LE 23 OCTOBRE 1986, plus d'une centaine de militants de mouvements indépendants de Hongrie, de Pologne, de Tchécoslovaquie er d'Allemagne de l'Est, publiaient une déclaration commune dans laquelle ils rendaient hommage aux insurgés de l'Octobre hongrois de 1956.
ETAIT LA PREMIERE fois que des militants de plusieurs pays de l'Est signaient un texte commun, démontrant ainsi le renforcement de leurs liens. Depuis cette date, la coopération entre les divers mouvements indépendants a pris un nouvel élan en 1987 et dans les premiers
C'est entre la Tchécoslovaquie et la Pologne que ces liens sont les plus étroits et les plus anciens. Dès 1978, le Comité de défense des ouvriers (KOR), créé en 1977, côté polonais, et la Charte 77, côté Tchécoslovaque, vont se rencontrer à la frontière des deux pays. Les contacts entre les deux organisations seront plus lâches pendant quelques années, en partie à cause de la vague d'arrestations qui touche les opposants tchèques en 1979, en partie à cause de l'essor de Solidarité qui mobilise toutes les énergies militantes en Pologne à partir de 1980.
Toutefois, et malgré le harcèlement des autorités, un groupe de "Solidarité Pologne-Tchécoslovaquie" voit le jour en
Enfin, en juillet 1987, (voir Inprecor numéro 258 du ler février 1988), ce groupe décide d'apparaître publiquement, Ana Sabatova en étant la porte-parole pour la Tchécoslovaquie, et Josef Pinior pour la Pologne. Un bulletin régulier est mis sur pied dans les deux langues à partir de décembre 1987, un groupe large "le des amis de Solidarité Pologne-Tchécoslovaquie" voit le jour.
Mais les activités Est-Est ne se limitent plus aux contacts - maintenant réguliers - entre la Pologne et la Tchécoslovaquie. De nombreuses initiatives, qu'il s'agisse de déclarations, de réunions ou de séminaires, regroupent des militants de mouvements indépendants de Hongrie, de Yougoslavie, de façon plus limitée de RDA, bien sûr de Tchécoslovaquie et de Pologne et, ce qui est nouveau, d'Union
Très souvent, la présence physique aux initiatives organisées dans l'un ou l'autre pays, se heurtent aux autorités policières qui refusent les visas aux participants invités. Parmi les plus importantes manifestations communes qui ont eu lieu ces derniers mois, citons la déclaration contre la répression en RDA en janvier dernier (publiée dans Inprecor numéro 259 du 15 février 1988) ; le "Forum des démocrates" organisé en Hongrie, en novembre 1987 ; l'appel lancé par la Charte 77 demandant aux citoyens des différents pays d'Europe de manifester activement leur solidarité avec le peuple roumain ; et toujours en janvier dernier, l'initiative des Hongrois, l'appel en faveur du droit à l'objection de conscience qui a recueilli plusieurs centaines de gnatures, dont une partie significative venant des groupes pacifistes indépendants en URSS. Il faudrait y ajouter les nombreuses initiatives concernant l'écologie, un thème qui, comme celui de la paix, mobilise aujourd'hui un nombre important de gens, dont beaucoup de jeunes, dans l'ensemble de ces pays.
Ces manifestations communes sont ressenties comme une nécessité par les mouvements indépendants des pays de l'Est. C'est une leçon tirée de l'échec des mouvements sociaux qui ont secoué ces sociétés depuis les émeutes de Berlin en 1953, jusqu'à la formidable expérience de Solidarité en 1980-1981 : l'isolement dans les frontières d'un seul pays est une de ces causes d'échec.
Elles sont rendues aujourd'hui possibles par la crise générale qui secoue l'ensemble de ces pays, qui affaiblit d'autant l'emprise de la bureaucratie au pouvoir, et permet à ces mouvements indépendants de jouer des contradictions inter-bureaucratiques à l'intérieur d'un pays comme entre les différents pays. Et l'arrivée Gorbatchev au pouvoir chez "le grand frère" soviétique est un facteur de crise supplémentaire qui aggrave la position - déjà fort précaire pour certaines d'entre elles - de beaucoup des équipes au pouvoir. Bien sûr, la situation de ces différents mouvements est différenciée et instable. Ce qui est toléré en Hongrie est interdit en Tchécoslovaquie et impensable en RDA, et les retours de bâton ne sont pas à écarter, loin de là.
Voilà une dizaine d'années, les mouvements indépendants commençaient à apparaître publiquement ; leur coordination, même si elle reste encore limitée par le harcèlement policier, est aujourd'hui une nouvelle étape. AM M