Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Où en est l'UNTS ?

· Inprecor n° 270, 18 juillet 1988 · p. 8, 8-9 · 1 241 mots

El Salvador Syndicalisme

Marco Tulio, 43 ans, a été président de la Confédération des organise 205 coopératives avec environ 26 000 membres. Il a également travaillé pendant trois ans dans les Communautés chrétiennes de base. Il est aujourd'hui secrétaire international de l'UNTS. Il a été à plusieurs reprises menacé de mort par le chômeurs et licenciés du Salvador, CODYDES. Il est également dirigeant de la Coordination de solidarité des travailleurs (CST)

qui regroupe les syndicats salvadoriens, et il est membre de la

Il est aujourd'hui sous surveillance constante des forces de

Où en est l'UNTS ?

Travailleurs salvadoriens (UNTS).

Associations Coopératives du Salvador, COACES, qui chef du Haut commandement militaire salvadorien.

Juan Alberto Flores, 29 ans, est membre du Comité des commission d'organisation de l'UNTS.

"sécurité" salvadoriennes.

: L'UNTS forme aujourd'hui un bloc social impressionnant avec plus de 225 000 membres. Comment avez-vous réussi à construire une telle organisation?

- Après la sauvage répression qui a duré jusqu'en 1983, nous avons lutté pour reconstruire le mouvement de masse, au travers des divers syndicats et des coopératives. En 1983 déjà, les travailleurs faisaient sentir plus massivement leur présence ; fin 1985, l'impôt de guerre décrété par le gouvernement Duarte, le paquetazo, disqualifie le pouvoir. Les travailleurs se mobilisent autour de revendications économiques et exigent l'ouverture du dialogue national afin de parvenir à une solution négociée à la guerre. L'UNTS est fondée en 1986 avec 6 organisations po-

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pulaires et démontre tout de suite sa capacité de mobilisation. Aujourd'hui, nous regroupons des dizaines d'organisations autour du noyau ouvrier et paysan : nous représentons aussi les étudiants, les indigènes, les réfugiés et déplacés, les victimes du tremblement de terre de 1986, les mères de disparus et prisonniers politiques... Des regroupements encore plus larges sont en gestation.

• Avez-vous remporté des victoires en deux ans?

- Nous considérons l'ouverture du dialogue avec le FMLN, le retour des dirigeants du FDR au pays et le résultat des récentes élections, comme autant de victoires de l'UNTS. Les dirigeants du FDR ont reconnu que ce sont les luttes des travailleurs qui ont permis leur retour et conquis l'espace de liberté nécessaire. La mobilisation populaire d'octobre 1987, lors de la négociation (prévue dans le cadre d'Esquipulas, ndlr) à la Nonciature apostolique, a été une grande victoire pour le dialogue et a démontré l'isolement de Duarte et de la démocratie-chrétienne. Cet isolement a été confirmé par les dernières élections où nous avons appelé à l'abstention, car les conditions pour des élections libres et honnêtes n'étaient pas réunies. Ces élections n'apporteraient rien aux travailleurs. Il n'y a eu finalement qu'un votant sur trois électeurs, 900 000 votes émis avec un grand nombre de votes blancs ou nuls.

La victoire d'ARENA est une victoire par défaut, les électeurs du PDC en 1984 ont refusé de continuer à soutenir un parti qui avait trahi toutes ses promesses. Cet échec du PDC est aussi l'échec du plan contre-insurrectionnel et de la guerre de basse intensité décidée par l'administration Reagan. Cette agonie entraîne un vide politique dans le pays, manifeste pendant la campagne électorale qui a été extrêmement creuse.

• Quelles sont les perspectives aujourd'hui ?

- Le pouvoir n'a aucune marge de manœuvre. La situation économique est désastreuse, il n'y a pas de solution militaire. On va assister à une polarisation accentuée entre le projet populaire et le projet oligarchique. La guerre bloque tout progrès social. La victoire d'ARENA iourne la tête aux patrons, ils boycottent toutes les réunions de négociation dans les entreprises, la répression sélective et les atteintes aux droits de l'Homme s'accentuent. Les masses sont de plus en plus confrontées à la guerre et à son coût en termes de chômage, de salaires misérables, de conditions de vie inacceptables. Mais les travailleurs répondent par plus de grèves, plus de manifestations, plus d'organisation. C'est le peuple qui paie la guerre, c'est le peuple qui a le ventre vide. Et de l'autre côté, rien ne vient sinon davantage de répression et d'arrogance.

Dans ces conditions, nous devons renforcer le combat pour le débat national et la solution politique négociée.

• Monsleur Cañas adresse des critiques précises à l'UNTS. Qu'en pensez-vous ?

- Il affirme d'abord que nous mobilisons moins de gens. C'est faux. Il y a les mobilisations de rue qui sont massives, mais il y a aussi tout ce qui ne peut pas se voir d'un bureau à l'université, ces réunions innombrables, ces assemblées le samedi, ce travail souterrain quotidien qui représente chaque fois une victoire sur la peur et la répression. Il dit que nous avons tort de mélanger les revendications immédiates et ce qu'il appelle des revendications politiques qui selon lui, éloignent les travailleurs du syndicat.

Nous avons beaucoup de respect pour l'UCA, et nous apprécions les critiques et

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le débat, mais les travailleurs sont parfaitement conscients que rien ne changera tant qu'on n'arrêtera pas cette guerre. Ils savent que ni Duarte, ni d'Aubuisson ne veulent trouver une solution nationale. Et ils s'organisent et se battent pour préparer cette victoire de la paix et de la justice.

Les 35 000 ouvriers, paysans, étudiants, mères de famille, qui ont tenu pendant trois jours et trois nuits devant la Nonciature, n'étaient soutenus que par eux-mêmes. Ils n'avaient pas reçu de congé, ni d'autobus, ni matériel comme ceux du PDC. Ils avaient bien souvent dû vendre leur poule ou leur cochon pour payer le voyage ; mais ils s'étaient organisés, COACES (l'association des coopératives paysannes, ndlr) avait prévu la nourriture, nous amenions le lait pour les enfants et l'eau pour se laver malgré les cordons de police qui n'osaient pas intervenir face à la combativité populaire et bien souvent même, discutaient avec nous. Après tout, ce sont aussi des fils de pauvres. Les membres du PDC rameutés à grand peine jetaient leurs casquettes payées par leur parti et nous rejoignaient. Sans le vouloir, le PDC nous a bien aidés avec la gigantesque estrade et le matériel sono qu'ils avaient préparés et que nous avons plus ou moins réquisitionnés. Quand les dirigeants populaires sont sortis la dernière nuit, ils avaient les yeux pleins de larmes devant cette immense foule qui les acclamait. On n'a pas dormi pendant trois jours et trois nuits, mais ça a été une grande victoire.

Dans les luttes quotidiennes, les grèves, les travailleurs sont aussi très combatifs et solidaires. Un piquet de grève est assuré de se voir renforcé par les travailleurs d'autres entreprises, par solidarité bien sûr, mais aussi parce que les revendications sont partout les mêmes. Nous structurons dans la CST cette solidarité organique, autour de notre programme revendicatif qui effectivement, Monsieur Cañas, parle aussi de paix, de justice et de liberté !

En deux ans de luttes, nous avons démasqué le plan de combat américain incarné par la démocratie-chrétienne. C'est notre victoire.

Que représente pour vous le FMLN ?

- Pour le Général Blandon (Commandant de l'état-major de l'armée, ndlr), l'UNTS est infiltrée et manipulée par le FMLN. En fait, ici il suffit de vouloir la justice et de s'organiser pour cela, et tu es tout de suite traité de subversif. Ce que ces messieurs ne veulent pas voir, c'est que ce sont la misère et l'oppression qui nourrissent l'organisation populaire.

Il y a un processus salvadorien qui est le produit de la réalité de l'oppression. Les diverses forces en mouvement, le FMLN, la Convergence démocratique, T'UNTS, agissent de façon inter-active dans ce conflit, et cette interaction est nécessaire et légitime.

Propos recueillis le 28 mai 1988 par Michel Raguef

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