Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ARGENTINE

La division du MAS

Inprecor n° 270, 18 juillet 1988 · p. 24-25 · 677 mots

Argentine et Chili

ARGENTINE La division du MAS

Le 21 mai 1988 le Mouvement au socialisme (MAS) s'est divisé, peu de temps avant de tenir son troisième congrès national. Le secteur dissident s'est constitué en un nouveau parti, appelé Parti des travailleurs socialistes (PTS), dirigé par six membres de l'ancien Comité central du MAS. Le PTS a tenu, à la fin mai, une Conférence nationale où il a déclaré s'être constitué avec plus de 800 militants, dont la majorité provient de l'ancien mouvement de jeunesse du MAS, surtout des élèves et des étudiants de Buenos Aires, La Plata, Rosario, Cordoba, Tucuman et • Mendoza. Des militants ouvriers de Berisso, Ensanada (frigorifiques) ont également quitté le MAS, ainsi que des travailleurs des fabriques de produits alimentaires, des transports (UTA) et du com-merce.

Ce processus de crise du MAS qui jusqu'à présent apparaissait comme le seul parti de gauche monolithique en Argentine (car tous les autres ont subi des divisions ces dernières années) a commencé il y a plusieurs mois avec la constitution d'un courant, critique de l'actuelle direction, qui s'appelait Tendance bolchévique internationaliste (TBI) et qui exigeait une politique internationale plus claire et décidée, reprochant à la direction d'adopter une attitude nationaliste en ce qui concerne la solidarité internationale et l'analyse de la situation mondiale.

La majorité du MAS au lieu d'accorder des droits à la tendance d'opposition, commença à se montrer hostile, intervenant dans les locaux et les cellules où elle était majoritaire, diffamant et calomniant ses dirigeants, enregistrant secrètement les conversations, pour ensuite les diffudans l'organisation. L'un des dirigeants du PTS, Hugo Manes explique "cela nous rappelle les méthodes utilisées par Staline pour persécuter les partisans de Léon Trotsky"

N'ayant aucune garantie de pouvoir assister au Ille congrès, la Tendance s'est constituée en fraction, et a réuni, au début de mai 1988, près de 500 personnes venues de 15 districts du pays, représentant approximativement de 15 à 20 % des militants et 30% des sympathisants du MAS A partir de ce moment-là, le processus de division était pratiquement achevé. La direction du MAS, en un nouvel acte bureaucratique, ferma toute possibilité aux délégués de l'opposition déjà élus à la base, de participer au congrès du Parti. La fraction décida alors de quitter le MAS et de tenir un congrès parallèle qui paracheva la division, créant un nouveau parti.

Alors que sur le plan international, la politique du PTS est "plus royaliste que le roi" car elle exige que le MAS renforce la Ligue internationale des travailleurs (LIT) créée par Moreno, sur le plan national ses positions ne sont pas encore définies: ses membres continuent le travail dans les fronts de masse, surtout dans quelques syndicats, quartiers et universités où ils sont en nombre supérieur au MAS, mais ils ont en apparence, jusqu'à présent, une politique sectaire en ce qui concerne l'unité avec le front de gauche en gestation pour présenter un candidat unique de la gauche aux élections présidentielles qui doivent avoir lieu à la mi-1989.

Ils n'ont pas non plus de politique unitaire vis-à-vis du secteur de gauche qui a rompu avec le PC il y a 8 mois, emmenant plus de 1 000 militants et des comités régionaux entiers, comme celui de Rosario, la seconde ville d'Argentine. On ne note pas non plus de politique du PTS en direction de l'aile gauche du Mouvement des travailleurs pour la patrie (MTP), dirigé par les Chrétiens pour la libération qui vient également de se diviser, de même que le Parti ouvrier (PO, ex-lambertiste)

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qui vient de scissionner en trois morceaux.

Le PTS ne propose pas davantage de politique de regroupement révolutionnaire avec des secteurs dissidents du Parti intransigeant (PI, de centre-gauche) ni surtout, avec les militants d'avant-garde dans les mouvements sociaux, anciens et nouveaux.

Cette absence est doublement grave si l'on considère que d'importantes grèves (métallurgie, textile, enseignants, etc.), remettent en cause la bureaucratie de la Confédération générale des travailleurs (CGT) et que les "sans maison" , par exemple, occupent massivement des terrains pour construire leurs habitations précaires, à l'encontre de la volonté du Parti radical et des péronnistes.

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