Inprecor 1974–2004

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POLOGNE

"En réponse à mes détracteurs"

· Inprecor n° 270, 18 juillet 1988 · p. 22-23, 23 · 778 mots

Pologne URSS et Russie

NOUS PUBLIONS ci-dessous deux textes parus dans la presse indépendante polonaise. Le premier émane de Jacek Kuron, le second de Wojcieh Gielzynski, journaliste connu pour ses travaux sur le Tiers-monde. Jacek KURON J'AI RECEMMENT formulé ici même les affirmations suivantes (Tygodnik Mazowsze numéro 240) :

- une explosion spontanée de colère sociale s'avère de plus en plus probable ;

- dans les conditions actuelles, la société polonaise n'en tirera pas bénéfice ; notre situation s'en trouvera peut-être même aggravée et cela va certainement nous ces conditions vont probablement se trouver modifiées par ce qui se développe en URSS et dans d'autres pays de l'Est. C'est pourquoi il ne faut pas hâter une explosion aujourd'hui, mais se préparer, pour demain, à des affrontements

Mon texte a suscité de nombreuses contestations. Mais, sur la question fondamentale, aucun de mes contradicteurs n'a dit clairement qu'il escompte une telle explosion aujourd'hui. Voilà qui rend la discussion difficile. Comme on sait, si la réalité ne correspond pas à nos schémas de connaissance, nous essayons de l'y ployer. Or, dans mon article, j'ai heurté de pour la société. 2) il ne faut jamais faire confiance aux rouges. 3) les intérêts de l'URSS sont contradictoires aux intérêts nationaux des Polonais. Je me suis directement opposé au schéma numéro 1 ce qui a peiné nombre de mes lecteurs, bien qu'il leur soit difficile de se déclarer favorables à un bain de sang. En me référant à la perestroïka comme à un processus de désintégration du pouvoir et de réveil de la résistance sociale dans les pays de l'Est, je dérange les deux autres schémas. Toutefois, et je le répète depuis au moins deux ans, il ne s'agit nullement des buts que les communistes soviétiques fixent à leurs ré formes, mais du fait que ces réformes mèneront à un affaiblissement du pouvoir central et à une pression accrue de la société. Qui ne s'en est pas encore aperçu aujourd'hui est aveuglé par sa perception schématique des choses.

David Warszawski (Tygodnik Mazowsze numéro 243) écrit : "Seule peut lutter et négocier de manière efficace une opposition qui se réfère à la menace d'une colère populaire". Cette formule me plaît car elle manifeste une manière de penser politique. L'efficacité d'une politique dépend en effet des rapports de forces. Mais une explosion spontanée n'est pas la manière appropriée de brandir cette menace face au pouvoir en place. Car on ne peut ni la déclencher ni l'arrêter, et le pouvoir le sait pertinemment. On peut seulement pousser à une telle explosion, la rendant aussi plus probable ; ou au contraire, on peut expliquer aux gens, en particulier aux mison inefficacité et les risques qu'elle comporte et - ce qui est plus important - proposer d'autres formes d'action, en la rendant de la sorte moins probable.

J'affirme que nous ne sommes pas à même aujourd'hui de déclencher une grève générale. Mais les conditions peuvent changer sous peu, et une greve générale, ou seulement la menace d'une telle grève, pourra s'avérer efficace. Une explosion prématurée peut nous priver de cette chan-

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ce. Voilà pourquoi je prends la parole. Mais je ne dis nullement pour autant qu'il faut attendre, parce qu'un mouvement social ne peut pas attendre.

Il faut organiser des mouvements de revendications salariales. La déclaration de la Commission exécutive nationale de Solidarité (KKW) du 31 janvier 1988 a joué un rôle important dans ce sens. Partout dans le pays on lutte à présent pour les 12 000 zlotys. Toutefois, la défense du niveau de vie nécessite à l'évidence un traitement global et on ne peut pas résoudre le problème par des actions particulières.

Nous serons peut-être contraints d'appeler au boycott des élections municipales, ce qui ne me réjouit pas, car nous avons besoin de cette école de démocratie dans les communes, les petites villes, au niveau local. Mais le pouvoir a quand même tout fait pour décourager la société de

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prendre part à ces élections. Qu'elle participe à présent à cette démonstration du boycott. Il faut organiser la lutte pour la défense du milieu naturel, pour de meilleures conditions de travail, pour le droit de s'organiser indépendamment du pouvoir. Les comités constitutifs de Solidarité peuvent s'occuper de la plupart de ces tâches et, en même temps, construire le mouvement.

Le problème est là : à travers ces activités réformistes et peu efficaces dans les conditions actuelles, il s'agit d'organiser le mouvement social. Son existence en soi permet d'éviter les explosions spontanées ; au cas où les choses tourneraient mal, il permettrait de minimiser les dégâts ; il permet enfin de profiter de chaque occasion qui se présente.

Tygodnik Mazowsze numéro 247, 20 avril 1988 e"

1 Pologne

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