DEMOCRAZIA PROLETARIA (DP) a tenu son sixième congrès national nombreux invités italiens et étrangers (1), exactement dix ans après sa fondation. Le congrès précédent - 1986 - s'était efforcé de mieux définir l'identité programmatique et politique de l'organisation.
d'élaborer un projet politique pour la phase actuelle de lutte du
ITALIE reflets d'un congrès du 5 au 8 mai, avec la participation de 548 délégués et de Le but du dernier congrès était de progresser sur ce terrain et mouvement ouvrier. Livio MAITAN
E TEXTE de la direction nationale,
L qui avait ouvert le débat, allait ef-
fectivement dans ce sens. Il réaffirmait la référence au marxisme et la nécessité d'une alternative anticapitaliste, l'opposition à la politique des partis traditionnels, la critique aux bureaucraties syndicales, le soutien aux tendances antibureaucratiques qui se manifestent à différents niveaux et aux initiatives d'auto-organisation dont celles des comités de base (COBAS). Il prenait ses distances avec les Verts italiens (2).
Des éléments nouveaux
Il reprenait la caractérisation I'URSS comme "formation historico-sociale spécifique, régie par un mode de production capitaliste d'Etat spécifique" tout en ajoutant qu'elle n'est pas pays capitaliste comme ceux de l'Occident", et soulignant l'importance du tournant que représente le cours - pourtant "inadéquat" - de Gorbatchev (3).
Enfin, et c'était l'élément de nouveauté, il avançait l'idée "d'un mouvement politique et social pour l'alternative" Ceux à qui s'adresserait cette initiative appartiendraient à "des aires politiques et sociales différentes" et seraient "structurés dans des formes très différentes". Il s'agirait de secteurs critiques du PCI ("pro-soviétiques" et "ingraiens radicalisés"), "d'aires démocratiques et de gauche du monde catholique, de groupes engagés sur le terrain de la bataille pacifiste et de la solidarité avec le Tiers-monde" et "de forces de la nouvelle gauche comme le Mouvement politique pour l'alternative et la Ligue communiste révolutionnaire" (4)
Le débat préparatoire a été caractérisé par deux événements qui marqueront également le congrès, dans une large mesure. Le premier a été l'émergence d'un courant minoritaire au sein de la direction, représenté par les députés Edo Ronchi et Gianni Tamino, dont le point de vue a été exprimé dans un document dit des 100, d'après le nombre de ses signataires. Ce document part d'un bilan critique de DP, "un parti qui ne reçoit pas d'apports importants de l'extérieur, qui a un échange très limité, qur accumule les retards dans une situation sociale et politique en changement rapide" et qui ne
"peu de cadres ouvriers et avec une présence significative encore plus limitée dans les entreprises". Selon les 100, DP ne saurait sortir de l'impasse où elle se trouve, plafonnant au-dessous de 2% des voix aux élections, qu'en se donnant le profil d'une force animatrice d'un "mouvement écolo-pacifiste non-violent". Elle devrait rejeter toute "centralité de la contradiction capital-travail" qui serait fondamentalement économiste et amènerait à ignorer ou à sous-estimer les autres contradictions, notamment celles entre hommes et femmes, entre hommes et nature, entre Nord et Sud qui devraient toutes être mises sur le même plan. Le Mouvement politique et social pour l'alternative tel que la majorité le propose, ne serait que l'un des innombrables slogans lancés à l'occasion d'un sans implications pratiques réelles. DP devrait, par contre, miser sur
"processus du type arc-en-ciel" en avançant un "pacte fédératif" basé sur
1) Parmi les invités italiens il y avait le PCI, le PSI qui pourtant n'a pas voulu parler, se considérant trop durement attaqué, les "ingraiens radicalisés" (la gauche du courant Ingrao, vieux dirigeant du PCI), c'est-à-dire un groupe de militants du PCI qui, il y a quelques mois, avait envoyé un texte critique au CC de leur parti (lettre des 70, du nombre des signatures), un représentant des Verts et un de la Gauche Indépendante dont les membres ont été élus sur les listes du PCI, des représentants de nombreux mouvements et associations (homosexuels, magistrats démocratiques, coordination anti-mafia, locadélégations internationales, la place d'honneur a été réservée à l'OLP dont le représentant a ouvert le congrès, à l'ANC d'Afrique du Sud et aux Sandinistes. Un représentant de Solidarité a envoyé un message d'Amsterdam. Etaient présents aussi des représentants des Verts allemands, des Rénovateurs et du PSU français, du Parti communiste de l'intérieur - gauche rénovatrice - de Grèce.
La LCR italienne avait envoyé une délégation et un camarade de son Bureau politique, Franco Turigliatto, a l'axe DP-Verts mais ouvert à d'autres
Le document rejette, par toute hypothèse de nouveau parti communiste et remet en question, en dernière analyse, la "forme parti" en elle-même. Il se prononce tout à fait explicitement contre le centralisme démocratique qui, d'après ses auteurs aurait "produit historiquement beaucoup de centralisme et peu de démocratie", et il
June nouvelle structuration des trois axes : une assemblée nationale des délégués, élus par les fédérations provinciales et qui serait le "véritable organisme souverain du parti" après l'abolition de la "structure large élue par le congrès" (c'est-à-dire la direction nationale) ; un exécutif national, dont les membres seraient élus individuellement par le congrès sur la base de leurs fonctions et pourraient être révoqués par l'assemblée nationale des délégués; un national composé de trois coordinateurs nationaux, élus eux aussi directement par congrès parmi les membres
Les étranges batailles de Capanna
Le deuxième événement a été la bataille menée par l'ancien secrétaire Mario Capanna, qui avait démissionné au lendemain des élections de juin 1987 sans donner à l'époque une explication très claire de sa décision. Capanna, qui ne s'opposait pas au projet majoritaire et était très critique envers les écolo-pacifistes, avait pris à plusieurs reprises, sans consulter sa direction au préalable, quelques initiatives retentissantes, dont une grève de la faim de solidarité avec les Palestiniens au mois de janvier. Au fur et à mesure que le congrès se rap prochait, il multipliait les interviews à la grande presse sans ménager ses critiques qu'il devait par la suite exprimer dans un bulletin intérieur et à l'occasion des congrès provinciaux à Rome et à Milan. Il expliquait d'abord qu'il avait déjà voulu démissionner avant, pour dénoncer par un geste spectaculaire, le piétinement de son organisation qui n'a pas appliqué de façon conséquente les décisions du pris la parole. Une contribution au débat préparatoire d'une camarade du Bureau politique de la LCR, Elettra Dejana, a été publiée dans le bulletin intérieur de DP. L'auteur de cet article était invité au congrès comme membre du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale.
2) Le député européen de DP fait partie du groupe auquel participent les Verts allemands. D'après un bulletin intérieur, le bilan de cette collaboration n'est pas considéré comme très positif.
3) Le projet explique que "la meilleure tentative d'analyse" de la société soviétique serait celle de Charles Bettelheim. Il oublie de préciser laquelle des nombreuses et contradictoires analyses de Bettelheim devrait être retenue.
4) Le Mouvement politique pour l'alternative est un groupe très petit qui rassemble d'anciens membres du PDUP qui n'ont pas voulu entrer au PCI. La référence au MPA, de même qu'à la LCR était maintenue dans le rapport au congrès alors que la résolution finale ne mentionne que la LCR. Nous ne savons pas s'il s'agit d'un choix délibéré ou d'une erreur matérielle.
congrès de 1986 et s'est avérée incapable de "produire des propositions et des initiatives dynamiques". Il n'est pas opposé au mouvement politique et social pour l'alternative mais attire l'attention sur le danger de le concevoir comme "un assemblage de fragments de réalités sociales et politiques avec le présupposé que le parti n'est qu'un sujet parmi les sujets." Il ne fallait pas, d'après lui, opposer au parti l'exaltation des "mouvements" et oublier "une leçon de l'Histoire qui indique que les mouvements à eux seuls n'ont jamais réussi à produire des changements révolutionnaires." Cette mise en garde était, dans le contexte donné, tout à fait pertinente. Mais ce n'est pas sur cela que Capanna a mené sa campagne. Il a préféré faire du tapage sur des questions politico-organisationnelles en premier lieu sur un choix électoral voulu par la direction au détriment, à son avis, du rayonnement de DP dans le Sud de l'Italie - et revendiquer le bien-fondé de ses initiatives personnelles (5). Il a maintenu cette attitude pendant le congrès. L'ancien leader du mouvement étudiant de l'Université de Milan continuait à donner des interviews, à distribuer des lettres, à polariser l'attention de la presse autour de lui et même à créer des obstacles à des initiatives prises par la direction sortante dans le cadre du congrès (6). Cela ne pouvait que provoquer des réactions très vives de la majorité des délégués, au-delà des polémiques plus générales sur la façon d'utiliser les médias et sur l'opportunité d'avoir recours dans ce but à un leader charismatique.
Le rapport du secrétaire général
Le rapport, au congrès, du secrétaire Russo Spena a repris fondamentalement les thèmes du projet majoritaire, parfois sous une forme plus systématique et rigoureuse. La validité du marxisme, notamment dans sa critique et son rejet de la société capitaliste y était réaffirmée. En même temps, la thèse du prétendu dépérissement du prolétariat a été réfutée et, en opposition aux écolo-pacifistes, l'idée de la centralité de la contradiction capital-travail a été maintenue (7). DP n'a pas de "modèle" de société socialiste existante, mais le rapport comme le projet et un certain nombre d'interventions ont exalté la révolution au Nicaragua et les idées des Sandinistes sur la transition au socialisme et l'institutionnalisation de la démocratie socialiste (8). Quant au mouvement pour l'alternative il a été reformulé : "Notre proposition d'alternative de gauche est essentiellement, aujourd'hui, un parcours social qui combine les valeurs de la transformation avec la construction de mouvements de masse et d'auto-organisation; nous voulons devenir de plus en plus un parti
OPOEANE
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'de lutte', mais qui soit capable de marcher du pas de la longue marche, de regarder avec un œil de longue durée, d'une conception du monde." Ce qui implique qu'il faut repousser toute impatience, et tout raccourci qui risquerait d' "appauvrir le projet". En se référant aux interlocuteurs, il a analysé, dans son rapport, plus amplement que dans le projet initial, les courants critiques du PCI. On peut partager le jugement selon lequel les divergences avec la tendance prosoviétique sont, en dernière analyse, plus graves en ce qui concerne la conception de la démocratie socialiste que sur l'appréciation de la nature de l'URSS. Mais le bilan qu'il a dressé de la gauche "ingraienne" nous paraît peu rigoureux. Contrairement à ce qu'il prétend, celle-ci ne s'est jamais différenciée substantiellement des conceptions de Togliatti.
Sur l'analyse de la situation en Italie, le rapporteur a expliqué que le cycle ouvert par 1968-1969, le "mai rampant" italien avait connu une première phase de montée pendant une décennie environ et ensuite une deuxième phase de et de stagnation" plus ou moins de la même durée. Aujourd'hui, une troisième phase vient de s'esquisser : la période de stagnation est en train d'être dépassée. Toutefois, ajoute-t-il, "les rapports de forces politiques et sociaux" restent "très défavorables à la gauche et aux travailleurs" et il faut se fixer des perspectives à long terme. Le rapporteur a relancé la proposition d'une grande manifestation nationale pour la sortie de l'Italie de I'OTAN à l'occasion du 40e anniversaire (1949). Une deuxième proposition avait été avancée dans le projet et a été reprise dans la résolution finale: une grève pour les 35 heures devrait être organisée à l'échelle européenne à l'occasion d'un autre anniversaire, celui de la grève internationale de 1890 pour la réduction du temps de travail. Finalement, DP est pour le droit de vote aux travailleurs immigrés, mais la résolution finale ne mentionne que les élections locales et les élections européennes. Un débat révélateur Le débat a fait émerger assez clairement les différentes composantes et sensibilités de DP. Nous ne reviendrons pas sur le courant écolo-pacifiste qui a repris les thèmes de son texte en évitant les tons trop polémiques. Il est probable que ses représentants n'ont pas voulu un affrontement dans un rapport de forces qui leur était défavorable (il n'y avait qu'une trentaine de délégués élus sur leur document), alors qu'ils pouvaient exercer une forte pression sur la majorité en infléchissant ses positions. Nous ne reviendrons pas non plus sur le rôle de Capanna qui n'est intervenu que le dernier jour, avec un profil assez bas, n'a pu compter que sur très peu d'interventions abondant dans son sens (dont le sénateur Guido Pollice et, partiellement, le responsable international Luciano Neri). Mais une troisième sensibilité s'est exprimée au congrès en avançant des positions qualifiées par certains "d'ouvriéristes". Elle a été essentiellement représentée par des dirigeants de la fédération de Milan qui reste, de loin, la plus forte. Le secrétaire de cette fédération, Barzaghi a critiqué, beaucoup plus durement et systématiquement que le rapporteur, les thèses des écolo-pacifistes, en rejetant toute perspective d'alternative arc-en-ciel et tout raccourci du même acabit, et en réaffirmant la centralité de la lutte prolétarienne (qui ne saurait être exclusivement identifiée avec la lutte des ouvriers industriels). Selon Barzaghi, il y aurait au sein de DP une fracture entre les proclamations générales et son intervention au niveau social et, il serait dorénavant nécessaire de mettre davantage l'accent sur l'activité de masse par rapport aux campagnes nationales. Jusqu'ici,
5) Aux élections de juin 1987 Capanna avait été élu député aussi bien à Palerme qu'à Milan. Il aurait voulu opter pour Milan en permettant ainsi à un représentant de la fédération de Palerme d'entrer au Parlement. La direction a décidé, sur la base d'un accord précédent, qu'il opte pour Palerme en laissant ainsi une place à l'un des diri-
6) Par exemple, Capanna a organisé une réunion avec la presse pour présenter son livre sur 1968 le soir même où était prévue une table ronde avec un certain nombre d'invités étrangers avec le résultat que la table ronde n'a eu que très peu de spectateurs.
7) Le rapporteur a souligné, entre autres, la "croissance rapide, même dans sa forme la plus classique, du l'expérience nicaraguayenne aurait prouvé que Rosa Luxembourg avait raison contre les bolchéviques, ce qui mériterait au moins quelques explications. Dans le projet on lit, par ailleurs, que le Nicaragua "est pour nous la tentative jusqu'ici la plus avancée de réalisation d'une société non-violente qui lutte contre l'impérialisme". Malheureusement, aussi bien pour se libérer de la dictature somoziste que pour riposter aux Contras et aux impérialistes, les Sandinistes n'ont eu d'autre choix que d'avoir
la classe ouvrière n'a pas enregistré, selon Barzaghi, de défaites majeures et il y a une tendance à l'éclatement de nouveaux conflits sociaux, même s'il faut dire que nous sommes encore dans une phase défensive. Dans ce contexte, DP doit être consciente de représenter une petite force luttant contre le courant et faire un très grand effort pour devenir un parti différent de ce qu'elle a été jusqu'ici. Un autre dirigeant milanais, Luigi Cipriani, a repris cette problématique : il faut être convaincu qu'il y aura d'autres crises révolutionnaires et qu'il est nécessaire de s'y préparer alors que DP serait actuellement tout à fait incapable de faire face à une telle échéance. Elle doit, dans ce but, récupérer d'abord l'acquis théorique du marxisme qui est contesté dans ses propres rangs. Des positions allant dans le même sens ont été défendues dans des formes plus dures, par exemple, par un délégué de Bologne et par un cheminot de la région de Venise.
Certains Rome), ont donné une tonalité plus "mouvementiste" au projet majoritaire, alors que d'autres, tout en soutenant eux aussi le projet de la direction sortante et le rapport, ont exprimé une sensibilité au fond intermédiaire entre les majoritaires et les écolo-pacifistes. Ainsi, Michele Nardelli, responsable national à l'organisation provenant de la région de Trente, s'est prononcé pour la construction d'un parti culturellement pacifiste et non-violent et a rejeté toute idée de centralisme démocratique. Tonelli, représentant de la même région, a expliqué qu'il fallait construire un parti "de recherche et non de combat, ayant une image douce, une image de bonté telle qu'elle est personnifiée par le secrétaire Russo Spena". Le texte adopté par le congrès de la fédération de Trente est encore plus significatif. On y lit, entre autres, que "travailler pour une perspective de libération et de démocratie signifie voler plus haut que les horizons historiques de la gauche, en conjuguant les valeurs élevées de cultures politiques et de pratiques politiques qui sont également différentes de celles du marxisme (...) Contre le violentisme (sic), la coercition, la culture de la force
PESARURE-
implicite dans la réalisation de ce qu'on appelle "dictature prolétarienne" et dont la culture communiste est en grande partie imprégnée, nous devons opposer consensus et hégémonie en tant que facteurs essentiels du processus de transformation. Notre lutte pour la transformation est une lutte non pour le pouvoir, mais pour la conquête de la majorité à des valeurs d'égalitarisme, de solidarité, de liberté comme bonheur de l'homme (...) Chaque peuple est souverain en ce qui concerne les formes de sa libération, mais l'exaltation des formes violentes coïncide avec des conceptions politiques et morales militaristes et des projets de société ou le rôle essentiel appartient aux appareils de coercition". Débat statutaire et conceptions organisationnelles
La discussion sur le nouveau projet de statuts, qui s'est prolongée pendant toute une nuit avec d'innombrables votes a mis au grand jour d'autres différenciations importantes. La grande presse italienne a surtout fait état de la limitation des mandats parlementaires (pas plus de deux consécutifs), ce qui, après tout, apparaît assez raisonnable d'autant plus que l'Assemblée nationale des délégués aura le droit d'accorder exceptionnellement des dérogations (à la majorité des deux tiers). Mais d'autres décisions ont été beaucoup plus intéressantes.
Le rapporteur de la commission chargée d'examiner la masse considérable d'amendements adoptés dans les assemblées locales, a synthétisé l'esprit des statuts par l'affirmation qu'ils étaient tout à fait différent de ceux du "type Troisième Internationale". Comme d'habitude chez DP aussi, la référence à la Troisième Internationale est sommaire : elle escamote - car il est difficile de croire qu'il s'agit là de simple ignorance - la différence entre la phase léniniste et révolutionnaire, et celle de la bureaucratisation stalinienne. Ceci dit, voilà les traits essentiels des statuts adoptés :
a) L'accent est mis sur l'anti-centralisme et le fédéralisme (9) ;
b) L'engagement financier des militants n'est énoncé que formellement et dans des termes assez vagues (un amendement proposant que la participation aux décisions soit subordonnée au paiement des cotisations a été rejeté) ;
c) Le système de direction prévoit en même temps une direction nationale élue par le congrès et une assemblée nationale permanente des délégués, composées des membres de la direction nationale et des délégués élus au niveau provincial et siégeant deux fois par an ;
d) Les fractions et les tendances sont interdites (le projet n'interdisait explicitement que les fractions, mais le congrès a voté le maintien des normes précédentes selon lesquelles de composantes à l'intérieur du parti est interdite", le seul droit reconnu étant celui de consultation et coordination avant les congrès).
Au début du congrès la proposition avait été faite de donner un temps de parole spécial à un représentant du document des 100, mais cette proposition a été repoussée alors que le avait parlé pendant plus de trois heures. L'article prévoit "qu'en cas de motions politiques alternatives et de listes opposées, le critère de la proportionnalité soit respecté" (cette fois il n'y a eu qu'une seule liste avec 100 noms parmi lesquels 60 devaient être élus).
e) Les membres de la direction nationale sortante sont délégués de droit : ils peuvent non seulement parler, mais aussi voter. Si l'on considère qu'au sixième congrès ces délégués étaient 63 sur un total de 548 et que de nombreux votes ont été tranchés de justesse, on voit bien quelles sont les implications pratiques d'un tel système.
Finalement, si d'un côté une majorité de délégués a réussi à faire introduire dans le préambule une référence à la société communiste et à la rupture du pouvoir bourgeois, de l'autre le même préambule contient des références à une conception "non violente" et "pacifiste". La multiplicité des composantes de DP s'est aussi révélée par ce biais.
Quelques mots sur la participation des femmes. Les interventions des camarades femmes ont été peu nombreuses - environ 10% du total - et le plus souvent limitée à la problématique féministe. leit motiv en était la valorisation de la différence sexuelle aussi bien dans les luttes actuelles que dans la perspective d'une société nouvelle. Mais sept femmes ont fait circuler un texte qui, tout en réaffirmant que la "différence sexuée doit rester le point de départ des différentes théories du féminin", rejette "l'hypothèse qui amène à la construction de deux modèles sexués séparés". En ce qui concerne l'épineuse question des quotas, la solution finalement adoptée a été celle d'une représentation des femmes dans les congrès et dans les organes de direction
9) Les organisations de certaines régions - Frioul, région de Trente, Tyrol du Sud, Sardaigne - ont un statut spécial : elles sont considérées comme des "partis fédérés".
en proportion du nombre de femmes dans l'organisation avec 5% en plus à titre de discrimination positive. Au cas où il n'y aurait pas la possibilité de remplir ce quota, les places non occupées par les femmes resteraient vides, révélant ainsi une faiblesse de l'organisation et un problème à résoudre. En fait, alors que les militantes représentent 22,4% du parti, les délégués au sixième congrès étaient 24,1% et 19 femmes ont été élues dans la nouvelle direction de 60 membres, donc plus du quota.
Recomposition précaire
La partie finale du congrès a été, pour tous ceux qui y ont participé, la plus déconcertante. Sur proposition de sa commission politique, le congrès avait déjà décidé de mettre de côté le projet de la direction sortante et de soumettre au vote une nouvelle résolution. Cette résolution, rédigée par la commission politique, a été présentée aux délégués la nuit précédant la clôture. Le but de l'opération était de faire passer un texte qui puisse être accepté par toutes les composantes différentes ou, du moins, par les plus im-
L'opération avait été préparée par l'intervention d'un conseiller régional, membre de la direction sortante, Emilio Molinari, qui tout en appartenant à la fédération de Milan, n'était absolument pas sur la même longueur d'onde que les autres délégués de cette fédération. En intervenant dans le débat écrit, il avait déjà exprimé une position de conciliation qu'il a relancée au congrès avec un style assez démagogique, misant sur les réactions émotionnelles de l'assistance (10). Les conclusions du secrétaire Russo Spena sont allées dans le même sens, en estompant les thèmes du rapport introductif et en prônant explicitement la "recomposition, fut-elle précaire".
En fait, la résolution - adoptée par une très large majorité (11) - annonce la couleur dès son introduction. Elle explique que "le congrès assume (sic) le rapport positif du secrétaire qui, sur la base du document pour le congrès, de celui des 100, d'autres contributions critiques, des matériaux politiques élaborés par les congrès provinciaux, a permis un débat efficace, franc, ouvert, et qui avancer l'élaboration du parti". Qui plus est, elle fait des concessions importantes aux 100, par exemple en mettant une sourdine au caractère central de la contradiction entre capital et travail et en caractérisant DP comme un "parti social et de recherche", "culturellement pacifiste, désirable, où les diverses richesses peuvent s'exprimer à tous les niveaux"
La volonté de conciliation du groupe dirigeant est apparue encore plus clairement lorsque des délégués ont proposé de remplacer dans l'introduction que nous avons citée, le mot "assume" par le mot "approuve". Le rapporteur lui-même se prononçait contre cette proposition, c'est-à-dire contre l'approbation de son propre rapport ! Finalement, le changement a été accepté après des votes controversés et d'extrême justesse (12).
L'élection de la direction nationale ne pouvait que refléter les différenciations et les conflits. Les principaux artisans de la tentative finale de recomposition, Russo Spena et Molinari, ont eu la quasi-totalité des voix. Mais à peu près 200 délégués sur un total de 489 voix exprimées n'ont pas voté pour Capanna, les représentants de l'aile "ouvriériste" milanaise ont eu des scores encore plus modestes et les écolo-pacifistes n'ont obtenu que deux sièges.
En fait, le congrès s'est conclu dans une atmosphère morose avec des récriminations réciproques et des commentaires désabusés (13). Des difficultés majeures ont surgi dès le lendemain, jour de l'élection du secrétariat national. Aucune solution n'a été trouvée pour l'instant et l'élection a été remise d'un mois. Le secrétaire n'a pas été élu non plus, même s'il est presque sûr que Russo Spena sera confirmé dans ses fonctions.
Les antinomies de DP
Depuis sa naissance, DP a été marquée par des antinomies multiples, qui ont débouché sur la formation de courants, sensibilités et groupes de presdoit faire concernent incontestablement des problèmes majeurs :
- Faut-il construire un véritable parti ou faut-il miser sur la convergence - la fédération - de différents mouvements de
- Les conceptions fondamentales du marxisme restent-elles valables ou faut-il les combiner avec d'autres conceptions non violentes, écologistes, etc.), voire les abandonner ?
- La contradiction entre capital et travail, entre capitalistes et salariés, reste-t-elle au centre de la société actuelle ou doit-elle être mise sur le même des contradictions "nouvelles" ?
- Le mouvement ouvrier doit-il continuer à se poser le problème du pouvoir dans la perspective d'un saut qualitatif ré volutionnaire, de la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois et de son remplacement ex novo par une démocratie socialiste qualitativement supérieure ou est-il possible de concevoir une transformation sociale graduelle ?
société nouvelle faut-il opter pour une planification démocratiquement centralisée ou pour "un développement économique autocentré" ?
De notre synthèse des travaux congrès il devrait ressortir que les réponses que les dirigeants et les militants de DP donnent à ces questions sont diverses, voire opposées. Ajoutons que, même lorsqu'un consensus semble exister, les interprétations ne sont pas du tout les mêmes.
Deux exemples sont particulièrement significatifs à ce propos. Le premier concerne la question du pouvoir. Comme nous l'avons dit, le préambule des statuts - voté à une très grande majorité - est assez éclectique et laisse donc la porte ouverte aussi bien à l'interprétation de ceux qui maintiennent la conception marxiste de l'Etat et de la révolution, qu'à l'interprétation gradualiste-réformiste des non-violents et des écolo-pacifistes. Le projet de la direction sortante parlait de "rupture de l'Etat comme complexe centralisé et totalisant d'appareils bureaucratiques, militaires et idéologiques", mais il introduisait en même temps l'idée de la construction, dès maintenant, "d'un contre-pouvoir alternatif aux compatibilités capitalistes comme nouvelle conscience de soi et de ses propres besoins". Le rapport ne clarifiait pas davantage la question. Plus généralement, il est d'ailleurs significatif qu'alors que DP se réclame souvent du marxisme, elle n'a pas, dans ses textes, de références à Lénine et au
Le deuxième exemple concerne un thème central de tous les textes programmatiques de DP, c'est-à-dire ce développement économique autocentré, qui impliquerait, pour reprendre les mots du rapport de Russo Spena, "une réappropriation des buts et des modalités de la production par la décentralisation et la déverticalisation de l'économie territoriale à tous les niveaux, en propulsant au maimum l'autosuffisance locale". Nous parions qu'il n'y a pas deux militants de DP qui expliquent de la même façon ce concept. En fait, y compris au congrès, il y a eu toute une gamme de positions allant d'une idée assez vague d'une "économie coopérative, c'est-à-dire socialisée et démocratiquement gérée et agissant tendanciellement à l'échelle mondiale" de la direction) et d'une option de décentralisation poussée à l'extrême, sous-estimant les besoins de centralisation inhérant à toute planification, à des congradualistes construction progressive d'une économie alternative et même à des conceptions ouvertement réformistes misant sur l'organisation de coopératives, d'associations volontaires, etc., et se reliant aux traditions - aux meilleures traditions - du vieux socialis-
10) L'intervention de Molinari contient des remarques qu'on peut partager, par exemple la remise en question de l'interprétation du "marxisme" de l'extrême-gauche des années 70. Malheureusement les conclusions qu'il en tire vont dans la mauvaise direction. De même, il a raison de critiquer des formules telles que "DP est le parti des COBAS", mais on ne peut pas le suivre lorsqu'il fait aux COBAS des critiques qui se rapprochent de celles du PCI, comme il l'a confirmé lui-même en se déclarant d'accord à ce propos avec ce qu'avait dit au congrès le représentant de ce parti.
11) Un groupe de délégués de Brescia, Bergame, Bologne et Milan s'est prononcé contre.
12) D'après la presse, l'amendement a été accepté par 193 voix pour, 191 contre et 11 abstentions. Selon d'autres versions la différence serait plus importante. Nous avons dû quitter le congrès quelques heures avant la fin et nous ne disposons pas encore d'un compte-rendu officiel. Nous prions nos lecteurs d'excuser toute imprécision ou erreur éventuelle.
13) Par exemple, d'après certains journaux, le responsable du groupe parlementaire de DP, Franco Russo, aurait déclaré : "Le problème de DP c'est qu'elle n'est pas capable de choisir".
14) Quelques délégués ont fait eux-mêmes ce pa-
Il y a, finalement, une autre approche révélatrice des conceptions qui circulent au sein et autour de DP. Du fait que DP a des racines dans des mouvements réels, elle ne saurait minimiser l'importance des objectifs immédiats. Mais, en même temps, ses militants sont conscients des problèmes fondamentaux qui se posent -souvent sous des formes dramatiques dans les sociétés actuelles. Ainsi, ils sont poussés à des opérations de télescopage qui rappellent, par exemple, celles du courant Il Manifesto, qui, l'époque de sa fondation, mettait l'accent sur "l'actualité du communisme". Ils alternent et ils combinent des projets pour l'immédiat et des projets finalistes. Pour combler ce hiatus - qu'ils s'en rendent compte ou pas - ils aboutissent à des conceptions gradualistes. Ils y sont d'autant plus amenés qu'ils n'utilisent pas du tout le concept marxiste-révolutionnaire de revendications transitoires.
Le tableau bigarré qu'a été le congrès de DP, reflète évidemment la réalité de cette organisation, mais il reflète aussi une réalité plus générale.
Il reflète la réalité d'une organisation qui est née de la convergence d'anciens dirigeants et cadres de formations d'extrême-gauche des années 70, mais dont l'écrasante majorité des militants ne provient plus de ces formations. Donc, les expériences politiques précédentes sont pas les mêmes pour tout le monde. En second lieu, DP a une composante ouvrière importante et diversifiée, allant de militants qui ont vécu l'histoire d'une citadelle ouvrière comme Alfa Romeo à Milan, à des militants qui jouent un rôle dans les luttes actuelles à l'aéroport de Rome - mais, en même temps, elle regroupe des militants, encore plus nombreux, qui proviennent de différents mouvements de masse. Elle est marquée, par ailleurs, par la présence d'une forte composante d'origine catholique. Celle-ci peut donner des apports d'expérience politique et culturelle enrichissants pour des marxistes et transmettre une inspiration morale précieuse de renouvellement du
CONSIGLAS RIZEE mouvement ouvrier. Mais elle charrie en même temps des conceptions idéalistes ou idéalisantes qui ne facilitent pas la définition d'une stratégie et d'un programme révolutionnaire.
Les statistiques sur les tranches d'âge des membres, communiquées au congrès, aident à comprendre une autre dimension des problèmes de DP. Presque 60% de ces membres ont moins de 35 ans. Cela signifie qu'ils n'ont pas connu la période de 1968-1969 et qu'ils se sont formés surtout dans une période de difficultés croissantes, de repli et de désarroi idéologique du mouvement ouvrier, à la fin des années 70 et au cours des années 80. Ils ne peuvent pas avoir la même mémoire, les mêmes approches et les mê mes réflexes que ceux qui sont nés à la vie politique pendant la grande montée (en gros, moins de 30% du total, mais une grande majorité du groupe dirigeant). L'état d'esprit de ces derniers mérite, d'ailleurs, d'être souligné. Entraînés pendant toute une période dans des luttes constantes et souvent victorieuses, ils ont eu beaucoup de mal à s'adapter à la nouvelle phase après le tournant de la crise économique de 1974-75 et encore plus au recul des années suivantes. Ils ont vécu cette nouvelle expérience comme très difficile : ils avaient le sentiment de nager contre le courant alors qu'auparavant il leur semblait exprimer
"l'esprit du temps". C'est pourquoi ils parlent souvent de "traversée du désert" et "d'années terribles" ; ce qui apparaît quand même exagéré si l'on pense qu'après tout en Italie, les luttes n'ont jamais cessé, des batailles politiques et culturelles ont toujours été menées sur une grande échelle et la répression policière n'a frappé, le plus souvent, que les adeptes des Brigades Rouges et d'autres formations militaristes; et ce qui ne peut que faire sourire les militants d'autres époques et d'autres pays qui ont subi des épreuves autrement dramatiques. Mais cela exprime un certain pessimisme sousjacent et une usure que l'âge seul ne justifierait aucunement (15).
LEGA
COMUNSTA
RIVOLONAR
izione italiana delli rta Internaziona
Nous avons dit que le congrès qui vient de se conclure reflète aussi une réalité plus générale. En effet, d'autres secteurs de la gauche révolutionnaire, notamment en Europe, se heurtent à des difficultés de même nature. Dans une situation où le mouvement ouvrier, malgré les échecs qu'il a subis et son affaiblissement structurel, est loin d'être écrasé, et où, au contraire, il a déclenché grandes luttes dans la plupart des pays au cours des dernières années ; où de grands mouvements de masse - étudiants, guerre, écologistes, etc., se sont développés ; où les bureaucraties des partis majoritaires et des syndicats sont la cible de critiques de plus en plus dures et généralisées et sont parfois débordées à une échelle de masse, où les directions bourgeoises connaissent des crises réitérées et n'ont pas réussi à imposer une véritable restauration, le fait que la gauche révolutionnaire piétine sur place après avoir reculé et ne réussisse pas à apparaître comme une alternative politique crédible engendre inévitablement des doutes, des incertitudes, des sentiments de désarroi, qui poussent à chercher une issue dans deux directions opposées, l'une et l'autre erronée, c'est-à-dire soit "l'élargissement" par des opérations hasardeuses et le plus souvent faussement concrètes, soit le repli dans ses propres bastions dûment bétonnés.
La conscience que les problèmes qui tourmentent DP, concernent d'autres révolutionnaires, permet d'éviter toute attitude prétentieuse à son égard. Mais cela n'empêche pas d'affirmer nettement que ce n'est pas dans la direction esquissée par le congrès qui vient de se terminer que pourront commencé à être surmontées toutes les difficultés actuelles, ni résolu les problèmes majeurs auxquels il faut faire face.
14 mai 1988
15) Russo Spena qui a souvent utilisé de telles expressions, n'a que 42 ans.