LE 24 FEVRIER, le régime sud-africain a rendu public un édit "restreignant" la liberté d'action de 17 organisations. Il est interdit à ces organisations comme le Front Uni démocratique (UDF), le Congrès de la jeunesse sud-africaine (SAYC) et l'Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO) d'"'entreprendre ou de mener aucune activité ou action que ce soit". Paul SMITH
D ANS UNE CLAUSE SEPAREE,
le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) a été autorisé à continuer ses activités syndicales, mais toute activité politique lui est interdite, y compris d'appeler à la libération de prisonniers, à la légalisation d'organisations déclarées illégales, comme le Congrès national africain (ANC) ; d'appeler au boycott des élections ou à toute autre campagne de propagande anti-gouvernementale, ou à la commémoration de l'anniversaire de tout incident ou soulèvement, violence publique ou agitation "qui se sont produits à un moment ou un autre dans la république" (1).
Le poids du COSATU
Sans minimiser le coup qui a été ainsi porté aux organisations de la résistance à l'intérieur de l'Afrique du Sud, un certain nombre de questions sont soulevées par ces interdictions.
Pourquoi le COSATU n'a-t-il pas été la cible principale de cette répression ? Les observateurs se seraient-ils trompés gravement sur l'importance de cette confédération dans la lutte en Afrique du Sud? Est-ce qu'une fois encore le délire socialiste concernant l'importance de l'organisation ouvrière a remplacé une analyse adéquate ? En même temps les deux états d'urgence qui ont été décrétés ont déjà accompli leur travail de terreur dans les townships. Beaucoup des organisations soumises aux nouveaux décrets ont vu leurs bureaux fermés, leurs dirigeants pourchassés, bannis et emprisonnés. Une organisation comme le Congrès des jeunesses est déjà réduite à une existence fantomatique. Pourquoi était-il nécessaire d'écraser encore davantage ces organisations déjà acculées ? Pourquoi sont-elles visées ?
La place du COSATU dans la lutte en Afrique du Sud aujourd'hui est d'une importance extraordinaire. En 1987, le niveau de vie des membres du COSATU a augmenté de 18%, grâce à leurs luttes. C'est là un avantage bien supérieur à ceux de tous les autres groupes de travailleurs d'Afrique du Sud et signifie que ceux qui sont affiliés du COSATU ont été les seuls à compenser l'inflation (2). Les augmentations de salaires ne sont pas les seuls avantages obtenus par les accords conclus par les syndicats du COSATU. Les principaux observateurs de l'économie commentent abondamment les améliorations obtenues par les membres du COSATU dans le cadre de l'accord signé et qui accorde ces augmentations de salaires.
Journées de grève
Contrairement à la diminution des effectifs qu'on observe ailleurs dans les pays plus développés, les syndicats d'Afrique du Sud ont vu croître leurs effectifs en 1987. Les derniers chiffres connus (1986) donnent 36% de la population active d'Afrique du Sud comme syndiquée, en dépit d'un taux massif de chômage, partiellement non comptabilisé.
En 1986 il y a eu tout juste un peu plus d'un million de journées de travail perdues pour fait de grève. En 1987 ce chiffre est monté aux environ de 9 millions. Certaines de ces grèves, étaient, pour la première fois, menées contre des employeurs publics (Transports, Acier, Postes). Plus significatif, le grand nombre de journées perdues ont été réparties entre 10 grandes grèves, chacune représentant un extrême effort d'organisation et de combativité dans une société sans l'ombre de droits sociaux et qui vit à
Un tel record d'effectifs serait même le bienvenu dans une période de plein emploi dans un pays possédant des droits démocratiques bien enracinés. Dans les conditions du deuxième état d'urgence, avec un chômage massif, ce record du COSATU est extraordinaire. L'Etat sud-africain y a répondu en décidant de prendre des mesures contre le mouvement ouvrier, dès l'été prochain, en proposant une législation qui réponde à toute la liste des motifs de rogne et de grogne des patrons contre la puissance grandissante de la force de travail qu'ils emploient.
L'amendement à la loi sur les relations du travail inclut des clauses destinées à rendre illégale toute grève de sympathie ou de solidarité, et toute greve pour le même motif, illégale pendant 15 mois, ainsi que d'autres procédures compliquant les possibilités de déclencher légalement une grève. Il met un terme au droit pour le syndicat majoritaire de négocier au nom de l'ensemble des travailleurs, autorise l'existence légale des syndicats minoritaires, les syndicats seront redevables des pertes subies du fait d'une grève, il sera illégal pour un syndicat d'appeler les consommateurs à un boycott.
Si ces clauses, et d'autres, ne sont pas suffisantes, la Loi donnera virtuellement au ministre des pouvoirs illimités pour décider qu'elles sont les pratiques syndicales "correctes" ou "incorrectes" selon son bon vouloir (3). La nouvelle approche de Botha par rapport aux classes possédantes a encore été renforcée au détriment des travailleurs sud-africains (y compris les ouvriers blancs) en annonçant une réduction dans les dépenses et un blocage des salaires du secteur public (ce qui touche près d'un million de travailleurs noirs et un demi-million de Blancs). Il faut rapprocher cette décision de la privatisation des biens publics, dans le style
En fait, le mouvement ouvrier sud-africain est sur le chemin d'une confrontation majeure avec l'Etat, en 1988. Et il semble que Botha soit prêt à payer le prix de sa nouvelle politique d'alliance avec les hommes d'affaires anglophones et à affronter le risque d'éloigner encore davantage les ouvriers blancs du Parti nationaliste, au moins à l'heure actuelle, afin de préparer cette confrontation avec les syn-
L'importance du mouvement syndical sud-africain semble être parfaitement compris par les autorités de ce pays. Ce ne sont pas les interdits récents qui ont été choisis comme instrument pour traiter la question des syndicats, ils étaient dirigées vers d'autres cibles. Les syndicats n'ont reçu que des coups indirects à cause de l'extension prise par les activités syndicales dans les townships noirs. La politique dans les townships
Il y a aujourd'hui un débat au sein des syndicats en général et dans le COSATU en particulier sur la façon d'agir dans le vide croissant qui s'est créé dans beaucoup de townships. En réalité, l'organisation dans les townships noirs en est à un niveau bien plus bas qu'il y a deux ans. La répression d'Etat est pour beaucoup dans ce recul. De ce point de vue, les dernières mesures prises ne sont que le "saupoudrage à la surface du gâteau".
En réalité le régime est bien déterminé à déraciner toute velléité "d'ingouvernabilité" dans les townships noirs d'Afrique du Sud. C'est un point critique pour toute re-
1) Cité d'après The Independanı, 25 février 1988.
2) Financial Mail (Afrique du Sud), 8 janvier 1988.
3) Work in Progress, N° 52.
cherche d'une politique de "stabilisation" à long terme d'une Afrique du Sud capitaliste (avec ou sans programme de réformes). Sans s'étendre sur quelques-unes des stratégies qui ont été tirées de l'expérience des révoltes dans les townships par des secteurs du mouvement de libération, quels que soient les doutes qu'on puisse avoir sur les théories du double pouvoir et autres du même genre, personne ne peut douter de la profondeur et de l'étendue de ces luttes dans les années
Depuis lors des millions, peut-être des milliards de Rands (si on ajoute les investissements privés), ont été déversés dans les townships. Bien que ce ne soit qu'une goutte d'eau dans l'océan, avec de nombreux échecs (des cabanes construites sans les équipements nécessaires et sans aucune infrastructure convenable) il y a eu quelques tentatives réussies de créer une couche plus prospère dans plusieurs régions noires. Le régime espère faire naître la première classe moyenne noire réelle d'Afrique du Sud. Ce sont ces forces que l'Etat envisage de façonner pour les introduire dans le désert politique qu'il a créé dans les townships avec la destruction des organes autod'organisation
Il est d'une importance vitale pour le régime que ceux qu'il pourra persuader de se présenter aux élections municipales dans les townships, en octobre prochain, ne se retrouvent pas en face d'organisations combatives qui risquent (pour le moins) de leur demander des comptes et peutêtre même leur vie, si la tactique de boycott des élections se poursuit. Dans le passé ce sont leurs propres organisations qui faisaient la puissance des populations nombreuses des townships, en proportion indirecte des éléments noirs qui poursuivaient une carrière, ou au moins des privilèges relatifs, à travers le pouvoir dans les conseils municipaux ou locaux.
Les Six de Sharpeville
Botha était prêt à aller jusqu'au point de provoquer une crise majeure, nationale et internationale, sur la question des Six de Sharpeville, pour cette même raison. (Nous devons nous féliciter, dans ce cas, de la relative autonomie de la justice d'Afrique du Sud par rapport au pouvoir d'Etat, qui lui a permis de céder sous la pression nationale et internationale).
Botha lui-même et SOlL cabinet, étaient et sont toujours, prêts à voir mourir les Six de Sharpeville. Il s'agit d'un calcul cynique selon lequel "ça vaut le coup", pour faire augmenter le prix à payer pour les attaques contre les fonctionnaires "élus" des townships. Botha ira jusqu'au bout et même au-delà pour défendre les maires noirs, etc. Il n'a pas le choix. La répression ne suffira pas, à elle seule, à venir à bout des 15 à 20 millions de personnes qui ont une mentalité révolutionnaire ! (4). Sharpeville et les interdictions de février, font donc partie du même scenario.
A quoi ressemble la politique de Botha pour les townships noirs en pratique (il n'y a aucune possibilité d'un retour aux jours bénis où les Noirs "connaissaient leur place", qu'ils soient de la classe moyenne ou pas), on peut déjà s'en rendre compte dans une région d'Afrique du Sud : les townships qui entourent Pietermaritzburg. La guerre, menée par l'Inkhata, l'armée privée du chef de l'Etat KwaZulu, s'y poursuit chaque nuit contre tous les individus et groupes radicaux. La police du KwaZulu soutient les efforts officieux en ce sens (5).
Cette sinistre mascarade a commencé avec les assassinats d'un délégué d'atelier de la firme British Tyre & Rubber (pneus et caoutchouc) Simon Ngubane et de sa compagne Florence, près de Durban. Le COSATU et le Syndicat des métallurgistes d'Afrique du Sud (NUMSA), le deuxième en importance de la Confédération, le syndicat de Simon Ngubane, sont au centre de la lutte pour faire cesser la guerre menée
Men fait, la seule vision réaliste de l'avenir proposé par Botha pour les townships : le recrutement massif de mercenaires d'extrême-droite qui mènent la guerre contre ceux qui luttent contre l'apartheid et s'opposent à l'intégration dans le système via les assemblées locales. Seule la destruction de toutes les tentatives d'organisation indépendante dans les townships, plus l'apport de forces pro-gouvernementales pourraient réussir à faire une brèche dans la tactique du boycott des élections municipales, ou d'une façon peut-être plus pertinente à arrêter le mouvement qui soutient des candidats de lutte de classe pour les élections municipales. Cette option, qui est de plus en plus discutée, même dans l'UDF, doit être disqualifiée (6). C'est là le cadre dans lequel les syndicats en général et le COSATU en particulier débattent de leur implantation dans les comunautés. Mais déjà les méthodes d'organisation, responsabilité et démocratie dans les syndicats dirigeants ont un impact qui dépasse de beaucoup les locaux syndicaux.
Le fonctionnement de la responsabilité démocratique adopté par beaucoup de syndicats a déjà un impact considérable parmi le mouvement de masse large.
Un Etat fasciste ? Le point de départ du débat au sein du COSATU est cependant la résolution qui a été adoptée lors de son second congrès pour décider que construire "des alliances disciplinées et permanentes avec d'autres forces progressives et démocratiques dans le pays" (7). Une partie des membres du NUMSA a développé une position approfondissant cette résolution, de façon raisouligner qu'en tant que syndicat qui a proposé la motion originale, ils considèrent comme de leur devoir d'expliquer clairement ce qu'ils veulent En fait, la signification ne pourrait être plus claire : l'apartheid est un phénomène fasciste formé dans les conditions particulières de l'évolution du pays. tion finale" el ces conditions réclament le front le plus large de forces antianti-impérialistes, anti-racistes et anti-fascistes unies pour l'apartheid. Les références sont légions à la lutte démocratique et "patriotique" des mouvements de résistance pendant la Deuxième Guerre mondiale en Europe et soulignent en particulier la nécessité de délimiter d'avance le combat. Les dirigeants du Front populaire espagnol sont cités, de façon positive : "la lutte en Espagne n'était pas entre la dictature du prolétariat et la démocratie bourgeoise mais entre la démocratie et le fascisme, qui était l'ennemi non seulement des ouvriers et des paysans, mais aussi de tous les travailleurs, de tous les démocrates et républicains et des libres penseurs" (8). La conclusion est on ne peut plus claire : aujourd'hui le front destiné à lutter contre l'apartheid existe déjà. Tout appel à un nouveau front serait erroné et constituerait un retour en arrière. La
4) Des études sur l'opinion dans les townships et des Noirs apparaissent régulièrement dans un certain nombre de journaux, comme le Sunday Times (Grande-Bretagne), The Sowetan, etc.
5) Voir Inprecor, numéro 257, du 18 janvier 1988.
6) Work in Progress, numéro 51.
7) Résolutions du COSATU, lors de son congrès de fondation.
8) Document ronéoté. Le PC sud-africain y est implicitement présenté comme la direction prolétarienne actuelle.
tâche du COSATU est de pousser résolument derrière la formation déjà existante, le Front démocratique uni (UDF), si ce n'est à l'affiliation - explicitement rejetée par le dernier congrès et même avant cela par le congrès de fondation - à travers des centres politiques spécifiquement constitués dans cette perspective de collaboration avec l'UDF au niveau local.
Un nouveau front
Naturellement ce schéma sera entravé par les mesures actuelles d'interdiction et ses détails pratiques n'ont plus la même signification. Cependant l'approche décrite fournit plus d'une clé sur le mode de pensée et l'orientation des gens concernés.
Il y a une orientation différente des problèmes d'unité du mouvement de masse à celle qui est exprimée par le NUM qui peut être discernée à travers le COSATU et ses affiliés. L'argument est valable qu'un nouveau front uni est nécessaire qui marquerait l'arrivée du COSATU dans la communauté organisée et la politique des droits civiques. De ce point de vue (qui, répétons-le existait déjà avant la répression actuelle), il n'est pas concevable de tout simplement attacher le mouvement syndical à la queue de l'UDF. Le rôle dirigeant du mouvement ouvrier doit se refléter dans une réorganisation sérieuse du front uni de la résistance à l'apartheid. Par conséquent, il faut que les organisations de travailleurs prennent leur place aux côtés des organisations sectorielles des femmes, des jeunes et, lorsque c est approprié, avec d'autres groupes et d'autres secteurs, dans une nouvelle alliance incluant les organisations de l'UDF mais qui soit plus large que l'UDF d'aujourd'hui. De plus, les principes de base de quelques-uns des syndicats comme la démocratie interne et la responsabilité devant les mandants, doivent être étendues à d'autres organisations sectorielles où elles n'existent pas à l'heure actuelle.
Ces discussions ne font que commencer. Les positions initiales sont à peine établies. Aucune décision a long terme n'a été prise. Les dernières mesures de répression et la bataille contre la Loi sur les syndicats (les interdictions actuelles empêchent toute campagne contre quelque loi que ce soit) se sont imposées comme priorité dans les ordres du jour syndicaux, pour le moment, et ont même amené sur le devant de la scène, d'autres questions plus défensives. Cela ne veut pas dire que le rapport des forces ait irrévocablement basculé en faveur du régime. La plupart des commentateurs s'attendent à une réaction massive au cas où les Six de Sharpeville seraient pendus. Les forces armées sud-africaines sont bloquées en Angola. La communauté nationaliste blanche continue sa politique de désintégration. Et 1987 n'a pas du tout été la pire année pour la classe ouvrière noire organisée. Mais le mouvement de résistance est sur la défensive, et cela inclut les syndicats, malgré leur haut niveau d'organisation et d'homogénéité sociale. Parmi les problè-
APARTHEID mes défensifs qui se posent maintenent il y a l'unité du mouvement ouvrier lui-même.
Scission du CCAWUSA
Les événements récents autour de la scission dans le Syndicat des travailleurs du Commerce et des industries connexes (CCAWUSA) et de la réunification ignominieuse (organisée par les avocats des fractions en conflit) révèle quelque chose des tensions qui existent, même dans le COSATU. Ostensiblement, la fraction Kgnare a organisé une fusion avec le Syndicat des Liqueurs et du Commerce du Cap afin de créer une majorité dans le syndicat pour l'adoption de la Charte de la liberté (alors qu'une commissions du COSATU était en train d'enquêter sur les divisions). Un bourbier de charges et de contrecharges a aboutit à une scission dans le syndicat et à la décision du Comité exécutif central (CEC) du COSATU, en novembre 1987, de reconnaître la fraction Kgnare comme le syndicat. On a donné l'argument que ce groupe poursuivait les objectifs du COSATU dans la lutte pour un seul syndicat par industrie et que l'opposition avait résisté à la fusion de façon frac-
Le problème s'est aggravé avec le refus opposé à des représentants du COSATU d'entrer dans un meeting de la fraction Mtwa à Johannesburg pour y expliquer les positions du COSATU. De l'autre côté on a proclamé que la fraction anti-fusion était pro-NACTU (Congrès na-
9) Vivian Mtwa écrivait le 17 novembre 1987 : "Nous croyons que dans la discussion un autre facteur important aurait dû être pris en considération, à savoir, les actes de violence perpétrés par le groupe scissionniste de Kganare. Avant la dernière réunion de la commission, le groupe scissionniste de Kganare a pris possession de notre local du Cap par la force, ce qui entre autres, s'est accompagné de menaces contre des permanents et des militants avec des tournevis, le vol d'argent et de notre chéquier. Deux jours après, des centaines de membres du CCAWUSA rendus enragés par cet acte de banditisme ont réoccupé nos bureaux d'une manière tout à fait disciplinée. Le comportement du groupe scissionniste de Kganare, outre qu'il constitue une grave menace contre l'unité, est un obstacle sérieux à la politique du COSATU.
Quelques délégués du CEC ont mentionné que nous sommes anti-COSATU et critiques de la politique du
De temps en temps nous avons soulevé des critiques contre certaines activités non démocratiques menées par certaines structures du COSATU ou par des individus.
Er-
AFRICA
FRĂPAR . tional des syndicats, organisation sur la ligne de la "conscience" noire) (9). Beaucoup des adhérents du COSATU craignaient d'avoir à blâmer les deux côtés pour avoir initié un processus qui pouvait entraîner le déchirement de toute la Confédération en même temps que l'anéantissement du plus important progrès fait en direction de l'unité de la classe ouvrière, représenté par le COSATU.
Les avocats décidèrent que CCAWUSA devait retourner à sa seule constitution légale, celle de 1981 et tenir un congrès de réunification le 15 mai, sur cette base. Les membres de la fraction Mtwa sont toujours furieux contre la décision initiale du COSATU de soutenir Kgnare (qui a été ultérieurement confirmée) bien qu'un certain accord semble émerger pour qu'aucune motion traitant de questions politiques telles que la Charte de la liberté ou les relations avec le NACTU ne soit proposée lors de la réunion de
Dans tous les cas cette division dans l'un des syndicats les plus puissants d'Afrique du Sud (se rappeler la grande grève qu'il dirigea dans la chaîne de magasins OK Bazaars) est un mauvais signe de quelques-unes des tensions qui existent dans la Confédération et qui commencent à se faire jour (10).
Des questions défensives se posent aussi autour du problème du NACTU lui-même. Alors qu'il est vrai que les dirigeants du NACTU ont traditionnellement eu une politique en direction de la CISL (Confédération internationale des syndiNous considérons cela comme notre droit démocratique et ne signifie pas que nous critiquons le COSATU dans son ensemble. Faire partie d'une organisation démocratique c'est pouvoir faire une estimation critique et cela ne signifie en aucune façon être contre l'organisation dans son ensemble."
10) Parmi les problèmes de démocratie et de fractionnalisme qui apparaissent dans le COSATU, mentionnons le cas de la conférence internationale organisée par l'ANC à Arusha en Tanzanie. L'intervention qui s'y fit au nom du COSATU, largement reproduite et mise en circulation dans le mouvement de solidarité, défendait une ligne qui n'a jamais été démocratiquement décidée par les organes du COSATU. La personne qui l'a faite n'a jamais été mandatée pour aller à cette conférence et pour y faire cette intervention. Celle-ci très directement inspirée par celle de l'ANC et du PC représente évidemment le point de vue d'une partie de la direction du COSATU mais ne peut pas être prise pour sa ligne officielle. On comprend dès lors que de tels événements mettent à dure epreuve les efforts d'unité et de débats collectifs.
cats libres), confédération internationale dirigée par les syndicats occidentaux, en termes de ressources, etc., et que le NACTU reste hostile à la politique "non raciale" du COSATU et suit la ligne de la "conscience noire", il y a des centaines de milliers de travailleurs organisés dans cette confédération. Les obervateurs s'accordent pour dire que le NACTU ne croît pas autant que le COSATU mais estiment encore qu'il a environ 400 000 adhérents. Dans quelques industries, comme la chimie, le syndicat du NACTU est plus important que celui du COSATU. Ce n'est peut-être pas une surprise si le Syndicat des travailleurs de la chimie (CWIU) est l'un des rares adhérents du COSATU a appeler explicitement à l'application de la politique de "une industrie, un syndicat" adoptée par le congrès de fondation du COSATÚ et en appelle "au COSATU pour qu'il fasse des approches en direction du NACTU dans la perspective d'établir une seule confédération dans le pays" (11). C'est là une situation malheureuse pour l'unité du mouvement ouvrier en Afrique du Sud surtout quand des clauses de la Loi sur les relations du travail vont accroître le prix à payer pour la désunion en autorisant la reconnaissance de syndicats minoritaires dans les entreprises. La perspective de l'interdiction
Finalement il faut ajouter à tout cela le problème posé par le stade ultime de la pression légale qui monte aujourd'hui contre le mouvement syndical d'Afrique du Sud : la possibilité de l'interdiction pure et simple. Cela représenterait un saut qualitatif dans la situation et les lois qui se préparent concernant le monde du travail donnent l'impression que le régime est déjà engagé sur une nouvelle voie. Il est certain que les gros employeurs n'accueilleront, à ce stade, pas favorablement la destruction totale de la centralisation du mouvement ouvrier, pour des raisons négociation et de rationalisation des accords, etc., sans compter les réactions de rejet qui pourraient compromettre leurs affaires sur le marché international, produisait un tel développement. L'Afrique du Sud ne joue pas le même rôle sur le marché international qu'un petit pays comme le Chili. Tous les événements, depuis l'instauration du premier état d'urgence, semblent indiquer que la répression a choisi une autre direction que la destruction totale des syndicats, ce qui, en tout état de cause coûterait extrêmement cher à l'économie sud-africaine avant qu'ils ne soient totalement détruits (12). Cependant, il y avait une véritable dialectique entre la révolte des townships, les pressions et les intérêts internationaux et l'élargissement du fossé qui existe déjà entre les gros employeurs et le régime, et dont les syndicats ont profité pour se renforcer. L'espace pour une action légale et ouverte et pour une organisation s'est élargit de plus en plus grâce aux syndicats, en particulier le COSATU et ses adhérents. Il est évident qu'il y a des inquiétudes concernant un renversement de cette dialectique.
Le mouvement syndical en général et quelques syndicats affiliés au COSATU en particulier, ont joué un grand rôle en ouvrant leur propre espace politique au cours des années en évitant des confrontations prématurées, en construisant une organisation très solide avec des niveaux nombreux dans la direction, en exploitant les un usage extrêmement intelligent du système légal (un trait caractéristique de toutes les luttes où une ouverture démocratique apparaît dans l'histoire d'un régime répressif).
La défense du mouvement syndical
Toutefois, se préparer à la défense du mouvement syndical peut aussi déboucher sur la défense du droit à l'existence d'un mouvement syndical qui aie une perspective de lutte de classe. Les nouvelles lois sur le travail sont destinées, entre autres, à accroître le pouvoir des centres syndicaux, retirant l'initiative à la base, et vont faire de chaque grève l'objet d'une délibération compliquée. Ce sont là de réels
Tous ces problèmes et débats, sur la construction du front uni des masses sud-africaines dans l'industrie et les townships, ou sur la préservation et l'élargissement de l'unité syndicale d'aujourd'hui, les questions "offensives" et
, tout cela est lié aux diverses sensi-, bilités qui existent sur la place des syndicats dans la lutte pour la transformation de l'Afrique du Sud.
Par exemple, l'idée qu'en Afrique du Sud il y a aujourd'hui le fascisme, ne permet logiquement aux syndicats qu'une moitié d'existence et signifie que de telles structures ne peuvent être que temporaires et périphériques, dans la lutte d'ensemble pour la transformation, qu'ils ne pourront vraiment se développer et mener leur politique que dans une Afrique du Sud démocratique, après la fin de l'apartheid ; qu'ils ne pourraient être, en fait qu'ils ne peuvent être, le creuset essentiel du changement aujourd'hui. Par conséquent il serait suicidaire, dans cette logique, d'octroyer à de telles organisations ou à leurs débats une place stratégique, encore moins une position centrale, dans une stratégie de destruction de l'apartheid.
Une telle analyse peut même déboucher sur des choix tactiques, aujourd'hui, dans la conduite des luttes syndicales actuelles contre les patrons ou l'Etat sud-africains, en ce sens qu'agir pour préserver le syndicat comme organisation de combat dans une lutte particulièrement difficile peut sembler secondaire, puisque de toute façon il n'a aucun avenir. Il est certain que passer ou non des heures de travail ardu, des jours et des mois à construire lentement des structures ouvrières démocratiques, avec un sens des responsabilités et de l'éducation, dépend de l'opinion qu'on a sur la permanence de telles structures.
D'un autre côté, la réalité actuelle et vivante des syndicats, construits pendant plus de quinze ans, doit être prise en compte par tous en Afrique du Sud. Ils sont aujourd'hui les seules organisations combattantes de masse légales, d'implantation nationale. (Certains chefs ecclésiastiques jouent, à titre individuel, un rôle héroïque, mais les églises sont fondées sur d'autres bases que celles de la lutte en ce monde ! ) Les succès des syndicats et leurs formes d'organisation sont clairement une source d'inspiration pour tous.
La lutte contre l'apartheid
Le COSATU et le mouvement syndical en général sont considérés comme des instruments aussi légitimes et valables de résistance à lApartheid que n'importe quel autre par les masses d'Afrique du Sud. Les ouvriers organisés et leurs familles les considèrent comme le centre de la vie et de la politique. Pourtant un silence critique demeure lorsqu'il s'agit de dessiner un rôle alternatif pour les syndicats dans la lutte pour la transformation de l'Afrique du Sud à celui, essentiellement périphérique, qui lui est attribué par ceux qui pensent que l'Afrique du Sud est aujourd'hui un Etat fasciste. Ce n'est pas une question d'alliances, c'est une question de perspectives. Tout le mouvement de libération pense, à l'heure actuelle, que la classe ouvrière jouera un rôle central. Mais il n'existe que des idées des plus embryonnaires sur la façon dont cela pourrait se concrétiser au niveau politique.
Une partie de ces embryons d'idées vient du débat initié autour du rôle d'une charte complémentaire à la Charte de la liberté : la Charte ouvrière, surtout dans le NUMSA. Cette discussion se poursuit dans les journaux qui paraissent dans l'exil et ailleurs.
Avril 1988
11) Policies Adopted, brochure des résolutions lors de la conférence du CWIU en 1987.
12) Quelques employeurs, y compris la puissante Anglo-American, ont organisé un recrutement syndical dans quelques régions, au début des années 1980, pour rationaliser les négociations et dans le but utopique de construire une alliance avec les ouvriers noirs en défense de l'industrie en général.