LES ACTIONS ETUDIANTES ont, une nouvelle fois, révélé les faiblesses subjectives des forces révolutionnaires en ce qui concerne le problème de l'affrontement avec les mécanismes réformistes. L'incapacité à prendre les initiatives correctes et à appliquer la tactique juste (le front uni) n'est pas seulement due à un manque de compréhension de ce qui aurait dû être fait, mais a, malheureusement, des causes plus profondes. Spartakos
U NE APPROCHE EMPIRIQUE du
problème du réformisme conduit soit à éviter toute collaboration avec les réformistes, soit s'adapter à eux. La conception selon laquelle les réformistes ne luttent jamais, que le réformisme est, en toutes circonstances, une machine à briser les grèves, etc., produit des "surprises" et des "désillusions"
Dans les événements récents, c'est une combinaison de nombreux facteurs qui a mené, d'une part, à perdre une occasion politique de changer radicalement les rapports de forces dans le mouvement étudiant en faveur des options révolutionnaires et, de l'autre, à la rupture (heureusement seulement temporaire) de la dynamique du mouvement étudiant lui-même. Puisque ce problème va réapparaître (et pas seulement en ce qui concerne les étudiants), il faut analyser ces faiblesses afin que les forces révolutionnaires puissent être plus efficaces, donnent un élan au mouvement et, en même temps, changent les rapports de forces en leur faveur.
Les circonstances qui ont fait exploser les étudiants sont plus ou moins bien connues. Il s'agit d'une accumulation de faillites à tous les niveaux (économique, de l'enseignement et de l'organisation du système éducatif). Les occupations de facultés se sont succédées, les unes après les autres.
Le rapport de forces dans les universités a revêtu une dynamique favorable aux forces révolutionnaires et défavorable aux forces qui s'opposaient à ces occupa-
tions. Des comités de coordination ont été élus dans les établissements occupés dans lesquels des forces révolutionnaires, surtout organisées dans les Regroupements étudiants de gauche (ASF), ont obtenu la majorité. Depuis lors, l'étroitesse de leurs perspectives et dans une certaine mesure, la "politique de chefs", ont pris le dessus.
Manque de centralisation
Au lieu de se rassembler et d'élire un organe central de coordination, les ASF sont restés séparés les uns des autres. Chaque établissement scolaire, et chaque groupe dominant, a essayé de jouer le rôle de centre du mouvement étudiant. Tous les autres étaient censés se soumettre à la "domination" de l'un ou l'autre groupe. Le mouvement étudiant, dans son ensemble, et ses revendications, avaient disparu de l'horizon de ces "leaders".
Non seulement rien n'a été entrepris pour unifier les Regroupements dans les différentes écoles, mais aucune idée concrète ne fut proposée pour sortir du "ghetto" étudiant et pour organiser une manifestation centrale. De l'autre côté, il n'était pas aisé de faire une telle proposition parce que rien n'avait été fait pour unifier les comités. Ce fut alors le début du déclin de la lutte.
L'organisation jeune du PC (KNE), après avoir perdu une faculté après l'autre, a fini par comprendre sa faiblesse dans le mouvement. Elle fit passer le centre de gravité des université aux organisations étudiantes nationales, où elle avait un poids supérieur à celui des ASF. C'est dans ce cadre que les Jeunesses communistes ont pris l'initiative d'organiser des manifestations centrales. Le "Bloc des occupations" fut obligé de se mettre à la traîne d'une initiative qu'il aurait dû prendre lui-même. Ayant récupéré l'initiative au niveau central, la KNE mis les occupations politiquement et organisationnellement à sa remorque. Là où elles ne pouvaient pas les contrôler, elles les ont sabotées.
La bataille contre les forces de répression, le 13 novembre, a privé les ASF de leur seul argument contre les réformistes, c'est-à-dire qu'ils ne luttent pas et essaient toujours de freiner les luttes. Cette idée primaire du réformisme a été renversée dans la pratique par une échauffourée et les
Men ont été désarticulés et démo-
Le fait que lors de l'anniversaire du soulèvement de l'école Polytechnique, les ASF ont été entraînés dans le cadre politique et organisationnel des Jeunesses communistes fut le résultat et non la cause des problèmes, contrairement à ce que certains disent. L'acceptation de ce cadre a été le résultat du manque d'alternative, en particulier au plan organisationnel, de la part du "Bloc des occupations".
La donnée fondamentale est que ASF et le "Bloc" avaient laissé l'initiative (politique et organisationnelle) leur filer entre les doigts déjà bien avant, et ensuite il n'était pas été si aisé de la reprendre des mains de la KNE, d'autant plus qu'ils n'avaient pas de réelles propositions concrètes.
Le double pouvoir
Le EFEE est le plus haut organe représentatif des étudiants qui émerge chaque année d'élections de "type parlementaire". Les Comités de lutte à la base, les SE, ont, eux, été élus pendant la lutte. Un "double pouvoir" existait dans le mouvement entre les nouveaux organes de base et l'EFEE, qui tendait à perdre toute son autorité. En fait le problème n'était pas organisationnel, mais surtout politique.
"Bloc" des occupations, dominé par les Regroupements de gauche (ASF), n'avait pas pensé à organiser de mobilisation centrale, le résultat en a été qu'il n'a pas ressenti le besoin d'un organe central de coordination.
Comme une telle centralisation des SE n'existait pas, le KNE, en prenant intelligemment les initiatives centrales a réussi à restaurer l'autorité que l'EFEE avait perdue. En restant les organes d'une occupation passive, ils ont laissé le rôle de direction centrale à la KNE-EFEE. Le "Bloc" aurait dû lui-même proposer à la KNE un front de lutte basé sur les occupations. Si l'EFEE voulait devenir l'organe de la lutte, il aurait dû appeler à l'occupation dans toutes les écoles de façon à avoir le droit de diriger la lutte. (Bien sûr une telle proposition n'aurait été acceptée ni par le PASK, ni, naturellement, par la KNE).
Parallèlement, le "Bloc" aurait dû prendre l'initiative des manifestations centrales, en dehors de l'EFEE-KNE, sans Zattendre pour déployer son énergie. La KNE, qui avait un pied dans les occupations et l'autres dans l'EFEE, a essayé, avec succès, de tenir le centre de gravité des manifestations centrales.
L'absence d'alternative politique et d'une solution organisationnelle alternative a rendu la tâche aisée au KNE pour jouer le rôle d'un front d'action, pour son propre compte. Le "Bloc" n'aurait pas dû rejeter le front, mais aurait dû prendre le contrôle de la direction du mouvement des mains de l'EFEE (dans lequel il n'était pas représenté), pour le rendre aux mains des comités de base, et à un organe central de ces derniers.
Aucune force politique n'aurait été exclue des comités de base, aussi longtemps qu'elle aurait accepté de participer effectivement aux luttes du mouvement étudiant. Toutes les forces politiques en lutte, auraient eu, de même leur, place dans les comités de base des établissements universitaires et dans un organe central de coordination.
Sectarisme dans l'ASF
Quelle était la force dont les comités de base pouvaient bénéficier au sein de l'EFEE ? Aucune. Quelle force pouvaient avoir dans un tel organe de lutte, la fraction PS (PASK) et la DAP (fraction étudiante du principal parti bourgeois)? Aucune. Le front uni de lutte est un front de lutte, et non une combinaison électorale.
Si l'EFEE avait perdu l'initiative dans les manifestations centrales, au bénéfice d'un comité de coordination des comités de base (et il l'aurait perdue car sa position était entièrement déterminée par le KNE), alors un front unique aurait poussé la KNE et ses partisans à participer aux organes de lutte, et non à rester dans la caverne des brigands électorale avec le PASK.
Ce n'est que de cette façon que le "front" de l'EFEE-KNE avec le "Bloc" et les ASF aurait eu une réelle signification dans le combat. Une telle organisation, après l'extension des occupations à toute la Grèce, aurait très bien pu prendre le caractère de direction nationale de la lutte. La KNE aurait alors était forcée de laisser T'EFEE au PASK et de participer à ce nouvel organisme, ou de se retrouver encore plus isolée dans facultés.
Mais, malheureusement, l'étroitesse d'esprit des groupes composant l'ASF les a empêchés de donner la priorité aux tâches politiques et organisationnelles d'intérêt général.
Décembre 1987.