LES VINGT-TROIS ANNEES qui se sont écoulées depuis l'assassinat de Malcolm X montrent à quel point son absence a affecté à la fois la lutte des Noirs et le mouvement révolutionnaire des Etats-Unis. Quand ce militant a été assassiné le 21 février 1965, la révolte noire durait depuis environ douze ans mais sa crise de direction était profonde. Evelyn SELL
N E AU NEBRASKA à la fin des
années 20, Malcolm X avait fait l'expérience de l'oppression dans une société raciste. A la fin de son adolescence il était devenu un petit truand d'Harlem. Après plusieurs séjours en prison, il atterrit dans une prison de haute-sécurité du Massachussetts. C'est là qu'il a commencé à se différencier et à devenir un produit nontypique des conditions sociales racistes. Il se mit à lire, des milliers de livres "parce que je voulais savoir ce qui fait que les gens sont comme ils sont". . Il ne trouva pas de réponse à la bibliothèque de la prison. Son frère, membre de la Nation de l'Islam (NOI, ou Black Muslims) à Détroit, lui rendit visite en prison et commença la conversion de Malcolm au mouvement des musulmans noirs.
Il adhéra à ce mouvement et devint le second du fondateur du mouvement, Elijah Muhammad. Ses apparitions à la radio et à la télévision, les interviews et les articles, les discours dans les meetings publics le firent connaître d'un nombre grandissant d'Américains.
L'influence de Malcolm X ne se limitait pas aux frontières nationales. Ses relations avec des délégués africains aux Nations-Unies et le voyage qu'il effectua en Afrique en 1959, le firent largement connaître à l'étranger. Il devint célèbre comme le "Saint Paul du mouvement des musulmans noirs". Mais ce n'est cependant pas son message religieux qui attira l'attention et le respect des Noirs à travers les Etats-Unis. Ce qui les touchait c'était ses attaques contre le racisme, son insistance sur la nécessité pour les Noirs d'avoir confiance en eux-mêmes, ses critiques des compromissions des dirigeants noirs et sa dénonciation des politiciens démocrates et républicains qui recherchent les votes des Noirs mais ne remplissent jamais les promesses de leur campagne.
Mais alors que les Noirs se mobilisaient dans des actions de masse pour contre la ségrégation et pour l'égalité, la NOI maintenait des buts et une stratégie différents : la séparation des races et la création d'une nation noire indépendante, soit sur le sol américain, soit sur le sol africain ; l'établissement d'entreprises, d'écoles, etc. noires séparées, faisant allégeance aux autorités civiles des Etats-Unis (à l'exception de leur refus de servir dans les forces armées parce que cela violerait leur enseignement religieux).
Organisation de l'unité afro-américaine
En mars 1964, Malcolm annonça son départ de la NOI. Il pensait, lui, que les Noirs devaient rester et combattre aux Etats-Unis pour leurs droits pleins et entiers.
Le 28 juin 1964, Malcolm lança l'Organisation de l'unité afro-américaine (OAAU), dont le modèle était l'Organisation de l'unité africaine (OUA), qui avait été fondée en 1963 pour unifier tous les Africains dans la lutte contre le colonialisme.
En mai 1964, lors d'un symposium, il tous les pays qui émergent aujourd'hui des chaînes du colonialisme se tournent vers le socialisme. Je ne pense pas que ce soit par accident. La plupart des pays qui ont été des puissances coloniales sont des pays capitalistes et le dernier rempart du capitalisme aujourd'hui c'est l'Amérique et il est impossible pour un Blanc de croire au capitalisme sans croire au racisme. On ne peut avoir de capitalisme sans
Nous ne disons pas qu'au moment de sa mort Malcolm était un socialiste ou un marxiste, mais il était engagé dans un processus d'approfondissement de sa compréhension à long terme des réalités et des possibilités sociales.
Ses qualités organisationnelles et idéologiques, en faisaient le meilleur forgeron de la nécessaire unité entre le mouvement ouvrier et les luttes des nationalités opprimées.
Février 1988.