Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRECE

La révolte étudiante

· Inprecor n° 265, 9 mai 1988 · p. 19-20 · 1 749 mots

Grèce et Turquie

UNE IMPORTANTE VAGUE de protestation s'est élevée en Grèce,

Les principales revendications de la lutte étaient matérielles.

logements, rares, et dont les prix se sont envolés. L'autre, celui du retard dans la distribution des livres de cours, qui sont fournis gratuitement par l'Etat. Nous publions ci-dessous, deux articles parus dans les organes de presse de l'OKDE, section grecque de

GRECE

La révolte étudiante à la fin de l'année 1987, qui n'a pas seulement ébranlé le gouvernement mais a secoué la gauche.

Ce fut une explosion soudaine après huit ans d'apparente passivité et de conservatisme dans les universités.

Parmi les problèmes les plus fortement ressentis : celui des la IVe Internationale.

Demetres KATSONIDES

A RECENTE EXPLOSION de la jeunesse oblige tout le monde à étudier les raisons de cette mobilisation.

Chaque génération doit faire l'expérience de ses propres problèmes.

Ainsi, la récente mobilisation de la jeunesse est survenue après huit ans d'inertie, de passivité, d'atomisation, d'indifférence et de choix conservateurs auxquels ont été soumis les jeunes. C'était le résultat des attaques qu'ils ont subies avec la politique bourgeoise droitière de la direction du Parti socialiste grec, le PASOK, et de son gouvernement. C'était aussi le résultat de la domination par des mécanismes bureaucratiques des fractions du PS et du PC, le

PASK et le PSK, dans le syndicat étudiant, qui ont bloqué toute activité du mouvement étudiant.

Comparaison entre hier et aujourd'hui

Aujourd'hui, les problèmes auxquels les étudiants sont confrontés sont différents. Ce sont les conditions matérielles qu'ils rencontrent, comme les bâtiments, les équipements, la nourriture, le contenu des études, associées à la perspective du chômage, qui sont à la base du développement d'une conscience révoltée de la jeunesse étudiante, puis de sa politisation.

C'est cela qui les oblige à comprendre le rôle de modernisation que la bourgeoisie demande de jouer aux universités et aux instituts techniques, ce qui les pousse à davantage de revendications politiques, et à des revendications anti-capitalistes.

Pour une meilleure compréhension de cette explosion des étudiants, il est utile de faire une comparaison avec les révoltes étudiantes des années 60 et 70 et d'essayer d'en tirer quelques conclusions.

Ces révoltes antérieures, comme celle de mai 1968 en France, ont été le résultat de la phase de développement du capitalisme après la guerre. Les rythmes de développement de la science et de la technologie ont été rapides. Le taux d'innovation dans la production a été sans précédent. Les universités, dans une certaine mesure, ont cessé d'être le domaine d'un nombre limité de jeunes gens de la couche sociale supérieure. Les inscriptions ont commencé à revêtir un caractère massif pour répondre aux besoins d'un capitalis-

Une autre facteur important de ces rebellions a été le succès international de la gauche, la guerre du Vietnam, la décolonisation, la victoire de la révolution cubaine et la révolution culturelle en Chine. Ces événements ont joué comme catalyseur sur la conscience des masses, et en particulier sur les jeunes.

Aujourd'hui, dans la comparaison générale avec la période du développement du capitalisme d'après-guerre, il apparaît que le boom capitaliste s'est prolongé par quotidiennement les effets.

barrières de classe entravant l'accès à l'éducation sont de plus en plus importantes. Les enfants issus de la classe ouvrière vont de moins en moins à l'université. Les budgets sont réduits, les investissements aussi, mais le chômage s'accroît. En même temps nous assistons au développement rapide de nouvelles technologies, tout comme dans la période du boom capitaliste.

Les universités perdent donc leur caractère de masse. L'individualisme est mis en avant, de même que l'éducation à deux vitesses qui divise les étudiants entre

"moutons", qui formeront l'élite et les "chèvres" nombreuses qui formeront les vastes cohortes de chômeurs. Cela correspond aux besoins actuels du capitalisme.

Il ne faut pas négliger le fait que la jeunesse d'aujourd'hui ne se réfère pas à des sources de "romantisme révolutionnaire". Dégoûtée par la politique et la situation sociale et par les manœuvres bureaucratiques des partis réformistes, elle n'a pas de sources d'inspiration car il y a pas aujourd'hui de succès évidents de la gauche au niveau international. Ce sont les raisons principales pour lesquelles ses revendications se situent davantage sur le plan économique et ne prennent que graduellement des options systématiques.

L'absence de cadre démocratique bourgeois

Jusqu'à la guerre et dans la période d'après-guerre, l'absence d'un cadre démocratique bourgeois pendant toute une période est devenu un axe de la radicalisation et de la croissance du mouvement de masse de la jeunesse et de celle de fortes organisations de gauche.

La génération de la jeunesse Lambrakis, l'Article 114, la révolte de l'école Polytechnique et la Loi 815 (1) avaient des objectifs clairement dirigés contre la droite et avaient adopté des mots d'ordre revendiquant la liberté, la démocratie et l'indépendance, l'éducation et les emplois.

Comme nous l'avons déjà mentionné, ils ont été encouragés par les succès du mouvement ouvrier international. La radicalisation de cette génération a donc pris un caractère de remise en cause

Il y a maintenant une longue tradition de démocratie bourgeoise. On peut la dater, d'une façon générale, de la période de transition vers le régime parlementaire qui a suivi la chute de la dictature des colonels, en 1974, et en particulier depuis l'ascension du PASOK au pouvoir, en 1981. L'orientation de lutte contre la

1) Lambrakis était une figure politique radicale de gauche. Il a été assassiné par la droite en 1965. Les secteurs les plus gauches de la jeunesse communiste se réclament de lui.

L'article 114 était une garantie de préservation de la démocratie, obtenue par les masses opprimées par le pouvoir monarchico-parlementaire des années 1960.

La révolte de l'école Polytechnique en novembre 1973, a été le plus important soulèvement contre la dictature des colonels.

La Loi 815, adoptée en 1978, était une réforme de droite de l'éducation, introduisant, entre autres, la sélection. Elle a provoqué des luttes massives en 1979.

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droite qui a dominé cette période a empêché de donner des réponses aux nouveaux besoins qui se dessinaient. Un fossé a donc commencé à se développer entre les jeunes et la gauche et par conséquent entre les jeunes et la politique.

Pendant une longue période, la jeunesse a été conduite à l'indifférence, l'atomisation, à la dépolitisation et aux choix conservateurs par toute une série de facteurs : le manque d'objectifs politiques concrets dont pâtissait la gauche dans son ensemble ; la politique bourgeoise de la direction du PASOK ; le désappointement des espoirs de la jeunesse ; l'autoritarisme; l'intensification du travail scolaire ; l'aggravation de la crise économique et du chômage ; le manque de perspectives professionnelles ; la crise du système éducatif, etc.

Les jeunes ont alors cessé de remettre en cause les valeurs bourgeoises et de se radicaliser. Tout cela, ajouté au recul international de la gauche et du mouvement ouvrier, a conduit à la formation d'une conscience différente sur une série de questions.

C'est pour cette raison que nous voyons des revendications bien différentes de celle de la génération plus ancienne être soulevées par les mobilisations étudiantes. Ces revendications ne découlent pas d'objectifs politiques spécifiques, mais découlent de leurs problèmes concrets, actuels.

Des études stériles

Aujourd'hui, les jeunes, les étudiants qui se mobilisent sont ceux qui poursuivent leurs études avec régularité, qui lisent, qui font le travail qu'ils ont à faire à la maison et qui passent leurs examens, qui ont fait le parcours du combattant d'un cursus accéléré, qui finissent leur travail dans les temps, qui pensent à s'établir, etc.

Mais ils découvrent que les études qu'ils font sont stériles. Elles deviennent ennuyeuses. Les professeurs sont les seigneurs et maîtres. Les équipements matériels et techniques sont proches de la misère. Les bibliothèques et les lieux de loisirs sont inexistants. L'avenir est incertain. l'exploitation et se sentent traités comme des marchandises.

A cause de la politique d'éducation bourgeoise du PASOK et des manipulations des réformistes, pendant huit ans tous ces problèmes ont poussé les étudiants vers les solutions individuelles, la résignation, la sécurité, le conservatisme. Mais en même temps, ils ont créé ce qu'on pourrait appeler un "nouveau type de radicalisation"

Toutefois, si le mouvement de la jeunesse ne trouve pas de solution, s'il n'adopte pas des objectifs précis, des di-

Get une orientation politique claires, le danger existe que la vapeur ne s'épuise à nouveau, qu'elle retourne au même niveau d'apathie, de conservatisme et d'atomisation qu'auparavant.

Cette lutte pour la réorientation et la repolitisation des jeunes se décidera sur la base des problèmes sociaux et politiques et des réponses offertes.

D'un côté l'accumulation de mécontentement et d'indignation a donné naissance aux récentes mobilisations. De l'autre, la faillite et la politique d'austérité imposent des restrictions budgétaires et des investissements réduits. Cela, en retour, conduit à l'autoritarisme et aux attaques contre les gains du mouvement populaire, dans le but de le marginaliser.

Par là même, mettre un signe d'égalité entre les occupations de 1987 et celles de 1979, est faux. Une comparaison entre ces actions nous montre que le rapport de forces en 1979 était totalement en faveur des organisations de gauche. A cette époque, il régnait un climat tout à fait hostile à la droite.

Mais aujourd'hui cela a largement disparu. Il y avait une opposition systématique à la Loi 815 et aux orientations adoptées pour le secteur éducatif, contre la politique de la droite. Aujourd'hui, il n'y a ni climat anti-droite, ni buts concrets

En 1979, il existait des organisations nationales de la gauche extra-parlementaire qui jouaient un rôle dirigeant important, alors qu'aujourd'hui les Regroupements de gauche (Aristeres Syspeiroseis, ASF) et quelques autres n'ont ni organisation nationale structurée, ni buts ou coordination concrets.

Aujourd'hui il n'y a pas d'objectifs, parce qu'il n'y a pas de direction qui puisse proposer ces buts concrets. La fraction socialiste étudiante organise le sabotage de l'action, et celle du PC essaie de calmer le jeu. Quant à la Fédération étudiante, l'EFEE-ESEE, qui est dirigée par ces deux groupes conjointement, elle ne jouit pas de la confiance des étudiants.

Les problèmes des jeunes, sont ceux de société elle-même. De conserve avec l'échec de la gauche à offrir une alternative convaincante, ils forment la base de la crise du mouvement et de son comportement conservateur en maintes occasions. Le but principal qui doit être défini aujourd'hui est de rebâtir l'unité et de repolitiser le mouvement jeune.

La gauche ne pourra récupérer le soutien de ce mouvement que si elle restaure les valeurs du socialisme dans la conscience des jeunes, valeurs que le PASOK et le reste de la gauche "officielle" ont anéanties avec leur politique.

Regroupement marxiste décembre 1987-janvier 1988.

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