Le gouvernement du vieil Erich Honecker - qui est à la fois chef de les expulsant eux, de RDA. C'est ce qui est arrivé en février dernier le chanteur Stefan Krawczyk et sa femme Freya Klier, qui se sont vus
Nous reproduisons ci-dessous un article paru dans la revue publiée
RDA
Répression de l'opposition
DEPUIS QUELQUES MOIS, la situation s'est tendue en République démocratique allemande (RDA), les manifestations et les arrestations se sont multipliées.
l'Etat et du parti communiste (SED) - durcit ses positions vis-à-vis des milliers de candidats à l'émigration, et des militants indépendants du mouvement pacifiste et écologiste, en à un certain nombre de personnalités indépendantes, dont donner le choix entre le départ forcé vers l'Ouest ou de lourdes peines de prison.
en Grande-Bretagne East European Reporter.
Susan BUCKINGHAM
A PREMIERE DE CES actions de répression s'est produite en novembre et s'est abattue sur l'Eglise Sion, à
Berlin-Est, qui avait abrité la Bibliothèque d'écologie tenue par les cercles paroissiaux de pacifistes et d'écologistes depuis son ouverture en septembre 1986.
Deux mois avant la descente de police, cette église avait été à l'origine de la première manifestation autorisée du mouvement pacifiste indépendant de RDA.
Une procédure illégale
Dans la nuit du 24 au 25 novembre, environ 20 membres du bureau du Procureur général et de la sécurité d'Etat ont fait irruption dans les locaux de la Bibliothèque d'écologie, au rez-de-chaussée de la maison du pasteur. 7 personnes présentes ont été arrêtées, sous le coup du paragraphe 218 - 1- du Code pénal (association dans un but illégal) et du matériel de duplication, des stencils et des publications ont été saisis. L'une des personnes arrêtées, qui n'avait que 14 ans, fut relâchée peu après.
Ces procédés sont en rupture flagrante avec la légalité de RDA. La raison invoquée pour justitifer la perquisition a été une dénonciation anonyme, mais ni son contenu ni aucune base légale concrète n'ont été spécifiés. De plus, on n'a tenu aucun compte du fait que les locaux perquisitionnés faisaient partie de la résidence officielle du pasteur, et le mandat qui a permis d'opérer les saisies ne portait pas la signature du procureur.
Les comptes-rendus officiels de l'opération donnent une version faussée des et essaient d'exploiter des événements tensions potentielles entre les autorités de l'Eglise et les écologistes en suggérant que les activités de la Bibliothèque d'écologie, qui est accusée d'avoir publié du matériel subversif, ont été menées à l'insu de l'Eglise, dans une annexe.
Une référence spécifique a été faite à une publication samizdat du nom de Grenzfall ("Frontière"), que les personnes arrêtées étaient supposées imprimer au moment de la perquisition. Les rapports prétendent qu'il y avait parmi les objets confisqués, des caisses de ce journal, ainsi que la plus moderne des petites machines offset occidentales.
En fait, il s'agissait d'une publication la Bibliothèque d'écologie Umweltblätter ("Feuilles écologistes"), une lettre d'actualité clairement intitulée "à l'usage interne exclusif de l'Eglise", et dont l'impression était en cours au moment de l'irruption de la police ; le matériel de duplication concerné se composait de ronéos à stencils tout à fait ordinaires, et tout ce qui a été trouvé de Grenzfall était une copie d'archive de chaque nu-
Quelques heures après les arrestations, des représentants des groupes militants locaux, des cercles de travail religieux et paroissiaux qui, peu de temps auparavant, étaient en désaccord les uns avec les autres, se rencontrèrent pour discuter de comment réagir. Ils rédigèrent une déclaration contenant quatre revendications : la libération rapide de toutes les personnes arrêtées ; l'énonciation des bases d'accusation ; la restauration immédiate et complète des moyens de travail de la Bibliothèque d'écologie et la cessation de toutes les représailles contre les militants politiques. Ils appelèrent également à un rassemblement/messe/protestation pour le soir même.
Au cours de la journée, de nouvelles arrestations furent opérées : avant le rassemblement, six amis furent mis en prison et trois autres placés en détention provisoire pour les empêcher d'y assister. Cependant, deux cents personnes ont pu se rassembler pour la messe, au cours de laquelle la déclaration et les revendications ont été confirmées et où décision fut prise d'organiser des tours de piquets de garde, jour et nuit, jusqu'à ce que les exigences soient remplies.
Le premier tour commença à 22 h 30 ce soir-là, mais fut interrompu par la police qui emmena directement les gens au commissariat. Un autre groupe prit la relève, posté cette fois-ci près de la porte de l'Eglise au cas où la police ferait d'autres tentatives d'intervention. Depuis lors, la continuité de la garde n'a pas été interrompue.
L'attitude de l'église protestante
Le jour suivant, 26 novembre, tous ceux qui avaient été arrêtés après le raid sur la Bibliothèque d'écologie ont été relâchés, à l'exception de Wolfgang Rüddenklau et Bert Schlegel, mais les mesures judiciaires n'ont pas été suspendues. C'est Grenifall qui fut ensuite l'objectif principal, avec plusieurs perquisitions à domicile et la détention de ses éditeurs, dont des militants de l'Initiative pour la paix et les droits de l'Homme.
Bien que le surintendant de l'Eglise évangélique de Berlin-Brandenbourg ait initialement repris les déclarations officielles, ce fut là une exception parmi une série de déclarations émanant des autorités ecclésiastiques soutenant avec force les emprisonnés et encourageant les paroisses et leurs groupes "à poursuivre résolument et avec patience leurs activités en faveur de la justice, de la paix et de la protection de la nature qu'ils avaient déjà soutenues avec fermeté lors de la semaine de la Paix." Le 26 novembre, par exemple, le Conseil de l'Eglise de Sion décida d'intégrer le piquet de protestation dans les activités de la paroisse, approuvant ainsi la solidarité avec les groupes militants locaux.
Vers le 26 novembre, le conflit s'était étendu au-delà de Berlin, des gens ayant été arrêtés ou détenus pour interrogatoires à Weimar, Wismar, Saalfeld, Halle, Dresde et Erfurt. C'est à Dresde que le plus grand nombre de personnes a été impliqué, l'une d'elles a été accusée et 20 autres arrêtées, à la suite de quoi, on leur a interdit de se rendre à Berlin. Le point culminant des actions de protestation a été atteint le lendemain, 27 novembre, sous la forme d'un meeting paroissial dans l'Eglise de Sion auquel ont participé 500 personnes, et qui exprimait une solidarité croissante allant au-delà de ceux qui y assistaient et même des frontières du pays : des messages de soutien ont été envoyés par des écologistes polonais et hollandais, par quatre jeunes pasteurs de Cologne qui travaillent avec les organismes de charité religieux de Berlin-Ouest, Cologne et Darmstadt, en visite en Finlande, et par le congrès des écrivains de langue française et ses participants internationaux.
WEST
Le 28 novembre, à 8 heures, les autorités d'Allemagne de l'Est, reconnaissant qu'elles avaient sous-estimé la force et la solidarité des mouvements indépendants et la vague de protestation populaire déchaînée par la répression, ainsi que les dommages causés à l'image internationale de l'Allemagne de l'Est, en particulier vis-à-vis de l'autre Allemagne, relâchèrent finalement Wolfgang Rüddenklau et Bert Schlegel. Cependant, la procédure légale ouverte contre eux et contre Andreas Kalk et Till Böttcher n'a pas été annulée. En conséquence, il a été décidé de continuer les piquets de protestation jusqu'à ce que les quatre revendications soient satisfaites. Les procédures ont finalement été suspendues le 4 décembre.
Le rôle de la Bibliothèque d'écologie
Les autorités ont clairement compris le rôle de la Bibliothèque d'écologie, lieu unique rassemblant des archives indépendantes d'information sur l'écologie en Allemagne de l'Est, comme une menace potentielle, d'autant plus que depuis le début de 1987 elle a publié, de façon régulière, son propre journal sur les problèmes de la paix et de l'écologie. Il faut également souligner que laction avait comme but avéré, dès le début, d'atteindre ceux qui étaient directement impliqués dans la publication de Grenzfall. Tout comme les Umweltblätter, ce journal n'est apparu qu'au début de 1987, mais il s'intéresse à un éventail beaucoup plus large de questions politiques concernant l'Europe occidentale et l'Union soviétique.
Mais la publication de samizdats n'est qu'un des aspects du travail des mouve-
Erich Honecker ments indépendants : les mesures policières à l'encontre de la Bibliothèque d'écologie ont été considérées par tous ceux qu'elle a concernés comme une attaque sans équivoque contre l'ensemble de l'activisme indépendant. Les militants et les autres groupes qui avaient auparavant été incapables de dépasser leurs divergences se considèrent aujourd'hui comme faisant partie d'un même mouvement pour le changement, soumis à des attaques directes. durable, prise par ce sentiment de solidarité et de conscience de la nécessité de renforcer les liens, a été la mise en place d'un bureau d'information. Ouvert 24 heures sur 24 et relié à toutes les régions de RDA par téléphone, il devrait fonctionner avec des membres de tous les groupes indépendants, sous les auspices de l'Eglise.
L'effet produit sur le grand public a également été source de satisfaction. Les événements ont réussi à porter à la connaissance de gens qui n'avaient auparavant que peu d'intérêt pour le travail pacifiste, l'écologie et les groupes de droits de l'Homme, l'existence de la Bibliothèque d'écologie, d'Umweltblätter et de Grenzfall. Des secteurs de la population qui, sont généralement très réservés sur l'activité politique, ont manifesté des signes d'approbation et un soutien direct au piquet de protestation.
Cependant, la position de l'Eglise évangélique reste ambiguë car elle suit un cours semi-officiel, semi-indépendant dans la société d'Allemagne orientale. A Berlin-Brandenbourg elle a exprimé, un soutien indispensable à ses propres paroissiens participant aux activités pacifistes et écologiques, et plus largement aux groupes militants locaux qui ont organisé le piquet de vigilance. Ce rôle fut d'une importance vitale pour assurer la victoire contre les autcrités étatiques. Mais on ne peut dire que cette réaction soit caractéristique de cette Eglise dans son ensemble, surtout quand on parle de ses branches qui n'ont pas de cercles pacifistes ou écologistes.
Mais l'euphorie créée par le résultat obtenu c'est, révélée prématurée car la sécurité d'Etat a frappé de nouveau deux mois plus tard, arrêtant plus d'une centaine de manifestants indépendants lors d'un rassemblement officiel en l'honneur de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, le 17 janvier 1988 assassinée en 1919 par la social-démocratie.
Accusés de trahison
La plupart des détenus étaient des candidats à l'émigration, mais d'autres étaient des militants indépendants qui voulaient œuvrer à des changements en RDA, plutôt que partir. Parmi ces derniers, cinq travailleurs de la Bibliothèque d'écologie, dont les pancartes portaient des citations de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, et Stefan Krawczyk (voir page 22) qui, avec sa femme Freya Klier emprisonnée quelques jours après, avait acquis une large audience, surtout parmi les jeunes. Ils avaient fait salle comble lors des concerts non officiels où il avait présenté ses chansons et spectacles, au cours des deux dernières années. Krawczyk fut arrêté portant une banderole protestant contre les Berufsverbot (interdictions professionnelles) en Allemagne de l'Est.
L'accusation originelle contre les manifestants était "rassemblement d'émeutiers", mais quand cinq membres clés de l'Initiative pour la paix et les droits de l'Homme - Ralf Hirsch, Wolfgang et Regina Templin, Bärbel Bohley et Werner Fisher - ont été arrêtés le 25 janvier, les charges portées contre eux étaient celle de trahison, ce qui peut entraîner une sentence de mort.
Ce durcissement drastique a pris tout le monde de court, tellement il était disproportionné avec l'incident qui est supposé en être la cause. Mais une fois dissipé le premier choc, le lien avec les suites de l'affaire de la Bibliothèque d'écologie devint évident. Après l'échec des autorités qui, dans cette occasion, n'ont pas réussi à porter un coup décisif contre les mouvements indépendants, le prétexte à une offensive plus concertée fut choisi d'avance, sous la forme du rassemblement du 17 janvier, les autorités étant au courant depuis au moins une semaine, de la manifestation non-officielle qui était prévue.
Les protestations intérieures s'étaient multipliées, impliquant des dizaines de milliers de personnes qui s'étaient mises à assister aux "messes d'intervention" se tenant deux fois par semaine, en solidarité avec les détenus et pour soutenir le droit à l'émigration. S'y ajoutaient les protestations venues de l'étranger qui, une fois de plus, venaient ternir l'image de la RDA.
Une nouvelle descente massive semblait imminente. Vers la fin de la première semaine de février, on a su que tous ceux qui étaient emprisonnés seraient relâchés, y compris ceux qui étaient accusés de trahi-
Les premiers détenus furent effectivement libérés le 2 février et rapidement mis dans des trains en partance vers l'Occident. Parmi eux se trouvait Bert Schlegel, l'un de ceux qui avait été arrêtés dans l'affaire de la Bibliothèque d'écologie, et condamné, la veille, à 6 mois de prison pour rassemblement d'émeutiers, de même que Krawczyk et Klier.
Alors que les autorités soutenaient que ces derniers avaient demandé l'autorisation d'émigrer, Krawczyk est apparu à la télévision le lendemain en affirmant qu'ils n'étaient partis que sous la contrainte et désiraient revenir aussi vite que possible.
Il fut difficile aux autorités d'obtenir les signatures des militants restant, sur
Men exil, bien que les détenus soient sous la menace de la prison pour des périodes allant de 2 à 10 ans. Ce n'est que lorsque tous, sauf Ralf Hirsch eurent la garantie d'obtenir leur passeport avec des visas les autorisant (théoriquement) à retourner en RDA après des périodes allant de 6 mois à 2 ans, qu'ils ont été d'accord. Ils réussirent tous à rejeter la pression des autorités pour qu'ils renoncent à leur citoyenneté de RDA à l'exception de Ralf Hirsch (et de Krawczyk avant lui), qui ont été privés de leur citoyenneté contre leur volonté.
Une méthode qui a fait ses preuves
A la fin de la semaine ils étaient tous à l'Ouest, avec Vera Wollenberger, l'une des fondatrices de l'Eglise d'En-bas (non-officielle), qui venait juste d'être condamnée à 6 mois de prison sous l'accusation de "hooliganisme". Till Böttcher et Andreas Kalk, respectivement âgés de 17 et 19 ans, deux organisateurs de la Bibliothèque d'écologie, ont été remis en liberté surveillée et autorisés à rester en RDA.
L'expulsion vers la RFA est une méthode essayée et testée, utilisée par les autorités de RDA pour réduire au silence leurs citoyens critiques. Le désavantage de cette forme d'action du point de vue des autorités est cependant que tout le système judiciaire de RDA est devenu une simple plaisanterie aux yeux du public. Car avec ce système, on garantit aux gens, après qu'ils ont enfreint la loi, selon la version officielle, une permission d'émigrer qu'on leur a refusée à l'origine et, encore plus grave, on permet à d'autres chargés de soi-disant crimes aussi lourds que la trahison, de traverser librement la frontière. Quelles répercussions intérieures cet aspect de l'affaire aura-t-il, seul le temps pourra nous le dire.
A l'extérieur aussi, l'aspect légal des actions des autorités a un mauvais écho, car comme l'indique le commentaire de la Bibliothèque d'écologie sur les libertés civiques inscrites dans la Constitution : "Si la RDA veut être acceptée comme un partenaire crédible dans le dialogue international, cela ne sera possible qu'à condition que le système légal interne se conforme aux normes européennes." était d'une importance minime en comparaison avec ce que les autorités concevaient comme un besoin urgent d'endiguer la vague grandissante d'activité indépendante en privant les mouvements pour la paix, l'écologie et les droits de l'Homme de quelques-unes de leurs figures dirigeantes.
Les mesures prises étaient également clairement destinées à lever le doute sur l'opposition de la RDA à l'introduction de réformes inspirées de la glasnost et de la importants pour quelques groupes de mili-
DDR-KA
WINTER FRÜHLING 0X 3 T
"Nous ne
pas partir"
tants, aussi bien que, plus largem int, pour la population de RDA.
Il est encore trop tôt pour estimer véritablement l'importance du recul infligé aux mouvements indépendants. Jusqu'à présent, étant donné que tous les militants arrêtés ont été finalement relâchés, le résultat n'est pas une victoire unilatérale pour les autorités et montre le pouvoir toujours grandissant de la protes-tation populaire en RDA. En même temps, cette répression qui se produit si rapidement après la victoire de la Biblio-thèque d'écologie, aura dans une certaine mesure découragé, sinon intimidé, les mouvements indépendants, dont la marge de manœuvre à l'avenir, est moins assurée que jamais.
East European Reporter, Mars 1988.
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