaîne contre les gens de couleur est une caractéristique de la société des EtatsUnis, depuis déjà longtemps avant ces incidents, plus spectaculairement dénoncés, de 1986-87. Malheureusement, il n'y a aucun moyen de déterminer s'il y a un accroissement quantitatif en chiffres absolus du nombre des attaques racistes dans les derniers mois, car aucune organisation nationale n'existe qui pourrait rassembler les chiffres et beaucoup d'attaques racistes se produisent dans des zones rurales où elles sont souvent tues.

Alors qu'il est évident qu'en 1987 la publicité faite autour de ces violences a augmenté en même temps que le nombre des mobilisations de protestation antiraciste, personne ne peut fournir une explication totalement satisfaisante de ce phénomène. Mais l'un des domaines sur lequel l'attention a été attirée de façon dramatique est le racisme à l'encontre des étudiants de couleur. Il y a ici plusieurs facteurs qui convergent pour créer une situation spécifique.

Par exemple, les attaques racistes sur les campus universitaires sont parfois en relation avec une combativité plus grande des étudiants noirs dans le domaine politique, activité inspirée par le renouveau de la lutte de libération en Afrique du Sud. Les organisations anti-apartheid existent en grand nombre sur les campus où elles ont construit des bidonvilles publics comme témoins symboliques des conditions de vie des Noirs sud-africains. Beaucoup de ces bidonvilles ont été détruits

1) Ces événements et d'autres sont décrits dans "The Empire Strikes Back : Racial Violence on the Rise", Minority Trendsetter 1, n°1 (avril-mai 1987).

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Les assassinats masqués du KKK par des organisations d'extreme-droite. A l'université Johns Hopkins, près de Baltime été arrosé d'essence et incendié pendant que quatre étudiants dormaient à

Mais les incidents racistes qui se sont produits en 1987 dans des endroits comme le Macalaster College au Minnesota, le Wellesley College au Massachusetts, l'université Ann Arbor au Michigan, l'université de Purdue dans l'Indiana, l'université de Columbia à New-York, l'université de Syracuse dans l'Etat de New-York, et à l'université d'Amherst dans le Massachusetts, tendent à suivre le scénario traditionnel des Blancs attaquant des gens de couleur.

Un "nouveau" racisme ?

Tous les traits "classiques" du racisme anti-Noirs sont particulièrement évidents dans l'un des épisodes les plus écœurants : l'attaque dont a été victime Tawana Braley, populaire élève noire de 16 ans du lycée de Wappingers Falls, New-york, qui a été violée et battue. Quand on l'a découverte, elle avait les cheveux tailladés, elle était couverte d'excréments et enveloppée dans un sac plastique, et les mots "nègre"

avaient été griffonnés sur son

Ici, sous la forme d'un assaut, véritablement inscrit dans le corps même de la victime, on peut trouver traces des origines du racisme moderne dans le colonialisme et la traite des esclaves, traces qui se prolongent jusque dans les années 80. A ce moment là, pour justifier la conquête et l'esclavage, les peuples de couleur furent relégués dans une catégorie infrahumaine par les Européens blancs qui, émergeant de leur culture médiévale, projetèrent leurs propres obsessions psycho-sexuelles refoulées sur leurs victimes (3). Bien que les formes de domination et d'exploi-tation des peuples de couleur soient aujourd'hui différentes, il y a une forte continuité avec le passé qui est transmise à travers la culture raciste de la société des Etats-Unis et qui est inculquée à tout adulte et à tout enfant dès la naisDes événements dramatiques Le racisme contemporain est également visible dans un certain nombre d'autres événements qui ont considérablement attiré l'attention de la gauche nord-américaine. Prenons quelques exemples :

* La continuation de la lutte de plus de 10 000 Dineh (indiens Navajos) peuple vivant dans la zone de Big

Mountain en Arizona et que les machinations des compagnies pétrolières voulaient forcer à quitter leur terri-

* Le maintien en détention préventive des "15 de Hartford" l'indépendance de Porto Rico, après leur arrestation en 1985 comme "terroristes"

* La controverse autour de la prétendue "amnistie" pour les "sans-papiers" en vertu du décret sur la réforme et le contrôle de l'immigration (6).

* Le fort courant de manifestations d'hostilité et d'attaques dirigées contre les nouveaux immigrants du Cambodge, du Laos et du Vietnam (7).

Dans la gauche certains ont déjà fait référence à la situation actuelle comme à

"nouveau racisme" (8). Le caractère fondamental des attaques racistes ne peut pas être qualifié de nouveau, bien que le contexte dans lequel ces attaques se produisent comporte bien des aspects nouveaux. Le reconnaître pourrait aider à formuler des stratégies pour la défense immédiate des communautés de couleur, aussi bien que pour construire l'unité avec les luttes de la classe ouvrière et les étudiants radicalisés. Parmi les principaux éléments qui créent pression et angoisse accrues pour les gens de couleur, il faut compter le déclin de l'économie américaine, la persistance de la ségrégation de fait ("l'apartheid à l'américaine"), la crise de direction

2) Jeff Jones, "Upstate New York March", Guardian,

3) Voir Winthrop D. Jordan, White Over Black : American Attitudes Toward the Negro, 1550-1812

4) Voir Louise A. Sinesio, "Time Runing Out for Navajo People, " New Democrat, 16 juin 1986.

5) Voir Juan Segarra et al, "Hartford Case", Guardian, 12 août 1987.

6) Voir Michael Novick, "Amnesty Program a Fiasco", ibid, 26 août 1987.

7) Voir "Ethnic Hostilities in Lowell", New York chez les gens de couleur, l'épidémie de SIDA, et la renaissance de l'idéologie de la suprématie blanche.

La crise économique aux Etats-Unis continue à détériorer le niveau de vie de la classe ouvrière en général et des travailleurs de couleur en particulier. La possibilité d'un effondrement économique total a été dramatiquement actualisée par le krach boursier sensationnel d'octobre dernier, bien que la majorité de la gauche ne s'attende pas à une répétition mécanique de la crise de 1929 (9).

Néanmoins, la réalité quotidienne des gens de couleur, surtout les Noirs, les Latinos et les Indiens est telle qu'ils continuent à souffrir massivement d'une paupérisation terrible, alors que les profits et les bénéfices des exploiteurs continuent à s'envoler (10).

En fait, bien que les sociologues américains aient traditionnellement esquivé le terme de "classe" comme catégorie pertinente pour les Etats-Unis, on parle aujourd'hui couramment de l'existence d'une "sous-classe "de citoyens. Ce groupe, dont le chômage et un environnement de violence, de désespoir et de drogue sont les normes, a quadruplé pendant les années 70. A l'heure actuelle, 28% des familles noires ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté (11).

Le déclin économique

La ségrégation sociale et économique est toujours la réalité, au Nord, comme au Sud. La plupart des Américains noirs vivent dans des quartiers qui sont entièrement, ou en grosse majorité, habités par des Noirs. Ils envoient leurs enfants à des écoles à majorité de gens de couleur, et ont peu de contacts suivis avec le monde

Ce monde séparé est à la fois économiquement et culturellement défini. Depuis 1980, le taux de chômage a officiellement été de 7% pour l'ensemble des gens, mais de 17% pour les hommes noirs. Les Indiens d'Amérique ont le plus fort taux de chômage de tous les groupes ethniques. 16 Etats ont un taux de chô. mage supérieur à 40% chez les Indiens, l'éventail national va de 18 à 69%. Les grands centres d'habitat des Chicanos ont également été lourdement frappés par les fermeture d'usines et les licenciements

Une publicité sensationnelle a été faite sur l'exclusion des athlètes noirs des postes d'encadrement dans le sport. Un seul Noir a une position dirigeante dans l'ensemble du baseball. Dans la Ligue na-

8) Voir Radical America 20, numéro 5 (1986), numéro spécial sur "Race and Community Control, Media, Politics".

9) Voir l'article sur l'économie mondiale par Emest Mandel, dans Inprecor numéro 253 du 16 novembre 1987.

10) Voir l'article de Charles-André Udry paru dans Inprecor numéro 263 du 11 avril 1988.

11) Andrew Hacker, "American Apartheid", New York Review of Books, 23 décembre1987.

12) John Allen, "Hunger in America" People's Daily World, 13 décembre 1987.13) Herb Boyd, "Stiff Arm of Racism", Guardian, 26 août 1987.

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tionale de football, 55% des joueurs sont des Noirs, mais il n'y a jamais eu d'entraîneur noir (13).

La communauté afro-américaine en particulier est passée par une période de près de vingt ans au cours de laquelle des Noirs ont été élus à des postes officiels, avec en particulier le phénomène des maires noirs de grandes villes, sans qu'il y ait de véritables progrès en ce qui concerne les masses, même si la petite couche moyenne noire a renforcé ses positions économiques (14). Dans des villes comme Détroit, la nouvelle situation a été comparée à un "néo-colonialisme".

Alors que le Parti démocrate perd de sa crédibilité comme instrument de réforme sociale, aucune alternative n'est encore apparue (15). La tentative de Jesse Jackson, la deuxième, pour obtenir la nomination à la candidature présidentielle a jusqu'à présent entraîné un recul de sa part par rapport à positions plus radicales de 1982 (16). A Philadelphie, électeurs noirs ont été obligés par les démocrates de réélire le maire Goode, qui le 13 mai 1985, avait fait explosé une bombe meurtrière dans un quartier noir, comme seule alternative à un candidat raciste blanc. A Détroit, ville à majorité noire avec un maire et une administration noirs, les ménages recevant une aide publique étaient 22% en 1970, et 28% aujourd'hui. En 1985 il y a eu 635 assassinats à Détroit, sept fois plus que la moyenne nationale. 173 enfants âgés de moins de 7 ans ont été tués au premier semestre 1987. Des milliers de gens sont descendus dans la rue sous la direction d'une organisation appelée "Sauver nos fils et nos filles" (17). Malheureusement l'extrême-gauche doit encore développer un programme valable pour répondre aux problèmes immédiats de ce type.

Une Nouvelle droite noire

Parmi divers éléments, l'émergence d'une Nouvelle droite noire est une des caractéristiques de la "crise de direction". En font partie certains intellectuels noirs qui soutiennent Reagan, comme Thomas Sowell de l'Institut Hoover et Glen Loury de l'Université gouvernementale Kennedy d'Harvard (18). D'autres comme Ralph Abernathy, Dick Gregory, Hosea Williams, et le maire Charles Evers (frère du martyre Medgar Evers) soutiennent ouvertement la guérilla réactionnaire de Jonas Savimbi, l'UNITA, en Angola (19). Un autre aspect de la crise de direction est la croissance de la social-démocratie noire, dont témoigne la popularité de livres écrits par William Julius Wilson comme Le déclin de la signification des races (1978) et Ceux qui sont vraiment désavantagés (1987). Ces écrits minent les arguments en faveur des mesures compensant les discriminations (affirmative actions) et propose des solutions "classe yenne" irréalistes (et indésirables), au désespoir économique.

Le souci croissant à propos du SIDA a attiré encore davantage l'attention sur les piètres conditions de santé des Noirs et des Latinos, qui sont parmi les secteurs les plus fortement touchés à cause du taux élevé d'utilisation de drogue par voie intraveineuse. Alors que les Noirs et les Latinos constituent environ 18% de la population des Etats-Unis, ils constituent 39% de toutes les victimes du SIDA (20). En général, les minorités raciales connaissent, par an, 60 000 décès supplémentaires dus à des soins insuffisants.

Des groupes bien armés de racistes d'extrême-droite sévissent à travers les Etats-Unis. Malheureusement, ils connaissent une influence croissante parmi

March for

Jobs & Justice

ceux qui sont touchés par la crise économique, comme les agriculteurs, dins chômeurs et les jeunes. L'extrême-droite reçoit également le renfort de la montée du fondamentalisme religieux aux Etats-Unis. Malgré un déclin du nombre de ses membres, le KKK fait des apparitions publiques hebdomadaires, et a une force particulière dans les Etats de Géorgie et de Caroline du Nord.

Selon un rapport de Klanwatch, ganisation qui contrôle les tenants de la suprématie des Blancs, les racistes se débarrassent de leurs robes pour adopter d'autres stratégies. Ils se parent aujourd'hui de noms tels que Posse Comitatus (chasseurs d'esclaves) Nations yennes, Mouvement d'identité chrétienne,

13) Herb Boyd, "Stiff Arm of Racism", Guardian, 26 août 1987.

14) Voir Steve Zeluck, "Black Mayors", Against the Current 2, numéro 4 (hiver 1984, ancienne série).

15) Voir Mfanya D. Tryman, "Blacks and the Dem?cratic Party", Black Scholar 17, numéro 6 (décembre

16) Pour une excellente critique de la campagne de Jesse Jackson, voir Joana Misnik, "Nuages sur Arc-en-ciel", Inprecor, numéro 263 du 11 avril 1988.

17) Voir Salim Muwakkil "Young Tries to Restore Order", In These Times, 16-22 septembre 1987.

Lobby de la liberté, Parti populiste, Front démocratique national et Mouvement de la jeunesse aryenne. Il y a des bandes de jeunes nazis dans toutes les villes principales. Des Festivals pour la survie sont organisés dans le middle-west au cours desquels jusqu'à 1 500 "Patriotes chrétiens" peuvent se rassembler pour s'exercer à la pratique des armes et étudier le racisme (21).

Tous ces facteurs rendent la vie plus difficile que jamais pour les peuples de couleur aux Etats-Unis, mais il existe aussi des facteurs internationaux qui interviennent pour créer de nouvelles possibilités de riposter effectivement et qui poussent les gens de couleur et leurs alliés vers la perspective du socialisme révolutionnaire.

D'abord, et surtout, il y a des signes d'une nouvelle unité entre les gens de couleur à travers le pays.

Des événements récents, comme les fêtes en l'honneur de

Martin Luther

King, ont été largement multiraciales dans quelques régions et beaucoup des luttes menées par les nouvelles directions universitaires et les collectivités locales ont spécialement mis l'accent sur l'oppression commune et les objectifs communs de tous ceux qui sont visés par le racisme.

Renouveau de la résistance

A l'échelle internationale, les mouvements révolutionnaires parmi les gens de couleur ont connu une montée significative.

Pendant des semaines des millions de nord-Américains ont vu aux actualités des manifestations massives de Noirs en Afrique du Sud, le soulèvement des peuples des Philippines et de Corée, ils ont été témoins de la résistance nicaraguayenne et des manœuvres de l'administration Reagan. Ils ont pu observer les Palestiniens de la rive occidentale se mobilisant héroïquement contre les

Malgré le recul général du mouvement ouvrier, des grèves lieu comme celle des travailleuses chicanas de Watsonville, en Californie, ainsi que des actions anti-apartheid dans le mouvement syndical (22).

Des développements intéressants sont également produits dans la vie culturelle des Etats-unis influençant l'état actuel des luttes politiques. A la suite du dé-

18) Voir Salim Muwakkil "New Issues Reviving

Dormant Arguments", ibid., 13-19 novembre 1985.

19) A C. Ola, "Black "Leaders' sew Confusion",

Guardian, 25 novembre 1987.

20) Salim Muwakkil, "AIDS Hits Hardest at Blacks and Latinos" In These Times, 19 août-1er septembre 1987.

21) Voir Lyonora Williams,

"Klansmen Without

Robes", Guardian, 25 novembre 1987.

22) Voir Frank Bardacke "How Watsonville Canning

Strikers Won", Against the Current 2, numéro 3 (mai-juin

1987).

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clin des mouvements nationalistes des Noirs et des Chicanos qui ont culminé à la fin des années 60, beaucoup de groupes d'extrême-gauche ont révisé leur point de vue et pris de nouvelles positions selon lesquelles les gens de couleur ne sont pas des nationalités opprimées, avec une dynamique indépendante, mais sont seulement des travailleurs surexploités (23).

Les mouvements culturels

Cependant, des mouvements culturels semi-autonomes des peuples de couleur ont progressé de façon résolue au cours des deux dernières années, avec des résultats substantiels. Toni Morrison et Alice Walker font aujourd'hui partie des principaux romanciers des Etats-Unis. Ces deux féministes noires font la promotion de la culture afro-américaine comme source permettant d'alimenter la fierté et l'indépendance, élevant de façon importante le niveau culturel du pays, cela va au-delà des banalités du prix Nobel, Saul Bellow, sans compter les producteurs de best-sellers comme Harold Robbins. Le public s'intéresse aussi de plus en plus au cinéma et au théâtre des Latinos-Américains. Bien que les phènomènes culturels de masse soient complexes et contradictoires, avec des effets divers dépendants du contexte, il n'y a pas de doute que l'information et l'intérêt pour l'histoire et la culture des peuples de couleur sont plus importants

Les luttes des gens de couleur, liées aux problèmes culturels, les plus impressionnantes de l'an passé, sont celles des campus, dans tout le pays. Les militants étudiants et leurs alliés dans les facultés ont agi avec une force remarquable et de façon unitaire pour leurs revendications et qu'il soit mis fin à la domination euro-américaine sur la vie culturelle à l'université. Ils réclament des cours sur les "cultures non-occidentales", et la création ou le renforcement de programmes d'études afro-américaines, indiennes, asioaméricaines et latino-américaines. Ces revendications nationales étaient souvent liées à des problèmes internationaux, surtout en ce qui concerne le soutien des Etats-Unis aux régimes réactionnaires d'Afrique du Sud et d'Amérique centrale.

Même au sein de la tour d'ivoire des disciplines académiques, l'impact de cette affirmation croissante de la "différence" culturelle et de l'autonomie, de la part des peuples de couleur est un problème majeur de contestation. Dans les sciences sociales et les humanités classiques, il y a aujourd'hui une rage au vitriol et des débats hautement politiques sur la question de la méthodologie appropriée pour les études et les recherches. Libéraux et conservateurs sont unis du côté de l'école de "l'ethnicité", qui amalgame les peuples de couleur et les ethnies blanches en une seule catégorie sur la base de l'argument que tous les citoyens des Etats-Unis sont, en un certain sens, descendants de "minorités". A gauche on trouve les partisans d'une analyse en termes de classes, genres, et races que le marxisme représente de façon éminente. Non seulement l'histoire et la culture mais aussi la psychologie et les physiques sont aujourd'hui soumises à une critique sévère pour avoir théorisé et présenté des "faits" et des "normes" qui se sont en fait que des prodestinées à faciliter la domination des perspectives cations de ces nouvelles données pour la gauche réUnis ? D'abord et avant tout, il s'agit d'un soutien actif de la part de tous les socialistes, de leur participation à ces fronts de lutte et de leur extension dans les endroits où i ils travaillent et vivent. Aucune critique, aucune suggestion, aussi ouvertes ou fraternelles qu'elles soient dans leur ton, ne seront prises au sérieux, et ne l'être, si elle ne sont pas émises du point de vue d'un engagement militant. Le rôle de la gauche socialiste

En second lieu, la complexité de ces nouveaux développements montre la nécessité d'un programme intensif d'auto-éducation de la part de la gauche, concernant l'histoire, l'évolution, les besoins et les revendications des peuples de couleur aux Etats-Unis. Depuis l'invasion européenne du continent américain, il y a plus de 400 ans, une campagne massive de désinformation a été menée par les moyens de communication de masse, les institutions éducatives, et l'industrie culturelle pour mésinformer les gens sur les différences culturelles, pour propager les théories biologiques sur l'infériorité raciale, pour semer la division entre les travailleurs, et pour instiller l'illusion d'une assimilation possible à l'ordre raciste chez les peuples de couleur.

Il en résulte que non seulement les Euro-Américains, mais les gens de couleur eux-mêmes doivent être partie prenante d'une vision historique nouvelle et actualisée, liée au combat politique. L'unité de tous les peuples de couleur, en alliance avec le mouvement syndical et les étudiants radicalisés, est certes souhaitable elle ne pourra être réelle si elle aboutit à ce que les groupes les moins nombreux et les plus faibles soient subor-

L'unité entre les peuples de couleur, comme entre eux et leurs alliés de classe, doit être basée sur la reconnaisance aussi bien de leurs différences que de leurs intérêts communs. Plus significatif, il n'est désormais plus correct, si cela l'a jamais été, de considérer le mouvement antiraciste comme avant tout une question "noire", même si les Noirs ont historiquement joué un rôle majeur dans la gauche et ont été massivement prolétarisés.

Les Indiens d'Amérique, par exemple, ont joué un rôle spécial dans l'histoire de la nation et sont aujourd'hui liés à la révolte des peuples indigènes à l'échelle d'un hémisphère (24).

"Américains d'origine asiatique" est un terme qui se réfère à un groupe nombreux qui a des relations très diversifiées avec la société dominante : Nippo-Américains, Sino-Américains, Philippino-Améri-

Vietnamo-Américains, CoréoAméricains, et d'autres.

La communauté latino-américaine est divisée en Chicanos, Portoricains (originaires de l'île ou du Continent), CubanoAméricains, réfugiés récents du Salvador, du Guatemala, du Mexique et d'autres pays.

Il y a aussi divers Arabo-Américains, des Haïtiens, des gens venus de l'Inde, et d'autres immigrants de fraîche date.

Des journées-débats (teach-ins) sur le racisme et la diversité culturelle sont actuellement organisées surtout sur les campus, mais elles peuvent aussı avoir leu dans les collectivités locales, les quartiers, et les syndicats.

Des dates particulières devraient être désignées par les militants anti-racistes pour l'organisation d'actions spécifiques. Par exemple, le 12 octobre est aujourd'hui célébré comme le "Columbus Day", fête nationale honorant la "découverte de l'Amérique". Les militants anti-racistes devraient transformer cette journée en une journée d'infamie, marquant le début du commerce des esclaves à travers l'Atlantique et de la guerre de génocide contre les habitants du continent américain. L'anniversaire du leader de la lutte pour les droits démocratiques, Martin Luther King, est dans beaucoup de régions du pays encore une fête "taboue", les socialistes devraient

23) Voir, par exemple, "Toward a Communist Analysis of Black Oppression", Line of March 2, numéro 1 (juillet-août 1981).

24) Voir Bernard Nietschmann, "The Third World War", Cultural Survival Quarterly 11, numéro 3 (1987).

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rejoindre la campagne pour imposer la fermeture des entreprises et des institutions étatiques, et organiser des actions alternatives ce jour-là, pour rendre hommage à M.L. King et protester contre le racisme.

La nécessaire unité

Quelles que soient les difficultés et les caractéristiques spécifiques du moment, les occasions d'une participation effective des socialistes, militants ayant une analyse politique du racisme et une vision du chemin nécessaire pour parvenir à sa suppression, sont nombreuses. Dans la formulation d'une stratégie et d'une tactique pour les nouveaux mouvements antiracistes, il existe une continuité avec les efforts passés des socialistes, surtout dans les années 60 et 70. Les revendications soulevées par l'extrême-gauche dans cette période précoce : action politique indépendante ; utilisation des profits pour construire des équipements éducatifs, de santé, et autres ; défense des droits des prisonniers de couleur ; respect des traités conclus avec les Indiens ; démocratisation et transformation culturelle du système scolaire ; pour l'élimination des pratiques racistes au niveau de l'emploi, des tribunaux, etc., ont été remises à l'ordre du jour par les événements récents. Ce qu'il faut ce n'est pas un bouleversement total ni le départ d'un nouveau travail théorique et programmatique, mais un développement et un renouveau de la pratique.

Enfin, les socialistes révolutionnaires ont une attitude spécifique qui les amène à rejoindre les luttes des peuples de couleur et le mouvement de la classe ouvrière, indépendamment de leur propre passé individuel. Les socialistes sont en guerre avec la culture et les institutions d'une société de classe, et ne viennent pas au combat anti-raciste comme des bienfaiteurs, ou des assistantes sociales, ni pour se guérir de leur sentiment de culpabilité. Ils viennent à la lutte parce qu'ils croient véritablement qu'il est de leur propre intérêt de déraciner le racisme et tout ce qui l'engendre dans leur société et les autres. Ils ne sont pas motivés par une pitié condescendante, comme de nombreux libéraux, ils se sentent ne faire qu'un avec les peuples de couleur qui lancent la lutte aujourd'hui et l'ont déjà fait dans le passé, et ils sont fiers d'avoir le privilège de se joindre aux combattants de première ligne pour la transformation du monde.

Mars 1988

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