d'un groupe de recherches de la School of Government John
F. Kennedy de Harvard, sur la politique militaire des Etats-Unis
EL SALVADOR
La GBI...
par ses auteurs
NOUS PUBLIONS CI-DESSOUS de larges extraits du rapport et les leçons à tirer du Salvador. Ce rapport, intitulé La politique américaine dans les petites guerres : le cas du Salvador, est daté de mars 1988. (Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor). DOCUMENT
(...) Dans cette partie du rapport, nous examinerons le "moment de l'intervention" et considérerons comment les EtatsUnis ont exploité ce moment au Salvador et comment ils devraient le faire dans
Au moment de se préparer à l'intervention, les Etats-Unis ont à faire face à des questions stratégiques majeures. Quels sont les objectifs américains? Etant donné le caractère particulier de cette guerre, que veut dire gagner ? Quel sera l'étalon du succès qui permettra à ceux qui décident politiquement d'évaluer les progrès accomplis au cours du temps ? Est-ce qu'il existe un soutien dans l'opinion publique américaine ? Une fois lancée, pourra-t-elle être poursuivie ? Plus largement, quelles seront les ressources américaines requises et comment seront-elles employées au service des objectifs pour-
Peu de clarté
Au Salvador, les efforts américains pour fournir des réponses en temps utile et bien définies à ces questions laissent beaucoup à désirer. Les officiers que nous avons interviewés pensent que les EtatsUnis ont encore à définir des objectifs politiques clairs au Salvador. Un officier américain de haut grade, se décrivant lui-même comme "un type qui a déménagé de la brèche stratégique de Fulda (RFA) à celle de Panama, sans directive politique" explique tout bonnement qu'il n'existe pas de cadre politique" pour le Salvador. Un autre officier supérieur américain se plaint que des demandes répétées adressées à Washington pour obtenir "une déclaration d'intention précise, claire, bien ordonnée" sont restées sans réponses. De nombreux protagonistes ont répondu à ce vide stratégique en élaborant des objectifs politiques conformes à leur propre référence, situation qui contribue au gaspillage des efforts et à une confusion inutile.
Interrogé sur les objectifs nationaux des Etats-Unis au Salvador, par exemple, un officier général a répondu que la Maison Blanche espérait qu'une "démocratie brillante et rayonnante surgirait du jour au lendemain", que le Département d'Etat était préoccupé de survivre au prochain vote au Capitole, que le Département de la Défense était inquiet que la controverse sur le Salvador ne vienne remettre en cause d'autres programmes de défense, que le Congrès s'efforçait d'empêcher le Salvador de devenir un nouveau Vietnam, que l'Agence centrale de renseignement (CIA) était absorbée par ses tentatives de manipulation des fractions politiques au Salvador, alors que le Commandement-Sud (SOUTHCOM) recherchait des moyens de "laisser le gouvernement du Salvador opérer sans avoir trop à craindre les intrusions des insurgés". Un tel jugement rapide, une telle interprétation sont sûrement des simplifications exagérées. En outre, les divers objectifs énumérés ne sont pas nécessairement incompatibles les uns avec les autres. Mais cela reflèle certainement la frustration de l'acteur principal, partagée par la plupart de ceux que nous avons interrogés, de l'absence d'un objectif tombant sous le sens ou d'un thème unifiant les efforts des Américains concernés par la guerre au Salvador.
Un bilan difficile
En l'absence de tout critère commun d'évaluation du succès, concernant la politique américaine reposent de façon excessive sur une "apprécia-
You sur des statistiques (trompeuses, prises isolément) du nombre de guérilleros tués et du nombre de ceux qui continuent le combat. Aujourd'hui, privés d'objectifs clairement affirmés et de mesures quantifiables des progrès accomplis, les officiers qui sont au Salvador ont bien du mal à savoir si la politique américaine est plus proche de ses objectifs qu'il y a une demi-douzaine d'années.
L'engagement américain dans ce pays offre des exemples de trois documents
composés sur une période de trois années, dont aucun à lui seul ne présente cette vision unifiante nécessaire, mais lorsqu'on les considère ensemble, ils constituent une sorte de vision stratégique d'ensemble. Il s'agit du Rapport Woerner (1981), du Plan national de campagne (PNC) (1983), et du Rapport de la commission Kissinger (1984).
Le Rapport Woerner a eu une influence féconde sur les efforts américains. Mais il n'allait pas assez loin. Comme l'a rappelé un officier de haut rang, membre de l'équipe qui a rédigé ce rapport, "Notre but originel était de définir une stratégie nationale ; (mais) cette mission s'est révélée trop vaste. Notre objectif s'est réduit à assister le gouvernement du Salvador pour recruter et décider d'une stratégie nationale." Cette distinction est cruciale. Pressé par le temps et avec des perspectives modelées par sa composition purement militaire, l'équipe de Woerner s'est concentrée sur des idées concernant le renforcement des forces armées salvadoriennes: en quadrupler la structure ; fournir un équipement moderne ; prescrire des tactiques plus adéquates ; améliorer le commandement, le contrôle, les communications et les renseignements ; établir un système logistique. Ce rapport examine également les dimensions navales et aériennes de la guerre, en accordant une attention particulière à la modernisation et à l'extension des forces aériennes du Salvador. Mis à part une tonalité un peu trop conventionnelle, étant donné le caractère de la guerre du Salvador, les recommandations du Rapport Woerner pour renforcer l'armée salvadorienne étaient, en général, plutôt sensées. Malheureusement, les membres de cette équipe n'avaient ni le temps ni la qualité ni même le droit d'examiner avec le même sérieux les autres facettes de la stratégie de contre-insurrection : contrôle sur la population, économiques et sociales, renforcement des institutions démocratiques, amélioration des services gouvernementaux, action civile, défense civile, ou opérations psychologiques. Le rapport ne traite donc de ces sujets qu'en passant ou pas du tout.
Gagner le soutien populaire
Tracé quelque seize mois plus tard, le Plan national de campagne (NCP) représentait une tentative louable, bien que tardive, de formuler une stratégie globale de contre-insurrection. Si le Rapport Woerner se consacrait à convertir les forces armées du Salvador de force de maintien de l'ordre en force combattante, le NCP prescrivait une méthode d'incorporation efforts de l'armée salvadorienne dans une panoplie étendue de moyens, tous tinés à gagner un soutien populaire au gouvernement du Salvador. Le Rapport
EL SALVADOR N/CARABLA GUATEMALA COSTARICA HONDURAS CUBA PANA MA Woerner voulait créer une puisse tuer des guérilleros ; l'objectif du
Sur le plan conceptuel, le NCP représentait une percée dans la réflexion sur la guerre. Mais ce plan préconisait une stratégie sans ancrages. Le Groupe militaire (MILGROUP) (basé au Salvador, ndlr) conçut ce plan au moment où le financement au "compte-goutte" était à son apogée. Même après que les Américains dans le pays aient réussi à persuader les officiers salvadoriens et leur gouvernement d'adopter leur plan, il n'est guère considéré comme quelque chose que les Américains ou leurs représentants au Congrès devraient soutenir. Dans une large mesure, ce manque d'enthousiasme vis-à-vis du NCP reflète le fait que les Américains, au début de la présidence de Reagan, ne partageaient pas l'enthousiasme de son administration pour le Salvador.
Conscient de la nécessité d'élargir le soutien intérieur à sa politique au Salvador et ailleurs dans la région, le Président Reagan, à la mi-1983, a créé une commission bipartite sur l'Amérique centrale. Communément appelée Commission Kissinger du nom de son Président, ce fut également une initiative positive, que tardive. Quelqu'un a-t-il jamais douté que le rapport final de la commission irait dans le même sens que la politique présidentielle ? Probablement pas. dépit de cette conclusion prévisible, le rapport de la commission publié en janvier 1984, a éduqué les Américains sur les enjeux en Amérique centrale et aidé à régulariser le financement ultérieur de l'effort de guerre au Salvador. La composition de la commission bipartite, la stature individuelle de ses membres, et le sérieux avec lequel ils menèrent leur tâche à bien, conféra à la politique américaine un manteau de légitimité dont elle avait manqué
Quel est le sens de tout cela pour les prochains engagements américains dans les petites guerres? Dans les premières années, en particulier, l'échec à définir une vision stratégique d'ensemble fit obstacle aux efforts militaires américains au
Cependant, après un certain temps, à travers les documents que nous venons d'examiner, les Etats-Unis rafistolèrent une espèce de vision d'ensemble. La gestation prolongée de celle-ci limite son utilité au cas du Salvador. Mais comme modèle pour le document prospectif qui devrait accompagner toute intervention américaine à l'avenir, ces trois documents considérés collectivement, ont beaucoup à offrir. L'expérience salvadorienne suggère que le projet idéal devrait éviter toute identification partisane. Son autorité découlerait du fait que ses auteurs, un mélange de dirigeants politiscientifiques et de soldats, sont "au-dessus de la politique". Ces auteurs devraient rédiger quelques parties du document idéal, ou même le document dans son entier, en vue d'une consommation publique. Son objectif devrait être de susciter un soutien intérieur pour l'intervention et ses buts, depuis le tout début de l'engagement américain. En dessinant les grandes lignes des actions prévues par les Etats-Unis, le document idéal devrait envisager tout le spectre des activités militaires. Mais il verrait au-delà, afin de considérer des facteurs qui ne sont pas directement militaires, mais font partie intégrante de toute stratégie victorieuse de contre-insurrection.
Le plafond des 55
Lancer une intervention militaire implique toute une série d'autres décisions qui ont des implications significatives. Même des questions secondaires une fois décidées deviennent quasi inchangeables et limitent la flexibilité ultérieure. Nous examinerons brièvement l'une de ces quess'est révélée importante au
Il s'agit de l'effectif militaire nécessaire à une telle mission. En mars 1981, l'administration Reagan s'est elle-même coincée dans la limite de 55 hommes comme conseillers au Salvador. 55, c'était le produit d'une impulsion plutôt que d'une analyse et fut le plafond imposé, mais imétant donné tout ce que le MILGROUP était censé accomplir. Bien que nos interviews aient exprimé un certain nombre d'opinions, parfois pittoresques, sur le nombre 55, tous ceux avec qui nous avons parlé étaient d'accord sur le fait qu'imposer un certain plafond était une bonne chose. Les officiers ont cité plusieurs aspects positifs qui en découlaient, un commandant du MILGROUP proclamant même qu'il l'avait utilisé comme astuce pour éviter d'avoir à se plier à des "suggestions" d'en-haut. Mais ce qui est le plus souvent cité, cependant, c'est le fait que ce plafond bas excluait toute américanisation de la guerre. Les officiers qui arrivés au Salvador, se rappelaient le Vietnam, avaient la ferme intention de laisser, en dernier ressort, la responsabilité de la défaite ou de la victoire Salvadoriens. Ils étaient extrêmment sen-
sibles à l'impatience américaine (certains diraient l'arrogance) confrontée à une culture différente ausi bien qu'à leur tendance au "je peux le faire" à prendre en charge eux-mêmes, face à l'inefficacité ou à l'inaptitude. Sans plafond sur les effectifs dans le pays, des officiers agressifs donneraient vraisemblablement dans cette tendance, envoyant des Américains chaque fois qu'éclate un problème trop difficile pour les forces armées salvadoriennes. Quels que soient les bénéfices immédiats d'une telle approche, des officiers américains de haut rang au Salvador ont reconnu que son résultat aurait été désastreux à
(Le rapport examine ensuite les difficultés rencontrées par le MILGROUP dans son effort de renforcement des forces armées salvadoriennes)
(...) Au-delà de ces tentatives pour réformer le corps des officiers et d'instituer un corps de sous-officiers issus du rang dans l'armée, les Etats-Unis ont cherché à transformer sa façon de combattre. Les efforts sur ce front, centrés sur l'organisation, le matériel, la tactique, et l'entraînement, ont transformé les forces armées. Apparemment, le corps militaire apathique qui existait avant l'intervention des Etats-Unis a pratiquement disparu, éclipsé par une force plus importante, mieux équipée, et endurcie par des années de combat. Savoir si ces transformations ont conféré aux forces armées les qualités nécessaires pour vaincre la guérilla est la question que nous examinerons maintenant.
Changer les forces armées
Sous plusieurs aspects, la métamorphose des forces armées salvadoriennes, patronnée par les Américains, a permis des succès indiscutables. Le rythme auquel les forces armées ont mis de nouveaux bataillons en opération est en lui-même une réussite, découlant directement de la générosité du soutien des Etats-Unis. En 1980, la proportion des effectifs combattants entre l'armée salvadorienne et le FMLN se situait à peine à 1,5 contre 1. Au début 1988, l'avantage en faveur de l'armée salvadorienne approchait de 8 contre 1, ce qui est relativement proche des 10 contre 1 généralement considérés comme nécessaires pour mener une contre-insurrection. (...)
Un second succès, l'infanterie salvadorienne, qui a aujourd'hui les capacités de subsister sur le champ de bataille et de combattre efficacement. Au lieu des vieux fusils G3 portés il y a dix ans, elle possède le nouveau M16. Les munitions pour armes de petit calibre destinées à l'entraînement et à la bataille sont fournies en abondance. Résultat de l'aide américaine, les forces armées ont aujourd'hui des boots, des battle-dress et des tenues de combat pour équiper leurs soldats, bien que le système de distribution s'effondre avec une régularité qui va s'aggravant. Les forces armées ont même fait des progrès en ce qui concerne la préparation locale des ra-
Mais la manifestation plus spectaculaire de la transformation des forces armées réside dans les installations. Nulle part ailleurs, l'aide américaine ne s'est traduite plus directement en résultats tangibles et immédiatement utilisables que dans la construction d'infras-
(...) Ailleurs, les résultats des efforts américains pour induire des changements dans l'armée ont été décevants. Malgré l'intention réitérée des Américains de convertir l'armée salvadorienne en force de contre-insurrection, leur politique a échoué à détacher les Salvadoriens de leur tournure d'esprit conventionnelle. On peut même dire que les actions des Américains ont renforcé ce défaut. L'aide a permis aux forces armées d'acheter des armes lourdes, des canons à obus de 105 mm, des fusils sans recul de calibre 90 mm et des armes légères anti-tanks de 72 mm, de peu d'utilité pour une contre-insurrection. Plutôt que de risquer de s'aliéner les forces armées en s'opposant à leurs requêtes de matériel inadéquat, les officiers américains ont souvent succombé à la tentation de les accepter. Prenons l'exemple de l'artillerie. Les 54 canons de 105 mm ont été employés par l'armée, sur le terrain, en une ou deux sections de tir utilisées en premier lieu pour des missions de "harcèlement et d'interdiction". L'expérience américaine au Vietnam a démontré que les tirs de "harcèlement et d'interdiction" cours d'une insurrection, sont au mieux du gaspillage et au pire, contre-productifs. (...) Quel est l'effet de cet ment" des forces armées sur leurs performances tactiques ? Encore une fois, les officiers américains nous ont dit que surl'infanterie salvadorienne avec des armes lourdes n'a fait que réduire sa mobilité tactique, la rendre dépendante des moyens de transports mécaniques, et l'encourager à se reposer de façon trop importante sur sa puissance de feu. Un ancien attaché à la Défense en jugeait ainsi : "en donnant à (ces) gens le tir in-
BIENVENIDO A
EL SALVADOR
US. ADVISOR LIMIT
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direct et les fusils sans recul (...) nous leur avons donné de mauvaises habitudes". Cet officier blâmait l'équipement inapproprié pour avoir fait des forces armées "beaucoup, beaucoup, beaucoup moins mobiles que les insurgés". Une force encombrante, lourdement chargée est inadéquate pour mener les opérations de petites unités que les conseillers américains ont ardemment défendues. Ainsi, une mauvaise approche de la manière de rééquiper cette armée a compliqué la tâche de persuasion des Salvadoriens d'adopter la tactique appropriée.
Les services de renseignements
La même insistance sur des méthodes conventionnelles ont retardé les initiatives menant à doter les Salvadoriens d'un réseau de renseignement tactique. Quand la guerre a commencé, les déficiences salvadoriennes en matière de renseignements militaires, étaient d'une extrême gravité. Pour tous les objectifs pratiques, la capacité significative à collecter, analyser et transmettre les renseignements, n'existait pas. Pour répondre à ce besoin, les EtatsUnis ont initié la récolte routinière d'information sur le FMLN. Le volume énorme de faits qui en sortit fut canalisé vers le Pentagone. (Les services du Commandement-Sud voulaient s'occuper eux-mêmes de ce matériel brut et en faire l'analyse, mais ce fut refusé). Le Pentagone a rassemblé et analysé les faits et les a renvoyés au SOUTHCOM sous forme de renseignements utilisables, théoriquement en un temps permettant aux forces armées de réagir sur le plan opérationnel. En pratique, les choses ne se sont pas vraiment passées comme ça. Les efforts du Pentagone se sont révélés inestimables pour composer une vue d'ensemble de l'insurrection. Cela a aidé les connaître les effectifs de la guérilla, ses régions d'implantation, ses modes de subsistance et quand et comment elle préfère attaquer. Aussi important que cela soit, cependant, les renseignements fournis par cette technique arrivaient rarement à temps ou avec des détails insuffisants pour permettre au commandement salvadorien de prévenir une opération FMLN. Les infortunes dues à ce manque d'efficacité ont conduit les officiers américains, à la longue, à réduire l'utilisation de la technologie au profit de l'intelligence humaine. L'expérience a appris aux officiers américains que dans les opérations de contre-insurrection, l'intelligence humaine est rentable. La haute technologie joue un rôle, mais il est clair que ce rôle est secondaire. US ARMY (Le rapport examine ensuite le problème spécifique des forces aériennes du Salvador, le rôle important des médias dans le choix des événe-
ments à rapporter et dans la manière de le faire, ainsi que les possibilités de les utiliser pour se concilier l'opinion pu-
Une campagne de contre-insurrection tend à se diviser en deux phases. L'histoire récente suggère que les Américains ont tendance à intervenir dans une insurrection à la onzième heure, lorsque la situation est désespérée et la défaite apparemment à l'ordre du jour. (D'une façon quelque peu perverse, des perspectives aussi décourageantes peuvent constituer un préalable pour obtenir un soutien aux
Les deux phases de la contre-insurrection
Etant donné cette situation, la première phase d'une campagne de contre-insurrection a pour but d'arrêter ce qu'un officier américain appelle "le glissement dans le chaos" et de restaurer un semblant de stabilité militaire. En bref, l'objectif de la première phase est en négatif, il consiste à empêcher la défaite. Cette tâche implique des combats importants, surtout quand la guérilla, sentant la victoire à sa portée, devient plus hardie et plus agressive. Dans ses aspects les plus intenses, le combat durant cette phase est difficile à distinguer d'une guerre conventionnelle.
Les conditions requises pour cette première phase ont l'avantage d'être directes et claires. En tuant les guérilleros, on les prive, au moins momentanément, de la possibilité de se saisir du pouvoir. Cependant, le succès de cette première phase, qu'il ne faut pas prendre à la légère, ne rend pas la victoire inéluctable. Loin de là ! La seconde phase de la campagne sera prolongée et difficile, exigeant beaucoup en termes de patience et de créativité. Au cours de cette phase, le succès sera vraisemblablement insaisissable. Car son objectif est de gagner l'allégeance des gens, scellant par là, la défaite des insurgés. Persuader les gens de rejeter la révolution exige une campagne basée non sur la coercition mais sur des changements positifs et préventifs. Le gouvernement en place doit arracher toute légitimité à la guérilla en démontrant sa capacité à établir un ordre juste et équitable. La survie peut très bien exiger, selon les mots d'un officier supérieur américain en fonction, que le
"soit dans certains cas, plus révolutionnaire que les marxistes." Presque inévitablement, cela implique la réforme des tribunaux et de la bureaucratie, la modification du rôle de l'armée dans la société, l'amélioration de services comme l'éducation et la santé, l'extension de la participation politique populaire, et l'accroissement des chances individuelles. C'est une tâche pratiquement hors de portée dans un pays du Tiers-monde, sous-développé et financièrement pris à la gorge, écrasé par la stagnation et des institutions probablement oppressives, cible typique d'une insurrection.
L'expérience salvadorienne confirme l'idée selon laquelle les Etats-Unis sont pour la première phase d'une contre-insurrection, mais se trouvent dans pour la seconde. Nonobstant les réserves exprimées ci-dessus sur l'organisation et l'équipement de l'armée salvadorienne, nous ne voulons pas sousestimer l'ampleur de la réussite américaine au cours de la première phase de l'engagement américain au Salvador, qui va de 1980 à 1984. La transformation des forces armées, au cours de cette période, d'une "milice de 11 000 personnes qui n'avait pas de mission" en une force bien plus considérable et incomparablement plus efficace qui a fait reculer le FMLN, reste un fait d'arme significatif. Ce succès doit, avant tout, être porté au crédit des soldats salvadoriens qui ont combattu. Il est clair, cependant, que les Salvadoriens n'auraient jamais pu réussir armes, les conseils et l'entraînement des Américains. La transformation de l'armée salvadorienne qui s'est produite sous la tutelle des Etats-Unis est assez remarquable. Pour donner plus de poids à son assertion selon laquelle les forces armées salvadoriennes sont devenue l'armée la plus puissante d'Amérique centrale, un officier US ayant une longue expérience au Salvador, nous a prédit que si le Nicaragua lançait jamais une guerre, les Salvadoriens démoliraient l'armée nicaraguayenne. Ce jugement est peut-être correct, mais dans ce cas il suggère une raison de l'incapacité de l'armée du Salvador à écraser son ennemi
En dépit des intentions professées par les Américains, les Salvadoriens utilisent aujourd'hui une armée et une tactique conventionnelles pour combattre dans une guerre non-conventionnelle. (...) Depuis 1984 la tactique du FMLN a changé radicalement. La guérrilla opère aujourd'hui par unités plus petites et par coups de mains, le plus souvent contre des cibles économiques, tout en évitant les confrontations avec l'armée salvadorienne, excepté lorsqu'ils en font le choix.
Des opérations peu productives
En comparaison, rienne a à peine changé sa façon de com-
Best certain qu'une poignée d'unités d'élite comme la Patrouille de reconnaissance à long rayon d'action (PRAL) ont adopté des méthodes de contre-insurrection et ont, sans effort spécial, réussi dans une proportion qui dépasse de loin leurs dimensions. A ces exdes Salvadoriens pour adopter la tactique des petites unités n'ont pas connu l'efficacité. Un conseiller américain que nous avons interrogé considère avec dérision les "patrouilles de recherche et d'évitement" de l'armée salvadorienne. Un autre comparait la sécurité des campements de nuit des Salvadoriens à "une fête de boysscouts, avec feux de camps et transistors". Le résultat en est que la plupart des opérations sont aujourd'hui très peu productives même au sens étroit d'une usure du FMLN. Les conseillers américains ont reconnu cette tendance. "Nous avons stabilisé la situation" observe un ancien attaché à la Défense, mais nous avons "rapidement atteint le point de baisse du rendement". Ces conseillers continuent à pousser les forces armées à adopter un style de contre-insurrection, patrouilles réduites, embuscades, et opérations de nuit. Même en offrant aux Salvadoriens des incitations technologiques telles que des dispositifs permettant la vision de nuit, ils n'ont fait que des progrès limités. L'armée salvadorienne continue à consacrer beaucoup trop d'énergie pour des positions de sécurité fixes, sans valeur importante, telles que casernes, ponts, usines, et plantations de café. Sur le champ de bataille, des bataillons difficiles à manier continuent à dépenser trop d'énergie à poursuivre la guérilla, sans objectif ni résultat.
L'autre guerre
Il faut noter cependant, que même quand l'armée salvadorienne adopte une tactique plus adéquate, les bénéfices, cette étape de la guerre, sont plutôt marginaux. Comme nous l'ont répété à plusieurs reprises, des officiers américains, la véritable clé du succès de la phase 2 de la contre-insurrection n'est pas à rechercher dans des méthodes plus efficaces pour tuer des guérilleros. Comme l'observe un Américain "l'objectif à court terme est de gravir la colline pour tuer la guérilla; mais ça c'est l'effet, pas la cause". S'attaquer à la cause implique un domaine d'activités plus connu sous le nom de "l'autre guerre": opérations psychologique, civile, et coordination des activités civiles et militaires pour effectuer une ré-
(Le rapport traite ensuite de cette "autre guerre", puis décrit ce que devrait être un gouvernement capable de la mener à bien : un gouvernement soumis à la pression des insurgés doit persuader la masse des gens de choisir librement l'ordre existant de préférence à ceux qui veulent le détruire. Un tel soutien volontaire sup-
Run gouvernement honnête et rescapable de subvenir aux besoins humains élémentaires.)
Le gouvernement du Salvador n'a pas manifesté ces qualités lors de l'engagement des Etats-Unis dans la guerre. Malheureusement, il ne les manifeste pas non plus aujourd'hui.(...) La démocratisation a exacerbé l'ineptie du système salvadorien. La conclusion générale en est la suivante: il faut voir au-delà des fonctions d'aide à la sécurité, de l'entraînement et des conseils. L'appeler une
Get, ayant ainsi fait, agir Mars 1988.