LA REVOLTE DES PIERRES se poursuit dans les territoires occupés par Israël. A l'intérieur de ce pays, un mouvement la répression s'organise, rassemblant Juifs et Arabes. Nous avons rencontré Rémy Mandelzweig qui vit à Haifa, et représente les Comités contre l'occupation. Rémy MANDELZWEIG
ES COMITES contre l'occupation existent à Haïfa et à Tel-Aviv et ont des militants dans certains villages arabes de Galilée et du "Triangle" (1) qui travaillent avec nous. Ces comités ont été lancés à Tel-Aviv à l'initiative de camarades de la LCR (la section de la IVe Internationale dans l'Etat d'Israël) et de militants du mouvement "Les Fils du Pays" (Ibn al-Balad), un mouvement nationaliste palestinien à l'intérieur d'Israël. A Haïfa, ils ont été essentiellement impulsés par des militants de ce mouvement, mais beaucoup de personnes qui n'appartiennent à aucune organisation politique, certains comme moi qui sont d'anciens militants du Matzpen (2), mais aussi beaucoup de gens qui faisaient "de la politique" pour la première fois, ont rejoint ce comité.
Retrait inconditionnel des forces de répression
C'est une mobilisation sur un seul point : nous exigeons un retrait immédiat, sans conditions, de toutes les forces israéliennes de répression des territoires occupés, et nous voulons lutter contre l'occupation sous toutes ses formes, n'importe où. Cela signifie que nous pensons, premièrement, que l'on ne peut pas, comme certains mouvements le font, demander un retrait conditionnel (reconnaissance d'Israël, etc.). Si vraiment quelqu'un parle de paix ou de vie en commun avec le peuple palestinien, s'il veut prendre en considération sérieusement ce qu'il affirme, il faut d'abord exiger le retrait des forces de répression puisqu'il est impossible de vivre ensemble tant que les Palestiniens sont sous la botte de l'armée israélienne.
Deuxièmement, nous disons que la répression du peuple palestinien ne se can-
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tonne pas aux seuls territoires occupés. Il y a une population palestinienne très importante à l'intérieur même de l'Etat d'Israël qui subit également une répression au niveau national, comme arabe. Par exemple, quand un Palestinien d'un village de Galilée ou du "Triangle" est soupçonné par la police d'avoir hissé pendant la nuit, ou d'avoir brandi lors d'une manifestation, un drapeau palestinien, qui exprime son sentiment national, il est immédiatement arrêté, sans autre forme de procès. Il est bien évidemment tabassé, et se retrouve en général en prison pour six mois, voire plus. Là également, nous défendons le droit à l'expression nationale pour chaque Palestinien où qu'il soit, à l'intérieur de la Ligne verte ou à l'extérieur.
Le développement du racisme
Enfin, il faut souligner rapidement, même si cela mériterait que l'on s'y arrête plus longtemps, que nous constatons de plus en plus souvent l'expression du racisme dans la rue. La société israélienne est aujourd'hui complètement imprégnée de racisme. C'est institutionnalisé, mais c'est aussi vrai au niveau de la rue. Par exemple, dernièrement à Haïfa, trois jeunes Arabes d'un village alentour, Um alFahum étaient venus faire des achats dans un magasin. Ils ont subi un contrôle d'identité, puisqu'ils ressemblaient à des Arabes, contrôle effectué non par la police mais par les gardiens du magasin, de façon très agressive, avec des remarques racistes. Puis, ils ont été emmenés dans un bureau, et les gardiens ont alors remarqué que l'un des jeunes arabes arborait une des chemises que nous avons fabriquées avec le nom du comité, où est imprimé, en anglais, arabe et hébreu, "A bas l'occupation". A la vue de cette chemise, ils ont immédiatement été tabassés, matraqués. La police est venue et les policiers ont également commencé à insulter le jeune Arabe à qui ils prirent sa chemise, et il fut renvoyé dans son village qui est à deux heures de train, sans chemise.
Nous réagissons également à ce type d'actes. En l'occurence, nous avons fait une manifestation de protestation devant le magasin, arborant tous notre chemise du mouvement.
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Nous avons été les premiers à lancer une campagne d'aide, se traduisant par l'envoi de nourriture, de médicaments, dans les territoires. C'était au mois de janvier, alors qu'il y avait le blocus des camps de réfugiés de Gaza. Personne n'abordait cette question dans la presse, nous avons essayé de briser le mur du silence, sur cette politique systématique d'affamer les populations des camps de réfugiés qui, de toute façon, même en situation "normale", sont toujours à la limite de la faim, avec leurs salaires de misère pour des familles souvent nombreuses, dans ces bidonvilles identiques à ceux que l'on trouve partout dans le Tiersmonde. Et quand il y a le mot d'ordre de grève générale, ou quand l'armée assiège et bloque les camps, c'est immédiatement la misère. Le premier grand problème de la poursuite de la lutte, c'était dans l'immédiat - et il demeure aujourd'hui - comment tenir le coup.
Nous avons alors décidé de lancer l'idée d'un convoi de vivres pour Gaza. Certains organismes nous ont rejoints, pour ce convoi, notamment ce mouvement "Les Fils du pays" que je mentionnais plus haut, et certains villages arabes nous ont envoyé des camions ou des camionnettes avec des vivres, et nous sommes partis en convoi le plus spectaculairement possible, en invitant la presse.
Nous comme l'avions prévu, nous fûmes arrêtés à l'entrée de Gaza, ce qui nous a permis d'expliquer ce qui se passait, face à la presse locale. Nous avons eu un fort impact.
1) Le "Triangle" est une zone à forte population palestinienne dans le centre de l'Etat d'Israël. La Galilée, au nord du pays, regroupe la plupart de la population arabe.
2) Matzpen : nom du journal de la section de la IVe Internationale dans l'Etat d'Israël. Le Matzpen était également auparavant le nom d'une publication d'un groupe d'extrême-gauche plus large doù provient la section.
Nous sommes parvenus à faire arriver cette nourriture à bon port, par d'autres moyens, mais ce qui est sans doute plus important, nous avons réussi à briser ce mur du silence. A la suite de cette action, plusieurs organisations ou partis, dont celui qui demeure encore aujourd'hui, la grande force à gauche, le Parti communiste (Rakah), ont repris à leur compte ce mot d'ordre de soutien à la population palestinienne des territoires occupés. Des collectes à large échelle ont alors été organisées dans toute la population arabe
A partir de ce moment-là régulièrement, des convois ou des camions partaient pour Gaza. Je dois souligner que ces collectes étaient faites dans toute la population - Juifs comme Arabes - mais, très rapidement, nous nous sommes rendu compte que nous avions peu auprès de la population juive. Même à l'université où, a priori, c'était le milieu le plus favorable, les seuls qui étaient prêts à de l'argent pour ces convois, c'étaient les étudiants arabes.
A part ceux qui sont plus ou moins liés aux mouvements de gauche, ou mobilisés dans certaines organisations qui viennent aux différents rassemblements, parmi les Juifs, nous pouvons parler de fiasco. Ce n'est évidemment pas le fruit du hasard, c'est extrêmement révélateur de ce passe au sein de la population juive, même parmi cette frange qui était assez importante pendant la guerre du Liban, prête à se mobiliser contre cette guerre. Nous avions alors affaire à un mouvement de masse, or, aujourd'hui, il faut constater qu'il n'existe pas de mouvement de masse contre l'occupation et la répression à Gaza et en Cisjordanie.
Pour beaucoup de gens, la guerre du Liban était quelque chose de très clair : une sale guerre, ailleurs, dont nul ne comprenait les véritables raisons. Tout le monde la percevait comme une aventure avec des aventuriers comme Ariel Sharon ou Raphael Eitan. Voilà pourquoi le mouvement de masse contre la guerre du Liban s'est développé.
La remise en cause du sionisme
Aujourd'hui, face à l'action de la population palestinienne dans les territoires occupés, les réactions sont différentes. Pour la première fois, la plupart des Juifs en Israël, ont compris que le véritable problème n'est pas un conflit entre l'armée israélienne et l'armée égyptienne ou autre, ce n'est pas un conflit entre Etats. La véritable question, c'est le peuple palestinien, qui est opprimé, qui a été déraciné. Et, sur cette question des territoires occupés, parce qu'elle a eu des retombées très importantes au sein de la population palestinienne à l'intérieur d'Israël, avec la grève générale au mois de janvier, puis à nouveau, le 30 mars pour la Journée de la terre, une autre grève générale avec une mobilisation très importante de la population arabe palestinienne à l'intérieur d'Israël, beaucoup de problèmes ont refait surface.
Soudain, tout le monde a découvert quel était ce réel problème. Cela met en question les fondements mêmes de l'Etat sioniste. Puisque évidemment, à compter de ce moment c'est le passé qui est remis en cause. La répression dans les territoires occupés, l'exigence par les Palestiniens de leurs droits, n'est rien d'autre que ce qui s'est passé auparavant dans des régions comme la Galilée.
La résurgence du passé
C'est ce que dit d'ailleurs l'extrême-droite, et pas seulement elle, mais aussi le Likoud, le gouvernement, quand ils répondent par exemple aux militants de Shalom Archav (la Paix maintenant), en les traitant d'hypocrites : "Nous faisons dans les territoires occupés ce que vous la gauche sioniste, les kiboutzim, avez fait en 1948 en Galilée ou ailleurs". Et tout à coup, des montagnes de publications, des tas d'articles paraissent, commençant à décrire ce qui s'est passé en 1948. Beaucoup de choses qui avaient été occultées, comme la destruction des villages, ou l'expulsion massives de villes entières comme Ramalah, des régions entières où les populations furent expulsées de force, tout ce qui a été caché pendant des années, le grand mensonge du régime sioniste, paraît aujourd'hui dans les puisque c'est la réponse de toute la droite du régime, disant que ce qui se fait "là-bas", n'est jamais que ce que nous avons fait ici tous ensemble, en 1948.
Voilà pourquoi la révolte des Palestiniens dans les territoires occupés remet en question la base du sionisme. La réaction de l'homme de la rue, c'est une réaction de peur. Il sent que tout est remis en cause, il se sent personnellement en danger, d'où ce racisme le plus vulgaire dont je parlais plus haut, qui est l'expression de cette réaction de peur, de panique.
Tout le monde n'a évidemment pas la "bonne réponse" à cette remise en question. Que dit la gauche sioniste ? Dans le meilleur des cas, elle dit qu'il faudrait peut-être quitter les territoires occupés. Mais quand on gratte un peu derrière le vernis de leurs explications, quand on veut comprendre ce qu'ils entendent par là, je parle de gens du Mapam (Parti travailliste, ndlr) voire même plus à gauche, ils disent la chose suivante : "Bien sûr, il faut "leur" donner un Etat palestinien dans les territoires, et si à partir de ce moment, un seul Arabe ose relever la tête ou bouger ici, à l'intérieur, on lui bottera le derrière et on l'expulsera là-bas". Autrement dit, cet Etat est conçu comme un moyen pour se débarrasser de cette population arabe C'est un moyen comme un autre pour ne pas s'attaquer au racisme qui est à la base même de tout le projet sioniste, de la fon-
Si l'on prend, par exemple, le problème des expulsions des personnalités arabes, il y a eu peu de réactions. Aujourd'hui, elles font beaucoup de bruit à l'étranger car les projecteurs sont braqués sur Israël, mais en fait, c'est une méthode qui a été utilisée très souvent dans le passé. C'est une habitude. Or, qui expulse-ton et pourquoi ? Les autorités israéliennes essayent d'empêcher la formation, le développement d'une direction palestinienne dans les territoires. A chaque fois que certains cadres arrivent à émerger, quand ils deviennent représentatifs de la population sur place, on ne les met pas toujours en prison, les méthodes varient de ce point de vue mais, à chaque fois, et c'est une politique qui ne date pas d'aujourd hui, de l'insurrection des pierres, ils sont neutralisés par l'expulsion.
Kahane banalisé
En Israël même, quand de jeunes Palestiniens partent pour faire des études à l'étranger par exemple, en Europe, ou aux Etats-Unis, quand ils reviennent, souvent ils se font arrêter, parfois expulser, on les empêche de revenir. Tout jeune qui quitte le pays ne peut pas être sûr qu'il parviendra à revenir.
Je vais donner un autre exemple. Voilà quelques années on a beaucoup parlé du phénomène Kahane, ce rabin intégriste d'extrême-droite qui est parvenu à avoir une représentation parlementaire. On pense même qu'aux prochaines élections, il pourrait doubler ses voix. Or, depuis le
Sais-tu quel était le problème de Goliath ? Il n'avait d'armes pas automatiques OCCUPIED TERRITORIES WASSERMAN 87 THE BOSTON GLOBE CYLATIMES SYND
début de la révolte dans les territoires occupés, alors que le racisme et les thèses que défend Kahane dans l'ensemble d'Israël, on n'entend plus parler de lui ou de ses partisans, et ce parce que ses thèses sont aujourd hui défendues par toute une partie de la classe politique israélienne.
Cela commence avec évidemment le parti de Raphael Eitan qui était le commandant des forces israéliennes pendant la guerre du Liban, il y a le parti fasciste Tehiya qui représente plus ou moins le Bloc de la foi (intégristes juifs) au niveau du parlement, la Knesset. Son porte-parole, Genla Cohen a dit en pleine séance de la Knesset, à Miari, qui est arabe et fut élu sur la Liste pour la paix : "Il faut te transférer hors d'Israël".
Ce terme de "tranfert" est également repris par des pans entiers du Likoud, par les partis religieux. Voilà quelque temps, s'est tenu un symposium à Tel-Aviv, avec des généraux en réserve, des intellectuels, sur cette question du transfert, ce dernier est-il possible, dans quelles conditions, etc. Or, quand on parle de transfert, il s'agit bel et bien d'une expulsion de masse. C'est réellement aujourd'hui la réponse de toute une partie des institutions sionistes, du régime, qui commencent à prendre en considération cette possibilité de façon très concrète. Ce n'est pas pour demain, mais c'est un danger concret et sédans l'hypothèse d'un prochain conflit ou d'une prochaine guerre qui pourrait être l'occasion de mener à bien cette
Le Jour de la terre, le 30 mars, qui fut par la grève générale palestinienne, le ministre de la Sécurité fit des déclarations tout à fait claires où il menaçait les Arabes d'Israël même, leur disant que s'ils s'obtinaient à manifester, à faire grève, à se solidariser avec la révolte palestinienne, ils risquaient de provoquer "un malheur semblable à celui de 48", c'est-à-dire, l'expulsion en masse.
Maintenant voyons ce qui se passe dans l'armée. Quand l'insurrection a éclaté, c'est l'armée régulière, les jeunes appelés qui effectuent trois ans de service, qui ont été affectés les premiers à la répression dans les territoires. Puis, quand les autorités se sont rendues compte qu'il ne s'agissait pas d'un mouvement sporadique, mais de longue haleine, elles ont été obligées d'envoyer des unités de réserve.
Pendant un temps, elles ont même été prises de court et ont commencé à mobiliser tout le monde à l'instar de ce qui se passe quand il y a l'état de guerre. De plus en plus, ce sont des unités de l'armée de réserve qui sont expédiées. Tout le monde est réserviste en Israël, et effectue des périodes de 30 à 40 jours par an dans la réserve. Or, avec l'insurrection, cette durée a été portée à 60 jours par an, c'est énorme. Pourquoi le gouvernement utilise-t-il la réserve ? Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, de nombreux officiers ou sous-officiers des corps d'élite ont fait remarquer, non pour des raisons de morale mais bien au contraire à cause de leur "qualité militaire", que servir à des opérations de maintien de l'ordre dans les territoires risquait de faire baisser cette qualité.
"Le syndrome de l'occupant"
Il faut bien comprendre que c'est une obsession pour l'armée israélienne qui veut toujours être meilleure que toutes les armées arabes de la région. Avec ce qui s'est passé au Liban, il a fallu envoyer une partie de ces troupes d'élite vers le nord du pays.
Depuis le début de l'insurrection, pléthore de psychiatres, de psychologues se sont penchés sur le moral des soldats effectuant ce sale boulot de répression (matraquage, tortures, etc.). C'est un phénomène qui a déjà été analysé pour l'armée française pendant la guerre d'Algérie, pour l'armée américaine au Vietnam, et qui se traduit par un pourrissement moral, une espèce de syndrome psychologique. Tous ces experts ont rapidement constaté qu'on ne pouvait laisser très longtemps mêmes soldats sur place, qu'il fallait un roulement régulier. Voilà pourquoi on fait de plus en plus appel à la réserve, et c'est là que commencent les problèmes. Ces réservistes sont des hommes qui sont dans Israël même, qui ont plus de contacts avec la réalité que les soldats de métier, qui ont plus l'occasion de réfléchir et nous assistons à un phénomène de refus de partir pour les territoires occupés.
Le mouvement Yesh Gvul (Il y a une limite), qui s'est fondé pendant la guerre du Liban, rassemble des soldats refusant de partir pour les territoires occupés. Ce mouvement a eu un très gros impact et fait beaucoup de bruit dans la presse israélienne. Ce n'est pas un mouvement de masse, il ne faut pas se faire d'illusions mais, à chaque fois qu'il organise quelque chose, il a un écho très important.
Ainsi, récemment la chanteuse améri-
Arrestafation de militants anil-sionistes
Après les altaques portées confre notre camarade Michel Warschawski et le centre d'in formation alternative, c est au four des militants du journal Derech Ha-Nitzotz de subir la répression sioniste. Ce groupe, qui provient de l'extrême-gau-
Best actuellement prenante de la coalition Hadash que dirige le Partl com-
Le 18 février, le Journal a élé fermé par les auforités Israé lennes. Le 8 mars, un des ré dacteurs. Ribhi Al-Aruri, a été place en délention administrative, el a depuls été adoplé par Amnesty Internatlonal comme prisonnier d'opinion.
Le 23 avril, Ronl Ben Efrat fut inferpellée d l'aéroport de Tel-Aviv, alors qu'elle se rendait a une conférence anti-fasciste d Bologne, en Italie
Le 27 avril, c'éfall au tour de Michael Schwartz i puis le 5 mal, de Hadas Lahav. Le 3 mal, la police procédail d une foullle au domicile et au bureau de Abed al-Assall, avocal représentant les membres de Derech Ha-Nitzotz en déTention, et contisquait fous les dosslers iraltant ce cas. Un sixlème membre du groupe, le direcleur du Journal, Asat Adiv, étail arrêté le 17 mal
La Cour du district de Jérusatem a signifié leur Inculpation a Roni Ben Schwartz, le 23 mai. Ils sont accusés d'être membres du Front démocratique de libération de
(FDLP), qu'ils au1983, début 1984. Derech HaNizotz aurait été alors fondé sur la base d'un accord avec le FDLP el finance par ce dernier. Ils sont accusés d'alfeinte à la sécurité de l'Etat sur 4 points : 'Contact avec des agents étrangers, appartenance à une organisation Illégale, travoil pour une organisation Illegale el appartenance a une
"terroriste'". organisation encourent une peine de 40 ans de prison.
Envoyer les messages de protestation à l'adresse sulvante :
Ell SWISSA, Jerusalem District commissioner, 1 Queen Shlomzion Street, Jerusalem 94146 ISRAEL
caine Joan Baez est venue en Israël et a voulu exprimer sa solidarité avec le Yesh Gvul ; un gala a été organisé face à la prison numéro 4, la prison militaire où se trouvent incarcérés les soldats qui refusent de partir dans les territoires. L'extrême-droite, les partisans de Kahane nous attendaient et nous nous sommes physiquement affrontés.
L'expression d'un refus politique
A ce jour, 600 personnes ont signé la pétition sur le refus de partir vers les territoires occupés. Yesh Gvul est donc l'expression du refus politique. Et les partis, les organisations politiques, de droite comme de gauche, ont été obligés de réagir face à ce phénomène de refus. Je vais donner un exemple, les réactions de l'armée elle-même, qui ont été évidemment très violentes sur cette question. La société israélienne est très militarisée. Ainsi, les officiers vont régulièrement dans les écoles faire des exposés politiques sur le rôle de cette institution, ce qui attend les jeunes soldats, etc. Il n'y a pas une seule déclaration, une seule interview, une seule intervention effectuée par les officiers, où ne soit abordé le problème de Yesh Gvul, pour attaquer très violemment ce mouvement. Ils essayent d'empêcher que les jeunes ne rejoignent ce mouvement.
Il faut reconnaître que nous avons un gros problème. Des mouvements tels Shalom Archav, ou des partis comme le Mapam, le mouvement kibbouztik, toute l'aile gauche du sionisme, ne disent pas aux jeunes qu'il ne faut pas partir pour les territoires occupés, bien au contraire. C'est exactement l'inverse. Ils essaient de convaincre leurs partisans qui se posent des questions, de partir là-bas, par tous les moyens, sous prétexte de ne pas laisser seulement des "sadiques" partir. Autrement dit, il faut une répression "propre". C'est un point qui montre en quoi le mouvement est plus difficile aujourd'hui qu'en 19821983, au moment de la guerre du Liban. Il y a tellement de forces politiques avec lesquelles nous sommes obliges de nous confronter parce que, je le répète, la question du peuple palestinien, de son oppression, de son autodétermination, de son indépendance nationale, est aujourd'hui crûment posée.
Prenons un mouvement comme Shalom Archav. Quand l'insurrection a débuté, il ne s'est pas manifesté. Quand, à Haïfa s'est créé notre comité, ou celui qui est contrôlé par le Parti communiste (Dai Ha-kibush), beaucoup de gens demandaient ce que faisait Shalom Archav. Or, il n'y avait rien. A Haïfa même, il n'existe pas, et les quelques personnes qui s'en réclament n'étaient pas prêtes à nous rencontrer, à travailler avec nous, etc. Pendant de longs mois, ce mouvement n'a rien fait.
Puis, ils ont mobilisé sur un seul point, pour appuyer l'initiative de Shultz, le secrétaire d'Etat américain, sur une conférence internationale. Mais aujourd'hui, la pression s'accentue sur Shalom Archav avec l'organisation des activités en direction des territoires occupés. C'est pourquoi par exemple, la semaine dernière, ils ont organisé un convoi de voiture en direction de la Cisjordanie où ils voulaient distribuer un tract. Que disait ce tract aux populations palestiniennes : arrêtez de jeter des pierres, arrêtez la lutte, il faut dialoguer entre l'Etat d'Israël et des représentants des Palestiniens ; ils ne disent même pas l'OLP ou bien du bout des lèvres.
Shalom Archav ne rompt pas du tout le consensus national israélien, ce qui n'est pas le cas pour Yesh Gvul qui met le doigt sur le point sensible de la société israélienne, l'armée. Bien sûr, ce refus d'obéissance est un phénomène minoritaire, mais il existe et c'est nouveau. Cela ne s'était jamais produit avant la guerre du Liban.
Quand des réservistes seront appelés pour la deuxième ou la troisième fois dans les territoires occupés, c'est là que nous verrons vraiment ce qui se passe, car il est probable qu'ils en auront "marre" d'aller là-bas. Ce ne sera pas probablement un refus véritablement politique mais un refus de partir. Nous avons connu cela pendant la guerre du Liban. Les gens essayaient de se défiler, non pas pour des raisons politiques, mais par toutes sortes de moyens parce qu'ils avaient peur d'y aller, cette même peur qui commence à exister dans les territoires occupés, car cela n'a rien de drôle de faire face à toute une population, hommes, femmes, enfants, vieillards, qui vous crachent au vi-
Les thèses des intégristes d'extrême-droite sont aujourd'hui reprises par beaucoup (DR) sage, de sentir la haine de toute une population contre vous. Beaucoup commencent à hésiter et nous aurons peut-être un mouvement de refus un peu plus massif.
Pour revenir sur les comités que je représente ici, nous voulons nous limiter à un mot d'ordre : "Non à l'occupation". Sur ce mot d'ordre, même des sionistes peuvent nous rejoindre. C'est vrai que la plupart des militants proviennent de l'extrême-gauche, ou sont des militants arabes, palestiniens. Mais quand nous faisons un meeting, dans Haifa par exemple, nous avons une centaine de personnes qui ne sont pas toutes anti-sionistes, cela m'étonnerait beaucoup.
Un même combat
Ce que nous disons, et c'est ce qui différencie notre comité des autres mouvements, ceux qui sont chapeautés par le Parti communiste, c'est que nous ne voulons pas développer un mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, à l'instar de ce qui existait en France ou aux Etats-Unis par exemple, pendant la guerre du Vietnam. Nous disons nous que c'est une seule et même lutte, contre l'oppression, contre l'occupation, c'est la même lutte sur différents fronts. Voilà pourquoi, dans nos comités des camarades arabes travaillent avec nous.
Quand nous allons dans les territoires occupés, il est clair que pour eux, ce ne sont pas des gens qui viennent de l'extérieur, même si les conditions sont différentes, c'est un même combat contre la ré-
pression, contre l'occupation. Et nous disons aux Juifs en Israël, si vous voulez vraiment vivre sur un pied d'égalité avec les Palestiniens, sans répression, sans racisme, sans discrimination comme elle existe aujourd'hui en Israël, nous devons vraiment lutter ensemble. Cest ainsi que nous parviendrons à développer une véritable confiance entre Palestiniens et Juifs. Il ne suffit pas de dire qu'il faudrait dialoguer, quitter les territoires car malgré tout, il y a pour les populations des territoires, 21 ans d'oppression, de répression qu'il nous est difficile d'imaginer.
Je crois qu'on ne peut que la comparer avec celle des Algériens pendant la guerre d'Algérie, ou l'occupation nazie pendant la Seconde guerre mondiale, alors que l'armée israélienne fait véritablement des camps de concentrations, avec une utilisation massive de la torture.
Cela provoque une haine terrible contre l'uniforme israélien, même si les Palestiniens ont encore un tas d'illusions vis-à-vis des sionistes de gauche ou de l'establishment sioniste. Ils pensent réellement que toute une partie de la population juive veut vivre avec eux sur un pied d'égalité.
Aucune illusion sur l'establishment sioniste
Pourquoi l'insurrection a-t-elle éclaté maintenant et non voilà il y a un an ? Ce racisme qui se développe en Israël, de façon de plus en plus ouverte, ces mots d'ordre de transfert, d'expulsion en masse, n'ont pas commencé ces derniers mois. Voilà près d'un an qu'on les entend ouvertement en Israël, dans la presse, dans la radio, partout. Tous ces jeunes qui sont les cadres de l'insurrection, connaissent la situation en Israël. C'est pour eux, une réaction d'auto-défense face à cette agression à venir contre leur peuple.
Eux, ils n'ont guère d'illusions sur cet establishment israélien.
ler juin 1988 Jona
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