EN ASSASSINANT le numéro 2 de l'OLP, Khalil al-Wazir, dit Abou
Jihad, le principal chef militaire du Fatah et le responsable du département des territoires occupés au sein de l'organisation les terroristes d'Etat israéliens croyaient asséner un coup majeur aux Palestiniens en lutte. C'est tout l'inverse qu'ils ont obtenu.
MOYEN-ORIENT d'Abou Jihad palestinienne, Salah JABER
N EFFET, l'assassinat d'Abou Jihad n'a fait que provoquer un nouveau sursaut collectif des Palestiniens, contribuant ainsi à renouveler le souffle du soulèvement et à le radicaliser. Il fallait tout l'aveuglement que suscite l'impuissance de la répression violente face à la détermination des masses pour croire, comme l'affirment de plus en plus les dirigeants sionistes, que le soulèvement en Cisjordanie et à Gaza est "manipulé de l'extérieur". Il faut être animé par une vision sacrément policière de l'histoire pour ne pas reconnaître que la grande originalité et la puissance du soulèvement en cours consistent principalement dans les formes d'auto-organisation des masses à la base, qu'il a suscitées, les fameux "comités populaires" , véritable colonne vertébrale du mouvement, dont l'autonomie de décision au niveau local (camps, villages, villes) est le moteur de cette "guérilla" permanente de manifestations qui harcèle les troupes sionistes depuis bientôt cinq mois.
La politique de T'OLP
Cet apport principal du soulèvement en cours commence à se traduire au niveau du comportement politique de la direction traditionnelle de l'OLP. Jusqu'en 1982, celle-ci avait été, en effet, tributaire de l'équilibre entre la pression de ses bailleurs de fonds, les monarchies pétrolières réactionnaires arabes, et la pression des masses palestiniennes, sans le soutien desquelles la direction de l'OLP perdrait tout intérêt, y compris aux yeux de ses soutiens financiers. L'invasion israélienne du Liban, en 1982, en forçant l'évacuation par les combattants palestiniens de leurs zones de pouvoir autonome au Liban-sud et à Beyrouth, avait affecté qualitativement l'équilibre désigné ci-dessus, au profit de sa composante étatique réactionnaire. Le champ devenait libre devant la direction Arafat de l'OLP pour se lancer tête baissée dans un processus de rapprochement avec la Jordanie du roi Hussein, s'insérant dans un projet politique convergent avec le "plan Reagan" de liquidation de la question palestinienne, proclamé en septembre 1982. Le fiasco total sur lequel avait débouché cette "option jordanienne" de la direction Arafat l'avait amené à rééquilibrer en partie son cours politique en se réconciliant, en avril 1987, avec une fraction des forces qui avaient rompu avec elle depuis 1983. Moscou avait joué un rôle déterminant dans l'organisation de cette première réconciliation, tout en s'assignant l'objectif de la compléter par une réconciliation de la direction Arafat avec les autres fractions dissidentes et, surtout, avec leur parrain, le régime syrien (1). Jusqu'au soulèvement, les efforts de Moscou étaient restés sans grand résultat, sa pression étant contrebalancée par le regain de celle des régimes réactionnaires arabes.
En créant derechef un puissant mouvement de masse palestinien qui, de surcroît et pour la première fois dans l'histoire de la lutte palestinienne, est doté d'organismes de base autonomes, le soulèvement en cours en Cisjordanie et à Gaza, a naturellement renforcé, de manière considérable, la composante de masse nationaliste radicale de l'équilibre politique dont est tributaire la direction de l'OLP. Dans un premier temps, celle-ci a essayé de détourner au profit de ses aspirations droitières la grande puissance d'un soulèvement qui ne remettait pas directement en question son autorité et ses options politiques. Elle se heurta à une ferme fin de non-recevoir aussi bien du côté sioniste, que du côté américain, où la rencontre de Shultz avec des membres du Conseil national de l'OLP resta sans lendemain. Pour éviter de se voir dépassée, la direction Arafat devait donc, tôt ou tard, pallier cette non-concordance entre son comportement politique et le caractère radical du soulèvement.
L'assassinat d'Abou Jihad a été, à cet égard, un mobile et une occasion : un mobile, par le surcroît de radicalisation qu'il a provoqué dans l'ensemble du peuple palestinien, jusques et y compris dans la base même du Fatah, où Abou Jihad jouissait d'un grand prestige personnel (l'esprit de "vengeance" est un élément déterminant de la vigueur du nationalisme dans l'ensemble de la région, où les "martyrs" sont autant d'incitations à la lutte) ; une occasion, par le fait que la dépouille d'Abou Jihad devait être enterrée à Damas. Les obsèques du numéro 2 de l'OLP ont été le théâtre de retrouvailles entre celle-ci et le régime syrien, qui devaient être parachevées par une visite d'Arafat en personne à Damas. C'est chose faite depuis le 24 avril.
Il est trop tôt pour se prononcer sur les perspectives de cette nouvelle réconciliation et sur ses conséquences, qui ne manqueront pas de se traduire sur le terrain au Liban, où déjà le soulèvement de Cisjordanie et de Gaza avait mis fin au siège des camps palestiniens par le mouvement libanais chiite Amal, allié à la Syrie. On ne saurait, en particulier, prévoir quelle sera à long terme l'attitude de la direction de l'OLP dont l'histoire témoigne de son grand opportunisme, au sens littéral du terme. Il est probable néanmoins que tant que durera le soulèvement et tant que les perspectives de "règlement" resteront bouchées, par ailleurs, en prévision des élections israéliennes et américaines de novembre prochain, la direction de l'OLP s'installe à nouveau dans un cours politique semblable à celui qui fut le sien jusqu'en 1982.
Redoubler de solidarité
Cela signifie qu'en retour, l'intransigeance sioniste quant au "règlement négocié" se verra confortée. Qu'en déduire ? Certainement pas qu'il faille retourner à un cours de capitulation, mais bien au contraire : il faut abandonner définitivement la perspective illusoire d'un règlement dû sax bons offices de Wachington, es aupno saurait - dans l'hypothèse la plus
- déboucher sur autre chose que deux bantoustans en Cisjordanie et à Gaza. Il faut poursuivre le combat jusqu'à forcer les troupes sionistes à se retirer sans conditions des villes, des villages et des camps de Cisjordanie et de Gaza, objectif qui semble être à la portée de la population de ces territoires. Il faut développer la lutte des masses palestiniennes en Jordanie, où elles sont majoritaires, contre le régime du roi Hussein, principal oppresseur du peuple palestinien après l'Etat sioniste. Le mouvement international de solidarité avec le soulèvement palestinien doit samplifier autour des mots d'ordre du retrait inconditionnel des troupes israéliennes des territoires occupés en 1967 et de la reconnaissance du droit à la libre autodétermination du peuple palestinien dans son ensemble, et de la population de Cisjordanie et de Gaza en particulier (2).
25 avril 1988
1) Pour une analyse de l'évolution de la direction de l'OLP, voir la résolution du SU de la QI de juin 1986, publiée dans Quatrième internationale numéro 21, septembre 1986, ainsi que les articles sur le 18e CNP dans Inprecor numéro 243 et 244 (1987).
2) Voir la motion adoptée par le SU en mars demier et publiée dans Inprecor numéro 263, du 11 avril 1988.
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