Inprecor 1974–2004

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PARAGUAY

"Victoire électorale" pour Stroessner

· Inprecor n° 264, 25 avril 1988 · p. 24-25 · 1 151 mots

Brésil

LE 14 FEVRIER DERNIER, le général Stroessner s'est réélu avec 90% des voix. Depuis 1954, date de son coup d'Elot gagné. Mois celle fois, la répelition de la force ne pu

PARAGUAY

"Victoire électorale"

pour Stroessner c'est la huitième élection de ce lype, Il a loulours dissimuler d'importants changements en cours au Paraguay. La dictature n'est plus aussi solide.

Em Tempo

A DICTATURE du général

Stroessner a une longue tradition de "coups de mains" contre les ennemis et les alliés en disgrâce. A la mi-87, dans la convention qui devait élire la nouvelle direction du parti Colorado au pouvoir, et le candidat de ce parti aux élections, la police interdit l'entrée dans la convention des délégués de la faction "traditionaliste" - qui prétendait avoir la majorité.

Appuyée par l'ambassade américaine, cette dissidence se voulait la cheville ouvrière civile d'une transition contrôlée

Restèrent seulement dans la convention les délégués "militants" d'orientation typiquement fascisante, les représentants de la nouvelle oligarchie de l'argent facile

(trafiquants de drogue, d'armes, contrebande, spéculation etc.).

Stroessner brise une alliance de près de trente ans avec le secteur traditionnel de l'oligarchie (liée aux grandes propriétés foncières et au commerce international), représenté par ces "traditionalistes".

L'économie mafia

En 1954, Stroessner d'Etat avec l'appui de l'ambassade ncrdaméricaine et l'armée, plus l'oligarchie traditionnelle, l'Eglise et les populistes du Parti Colorado. Puis, avec la domination absolue de l'Etat, il "modernisa" la vieille économie agricole et exportatrice. Il inséra le pays dans les circuits internationaux de spéculation financière, les réseaux de trafic illégal de marchandises et la sphère du trafic de drogue.

L'Etat devint également le plus important employeur de main-d'œuvre salariée, service d'une politique clientéliste, visant à gagner des secteurs importants du peuple pour qu'ils donnent au moins un appui passif à la dictature. C'est ainsi qu'apparaît du cœur même de la dictature, une nouvelle fraction bourgeoise, liée à tous les malfras nationaux et internationaux recueillis par Stroessner.

La construction d'Itaipu (1) fut un grand moment du régime de Stroessner. Avec un coût bien supérieur au Produit intérieur brut du Paraguay, les dollars arrosèrent rapidement léconomie paraguayenne via d'innombrables réseaux. Itaipu fut aussi le début de la crise de la

Quand la manne de dollars s'arrêta, Stroessner dut redéfinir son schéma : il augmenta les impôts sur les entreprises et créa un taux de change différencié, forme d'aide au capital financier aux

Dans cette conjoncture, les pressions venant à la fois de l'impérialisme nord-américain, du patronat et de l'Eglise paraguayenne, en faveur d'une ouverture politique (contrôlée) se sont faites plus fortes. Elles trouvaient leur répondant au sein du parti au pouvoir et se manifestaient dans la presse et dans les secteurs de l'opposition par la sympathie affichée par les "traditionalistes" qui mobilisèrent toutes leurs influences politiques et organisèrent des manifestations massives d'appui à leur

Dans l'esprit de l'ambassade américaine, les "traditionalistes" devaient l'emporter lors de la convention du parti, en changer la direction mais reconduiraient de rouveau Stroessner comme candidat sa sa "réélection".

L'opposition bourgeoisie (le Parti libéral et le Parti libéral radical) devait se présenter aux élections ... afin de les perdre, faisant ainsi une tentative de rétablissant du jeu politique. Le retour de Domingo Laino, dirigeant d'un autre petit parti bourgeois, le Parti libéral radical authentique après des années d'exil fut né-

1) Située à la frontière du Paraguay et du Brésil, ays avec lequel elle fut construite en commun, Itaipu est la plus grande centrale électrique...du monde. Elle a coûté la bagatelle de 17 milliards de dollars. Sa capacité de production est de 72 milliards de kw/heures par an, lors que la consommation estimée dul Paraouay est de s milliards de kw/h par an...

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gociée par les Américains avec l'objectif de regrouper autour de sa personne, toute l'opposition.

D'autre part, les rythmes de la crise économique et sociale aiguise la lutte populaire, se traduisant notamment par des occupations de terre depuis 1985, des mobilisations des travailleurs pour des augmentations de salaires, et des étudiants contre les frais de scolarité. La réponse de la dictature fut donnée par les groupes para-militaires dans les villes, et l'intervention directe des forces armées dans les campagnes, faisant de nombreux morts.

Le climat n'y était pas pour une "transition négociée" Stroessner a dû affronter l'opposition la plus large depuis ses 34 années de dictature. A part le capital lié à la contrebande et au trafic de drogue et les militaires et leur réseau d'appui international (Brésil, Taïwan et l'Afrique du Sud), Stroessner ne peut plus compter sur l'appui de grand-monde mais doit faire face à un rejet quasi unanine dans l'opinion publique internationale, et sur l'opposition intérieure du patronat, de l'Eglise catholique et du mouvement populaire.

La divergence entre la politique brésilienne et celle des Etats-Unis en ce qui concerne le Paraguay, est plus apparente que réelle. Le Brésil, à travers la Mission militaire brésilienne au Paraguay, est la porte d'entrée de la politique nord-américaine dans les forces armées paraguayennes, élément-clé pour une quelconque négociation, et qui rend peu intéressante pour les Américains une ruptur du Brésil avec la dictature paraguayenne. Dans la mesure où cette porte reste largement ouverte, l'ambassadeur des EtatsUnis à Asuncion peut continuer d'agiter le drapeau de la lutte pour la "la démocratisation" du pays, ce qui sert largement au gouvernement Reagan dans sa stratégie d'intervention globale en Amérique latine, comme "paladin de la liberté", et qui justifie, du même coup, sa guerre contre le Nicaragua.

Mais Stroessner sait que sa position est risquée et que le pays est économiquement épuisé depuis que les travaux d'Itaipu se sont achevés, voilà cinq ans. Cette situation a entraîné un profond mécontentement, tant dans les secteurs populaires que parmi le patronat. La situation s'est compliquée quand la dictature a essayé de faire payer la crise, tant la bourgeoisie traditionnelle que les travailleurs. Après, dictature a trouvé une porte de sortie : les dollars d'Itaipu ont été remplacés par ceux du trafic de drogue et de la contrebande.

Dans les derniers mois, furent découverts en Argentine, Belgique et Panama, d'importants chargements de cocaïne provenant du Paraguay. la dictature a négocié rapidement avec Taïwan l'immigration de Chinois "indésirables" qui seront relogés le long de la frontière avec Brésil, au prix de 30 000 dollars par tête, avec droit pour les intéressés d'utiliser une zone franche d'un aéroport spécialement construit pour eux à Stroessner-Ville.

De cette manière, le Paraguay se prépare d'un bon pied à remplacer la Bolivie et la Colombie dans le hit-parade des pays où fleurissent les trafics en tous genre : drogues, armes, prostitution, et contrebandes diverses.

Avec ces dollars, la dictature a repris les grands travaux publics, élevé le taux de change du dollar pour les exportations et créé de nouvelles lignes de crédit et d'aides financières pour l'agriculture.

Mais de cette façon également, le Paraguay devient une source de tension régionales, à cause de l'éclosion même de ces trafics illicites liés aux pays voisins, dont l'Argentine et le Brésil.

25 mars 1988

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