Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Autour du 22 mars

· Inprecor n° 266, 23 mai 1988 · p. 4-6 · 3 449 mots

France Syndicalisme

"SI L'ON VEUT GARDER le sens des proportions, sans enlever au Mai français l'intérêt qu'on peut lui prêter, il faut dire que le mouvement nanterrois était le fait de quelques dizaines de personnes. Il faut dire que les problèmes qu'il posait, sans doute de façon assez radicale, c'était à partir de questions universitaires, de problèmes généraux, de problèmes de société, et que jusqu'à la répression début mai, il n'était pas celui de la compréhension qu'un éventuel mouvement de grande ampleur de la jeunesse pouvait, un jour, déchaîner un révolutionnaire (JCR), arrêté le 20 mars à la suite d'une manifestation,

Xavier Langlade retrace ci-dessous ce qu'ont été, tels que vivant dans son souvenir, les événements qui ont conduit à la constitution

68-88

FRANCE

AUTOUR

DU 22 MARS

déferlement de grèves ouvrières." Etudiant à Nanterre en 1968, militant de la Jeunesse communiste du "Mouvement du 22 mars" et à l'embrasement du monde étudiant et ouvrier. Xavier LANGLADE

E QUI A ETE CONNU sous le nom de 22 mars a commencé à se dessiner sur le campus universitaire de Nanterre à partir de l'année 1964, date de l'ouverture des premiers départements de Lettres. Il s'agissait d'un campus lié à la décentralisation-déconcentration de l'université parisienne de la Sorbonne. Il y a eu d'autres universités constituées à la même époque dans le cadre des efforts pour adapter la vieille université traditionnelle aux réformes universitaires modernistes et technocratiques en cours à l'époque et connues sous le nom de Plan Fouchet.

Personnellement je ne suis arrivé à la Faculté qu'à la rentrée 1965 et on peut dire que l'essentiel de ce qui allait constituer les noyaux militants actifs de ce qui allait s'appeler le "22 mars", au printemps 1968, était déjà constitué. Il s'agissait de noyaux libertaires autour de personnalités comme Jean-Pierre Duteuil, Elisée George ; Daniel Cohn-Bendit, plus marginalement, qui étaient en rupture avec la Fédération anarchiste, qui entretenaient des liens de diverses formes avec le courant anarcho-communiste ou communiste libertaire, Noir et Rouge qui avait pour nom, à Nanterre, Liaison des étudiants anarchistes (LEA).

Pour ce qui est de ceux qui se réclamaient du marxisme révolutionnaire et du communisme, il s'agissait essentiellement de la gauche de l'Union des étudiants communistes (UEC) qui était en train de se faire exclure des organisations du PC, à travers le refus du ralliement, auquel le PC avait procédé de façon assez honteuse, à la candidature de François Mitterrand qui, à l'époque, n'était pas encore le social-démocrate que l'on connaît, mais un politicien bourgeois, reconnu en tant que tel. C'est essentiellement autour de ces deux sensibilités que tournaient quelques petites dizaines de militants et de sympathisants qui ont joué un rôle sur trois terrains, simultanément, il s'agit essentiellement de l'activité rialiste autour du Vietnam, des problèmes des étudiants étrangers, provinciaux, et boursiers de divers statuts, et des problèmes de liberté de circulation dans la

Il s'agit aussi du terrain de la critique du contenu des enseignements, essentiellement en philosophie et en sociologie qui a alimenté le radicalisme qui a fait tout le charme de ce mouvement.

Des liens multiples

C'était un petit milieu de quelques dizaines de garçons et de filles entretenant entre eux et elles de multiples liens, politiques, syndicaux, associatifs, affectifs et passionnels. Il s'est perçu pratiquement depuis le début comme un peu différent des milieux politiques et syndicaux de la Sorbonne et de Paris, traditions politiques n'existaient pas avec la même ampleur. La mémoire, l'expérience, le talent et l'habileté y existaient inégalement et si cela a pu jouer un rôle positif, il faut dire que ce relatif analphabétisme, cette impréparation, ce manque de formation des courants politiques constitués à Nanterre ont joué, à mon sens, un rôle dans le sectarisme très limité qui a existé entre les militants et courants qui ont joué un rôle actif, positif et dynamique dans ce qui est devenu le 22 mars.

Dans une faculté de 2 à 3 000 inscrits, quelques toutes petites dizaines d'étudiants et d'étudiantes, toujours les mêmes, se rencontraient sur toute une série de terrains et avaient toute une série de discussions, d'activités et de luttes, que ce soit l'activité de propagande, d'agitation, d'initiatives de type manifestations sur le terrain de l'anti-impérialisme, sur le Vietnam, la révolution cubaine et latinoaméricaine, que ce soit autour de la vie associative, de l'animation culturelle, de la liberté de circulation entre les bâtiments des garçons et des filles à la Cité universitaire ou sur le contenu à la fois des réforme. Plus profondément, il y avait aussi l'expression d'inquiétudes de la part d'éléments clairvoyants sur le sens des enseignements dispensés. Tout cela a configuré une espèce de bande qui se percevait à mon avis, assez clairement, comme celle des Nanterrois qui avaient des caractéristiques particulières, donnant une certaine importance à l'action directe, à l'initiative concrète, à la création de toutes pièces de situations par l'intervention physique des étudiants que ce soit dans les cours, dans la Cité universitaire, dans une manifestation. Ce processus a été largement encouragé, favorisé par l'environnement international dans une situation politique apparemment plutôt congelée en France.

Identité, initiative, solidarité

Une série de professeurs, d'assistants, de maîtres assistants et de chargés de cours ont joué un rôle assez important dans la formalisation des convictions, en cours de mise en forme, dans ces années-là, chez les militants nanterrois et il serait injuste de ne pas évoquer, au moins la figure d'Henri Lefèvre, qui à travers son ou ses séminaires sur le premier Livre du Capital et la question de la réification et de l'aliénation, sur l'urbanisme, et en quoi il révèle une vision de l'organisation sociale, ou que ce soit son séminaire sur la question de la libération sexuelle à l'époque où l'on redécouvrait les traductions de Willem Reich.

Tout cela a contribué à forger l'identité, le goût de l'initiative, la solidarité, la fraternité d'un ensemble de militants et d'activistes et de sympathisants dont le rôle dans le déclenchement de la crise politique de Mai 68 en France a été assez exceptionnel.

On ne peut pas évoquer ces années-là, 66-68, sans souligner aussi une série d'éléments qui ont trait à l'imaginaire collectif marqué par des images de violence qui étaient celles de la Deuxième Guerre mondiale, de la répression nazie, auxquelles répondaient par rebond, la répression coloniale, particulièrement en Algérie, dont les images en couleurs étaient dispensées par les différentes chaînes de télévision.

La répression des manifestations étudiantes en Pologne en mars-avril 1968 ou la répression franquiste contre les mouvements des mineurs des Asturies en 1963

Page 5

ou la marche des mineurs français, en 1963 également, la grande grève belge de l'hiver 60 faisaient partie de cet imaginaire collectif qui ne touchait peut-être qu'une toute petite minorité mais qui l'habitait vraiment, au point qu'elle intériorisait, cette petite collectivité, pas mal d'éléments de l'ordre de l'héroïsme, du sacrifice et de l'aptitude à regarder la violence en face, ce qui fait que l'activité élémentaire anti-fasciste qui a été celle des milieux militants nanterrois pour empêcher le groupe d'extrême-droite qui s'appelait à l'époque Occident de prendre pied sur le campus, faisait partie intégrante, sans distance, des efforts militants qui ont pu s'exprimer dans la réflexion sur la crise de l'université et le refus que nous exprimions de l'université technocratique que l'on essayait de nous imposer ou de l'activité anti-impérialiste quasi-quotidienne que nous développions à l'époque.

A l'origine du "22 mars"

Le doyen de l'université de Nanterre, Grappin, germaniste distingué, progressiste de longue trajectoire, résistant avéré, torturé, déporté, évadé sans doute, proche du Mouvement de la paix, philocommuniste, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, était aussi un des architectes de cette réforme universitaire et le fait qu'il n'ait guère hésité à avoir recours tant aux listes noires, qu'aux forces de répression, pour essayer dans les semaines, mois et années, précédent mai 1968, de mâter cette ébullition persistante et insistante sur le campus, n'a pas été pour rien dans la radicalisation des milieux militants qui n'ont eu aucun mal à identifier ce dont il était l'image avec le vieux monde dont nous ne voulions pas vraiment.

Mais le facteur déclenchant du mouvement qui s'est appelé "22 mars" a été une énième manifestation contre l'impérialisme américain qui s'est déroulée sur quelques centaines de mètres dans le quartier de l'Opéra de Paris, rue Auber, en direction du siège central de l'American Express France. 400 militants et sympathisants du Comité Vietnam national (CVN) encadrés essentiellement par la JCR et d'autres courants comme le Parti socialiste unifié (PSU) et d'autres, ont mené une manifestation surprise convoquée avec rendez-vous secondaires et maximum de discrétion, au cours de laquelle une dizaine de manifestants armés de pavés, de barres de fer, de bombes à peinture, et de bouteilles d'encre à tampon particulièrement puissantes sur certaines qualités de pierre, paraît-il, pour ceux qui connaissent, se sont livrés à une descente en règle des vitrines de l'American Express. Les dégâts avaient été évalués, à l'époque à 90 000 nouveaux francs, ce qui était une somme évidemment considérable. A la suite de cette manifestation, j'ai moi-même été arrêté, pour bêtement, ne pas m'être engouffré dans le métro avec les autres, mais être revenu sur mes pas pour récupérer mon vélo solex et arriver à l'heure à un rendez-vous amoureux.

J'ai été suivi et arrêté par un policier en civil. Dans la demi-heure ou l'heure qui a suivi, je crois savoir que d'autres militants participants à la manifestation ont été arrêtés également. C'était le cas en particulier de Maurice Najman, devenu journaliste à L'Evénement du jeudi, après avoir été à Libération et qui a animé pendant un certain nombre d'années un courant, dit pabliste, en France. Un peu plus tard ce fut le tour de Nicolas Boulte, qui était une des figures dirigeantes du Comité Viemam national, d'origine chrétienne je crois, qui a été arrêté chez lui. Il s'est suicidé ces dernières années.

La dramatisation un peu disproportionnée de la "répression" à la suite d'une manifestation qui en valait bien d'autres (ce genre d'initiative intervenant deux à trois fois par semaine soit à l'initiative des Comités Vietnam de base (CVB), maoïstes, soit du CVN) était liée, à un certain agacement, du ministère de lIntérieur à la suite de représentations de l'ambassade américaine auprès du ministère des Affaires étrangères en relation avec le développement des initiatives anti-américaines, non seulement à Paris, mais dans le reste du pays, et plus récemment, du développement de certaines initiatives à caractère plus terroriste. Je crois qu'il s'agissait du dépôt d'un certain nombre de bombes dont la revendication n'a jamais été très évidente, devant des édifices symbolisant la présence nord-américaine dans notre pays.

L'occupation est décidée

Jai donc passé deux jours à la Brigade criminelle qui était plus préparée à avoir affaire au grand banditisme qu'à un militant politique, parmi d'autres, qui n'avait pas grand chose à se reprocher. Le début du développement d'une agitation sur le campus de Nanterre, en plus peut-être d'interventions plus familiales, étaient une raison pour ne pas prolonger artificiellement cette détention que rien ne permettait de faire déboucher.

Les autres camarades arrêtés, comme moi, après la manifestation du 20 mars ont été relâchés un peu après moi, et on peut aujourd'hui se poser la question de savoir pourquoi ces militants qui méritaient autant de solidarité que moi n'ont pas suscité plus d'activité de défense. Je crois que cela tient un peu aux caractéristiques du milieu nanterrois qui a considéré comme particulièrement insupportable qu'un de ses militants connus soit victime d'une répression dont, de l'extérieur on pouvait penser qu'elle pouvait être brutale.

Ce qui a fait que quand on a su mon arrestation, non pas le 20 mars, mais dans l'après-midi du 21, je pense, mes amis et camarades ont commencé à développer à Nanterre une série de peintures, de prises de parole et d'affichages concernant l'exigence de ma libération et de celle des autres. Quand j'ai été libéré des locaux de la Brigade criminelle, quai des Orfèvres, en fin d'après-midi du 22 mars, je me suis rendu chez mon avocate, Monique Antoine. C'est là qu'on m'a demandé de passer chez Alain Krivine qui était le dirigeant de la JCR. Je lui ai raconté par le menu ce qui s'était passé, et pas passé, et c'est alors qu'un coup de fil de nos camarades de Nanterre nous a prévenu qu'avait été décidé l'envahissement du bâtiment administratif, une espèce de tour interdite aux étudiants, trônant au milieu du campus et qui symbolisait l'autorité, l'Etat. L'occupation du bâtiment administratif avait été décidée pour exiger ma libération. C'était aussi un mode de transgression qui permettait, des années après que l'affaire ait été soulevée, de trouver les fameuses listes noires, qui avaient défrayé la chronique depuis plusieurs années dans cette université, listes noires de militants politiques et syndicaux.

Un certain imaginaire

Et quand nos interlocuteurs de Nanterre nous ont prévenus que certains de nos camarades, les plus énervés, posaient le problème de mettre le feu à tout ça, aux bâtiment administratifs, à la Faculté, Krivine a évidemment donné pour indication qu'il vaudrait mieux ne pas foutre le feu et m'a demandé de me rendre à Nanterre pour voir mes camarades, y être présent physiquement et participer aux discussions qui pouvaient sy développer pour éviter que la réponse à la provocation policière ne soit trop disproportionnée. Une copine et un copain de la JCR sont venus me chercher, nous sommes passés prendre un journaliste qui s'appelle, je crois Bertolino, il est à la télévision maintenant. Dans une vieille Aronde nous sommes

LA POLICE S'AFFICHE

AUX BEAUX ARTS

*LES BEAUX ARTS

AFFICHENT dans la RUE

Page 6

partis pour Nanterre ce qui était un petit périple à l'époque, dans la mesure où avec des voitures pas très modernes, il fallait par des petites routes et des sentiers qui menaient jusqu à la Faculté.

Les premières questions qui m'ont été posées par mes amis et camarades au nombre de quelques dizaines qui occupaient au dernier étage, au 7e je crois, de la tour du bâtiment administratif, la salle du Conseil d'administration, avec sa grande table ovale, c'était de savoir si j'avais été malmené, brutalisé, voire torturé. Le dire aujourd'hui peut faire sourire, mais dans l'ambiance un peu survoltée, avec l'imaginaire que nous avions à l'époque, et dans le degré de tension supposée avec les forces de répression qui étaient à l'œuvre, c'était une question qui pouvait apparaître

Evidemment je n'avais pas été le moins du monde bousculé, ni même touché et peut-être que d'une certaine manière cela a pu revêtir un côté décevant pour certains. Lors de cette soirée, de cette nuit, du 22 mars, la question de la répression, à l'occasion d'une manifestation anti-impérialiste est évidemment devenue prétexte au développement de thèses plutôt générales de tous les courants actifs à Nanterre. C'était le cas des libertaires, c'était notre cas, à nous, la JCR, le cas de quelques situationnistes, qui apportaient, souvent avec talent depuis Strasbourg, les thèses de la petite brochure sur "La misère en milieu étudiant".

Le mouvement des 142

Pour donner une idée de l'envergure du mouvement, la proclamation, rédigée à la sauvette et imprimée le lendemain, votée à la quasi unanimité des personnes occupant la salle du Conseil d'administration à Nanterre, était signée "Mouvement des 142" parce qu au moment du vote, un camarade malicieux avait dû avoir l'idée de compter les personnes présentes et on n'en avait pas trouvé plus de 142. Il est important de le dire, parce qu'à cette époque là, déjà, la presse quotidienne et périodique française était pleine de reportages montrant la Faculté de Nanterre comme étant à feu et à sang, sans doute le goût de l'initiative d'un certain nombre de courants y était-il pour quelque chose, mais à part la grande grève de masse de la rentrée de 1967 il s'agissait de mouvements qui touchaient une toute petite minorité d'étudiants.

Dans les jours qui ont suivi, l'assemblée générale du "mouvement" tenue dans les salles d'activité culturelle de la Cité universitaire s'était transformée en tribunal des journalistes présents pour demander des comptes aux journalistes de Combat, de l'Humanité et de quelques autres journaux qui, mis sur la sellette, se sont comportés évidemment de manière fort piteuse. Je crois que c'est ce jour-là qu'un journaliste de Combat (titre de quotidien aujourd'hui disparu) qui suivait le mouvement étudiant nanterrois ou les questions universitaires, a suggéré dans

/ un article que ce mouvement pourrait bien s'appeler le "Mouvement du 22 mars" à la façon des mouvements révolutionnaires du tiers-monde qui s'auto-baptisaient du jour de leur première initiative spectaculaire. Je crois que que c'est également ce journaliste qui a tracé à cette occasion le portrait particulièrement haut en couleur de Dany "Le Rouge" et qui en a fait symboliquement le porte-parole du mouvement. Jusqu'à cette époque, Dany était un des militants actifs, un des agitateurs, un des amuseurs de notre petit milieu.

Mais je ne crois pas me souvenir qu'il y a eu la recherche par tel ou tel, de se faire passer, ou d'être un dirigeant, ou d'exercer des formes de présence aux autres qui ressemblent à celui d'une direction classique, même dans un mouvement de masse. Le fonctionnement était celui de la

INFORMATION

LIBRE

démocratie directe en assemblées qui n'étaient pas forcément dépourvues de caractère manipulatoire, les figures reconnues étaient des figures reconnues, mais n'avaient pas plus la parole que les autres et c'était des propositions pour l'action que surgissaient les niveaux d'accord et de désaccord ou de consensus auxquels nous pouvions parvenir dans une recherche, il faut bien le dire, assez acharnée de tout ce qui pouvait nous unir contre ce qui était hostile au développement impétueux de l'initiativisme qui était notre fait.

J'ai gardé le souvenir d'une journée de mobilisation où les fascistes s'étaient faits forts d'intervenir pour nous "claquer le beignet", qui a donné lieu à une tentative de mise sous tutelle du 22 mars par les maoïstes de l'UJCML qui ont débarqué à Nanterre, à 100 ou 200 avec leurs casques de chantier, pour faire ouvrier, leur théorie du peuple invincible; et la ferme détermination de tracer une ligne de partage sur le "terrain militaire" entre les petits bourgeois que nous étions censés être et le mouvement dans toute sa pureté qui n'attendait que la venue de la direction clairvoyante qu'ils étaient censés représenter. C'est une expérience intéressante, dans la mesure où les Nanterrois qui occupaient un espace déterminé et qui étaient maîtres de leurs initiatives se sont vus dépossédés pendant toute une journée de la maîtrise de leur espace et de leur initiative du fait d'une intervention militaro-bureaucratique, autoritaire extérieure et on a vu le front nanterrois qui avait pu, lors des journées de mobilisations les plus importante du mois d'avril, regrouper jusqu'à 800 étudiants dans plusieurs amphis dans le cadre de débats politiques, on a vu ce mouvement s'étioler au cours de cette journée et quasiment disparaître du seul fait de la présence, d'éléments intervenant de façon autoritaire et bureaucratique, militaire.

"Libérez nos camarades" Dans l'enchaînement des événements c'est là que se situe le simulacre de prise et d'occupation, de la Sorbonne par les forces "du 22 mars, de l'UNEF, de la FGEL et du MAU". C'est à ce moment, je ne sais plus si c'est le 3 ou 6 mai, que les autorités universitaires et celles du ministère de l'Intérieur, ont pris la géniale initiative de faire envahir la Sorbonne par les policiers et les gendarmes et d'embarquer les quelques centaines de militants qui s'y trouvaient. Ce fut le début des manifestations sous le mot d'ordre "libérez nos camarades" qui ont eu un caractère spontané et des manifestations pour protester contre la fermeture de Nanterre puis celle de la Sorbonne.

Pour revenir un peu en arrière, le prétexte pour l'envahissement de la Sorbonne et de l'intervention policière, si je me souviens bien, c'était la constitution d'une micro contre-manifestation fasciste à partir de la Faculté d'Assas, à environ deux kilomètres, où quelques dizaines de fascistes, sans doute moins de trente, faisaient semblant de vouloir s'approcher de la Sorbonne pour en découdre avec les militants d'extrême-gauche. sang, que les forces de répression, sans intervenir contre les fascistes, sont intervenues contre la Sorbonne et c'est ainsi qu'il faut comprendre qu'à partir de problèmes universitaires, de problèmes académiques de répression, dans le cadre d'une activité anti-impérialiste le plus souvent, c'est cet enchaînement qui a permis d'étendre le mouvement à la quasi totalité du mouvement étudiant, et, à la suite de la dramatique nuit des barricades, à faire déferler une manifestation unitaire du mouvement ouvrier et du mouvement étudiant sans doute l'un des plus grandes qu'aie connues ce pays, le 13 mai 1968 qui est la date qui marque le début du déclenchement en vagues successives des grèves ouvrières, commencées à Sud-Aviation, je crois, aux lendemains du 13 mai puis à Renault-Cléon. Jusqu'à aboutir à la grève générale que l'on sait.

11 mai 1988

Une erreur sur cette page ?