Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VIETNAM

L'offensive du Têt

· Inprecor n° 266, 23 mai 1988 · p. 14-17 · 3 902 mots

Indochine États-Unis France

T OUT LE MOIS DE FEVRIER

des combats se poursuivent à travers le pays. Une deuxième vague de combats touche, en mai, 119 centres urbains et bases militaires. Lors de la troisième vague, en août-septembre, les forces de libération s'attaquent plus systématiquement aux installations américaines. Mais c'est bien en février que le gros de l'offensive du Têt 1968 s'est déroulé.

L'effort consenti par les forces de libération durant cette année charnière, est considérable. Pourtant, devant la puissance de feu américaine, la vague révolutionnaire reflue. Les Etats-Unis bénéficient, au Sud-Vietnam, du monopole absolu de l'aviation, d'un avantage considérable en armement lourd, artillerie et blindés. Les porte-avions, qui croisent au large, sont hors d'atteinte. Un repli s'amorce. La victoire n'est pas encore pour cette fois. Il faudra sept ans de plus, et combien de pertes, pour que la révolution l'emporte finalement.

Aux Etats-Unis, le choc est terrible. Malgré les informations recueillies avant le déclenchement de l'offensive, le commandement et le gouvernement américains n'ont su ni la prévenir, ni en prévoir l'ampleur. Le régime sud-vietnamien et l'armée saïgonnaise font piètre figure. Les combats se déroulent devant les caméras de télévision. Les images de mort, instantanées, pénètrent les foyers. Le mouvement anti-guerre prend, aux Etats-Unis, un essor nouveau. Le sentiment anti-guerre devient véritablement un facteur politique majeur.

L'heure de la solidarité

Dans le monde, l'heure est à la solidarité avec le peuple vietnamien. La jeunesse radicalisée dénonce, de Mexico à Paris, l'intervention américaine. La réalité de la domination impérialiste apparaît sans fard, dans la mise en œuvre de cette guerre destructrice, massive et technologique, contre un peuple pauvre qui lutte pour son droit à l'autodétermination. La résistance est héroïque, la justice est de son côté. Plus encore, la victoire apparaît dorénavant possible, même si elle s'éloigne à nouveau en mars. Le Têt 1968 galvanise dans bien des pays les secteurs radicalisés et contestataires de la jeunesse. Un coup de fouet est donné aux mobilisations qui annoncent le Mai 68 français. Très symptômatiquement, c'est au cri de "Ho, Ho, Ho Chi Minh - Che, Che, Guevara" que nos manifestations prennent le pas de course.

Les pourparlers de Paris commencent entre Vietnamiens et Américains. Mais il ne s'agit encore que de poursuivre dans l'arène diplomatique le combat en cours sur le terrain politique et militaire. Les véritables négociations s'amorceront quelques années plus tard. Elles déboucheront sur les Accords de 1973 et le retrait des forces américaines du Vietnam.

L'offensive du Têt est l'un des très grands événements politiques et militaires de ces dernières décennies, et c'est aussi l'un des plus complexes. Pour les "déçus" de 1968 et du Vietnam, comme pour les intellectuels de la nouvelle droite, elle relève pourtant simplement du révolutionnaire, voire de la création mé-

Si la télévision n'avait pas été sur place, soupire un Kissinger (3), le cours de la guerre du Vietnam aurait pu être changé.

Pourtant, tout particulièrement en ce cas, les médias n'ont pas créé l'événement. Ils n'ont même pas pu l'amplifier, tant il était important en lui-même. Ils l'ont simplement révélé, au monde et à la population américaine - au grand dam de Washington, d'un gouvernement dit démocratique dont la politique étrangère tenait à sa capacité de mentir librement à ses électeurs. Les médias n'ont pas inventé l'horreur de l'agression impérialiste, ils n'ont même probablement jamais pu la transmettre dans sa réalité profonde, vécue.

Une guerre injuste

Si l'opinion publique s'est ainsi retournée chaque fois davantage contre la sale guerre au Vietnam, ce n'est pas le fait d'une agitation artificielle, entretenue par les journalistes de télévision. C'est parce que trop de soldats américains mouraient ; c'est parce que l'offensive du Têt montrait qu'après des années d'intervention militaire, la victoire des États-Unis était plus éloignée que jamais. Cette guerre injuste n'avait pas de fin.

Loin du mythe, les événements vietnamiens de 1968 furent un révélateur. Dans leur complexité, ils mettaient à jour bien des traits essentiels du monde contemporain - bien plus encore que nous n'étions à même de le comprendre il y a vingt ans, alors que nous nous mobilisions en défense de cette lutte de libération exemplaire.

Nous avons perçu à l'époque, encore que probablement trop superficiellement, ce que révélait le Têt 1968 quant à la limite de la puissance américaine et quant au potentiel extraordinaire d'une résistance populaire. La révolution vietnamienne avait déjà, dans les années 50, été de celles qui avaient mis en échec les grandes puissances impérialistes classiques, comme la France et la Grande-Bretagne. La victoire de la révolution cubaine, en 1959, avait jeté un formidable défi au nouveau gendarme du monde capitaliste, les États Unis, incapables d'imposer leur loi au régime castriste, établi au large de leurs côtes.

La révolution vietnamienne est, dans les années 60, l'une des premières à subir de plein fouet l'effort de guerre contrerévolutionnaire déployé par Washington en réponse au défi cubain. Derrière la présence française, l'intervention américaine au Vietnam avait commencé fort tôt, bien avant 1954. Depuis 1961, les conseillers américains menaient leur "guerre spéciale". Mais c'est en 1965 que l'escalade militaire américaine commence

L'OFFE

DU

VIETNAM, 1968. Le 31 janvier, l'off forces de libération attaquent pre ennemies dans toutes les grandes dans 36 des 44 capitales de provinc locaux. Trois semaines durant, on dans le sanctuaire de l'ambas. occupée par un commando révol armées locales se trouvent géné cette offensive sans précédent. Le leur part, l'armée américaine da envergure autour de la base de démarcation entre le Sud et le N Vietnam, est conquise par Armee jusqu'au 24 février. Les America contrôle de l'ancienne citadelle in les bombo 80 % de cette Pierre F la lutte c

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Isive du Têt (1) commence. Les que simultanément les positions Illes de la moitié sud du pays (2), +, ainsi que dans 64 autres centres › bat au cœur de Saigon, jusque ide américaine, partiellement ionnaire. Les sapeurs et les forces lement en première ligne, dans forces régulières engagent, pour s un combat frontal de grande 1e Sanh, non loin de la ligne de id du pays. Hué, dans le Centre opulaire. La bataille de Hué dure s ne réussissent à reprendre le sériale qu'après avoir détruit sous dements ille symbole. DUSSET ntinue véritablement avec l'engagement total des forces aériennes sur le théâtre de guerre indochinois et le débarquement, au Sud-Vietnam, d'un corps expéditionnaire qui atteint rapidement 550 000 hommes.

Avec tous les moyens dont il dispose, Washington engage au Vietnam une véritable partie de bras de fer. Il s'agit avant tout de rétablir la crédibilité de la puissance américaine, douloureusement mise à mal par la lamentable expédition de la Baie des cochons, à Cuba, en 1961. Au fil des ans, l'épreuve vietnamienne devient une pièce maîtresse de la politique mondiale des Etats-Unis. Et c'est un échec, précisément annoncé par l'offensive du Têt en 1968.

Une partie de bras de fer

L'échec commence au Vietnam même. Malgré la gravité des coups portés aux forces populaires, la machine de guerre américaine ne parvient pas à briser l'ossature de la résistance ; un parti communiste et un mouvement de libération enracinés dans le terreau national et social du pays. Aidée par plusieurs décennies d'expérience, la résistance démontre sa durée et sa mobilité. Elle s'adapte aux nouvelles conditions tout en poursuivant un combat prolongé. Elle garde l'initiative stratégique, reprend régulièrement l'initiative tactique - et ce, sur les terrains politique, militaire, et bientôt diplomatique. Pour Washington, il n'y a pas de victoire militaire possible dans ces conditions.

En revanche, l'impérialisme américain se retrouve prisonnier des moyens même qu'il met en œuvre au Vietnam. Il lui faut protéger le corps expéditionnaire et l'armée saïgonnaise, réduire des pertes politiquement insupportables, tout en assurant le contrôle du territoire au risque de s'offrir aux coups de l'ennemi. L'armée contre-révolutionnaire se retrouve en posture statique. Le gouvernement américain dépend de plus en plus d'une technologie lourde et d'un régime corrompu, qu'il nourrit et qui reste plus préoccupé de ses luttes de fractions intestines que de la conduite du combat contre le communisme. Washington porte à bout de bras un effort de guerre de plus en plus coûteux et une économie sud-vietnamienne de plus en plus artificielle. Cercle vicieux. Il n'y a pas de victoire politique possible face à la révolution, dans de telles conditions. C'est l'impasse.

La "vietnamisation"

L'échec vietnamien devient, pour le gouvernement américain, un échec national et international. C'est avec l'offensive du Têt que la bourgeoisie, la classe politique et la caste militaire américaines commencent à prendre conscience des limites de leur puissance (4). Les ressources américaines ne sont pas inépuisables. La poursuite de l'effort de guerre entre en contradiction avec les besoins de l'économie, alors que s'annoncent la crise du dollar et la fin de la période d'expansion. Les milieux d'affaires s'inquiètent. La concentration des efforts militaires au Vietnam met en cause le déploiement mondial des forces américaines - de l'Europe au Moyen-Orient, de l'Océan indien au Pacifique

Nord - et freine, faute de moyens financiers, la modernisation des armes. Quand la Corée du Nord arraisonne un navire espion américain, Washington ne peut réagir. Le Pentagone se divise. Le coût humain - en vies américaines s'entend -devient inacceptable pour la population. C'est en 1970 que le sentiment anti-guerre atteint son point le plus élevé aux Etats Unis. Les politiciens s'affolent.

Or, la politique de "vietnamisation" de la guerre, qui vise après 1968 à remplacer les morts américains par des morts vietnamiens, exige des investissements matériels massifs. De nouveau, le cercle vicieux.

Il faudra encore plusieurs années pour que l'évidence s'impose à Washington : il faut négocier, en espérant encore éviter la défaite, mais en sachant déjà que la victoire est impossible. C'est bel et bien le Têt 1968 qui commence à révéler cette double réalité : les limites des ressources du plus puissant des impérialismes - et l'importance des ressources dont peut bénéficier une résistance à la fois populaire et nationale. Vieille vérité certes, mais qu'il fallait réactualiser. Ce sont les peuples d'Indochine qui ont dû et su asséner cette démonstration à l'heure où la Maison Blanche voulait imposer la Pax Americana au monde entier. Ils ont payé, pour ce faire, un prix très lourd.

Un éventail d'objectifs

L'offensive du Têt révélait aussi ce prix, et les difficultés nouvelles de la lutte révolutionnaire. Cela, nous l'avions moins bien perçu à l'époque. Nous savons qu"à l'heure des brasiers, il ne faut voir que la lumière". Il n'en reste pas moins important de réfléchir sur les problèmes des révolutions contemporaines, leurs recoins obscurs et les contradictions auxquelles elles doivent faire face.

C'est en janvier 1968 que le Bureau politique du Parti communiste du Vietnam

1) Le Têt est le nom du nouvel an vietnamien qui se tient environ un mois après le nouvel an chrétien.

2) Rappelons que de 1954 à 1975, le Vietnam a été divisé en deux par une "ligne de démarcation" séparant au Nord le territoire contrôlé par la République démocratique du Vietnam (RDVN), révolutionnaire et, au Sud, le territoire contrôlé par la République du Vietnam, régime néo-colonial. Les forces américaines ont pris, durant cette période, la succession des forces françaises dans la partie méridionale du pays.

3) L'un des principaux artisans de la politique étrangère américaine durant ces années de guerre, et le chef de la délégation américaine aux négociations de Paris.

4) Le demier livre de Gabriel Kolko présente une analyse très riche et intéressante de l'évolution globale de la guerre du Vietnam et de la politique américaine : "Vietnam, Anatomy of a War 1940-1975", Allen & Unwin, London, Sydney, 1986.

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(PCV) a pris la décision ultime d'engager l'offensive du Têt. Elle devait être un point tournant dans la guerre, infléchissant qualitativement son cours. La direction du Parti gardait prudemment un éventail assez ouvert d'objectifs, allant d'une hypothèse "haute" (l'ouverture d'une "brèche" permettant ultérieurement une victoire rapide), à une hypothèse che de ce qui s'est passé, avec l'ouverture d'une crise politique aux Etats-Unis, doublé de contre-offensives militaires dures de la part de Washington, annonçant un processus combiné de combats et négociations) Le résultat de l'offensive du Têt n'était pas donné d'avance. La situation changeait rapidement depuis 1965, et les possiblités réelles devaient être testées dans le cours de la lutte elle-même. Le gros des forces régulières devait rester mobile, le temps d'évaluer l'évolution des combats. Pour obtenir l'effet maximum, des soulèvements insurrectionnels devaient se combiner avec les offensives proprement militaires, et ce tout particulièrement dans les villes. Dans cette perspective, le rôle de l'infrastructure politique urbaine, clandestine, était décisif (5).

L'importance accordée aux soulèvements insurrectionnels et à la combinaison de toutes les formes de lutte est grande, dans la pensée politico-militaire vietnamienne. Cela tient aux traditions héritées du Komintern et, surtout, à l'expérience fondatrice de la révolution d'Août 1945 et à l'enracinement ultérieur d'une guérilla dans des zones de population dense, parfois limitrophes de la métropole saïgonnaise elle-mê-me, comme dans le bastion révolutionnaire de Cu Chi (6).

Des problèmes sont apparus au début de l'offensive du Têt

1968 (les forces régulières n'ont pas pu évoluer aussi librement que prévu dans la région saïgonnaise).

Néanmoins, nombre d'objectifs assignés ont été atteints, sauf un, majeur : il n'y a pas eu de mouvements insurrectionnels à Saigon. Quant au coût de l'offensive, il a été très élevé. Les pertes ont été lourdes. L'appareil politique clandestin est apparu au grand jour pour tenter d'organiser la population.

De lourdes pertes

De nombreux cadres survivants ont dû quitter leurs zones d'implantation traditionnelle, une fois le repli militaire amorcé, par peur de la répression. Cette dernière a néanmoins pu frapper durement les militants, dans les mois et années qui ont suivi. L'organisation saïgonnaise, limitée en 1968, s'en est trouvée dangereusement affaiblie. Plus généralement, la révolution a temporairement perdu, après l'offensive, le contrôle d'une partie de son territoire antérieur. En 1969, ni la révolution, ni la contre-révolution ne les adversaires vont réagencer leurs for"basse" (pron'est pas encore véritablement riche dans les mouvements de libération, continue 1972 et 1975 en témoigneront. ment très élevé. Il se fait sentir aujourd'hui me jeunesse que avenu inquiete souvent blissement de l'appareil de cadres enracibureaucratisation qui se sont exprimés au lendemain de la victoire de 1975. sein du PCV été possible d'obtenir, en 1968, les mêmes résultats à un moindre coût, notamment en arrêtant beaucoup plus tôt l'offensive bilisation de masse, à Saïgon, en février déjà 1968 ? Par le déluge de feu, d'abord. Les forces américaines ont utilisé toute la puissance de leur préoccuper des civils. Avant une victoire militaire des forces de libération, paralysant au moins momentanément le tir ensont à même de prendre véritablement l'initiative, à l'échelle nationale. Toutes deux doivent réorganiser leurs forces. Le bilan ultime de l'offensive du Têt dépend donc pour une part importante de la façon dont ces, utilisant leurs points forts et corrigeant leurs points faibles. Fin 1968, le transformait succès ou l'insuccès de l'offensive du Têt déterminé. C'est le PCV qui saura assimiler le pulation, économiques. d'évoluer. Les offensives de

Le Têt est bien une victoire et une victoire clef pour l'avenir du combat de libération. Mais le prix en est effectiveencore, notamment dans l'affaion nés et expérimentés. Cela a évidemment pesé lourdement dans les processus de

Un débat, parfois sévère, se déroule au pour savoir sil n'aurait pas

Comment expliquer l'absence de mohypothétique.

nemi, comment organiser dans ces conditions un mouvement insurrectionnel ?

Les conditions politiques ont dû peser aussi. L'organisation du front de libération dans la capitale n'était probablement pas assez forte pour vaincre seule, les forces régulières ne pouvant percer les défenses américaines. Enfin, le pays se socialement et politiquement, labouré par une guerre de plus en plus terrible, par les déportations de poles mesures sociales contre- insurrectionnelles, les bouleversements

L'offensive à Saïgon

L'offensive du Têt 1968 se déclenche à un moment où le Sud-Vietnam est en mutation, avant que la direction du PCV ait vraiment conscience de la profondeur de ces transfor-mations. Il semble qu'en fait, elle ne prendra pleinement la mesure du problème que bien après la victoire de 1975. Dans ce pays remodelé par une guerre moderne d'une intensité et d'une durée sans précédent, la cohésion sociale des milieux populaires de Saïgon a été progressivement minée, rendant d'autant plus problématique l'auto- activité révolutionnaire de masse, d'autant plus difficile le travail d'organisation.

Les années passant, ce problème allait s'aggraver ; mais l'expérience du Têt 68 révélait déjà son importance. La plupart d'entre nous n'a pas su, alors, la percevoir. Nous analysions certes d'un œil indépendant l'histoire du Parti communiste vietnamien. Mais nous portions un regard encore ingénu sur la révolution. Nous percevions l'énergie presqu'incroyable d'une telle résistance victorieuse. Nous ne sentions pas vraiment ce qu'avait d'épuisant ce combat, poursuivi durant plusieurs décennies, avec des ressources matérielles si inégales. Nous n'avions pas encore suffisamment appris à rechercher des leçons dans les difficultés et les échecs.

Avec le recul du temps, le Têt et ses suites, par les questions qu'il soulève, s'impose comme une extraordinaire leçon d'initiative et de réalisme révolutionnaires. Un ensemble d'expériences qui mériteraient d'être étudiées à nouveau, à l'aide de la documentation aujourd'hui disponible sur le Vietnam et des enseignements des révolutions ultérieures. Pour beaucoup d'entre-nous, il a notamment fallu du temps pour comprendre l'impor-

Tisanie, une parie de cale de copion gare co sere

6) La zone de Cu Chi est devenue célèbre pour son extraordinaire réseau de tunnels qui permettait à la résistance armée d'agir jusque dans les arrières ennemis.

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tance du terrain d'action diplomatique, ouvert par l'offensive de 1968.

Nous savions que l'impérialisme américain allait utiliser les veuleries bureaucratiques de Moscou, ainsi que les bouleversements de la Révolution culturelle maoïste et le conflit entre la Chine et I'URSS, pour tenter d'isoler davantage les révolutions indochinoises. Nous savions à quel point le PCV cherchait à préserver son indépendance d'action internationale, décidé qu'il était à ne plus se retrouver dans la position subordonnée qui lui fut imposée lors des négociations de Genève en 1954 (7). Nous reconnaissions le droit absolu à ceux qui combattent de déterminer les compromis qu'ils peuvent juger

Nous avons su éviter deux erreurs majeures. La première était celle qui conduisit certaines composantes de la solidarité à confondre leur rôle avec celui

Deux personnalités du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis, notamment, s'engageaient directement sur le terrain diplomatique, cherchant à proposer des formules de compromis acceptables à la fois par Washington et les Vietnamiens et ce, alors que ces derniers ne voulaient pas s'engager concrètement, jugeant que la situation ne le permettait pas encore. Nous avons compris que le rôle de la solidarité était autre : créer les meilleures conditions pour une victoire la plus rapide et la plus complète possible (quitte, comme fin 1972, à répondre activement à un appel des Vietnamiens pour appuyer une initiative diplomatique concrète). La (qui sont au cœur de toute négociation) est en effet de la responsabilité unique de ceux qui combattent, eux seuls pouvant juger de la réalité des rapports de force qui conditionnent les choix diplomatiques.

Nous n'avons pas suivi non plus, ceux qui voyaient dans la politique de négociation des Vietnamiens une preuve de leur volonté de capitulation - perception dangereusement erronée défendue notamment par une minorité dans notre propre mouà partir d'une analyse dément incorrecte de la nature du Parti

LES PEUPLES

VAINCRONT

LES HMPERIALISTES ET LA REPRESSION communiste du Vietnam. Nous n'avons donc pas vu, dans le déblocage des pourparlers de Paris en 1972-1973 un signe de recul de la lutte, mais au contraire une avancée du combat révolutionnaire.

Nous jaugions pourtant avec difficulté les contraintes propres de l'action diplomatique en période défensive. Echaudés par de douloureuses expériences passées du mouvement ouvrier, nous restions en ce domaine un tant soit peu gauchistes. Nous n'avions étudié que trop partiellement l'expérience fondatrice de la révolu-

La négociation russo-allemande de Brest-Litovsk en 1917-1918 - négation éclatante de toute diplomatie secrète - nous cachait les problèmes posés par celle de Rapallo, en 1922, où la diplomatie secrète occupait une place centrale. L'expérience vietnamienne de 1968-1973 a été pour beaucoup d'entre nous, l'occasion d'étudier pour la première fois les données du combat dans l'arène internationale dans toute leur complexité, ce qui nous a, par exemple, aidés à mieux analyser l'action, en ce domaine, des Sandinistes, après la victoire de la révolution

Nous n'avons, ceci dit, jamais "gauchistes" sur le terrain de la solidarité militante internationale. Radicalisation de la jeunesse

La solidarité internationale et le mouvement anti-guerre aux Etats-Unis étaient indispensables à la victoire des révolutions indochinoises. Les renforcer était un devoir, un impératif. La lutte des peuples indochinois a, de son côté, joué effectivement un rôle exemplaire qui a aidé à l'émergence de nouvelles générations révolutionnaires dans le monde. Elle a aussi ouvert une brèche qui a facilité les luttes de libération, des anciennes colonies portugaises d'Afrique, et au

La solidarité internationale a toujours été en deçà des exigences de la situation et l'on peut dire que l'Indochine révolutionnaire a, de fait, plus donné au monde, par son combat, qu'elle n'a reçu d'appuis internationaux. L'aide soviétique et l'aide chinoise ont certes joué un rôle important. Mais elles n'ont jamais été à la hauteur des enjeux et des besoins - pire encore, elles se sont accompagnées de pressions inacceptables. La mobilisation du mouvement ouvrier, dans les pays impérialistes, a été tardive, trop fragile, par la faute avant tout des directions

En France même, l'explosion de Mai 1968, en centrant l'attention de tous sur les luttes politico-sociales nationales, brisé la continuité des mobilisations de solidarité à un moment pourtant crucial. Les organisations d'avant Mai (comme le Comité Vietnam national - CVN -) ont pratiquement cessé d'exister. Il fallu relancer, à contre-courant, un nouveau mouvement, le Front Solidarité Indochine (FSI), en 1969-1970. Nous avons été de ceux, avec notamment des personnalités

U.S.A

GENDARME DU MONDE intellectuelles militantes, qui ont, les premiers, permis ce renouveau de l'action internationaliste.

Tout le temps perdu sur le terrain de la solidarité internationale, tous les atermoiements criminels, toutes les divisions se sont payées cher en Indochine : par des années de guerre, de destructions, d'épuiVietnam" ne devraient pas l'oublier !

De même, les guerres sino-indochinoises de 1978-1979, aux effets désastreux dans la région comme sur le plan international, ne doivent pas effacer la leçon d'internationalisme que fut l'Indochine, pour la génération militante de 1968 (8). Les Vietnamiens avaient besoin d'une solidarité qui soit la plus dynamique et la plus large, qui soit capable de s'imposer par delà les rivalités et les querelles de partis et de chapelles. Ils le faisaient clairement savoir. Prêt à travailler en ce domaine avec tous, le Front national de libération avait besoin d'une solidarité sans conditions préalables, sans arrière pensée. Ce fut, pour nous, l'apprentissage pratique d'une conception véritablement unitaire de la solidarité, à contre-courant de bien des sectarismes d'organisation :

pour le Vietnam, tout pour l'Indochine".

Ce fut un apprentissage salutaire, toujours d'actualité - pour le Nicaragua, le Salvador, les Philippines, l'Afrique du Sud, pour bien d'autres luttes encore. Par delà le cynisme ou la fatigue désabusée de trop nombreux anciens militants de la génération de 1968, l'internationalisme

"état d'esprit" d'il y a vingt ans qui mérite d'être préservé et réveillé aujour-

Avril 1988

7) En 1954, lors des négociations avec la France, Moscou et Pékin imposèrent une série de graves compromis aux forces révolutionnaires vietnamiennes, laotiennes et cambodgiennes.

8) Pour une réflexion sur la crise sino-indochinoise et la période postérieure à 1975, voir "La crise sino-indochinoise", résolution du Xle Congrès mondial de la Quatrième internationale, novembre 1979, Inprecor numéro 196 du 13 mai 1985 et numéro 197 du 27 mai 1985.

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