Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Pour les 35 heures !

· Inprecor n° 265, 9 mai 1988 · p. 5-9 · 4 759 mots

Allemagne Syndicalisme

classe ouvrière allemande, disciplinée, anesthésiée depuis des décennies par la politique de cogestion et de partenariat social, chère au patronat d'outre-Rhin, à la Confédération unique des social-démocrate (SPD). L'explosion de colère des sidérurgistes de la Rhur en décembre dernier, arrachant un accord ramenant acharnée des grévistes de Krupp-Rheinausen, qui ont renoué avec les meilleures traditions d'initiatives, d'auto-organisation, de contrôle des luttes, de la classe ouvrière allemande, produit un effet d'exemple sensiblement analogue à celui des luttes de l'hiver 1986-1987 en France. Actuellement, ceux de Rheinhausen se trouvent confrontés à une nouvelle provocation : le groupe fasciste SAT, dirigé par Kühnen un néo-nazi bien connu en RFA, a prévu une manifestation à Rheinhausen même, déclarant son populaire de solidarité à Rheinhausen était déjà choqué par le fait que les officiels du DGB avait décidé, contre leur volonté, comité civique pour dire si oui ou non, la manifestation fasciste direction du DGB s'est fait siffler par la salle ou mille personnes étaient présentes, parce qu'il défendait le point de vue officiel des bureaucrates. La lutte à Krupp-Rheinhausen est suspendue piquets de grève n'ont pas été démontées, symbolisant ainsi la volonté de riposte afin, comme l'affirment les représentants des travailleurs, d'être prêts si les négociations en cours prenaient

RFA

Pour les 35 heures !

35 HEURES ! Depuis plusieurs années, la mobilisation des travailleurs de la métallurgie en RFA, avec l'IG Metall leur syndicat, fait référence en Europe, pour en finir avec le chômage et conquérir du temps pour vivre.

Ce constat cadre mal pourtant avec l'image courante de la syndicats de l'industrie et des services (DGB), au Parti la durée du travail hebdomadaire à 36h30 a surpris. La lutte intention d'y proclamer un syndicat fasciste. Le mouvement d'organiser la manifestation du ler mai à des kilomètres de l'entreprise. Maintenant, le comité civique, à une large majorité, a décidé de ne pas céder un pouce de terrain.

Lundi 25 avril, un représenfant de la police devait venir au serait interdite. Il n'est pas venu... Un représentant de la mais la grève peut reprendre à tout moment. Les tentes de mauvaise tournure.

Quatre mois après le début de cette secousse sociale, nous avons fait le point avec Manuel Kellner, membre du bureau politique du Parti socialiste unifié (VSP).

NPRECOR : Résumons d'abord les principales étapes de la lutte pour les 35 heures en RFA.

MANUEL KELLNER : Elle a débuté en

1977 lorsque le congrès de l'IG Metall a adopté, contre la volonté de la direction du syndicat, la revendication de réduction du temps de travail, de la semaine de 35 heures sans diminution de salaire. Elle constituait un début de réponse à la question du chômage massif, et manifeste en même temps une volonté d'améliorer les conditions de vie, notamment pour les femmes qui supportent généralement une double journée de travail. A l'époque, les branches industrielles particulièrement touchées par la crise étaient, comme dans le reste de l'Europe, l'acier et la construction navale. Elles subissent alors les plans anti-sociaux mis en place par le dernier gouvernement social-démocrate d'Helmut Schmidt. Une première poussée de grèves actives au cours desquelles la base commence à contester la direction de l'IG Metall, se produit en 1978-1979. Ces luttes n'obtiennent pas de réduction de la semaine de travail, mais six semaines de congés payés.

G

• Puis, ce sont les grèves de 1984 qui vont réellement faire de la lutte pour les 35 heures en Allemagne, une référence en Europe...

- Oui. En 1984, la lutte pour les 35 heures dans la métallurgie se généralise. Signalons que la sidérurgie et la métallurgie sont régies par des accords contractuels différents, mais sont toutes deux membres de la même Fédération syndi-

La tactique de lutte utilisée par l'IG Metall en 1984, le "mini-max", (un minimum de grèves pour le maximum de résultats), avait un très gros inconvénient : elle n'entraînait pas les travailleurs dans la mobilisation. La première vague de grève consiste en de courts arrêts de travail d'avertissement. Puis, le syndicat développe une offensive de popudu mouvement pour les des usines, en décrétant la grève dans quelques entreprises-clés, en amont de la branche industrielle. Seuls les travailleurs de ces entreprises-là sont "en grève". Les travailleurs des entreprises qu'ils fournissent vont se retrouver, quant

"chômage technique". Le mouvement se développera essentiellement, dans les Etats (Land) de Hesse et de Bad-

Ce sera le célèbre "premier pas vers les trente cinq heures" ", les trente-huitheures-trente, c'est également la première porte ouverte sur la flexibilité. Cet recul tient essentiellement au refus de la direction de l'IG Metall de prendre en compte la volonté des femmes en matière de diminution quotidienne du temps de

L'application de la semaine de trentehuit-heures-trente va donc se régler au cas par cas, entreprise par entreprise, au gré des rapports de forces. Dans de nombreuses entreprises, cela se traduira simplement par des journées de congé supplécontribué à la création de nouveaux emplois dans la métallurgie, non?

- Selon la direction de l'IG Metall, ce "premier pas vers les 35 heures" aurait créé ou sauvegardé l'équivalent de 100 000 postes de travail. Cela reste une goutte

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d'eau dans l'océan du chômage. Il est très difficile également de savoir si cela provient de la réduction du travail ou d'une certaine relance due à la conjoncture...

1'IG Metall qui, depuis le congrès de

1977 s'est renforcé à travers ces différentes luttes explique évidemment que le

"syndicat ne peut pas tout faire et que l'élément déterminant reste le politique"

Nous revenons-là sur le terrain de l'alternance social-démocratie, démocratie-chrétienne (CDU) dans le cadre des institutions.

La CDU va lancer une offensive avec le patronat pour une nouvelle réglementation du droit de grève. Celle-ci met fin aux indemnités versées par l'Office fédéral du travail aux des usines travailleurs lockoutés en raison des mouvements de grève dans l'entreprise qui les fournit. La tactique du mini-max est ainsi de fait mise hors-la-loi.

Le versement des indemnités aux grévistes, qui est ici la règle, et aux travailleurs lock-outés, va se intégralement à la retrouver charge des caisses du syndicat.

C'est sans doute une des raisons de la grève qui n'aura finalement pas lieu au printemps

1987. Après une première série de grèves d'avertissement, l'IG

Metall renonce finalement à l'action au profit d'un accord signé avec le patronat réduisant la semaine de travail à trentesept-heures-trente à partir du printemps

1988, soit un an après la signature de l'accord !

Puis, à 37 heures au printemps

1989. En contrepartie, la flexibilité du temps de travail s'accentue, la durée hebdomadaire de travail peut varier de 37h à 40h, et peut même aller jusqu'à mettre en cause la semaine de travail de cinq jours.

• Venons-en maintenant cadre general luttes pour les 35 heures que tu viens de rappeler.

- La démarche de principe de la direction de l'IG Metall est de ne pas déconnecter sidérurgie et métallurgie. Si l'on obtient tel accord dans les métaux, il faudra obtenir juste un peu mieux pour les sidérurgistes.

Or ce raisonnement colle de moins en moins avec la situation de l'emploi, particulièrement catastrophique dans la

Ruhr, le bastion historique de la sidérurgie. Le taux de chômage

17%, 19% voire 20% records, certaines localités ! La question que se tous les syndicalistes posent donc l'acier est évidemment, que faire contre ça ? Les débats sur la nationalisation de la sidérurgie, pour la sauvegarde de l'emploi et la production de biens socialement utiles, ont temps de dination réellement représentative de délégués radicaux, majoritaires ou minoritaires dans les conseils d'usine des principales entreprises de la sidérurgie ; des délégués qui ont mené depuis plusieurs années maintenant, un travail intense d'explication, de propagande auprès des travailleurs de leurs usines, une activité quotidienne et assidue pour la reprise en y bat tous les charge par leurs collègues de travail, dans perspectives maintien de l'emploi dans la sidérurgie. de La grève exemplaire à Krupp-Rheinausen, nous allons y venir, est également le produit de cette activité tenace. débuté dans la radicales ?

Ruhr il y a plusieurs années. Là encore, la direction de l'IG Metall a dû adopter cette position sous la poussée de la base du syndicat. Mais ceci est resté une victoire sur le papier, sans aucune initiative dans l'action. Toutefois, le découragement, la défiance à l'égard de la direction du syndicat se sont cette fois matérialisés. Une coordination de l'acier s'est constituée. Elle regroupe des syndicalistes dont appartenances politiques sont des plus variées : des sociaux-démocrates de gauche, des militants du Parti communiste allemand "orthodoxe", le DKP, des militants d'extrême-gauche dont des camarades du VSP, des inorganisés... C'est une coor-

35-Stunden-Woche Armet menfelice (ON radicales de lutte pour le

• Peux-tu résumer ces propositions intégrale

- La coordination de l'acier réfléchissait et débattait en permanence des moyens propres à sauver l'emploi dans les entreprises, principalement dans la Ruhr.

La perspective était de lier la question des conventions sociales dans l'acier à cette exigence-là, autour de deux éléments : la négociation de protocoles de sauvegarde contre les effets de la modernisation dans les entreprises, et la préparation d'actions autour de la question centrale de la nationalisation de la sidérurgie.

La coordination pensait qu'il n'était pas possible de lancer la lutte contre la volonté de la direction de l'IG Metall et faisait pression pour obtenir que celle-ci engage l'action.

• Ces revendications, qui restent très classiques, démontrent au fond, combien la direction de l'IG Metall peut être beaucoup plus droitière qu'on ne l'imagine souvent en Europe.

- Elle a d'ailleurs pris de front la coordination de l'acier et ses propositions d'entamer l'action. Frantz Steinkuehler, le principal dirigeant de l'IGM, s'est adressé à tous les syndicats des entreprises de la sidérurgie, car la coordination de l'acier est présente partout, avec un leitmotiv : "arrêtez ces diversions"...

L'IG Metall partant du principe que les accords dans l'acier doivent se combiner avec ceux de la métallurgie, n'avait aucune envie d'entendre parler de nationalisation ou de sauvegarde de l'emploi, d'autant que les derniers accords de 1987 dans la métallurgie accentuaient au contraire, le recours à la flexibilité.

La conséquence de cette logique, "réaliste" dans la métallurgie est inévitablement d'admettre les pertes massives d'emplois dans la sidérurgie, fixées dans le cadre de la politique européenne. Les accords conclus avec le patronat de la sidérurgie à Francfort, en sepen témoignent.

justifient à l'avance, les suppressions de

En contrepartie, les patrons ne s'engagent à rien. Ils soulignent simplement que des mesures devront être prises pour que les effets des suppressions de postes soient rendus supportables par des mesures sociales, par la création de sociétés chargées de créer de nouveaux emplois dans le domaine des besoins sociaux ou écologiques. Des "Erzatsarbeitplätze", (emplois de substitution) selon la terminologie officielle. Des Erzatz d'emplois traduirait-on en Français, expression qui est restée en travers de la gorge des sidérurgistes menacés de suppression d'emploi et non d'Erzatz de suppressions d'emplois.

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• Quelle a été la réaction des syndicalistes radicaux face cet accord ?

- A Krupp-Rheinausen, là où va éclater la lutte, la gauche du syndicat est majoritaire au conseil d'entreprise depuis les dernières élections.

Ils ont élaboré et signé un accord local essayant de limiter la casse dans leur entreprise. Cet accord est basé sur un "concept d'optimisation", prenant compte la dimension sociale duction d'acier, mais n'élimine pas, évidemment, tout danger de licenciements. Ils ont expliqué publiquement qu'ils avait recours à ce moindre mal parce que les accords de Francfort signés par l'IG Metall ne leur permettaient pas d'autre méthode. Ils ne croyaient pas possible de dire est contre tout licenciement", lorsque la direction de leur syndicat qui regroupe deux millions sept cent mille syndiqués, dit le contraire.

• Et évidemment, le cartel de l'acier Krupp-Thyssen-Mannesman, l'accord signe a Krupp-

- Exactement. Le 27 novembre der-

"fuites" ont appris aux travailleurs de Rheinausen que les trois grands de l'acier venaient de conclure un aboutissant à la fermeture complète de Rheinausen, à la suppression de six mille emplois, et à la répartition de la production de l'usine sur d'autres sites des trois groupes.

L'explosion de colère fut immédiate. La Ruhr a renoué avec la colère ouvrière. Les travailleurs ont ressenti cette entente entre les trois comme une véritable escroquerie, consistant de la part de la direction de Krupp à rompre dans leur dos un accord signé avec leur représentant. Dès ce moment, les actions de masse se sont développées spontanément. Les 28 et 29 noles actions grévistes se succèdent à Rheinausen sans que personne n'y ait appelé officiellement. Elles sont "couvertes" par les délégués, par l'IG Metall

Le 30 novembre les travailleurs effectuent des délégations dans les usines de la région ; le 2 décembre, ils occupent le pont qui traverse le Rhin à Duisbourg ; le 3 décembre, douze mille écoliers manifestent en soutien aux sidérurgistes ; le 4 les travailleurs en colère se rendent à la villa des Krupp, où ils feront une razzia sur le buffet préparé pour les administrateurs, et termineront la visite étaient réservés à ces éminents personnages !

• La grève perce alors dans les nédias et devient un modele...

- Krupp-Rheinausen est effectivement devenu une référence, entraînant une mobilisation de soutien très forte. Plusieurs mois après le début de la grève, quarante mille personnes participaient à un gala de solidarité à Duisbourg -

La participation des grévistes à l'action a été exemplaire, dès le début. D'habitude, tout est très discipliné. Cette fois c'était tout autre chose. Les travailleurs prenaient des initiatives, sans aller demander l'avis de la direction de l'IG Metall. La tendance à l'auto-organisation s'est développée dès le début de la lutte, dans l'usine, comme dans le "comité de citoyens" qui tenait plusieurs centaines, voire un miller 'd'activistes", le lundi et le vendredi dans l'entreprise. De nombreuses discussions se déroulent en son sein, débats politiques menés de pair avec l'organisation des manifestations de soutien, des initiatives

• L'usine éfait de fait, occupée ce qui n'est pas très courant en RFA ?

- Pendant tout un temps, les travailleurs étaient les maîtres, l'ombre d'un manager pendant des semaines. Ils décidaient de travailler ou pas. Les actions étaient définies en assemblée générale. Ils avaient adopté la tactique du Stop and go qui consiste à réduire la production, mais à ne pas l'arrêter. La proposition de faire grève à 100% avait été repoussée car ils voulaient continuer à alimenter d'autres usines en aval, afin de ne pas leur donner prétexte pour se fournir ailleurs, justifiant ainsi un peu plus encore la fermeture de Krupp-Rheinausen. raisons profondes de jimpact de is Quelles selon tol, les

Rheinausen, dans lopinion ouvriére ?

- La lutte était l'expression d'un "ras le bol" social. Une façon de dire "non pas ça, c'est trop on n'accepte plus". Krupp-Rheinausen est une usine moderne, performante. Sa fermeture paraît être un non-sens. Entendons nous bien, cette mobilisation est restée dans un cadre politique dynamique, mais limité du point de vue de sa contestation de la politique infligée à la classe ouvrière en temps de crise.

La colère qui s'est exprimée à Rheinausen, ne provenait pas d'une révolte, d'un refus total de toute suppression d'emplois, mais de l'écœurement provoqué par l'escroquerie patronale qui allait jusqu'à remettre en cause, un accord conclu, à l'effacer.

Le soutien à la lutte des "kruppianers" est souvent resté verbal dans les usines où ils allaient en délégation. A Krupp-Bochum par exemple, les travailleurs ne se sont jamais engagés à refuser de fabriquer des produits remplaçant ceux de Krupp-

En même temps, la lutte a entraîné une riposte ouvrière dans la région, contre les plans de suppressions d'emplois dans la sidérurgie, contraignant l'IG Metall à faire quelque chose "contre le chômage massif". L'initiative des ouvriers radicaux de Rheinausen a contraint cet énorme éléphant qu'est l'IG Metall a réagir. Le 10 décembre, deux cent mille sidérurgistes environ, manifestaient dans la Ruhr. Rien ne circulait à Duisbourg de 6h du matin à

20h le soir. Les grandes routes bloquées ; ce qui fonctionnai était mis en route et contrôlé par les travailleurs. La grève était organisée avec des maires de cette région où le SPD est hégémonique.

Grève radicale, solidarité de masse et limites politiques donc, tout cela va de l'acier a-t-elle subi l'épreuve face à la contrainte à se comporter de fait en direction alternative sur le terrain ?

- La conférence des "Hommes de confiance" de l'IG Metall rassemblant quatre mille participants le 14 janvier à Duisbourg, a été une daté-clé sur ce plan. La direction de l'IG Metall y compte des dernières proposition patronales de réduire le temps de travail d'une heure sans compensation salariale à partir du ler janvier 1989, jusqu'au 30 septembre 1992. Aucune augmentation de salaire pendant quatorze mois, augmentations de salaire par étape de 1,5 à 3%, de 1989 à 1992. C'était, après cinq négociations, la réponse à la revendication de réduction du temps de travail à 35 heures compensées avec 5% d'augmentation des salaires. La direction de I'G Metall proposait de riposter à cette provocation, par une grève d'avertissement de deux heures. Elle s'est fait siffler copieusement. La coordination de l'acier est alors apparue publiquement. Elle avait décidé de proposer la rupture des négociations et de lier les négociations pour la convention collective avec les luttes contre les pertes d'emplois, en s'appuyant sur la formidable mobilisation de Krupp-Rheinausen .

Le cortège de Rheinausen est arrivé à la rencontre avec un millier de voitures et un concert de klaxon ; la moitié des quatre mille délégués a commencé à sortir de la salle pour les rejoindre. Sentant le danger, les bureaucrates sont également sortis pour s'adresser aux blés dehors. Deux militants de la coordi-

Theo Steegman le vice-président du conseil d'entreprise de Krupp-Rheinausen, et un syndicaliste de Hoechst-Dortmund, ont ensuite pris la parole en expliles propositions de la coordination et ils ont organisé un vote à main levée L'assemblée a été quasi-unanime : pour la rupture des négociations et la grève immédiate, pour reprendre le mot d'ordre de nationalisation de la sidérurgie.

• Déborder l'IG Metall lors d'un c'est une chose, mais ces propositions ne sont pas passées dans la pratique ?

- C'était un défi à l'IG Metall. Mais je crois que l'organisation de la lutte par la base aurait pu avoir lieu si, les patrons sentant probablement le danger n'avaient pas réagi immédiatement en faisant de nouvelles propositions spectaculaires: réduction du temps de travail à 36h30 avec compensation intégrale à partir d'octobre 1988 ; 2% d'augmentation de salaire au

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dernières propositions patronales était | ter leur grève pour permettre la nouvelle

Sewek - Kollegen

S: 35 Stunden-

1er avril 1988, et au ler novembre 1989. Une rupture avec les propositions précédentes !

Le patronat avait très bien compris le danger de perte de contrôle du mouvement par l'IG Metall, contraignant celle-ci à organiser une mobilisation réelle... pour reprendre le contrôle du mouvement.

Les syndicalistes combatifs savaient que ces nouvelles propositions n'étaient pas acceptables non plus. Elles ne résolvent pas la question des suppressions d'emplois. Quant aux augmentations de salaires, elles seront vite grignotées par les mesures anti-sociales du gouvernement Kohl dans le domaine de la santé et des retraites. Mais les syndicalistes radicaux étaient conscients, après en avoir discuté avec les travailleurs dans leurs entreprises, qu'il serait désormais impossible de mobiliser la colère ouvrière et d'organiser la grève dure pour dire non à ces propositions-là.

• L'accord des 36h30 qui est apparu comme une nouvelle victoire revendicative des travailleurs allemands fut donc également une trappe ouverte sOUS les pieds des grévistes de Rheinausen.

- On peut dire, sans exagérer, que les travailleurs et les syndicalistes combatifs ont ressenti les effets de cette machine infernale qui a cassé la chance de tirer ceux de Rheinausen de leur isolement par un mouvement de solidarité massif. Beaucoup partagent ce sentiment un peu triste. Il est aussi l'expression d'une saturation, d'une radicalisation et d'une sympathie assez larges, concrétisées par les comités de soutien, mis en place un peu partout.

Mais l'accord de l'IG Metall avec les

TUN

Woche bei

aet Lohnausgleich!

imparable.

• Comment ceux de Rheinausen ont-ils réagi ?

- La lutte continue. "la force de ceux de Rheinausen c'est leur persévérance" comme le dit cette très belle banderole du comité civique accrochée à l'entrée de la

Mais l'isolement s'est accru. Les pressions se sont multipliées de toutes parts pour les faire céder. Puis, la grève a de nouveau éclaté dans l'usine le 9 avril. La direction de Krupp venait de refuser les dernières propositions d'accord présentées par les syndicalistes de l'entreprise. Elle annonçait pour le 19 mai une réunion centrale qui devait régler définitivement le cas de Krupp-Rheinausen.

Au même moment, le texte d'un entretien téléphonique entre Cromme, le patron de Krupp, et Kriwet, celui de Thyssen a été publié par Taz un quotidien "écolo-progressiste". Cromme parlait de sa rencontre avec les membres du gouvernement de Rhénanie-Westphalie qui le pressaient d'en finir avec ce conflit, cette mobilisation sociale qui leur retombait sur le dos. Cette révélation a rallumé la colère ouvrière. Ceux de Rheinausen sont allés occuper les ponts à Düsseldorf, bloquant la ville. Ils sont allés investir le parlement du Land et demander des comptes à Johannes Rau le premier ministre, figure bien connue du SPD

Ce dernier a expliqué qu'il avait dit le contraire de ce que lui faisait dire Cromme. Les travailleurs n'ont guère été convaincus. Il s'est proposé comme médiateur et demandé aux travailleurs d'arrênégociation. Dans une assemblée générale tumultueuse, ceux de Rheinhausen ont accepté, tout en déclarant être prêts à relancer à tout moment.

Quelle fut l'attitude des forces politiques au cours de cette lutte ?

- Le SPD est incontestablement hégémonique dans la Ruhr, parmi les travailleurs. Ces derniers savent pourtant très bien qu'il n'apportera pas de solutions au problème de T'emploi. Les critiques quant à sa politique de mise en place des Ersatzarbeitplätze par exemple, sont très vives dans la région de Rheinausen. A la base, les militants sociaux-démocrates jugent très sévèrement leurs dirigeants, tout en maintenant l'influence de leur parti, essentiellement parce qu'il n'existe pas aujourd hui d'alternative à la gauche du SPD.

Les travailleurs savent également qu'ils n'obtiendront pas grand-chose en faisant pression sur les ministres et les maires du SPD majoritaire dans le Land. Mais ils continuent de penser qu'au moins, un gouvernement du SPD ne leur taperait pas dessus, ce qui est vrai d'ailleurs puisque la police n'est pas intervenue contre les grévistes de Rheinausen depuis le début de la grève. L'influence militante du SPD est incontestable sur le terrain. Le comité des femmes de Rheinausen par exemple, est dirigé par des militantes du SPD, très appréciées.

• Que pensez-vous dans ce contexte de l'offensive pour la _ré duction du temps de travail à heures avec compensation salariale d'Oskar Lafontaine, que fon présente

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d'habitude comme le porte-parole de la gauche du SPD ?

- C'est un vrai coup de poignard dans le dos des grévistes. Lafontaine apparaît, ou apparaissait, comme l'espoir de gauche de la social-démocratie. Mais dans les faits et progressivement, il a remis en ordre son discours. Les leaders des organisations patronales lui ont immédiatement tressé des lauriers. Son projet politique devient maintenant de plus en plus évident. Lafontaine prépare une alliance non pas à gauche avec les Verts, mais une coalition sociale libérale prenant de front les salariés, encore plus à droite, si possible, que le dernier gouvernement Schmidt.

Selon moi, il n'y a pas d'aile gauche de la social-démocratie. Autant nous pouvons travailler avec de nombreux militants sociaux-démocrates à la base, autant cela ne se traduit pas par des au sommet du parti. Les discussions critiques avec les sociaux-démocrates se passent au sein des organismes syndicaux de

Ces évolutions ne dolvent po nplifier non plus les débats tendus c sein des Verts quant à l'éventualité d'une alliance avec le SPD ?

- Avant de voir où en sont les Verts, je voudrais dire quelques mots du Parti communiste allemand (DKP). La comparaison avec les Verts est intéressante. Les deux partis ont environ le même nombre d'adhérents, quarante mille. Les Verts ont quatre millions d'électeurs et le DKP ne rassemble que 0,6% des suffrages des électeurs. Mais il est difficile d'imaginer à quel point cette situation est totalement inversée dans un mouvement gréviste comme celui de la sidérurgie. Le poids des Verts dans cette mobilisation est nul. Les Verts soutiennent la lutte, mais les Verts de Duisbourg ne viennent pratiquemment jamais à Rheinausen. Ils sont totalement extérieurs au mouvement. Le congrès des Verts de Westphalie a invité notre camarade Hermann Dirkes, sidérurgiste à Duisbourg, et membre de la coordination de l'acier pour lui exposer la situation. Il a été très applaudi, mais les Verts ont collecté très peu de choses dans la campagne de soutien qui a mobilisé toutes les organisations d'extrême-gauche, si l'on tient compte de leurs moyens.

Le poids du PC dans la mobilisation, est par contre très important. La présence visible du DKP est même plus forte que celle du SPD, dans le comité civique, le comité de soutien local, comme dans les collectes de fonds de solidarité. Le principal animateur du soutien sur la ville, un pasteur protestant, a publiquement fait l'éloge de l'activité du DKP.

De nombreux militants du DKP sont aujourd'hui engagés dans la coordination de l'acier, c'est un fait nouveau. Jusqu'à présent, la politique du DKP combinait plutôt une combativité plus ou moins folklorique, et une attitude a-critique à l'égard de la social-démocratie. On pourrait parler d'un tournant. La démarcation à l'égard de certains dirigeants syndicaux du

SPD est nette, l'attitude des militants du DKP loyale coordination l'acier. Tout ceci traduit probablement l'importance des débats en cours au sein du DKP. La montée des Verts et la politique de Gorbatchev, ont suscité des interdu socialisme, sur les alliances avec les Verts, l'extrême-gauche, les regroupements au sein des syndicats...

A Duisbourg aujourd'hui, des dirigeants du DKP exposent ouvertement leurs désaccords. Ils appuient souvent les propositions, les critiques qu'émettent nos propres camarades.

Revenons aux Verts. alternative représentent-ils dans une situation de montée des mobilisa-

- Précisons d'abord que le parti des Verts n'est plus un parti exclusivement écologique. Il combine et exprime des besoins sociaux très divers : l'écologie certes, mais aussi les revendications féministes, l'exigence d'un système protection sociale, la défense des droits démocratiques, essentiellement. En même temps, le parti ne reflète plus les mouvements sociaux comme le mouvement de la paix ou le mouvement écologique contre les centrales nucléaires.

La une première explication politico-sociale à cela. Une organisation actifs constituée autour du gain de mandats électoraux, du Land au parlement européen en passant par le Bundestag (Parlement fédéral) engendre ses propres contraintes.

Il y a ensuite un choix politique. L'orientation des "réalistes" à la direction des Verts est de "faire bouger quelque chose dans le cadre des institutions" Cette perspective induit une crise permanente par les alliances nécessaires à sa mise en œuvre. Crise renforcée par le profil libéral que choisit aujourd'hui le SPD, que nous évoquions à propos des déclarations récentes d'Oskar Lafontaine. Mais c'est également une orientation qui implique de ne pas baser un parti sur les "Je ne peux pas vous donner du travail, nous avons trop d'heures supplémentaires"

Heures supplémentaires attes. Dou la trustration douloureuse qu ssentent es Verts de Hambourg ou (

Les modèles de changements utopiques se sont multipliés dans la réflexion des Verts, sans grande conséquence sur la définition des moyens de commencer à les mettre en pratique. Ceci nourrit globalement l'espérance que les Verts parviennent un jour à gouverner avec d'autres, et obtiennent 10% des mesures adoptées à

C'est évidemment une impasse. En ce qui nous concerne nous avons des rapports locaux avec les Verts. A Duisbourg par exemple, ils souhaiteraient que nos camarades participent à leur liste en abandonnant leur étiquette. Ce n'est évidemment pas possible. D'autant que le soutien du VSP à la lutte de Krupp-Rheinausen est beaucoup plus connu à Rheinhausen même, que celui des Verts.

• Cette mobilisation a donné un souffle nouveau à l'extrême-gauche en général ?

- Pour ce qui est du VSP, nous sommes reconnus comme une petite organisation sincère, qui fait des propositions intéressantes et les appuie sur une réelle solidarité. Notre propagande autour de la question de la nationalisation de la sidérurgie, par exemple, est bien accueillie. Nous avons également noué ou renforcé des alliances dans la lutte avec d'autres courants. Nos rapports avec le le DKP se sont ainsi améliorés à la suite des expériences communes .

Nous avons établi des liens de solidarité dans la branche acier et dans d'autres secteurs, même par dessus les frontières, notamment avec des camarades belges et français, nécessaires si l'on veut battre en brèche la réthorique nationaliste et chauvine des dirigeants sociaux-démocrates.

propos recueillis par Michel Morel. Avril 1988 Sans travail

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