Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUISSE AFRIQUE DU SUD

Les diamants bruts ...se taillent en douce

Inprecor n° 270, 18 juillet 1988 · p. 24 · 526 mots

Afrique australe

SUISSE AFRIQUE DU SUD Les diamants bruts ...se taillent en douce

L'impact des actions du mouvement anti-apartheid, qui a mené cette année une campagne dans 34 villes de Suisse au mois de juin, comme les effets indirects d'une certaine culture musicale (Johnny Clegg) ont suscité des questions parmi une couche de la population, plus spécifiquement dans la jeunesse.

Ainsi la direction d'une banque suisse, en l'occurrence la SBS, s'est trouvée contrainte de distribuer un tract à "Notre personnel du Siège et des succursales" où elle demande à ses employés "d'informer correctement (sic) un public très mal renseigné" sur les transactions diverses de la banque avec le pays de l'apartheid.

Les banques suisses jouent un rôle central pour garantir à l'Afrique du Sud la poursuite non seulement de ses ventes d'or, pour étayer un peu les prix, mais ausdes solutions alternatives d'achat d'or n'apparaissent pas. Mais ce n'est qu'une des façon dont la grosse finance suisse aide l'Etat de l'apartheid.

Il existe d'autres formes d'aide des banques et de la Suisse à l'Afrique du Sud, certaines pouvant faire sensation. Au milieu de l'année 1987, les journaux financiers et les milieux bancaires s'inquiétaient de voir les exportations sud-africaines baisser en direction des pays de la CEE. Ils craignaient que les revenus sud-africains ne soient plus suffisants pour faire face au paiement de la dette ! Toujours le même

Or, un quotidien financier sud-africain, Business Day, pour calmer le Gotha financier, démontre qu'une part significative de la baisse des exportations est due à une opération comptable. Laquelle ? Elémentaire. Une fraction de plus en plus importante des diamants bruts sud-africains sont, sur des livres de comptes, et non pas physiquement, exportés en Suisse. De là (aussi sur les livres de comptes et non pas physiquement), ils sont réexportés vers Londres, la principale place de vente des diamants bruts. Toute l'opération est conduite par de Beers - avec la Consolidated Selling Organisation (CSO), qui possède des holdings dans les cantons de Lucerne (où le diamant se vend aussi) et de

Autrement dit, la Suisse est le plus gros exportateur de diamants bruts vers la Grande-Bretagne, de janvier à septembre 1987, la Grande-Bretagne a importé pour 1,19 milliard de livres anglaises de diamants, dont 900 millions de Suisse. Pourtant, à notre connaissance, les mines de diamants ne sont pas nombreuses en Helvétie. Voici comment Business Day raconte cette gigantesque fraude : "Grâce à une transaction purement fictive (purement comptable), les diamants sont déclarés un produit d'exportation suisse, alors qu'ils sont acheminés directement vers la CSO et à Londres. En déclarant la Suisse comme pays d'origine, non seulement on voile l'origine des diamants, mesure que des porte-parole de l'industrie envisagent comme une protection contre toute sanction possible à l'encontre des diamants sud-africains, mais cela permet aussi aux sociétés (c'est-à-dire de Beers, ndlr) de jouir des lois fiscales suisses très accomodantes. Les sociétés étrangères passent des contrats fiscaux (des forfaits) à l'avance et le versement des impôts est sans rapport avec les gains effectifs."

Un bel aveu... sous tous les aspects. Evidemment, de telles transactions nécessitent l'aide complice des banques. Voilà une information que la SBS pourra dorénavant transmettre à "notre personnel"! •

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