LORS DES ELECTIONS provinciales des 28 avril et 3 juin, le Parti adversaire, l'Alliance socialiste unifiée (USA) a obtenu un très
Bala Tampoe est secrétaire général du Syndicat ceylanais du commerce (CMU) un des principaux syndicats du Sri Lanka.
Il trace dans l'interview que nous publions ci-dessous le cadre général des élections provinciales qui devaient avoir lieu peu après. L'interview traite des développements politiques et sociaux au Sri Lanka depuis le début de la guerre entre la plus grosse organisation séparatistes tamoule, les "Tigres pour la libération du Ceylan tamoul" (LTTE), et les troupes de la "force
SRI-LANKA
Le pouvoir personnel
se renforce
de l'unité nationale (UNP), au pouvoir, a obtenu la majorité absolue dans tous les conseils provinciaux, mais son seul grand nombre de suffrages (1). de paix" indienne.
NPRECOR : Quelle est la situation politique au Sri Lanka depuis la "force de paix"
dienne s'est installée dans une
BALA TAMPOE: Au nord, la "force de paix" est en train de liquider les Tigres tamouls en tant qu'organisation militariste, mais sans les liquider totalement physiquement. Au sud, l'armée et la police ceylanaises font de même. Pendant ce temps, le président Junius Richard Jayawardene continue à organiser les élections provinciales dans quelques régions et l'alliance qui vient de se former entre quatre partis, le Lanka Sama Samaja (LSSP), le Parti communiste (PC), le Parti du peuple ceylanais (SLMP) et le Nama Sama Samaja (NSSP) va participer aux élections.
• Que sont ces partis ?
- Le SLMP est une scission de gauche du SLFP qui est le parti bourgeois le plus nationaliste cinghalais des deux grands partis bourgeois. Ses figures les plus éminentes étaient la seconde fille de Madame Bandaranaike et son mari, V.J. Kamaratunga, populaire acteur de cinéma et personnalité très charismatique. Il devait être le candidat présidentiel de cette nouvelle alliance, mais il a était assassiné, par le JVP, dit-on.
Un fait significatif concernant cette nouvelle alliance cest qu'elle sest également liée à deux groupes tamouls du Nord qui sont d'accord pour travailler dans le cadre de l'accord indo-cinghalais, l'Organisation populaire de libération tamoule de Sri Lanka (PLOTE) et le Front de libération révolutionnaire du peuple du Sri Lanka (EPRLF).
Ces deux organisations ont annoncé qu'elles veulent participer aux élections.
Le EPRLF a déjà été légalement reconnu par la Commission électorale et il va prendre part aux élections, s'il le peut.
Le NSSP est lié à la tendance du Militant de Grande-Bretagne. Il a été exclu du LSSP (parti ouvrier construit par une direction trotskyste qui a ensuite dégénéré) tout de suite après les élections générales de 1977. C'est un petit parti qui a une certaine implantation syndicale. Je dirais qu'il compte environ deux cents membres. Tous ces partis acceptent l'accord entre l'Inde et le gouvernement du Sri Lanka, c'est le facteur qui les unit tous. Le Parti communiste n'est pas très grand. Mais il a gardé ses anciennes bases mêmes limitées, quelques-unes dans le Sud et aussi dans la province occidentale. Le mois dernier, les Tigres ont assassiné la plus éminente figure syndicale du PC dans le Nord, il était aussi membre du Bureau politique. Le LSSP compte pour très peu, et le NSSP n'est pas une force nationale.
• Y-a-t-il un autre groupe tamoul que le LITE, pour s'opposer à cet accord ?
- Non. Le Front de libération uni tamoul (TULF), ancien groupe parlementaire tamoul, a pris une position ambiguë. Il est évident qu'il est pour l'accord, mais qu'il ne veut pas le dire ouvertement, parce que le LTTE l'a dénoncé. Il souhaiterait parvenir à un compromis, à l'avenir, avec le LTTE, mais ils ne l'auront pas.
• Est-ce que le gouvernement indien laissera survivre le LITE ?
- Je pense que le gouvernement pense sérieusement éliminer les Tigres qui sont une menace dans le nord et l'est. Cela ne fait aucun doute. Et il y est parvenu, dans une très grande mesure dans le nord, et dans une mesure moindre, mais cependant considérable, dans l'est.
• Vous pensez que la politique indienne est d'établir un protectorat sur Sri Lanka et que l'Inde veut être en position d'arbitre dans la politique ceylanaise ?
- Oui, absolument. Je pense que ce qu'ils veulent d'abord, c'est protéger leur propre territoire d'une pénétration étrangère à Sri Lanka, qui leur serait hostile, ce qui est je pense, devenu un vrai danger sous Jayawardene.
En effet, ce dernier s'est tourné vers les Américains, les Britanniques, les Israéliens, les Pakistanais et d'autres. Il a obtenu une certaine aide, directe ou non.
| Quel intérêt avaient les groupes cinghalais qui ont assassiné le dirigeant de cette nouvelle alliance des quatre partis? Pourquoi lui en voulaient-ils particulièrement ?
- Je dirais que c'était indubitablement la figure politique la plus charismatique, dans la situation actuelle. C'était un acteur de cinéma très populaire. Je ne l'ai jamais considéré comme un opportuniste ni comme un de ces politiciens intrigants comme on en voit tant. Sur la question ethnique, il ne fait aucun doute que de tous les politiciens cinghalais, c'est celui qui, clairement et ouvertement, se prononçait pour un véritable dialogue avec les Tamouls. Il partit dans le Nord, avant que les Indiens n'arrivent, pour négocier la libération de deux soldats cinghalais faits prisonniers dans cette région.
Il a rencontré les dirigeants des Tigres à Jaffna. Il est allé avec eux dans un temple hindouiste, tous actes ouverts qui suscitèrent certainement la haine contre lui parmi les racistes cinghalais (2). Mais cela a eu un impact politique sur la population cinghalaise, justement parce qu'il était une vedette de cinéma tellement connue et populaire. Alors, dans ce contexte, le PC a décidé de conclure une nouvelle alliance avec le LSSP et le SLMP, et ils l'ont choisi comme figure de proue.
• Quel est l'objectif de cette
- Un séminaire s'est tenu le 26 décembre, soi-disant contre le terrorisme, mais en fait pour préparer la base de la construction de cette nouvelle alliance. Cela fut fait, comme je l'ai dit, sur la base de
1) Les deux autres partis d'opposition bourgeois, le Parti ceylanais de la liberté (SLFP) et le groupe nationaliste du JVP, ont boycotté les élections.
Ces élections ont été considérées, dans une certaine mesure, comme une sorte de référendum sur l'accord de paix entre Sri Lanka et l'Inde, les deux partis en lice soutenaient cet accord, mais le SLFP et le JVC s'y étaient opposés. Ces résultats découlent en fait de l'accord indo-ceylanais qui appelle à la constitution de gouvernements autonomes afin d'octroyer une certaine autonomie administrative aux régions à population majontairement tamoule.
2) Les Tamouls sont majoritairement hindouistes; les Cinghalais sont boudhistes, à une écrasante majorité et considère que l'ile est le bastion de leur religion.
l'acceptation de l'accord et de la participation aux élections provinciales. C'est donc une véritable nouvelle alliance électorale avec l'objectif limité de participer aux élections provinciales. Leur but n'est pas d'obtenir des élections générales, bien qu'ils continuent à faire une propagande générale en ce sens.
Ils sont sur la même ligne politique que J.R. Jayawardene de tenue d'élections provinciales et de recul des élections générales, dont je ne pense pas qu'elles se tiendront en fin de compte. Il organisera plutôt un autre référendum. Il essaie également d'amender la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat. Il n'est pas prêt à passer la main, j'en suis tout à fait sûr. Aussi ce groupe de partis qui s'intitule Alliance socialiste unie ne vise vraiment pas haut. Ils veulent une sorte de plate-forme politique, et ils pensent que les élections provinciales leur en fourniront l'occasion.
Kamaratunga a été nommé à la tête de l'alliance et désigné comme son candidat à l'élection présidentielle, au cas où une telle élection aurait lieu, ce qui était censé se produire à la fin de l'année. Ils l'ont annoncé le 31 janvier, et la nouvelle alliance devait être formellement instituée aux environs de la mi-février. C'est le 16 février qu'il a été assassiné
On dit que ce qu'on appelle l'aile militaire du JVP a publié une déclaration expliquant que Kamaratunga a été liquidé pour deux raisons : l'une parce qu'il allait diviser les forces opposées à Jayawardene dans les élections présidentielles ; l'autre que c'était un traître, qui avait soutenu l'acord et la présence des troupes indiennes au Sri Lanka. Ainsi, ils admettaient ouvertement qu'ils l'avaient assassiné.
C'est un peu étrange, parce que le JVP n'a jamais formellement admis aucune des opérations terroristes qui ont eu lieu. Il y a à cela une bonne raison. Ils veulent réintégrer le champ électoral comme parti politique reconnu, et ils exercent de véritables pressions à travers leurs alliés dans la droite cinghalaise pour faire lever l'interdiction du JVP et, récemment, sept partis politiques dirigés par le SLFP appelé à la levée de l'interdiction. Il leur serait difficile de revenir sur l'arène politique en reconnaissant ouvertement les assassinats politiques qui se sont produits. La presse déclare qu'il existe des frictions au sein du JVP, et cela pourrait expliquer
• Dans ces élections provinciales, seriez-vous en faveur d'un vote critique pour l'alliance de gauche ?
- Non. Nous pensons que ces élections sont une pure manœuvre de division de J. R. Jayawardene. Aucun progrès de la démocratie ne va en sortir aussi longtemps que l'état d'urgence est maintenu, aussi longtemps que la Loi de prévention du terrorisme demeure, aussi longtemps que des milliers de gens sont emprisonnés, et que l'armée indienne reste dans le Nord et que l'armée ceylanaise saccage le Sud. Il ne
INDE détroit de Palk
Oil€ Delft Elephant Pass de Palk Mankulam & Mullaitivu NORD Vavuniya ole d nanna Anuradhapurag uttalam NORD- •Kalkudah OUEST Batticalos Chilaw Karinegala EST
Negombe Gampah UVA Ampara
•COLOMBO, Monaragela Wellawaya Kalutark •Kirinda Hambantota peut y avoir aucune espèce de démocratie significative, authentique, qui puisse être établie dans ces conditions.
C'est pourquoi notre ligne continue à être l'opposition à la répression gouvernementale, à l'état d'urgence, le rejet de la Loi de prévention du terrorisme et l'exigence de la libération des prisonniers po-
En même temps, nous expliquons clairement que nous ne soutenons gouvernement dans son projet d'élimination de ce qu'il appelle le terrorisme. Mais l'ennemi principal ce ne sont pas les terroristes. C'est l'UNP, au gou-
Vous pensez que cette ligne de l'Alliance socialiste unie, de participation aux élections joue en faveur du gouvernement?
- Exactement, et c'est la raison pour laquelle ils sont devenus une cible pour des forces qui s'opposent à l'UNP sur des bases de race. Nous ne pouvons donc pas les soutenir, eux ni leur ligne. J'ai assisté à ce séminaire du 26 décembre, et je leur ai dit ouvertement : "Nous ne pouvons pas soutenir votre ligne parce parce qu'elle ne s'oppose pas frontalement à la répression gouvernementale, qui dure depuis dix ans maintenant"
Nous disons qu'aucune élection qui se tient dans ce contexte ne peut être une élection démocratique. Sous bien des aspects la situation est comparable, disons, à celle du Bangladesh, où les partis d'opposition boycottent les élections, ne peut y avoir de véritables élections tant qu'Ershad sera au pouvoir. Je voudrais dire que c'est la même chose pour Jayawardene, tant que durera l'état d'urgence. Et je peux imaginer qu'il y aura un nouveau référendum et qu'il sera truqué, pour que le mandat du Parlement soit prolongé encore pendant six ans, sans élections législatives. C'est ce qu'on a fait en 1981. Jayawardene veut préserver la majorité artificielle des deux-tiers que le dernier référendum a permis de laisser en place. Il continue à changer la Constitution, puisque il a une majorité des deux-tiers. Il envisage maintenant un troisième mandat. Ain: toutes les forces réellement démocratiqu... doivent se mobiliser directement contre ia répression. Cela ne peut se faire en se prêtant à ce jeu électoral. C'est notre point de vue. Donc notre objectif est bien plus limité. Il est de rétablir une certaine unité des forces de la classe ouvrière.
Au cours des trois derniers mois, il y a eu des ruptures significatives dans le front syndical des groupes contrôlés par le JSS, c'est-à-dire le pseudo-syndicat aux mains de l'UNP. Dans une importante usine juste au nord de Colombo, tous les travailleurs, y compris les employés, ont rompu, après dix ans, avec le JSS et nous ont rejoints dans le CMU. Au sud de Colombo, dans une verrerie, de nouveau un groupe de travailleurs soumis au JSS a rompu et rejoint le CMU.
Puis dans une multinationale britannique géante, Unilever, toute la section des cols-blancs, qui était aussi au syndicat du JSS, a dissous le syndicat et rejoint le CMU. Il y a même eu un développement semblable dans la province du Centre-Nord et dans celle du Centre. Dans cette région il y a une compagnie multinationale qui ramasse le tabac cultivé par des producteurs locaux et qui le conditionne pour l'exportation. Ils ont des dépôts. Aujourd'hui plusieurs ouvriers de ces dépôts se sont réunis et ont quitté le syndicat JSS, ils sont venus rejoindre le CMU.
Il y a donc des signes que le contrôle de l'UNP dans le secteur privé s'affaiblit. Dans le secteur public, elle maintient ses bastions parce qu'elle peut utiliser sa position politique pour opérer une discrimination.
• Etant opposés à la participation aux élections, on peut supposer que vous appelez à une campagne d'action directe. L'action de masse est-elle possible dans les circonstances actuelles ?
- Nous ne nous opposons pas aux élections. Nous disons qu'elles ne servent à rien. Notre objectif est, en dernier ressort, de mobiliser l'action directe pour la restauration des libertés démocratiques, une
Les possibilités sont limitées. Cependant je peux entrevoir le moment où de telles choses pourront se produire, parce que même au sein des forces armées il y a des divisions. Les forces gouvernementales in-diennes vont subir des pressions internes croissantes. L'instabilité est grandissante dans l'ensemble du sous-continent indien. Nous y sommes pris. Mais maintenant nous nous considérons comme faisant partie du développement du sous-conti-nent indien, il ne s'agit plus de dévelop-pements propres à Sri Lanka. C'est un fait historique. Il faut le reconnaître et travailler sur cette base. Par exemple des liens croissants sont en train de se créer entre notre classe ouvrière et la classe ouvrière indienne, ils sont très importants. Jai des contacts avec des dirigeants syndicaux en Inde, en particulier dans le secteur des transports. Ils sont très
concernés par la situation à Sri Lanka.
• Cela signifie-t-il que vous seriez pour une intégration démocratique du Sri Lanka dans la République indiennne ?
- Pas tout à fait, parce que cela se ferait sur une base bourgeoise. Et je ne pense pas que nous puissions Jamais etre incorporés de tacon démocratique dans la République indienne. Mais nous sommes englobés dans l'ensemble de la crise de l'Etat indien lui-même.
• Quelle est, aujourd'hui, l'attitude de la population tamoule envers l'armée indienne ?
- Il est clair, d'après toutes les informations dont nous disposons qu'il n'y a pas d'amour pour l'armée indienne, il y a mécontentement sur la façon dont elle se conduit. La population n'apprécie pas la présence de troupes étrangères. Personne ne goûte la présence de troupes étrangères.
• Concernant le mouvement politique au Sud ? Qu'en est-il des groupes de Cinghalais boudhistes qui voulaient rompre avec le chauvinisme cinghalais ?
- Apparemment on ne voit pas de développement. Il est certain que c'est la question des salaires qui retient le plus l'attention des gens au Sud. Par exemple le syndicat des banques a obtenu une très grande victoire grâce à sa campagne de grève du zèle. Ils ont obtenu une augmentation substantielle, jusqu'à 40% pour certains secteurs de ce syndicat. Il est certain que l'agitation grandit pour de nouvelles augmentations entraînant, vraisemblablement, davantage la classe ouvrière dans l'action. Cela pourrait mener à des prolongements politiques, parce qu'ils vont se heurter à la répression.
Les quatre partis de l'Alliance socialiste unie y sont impliqués, mais pas de façon très efficace, parce qu'ils n'y ont guère de base, 1l en est de même pour le Parti communiste. Le CMU a une base plus importante, y compris parmi les ouvriers d'industrie, que tous ces partis réu-
• Quelle est l'attitude du PC envers le nationalisme cinghalais, est-ce qu'il soppose au statut du cinghalais comme seule langue officielle ?
- Il est très prudent dans ce domaine. Mais aujourd'hui il fait le choix de s'opposer au racisme cinghalais. Il soutient les termes de l'accord qui font de l'anglais et du tamoul des langues officielles, de même que le cinghalais, en particulier le tamoul, et accordent un certain degré d'autonomie au Nord et à l'Est.
• Quel sera l'instrument de la campagne de masse que vous proposez, le CMU ?
- Le 5 mars 1987 nous avons eu une manifestation. Cette année, pour le ler mai, nous aurons une manifestation sur le même thème que le 5 mars de l'an dernier, c'est-à-dire les droits démocratiques et les droits de l'Homme, la paix et la justice au Sri Lanka. C'est notre mot d'ordre. Actuellement dans notre champ syndical et même avec d'autres syndicats, c'est la ligne que nous avançons. Début avril, le Syndicat des fonctionnaires des Postes et des Télécommunications s'est engagé dans cette direction. Auparavant, sa direction soutenait le gouvernement de l'UNP, mais avec l'approche de la mise en pratique de la menace de privatisation des télécommunications elle a pris une position indé-
Ce syndicat a appelé à une réunion syndicats qu'il considère comme indépendants, tel que le CMU, et a soulevé l'idée de mettre sur pied un Conseil des syndicats indépendants. Le syndicat de la banque est aussi un syndicat indépendant, bien qu'il ne soit pas venu à cette réunion. Mais nous cherchons à former un regroupement plus large d'organisations syndicales véritablement indépendantes, et ensuite de les lier même avec les syndicats politiquement contrôlés par les quatre partis de l'Alliance socialiste unie pour toutes les actions que nous pourrons développer. Mais nous ne pensons pas que ce sera possible avec leur ligne de participation aux élections pro-
• Il n'y a donc pas de possibilité de front uni avec ces autres partis, au moins jusqu'après les élections ?
- Exactement. Ils ne font qu'ajouter à la confusion dans la classe ourière. Comme vous voyez, à la gauche comme à la droite du spectre politique il y a confusion et diversion. Il serait difficile pour n'importe quelle classe ouvrière de s'y retrouver dans une telle situation. Et cela fait dix ans que dure ce régime. Aujourd'hui, après ces dix années c'est toute une nouvelle couche de travailleurs qui émerge, elle n'est pas corrompue mais elle est très naïve. A cause de l'expansion économique et de la croissance du commerce extérieur et des types d'entreprises liées à l'étranger, un grand nombre de personnes arrivent sur le marché du travail.
• Est-ce que cela a créé une différence dans la structure industrielle du pays ? Ou s'agit-il seulement d'une extension des industries tradition-
- Non, c'est un changement car ce gounous a liés, bien plus que ses prédécesseurs n'ont jamais pu le faire, au système capitaliste international. Cela implique le développement d'usines de conditionnement et de semi-manufactures liées à l'exportation. Même des choses comme les fleurs, le poisson et le tabac, tout est exporté. En un sens le pays est soumis à la paupérisation. Les gens ne peuvent même pas se procurer ce qu'ils produisent eux-mêmes, parce le plus gros
• Vous ne connaisez pas le même phénomène que dans les autres pays d'Asie du Sud-Est du développement des usines d'assemblage ?
- En effet, il s'agit davantage de commerce que d'industrie. Les banques, etc., se sont étendues, les banques indigènes. Les services bancaires sont beaucoup, beaucoup plus développés qu'auparavant. Il y a des milliers de nouveaux employés dans les banques. C'est pourquoi le syndicat des employés de banque est devenu si puissant.
• Le schéma syndical ceylanais ressemble-t-il à celul de l'inde où les syndicats sont, en général, liés à un parti et où chaque fois qu'il y a une scission dans un parti, il y a une scission correspondante au niveau syndi-
- Oui, prenons le cas du SLMP. Il a simplement scissionné les sections du SLFP et ceux qui adhéraient au SLMP ont été regroupés ensemble dans ce qui a été appelé la fédération syndicale du SLMP. Il n'y pas là de syndicats véritablement indépendants, il y a une fédération de quelques sections nominalement syndicales, qui ne sont pas de véritables syndicats. Même le NSSP, quand il a rompu avec le LSSP, a scissionné des groupes de membres du LSSP qui contrôlaient quelques syndicats. Dans certains cas, ils se sont emparés des syndicats. Mais, dans d'autres, ils n'en ont recueilli que des frag-
• Appelez-vous à une fédération unifiée ?
- Nous nous en sommes toujours fait l'avocat, nous ne l'avons jamais obtenue. Le plus que nous avons pu essayer de faire c'est d'avoir un certain accord au niveau consultatif entre les principaux syndicats.
• Cette proposition d'une fédération unifiée est très ancienne ?
- Très ancienne. C'est toute la structure politique de Ceylan qui doit changer pour y parvenir et si cela se fait ce sera grâce à une nouvelle génération de travailleurs. Dans la nouvelle génération de travailleurs, le soutien au LSSP, au PC et aux autres est très, très limité. Par exemple, je prends un échantillon de ces nouveaux travailleurs qui viennent à nous. Naturellesont des transfuges du JSS, ce sont des travailleurs qui au cours des dix dernières années ont été organisés par le JSS. Mais ils ne votent pas tous pour TUNP. Une importante proportion a voté pour l'UNP, une autre a voté pour le SLFP, une minorité restreinte mais significative a voté pour le JVP. Personne n'a voté pour le PC ou le LSSP dans ces couches de travailleurs. Et bien sûr, un grand nombre n'a pas voté du tout. Donc le poids et le potentiel du PC, du LSSP et de la vieille gauche dans la nouvelle classe ouvrière sont très limités. Je ne pense pas qu'ils aient d'avenir. Propos recueillis par Gerry Foley ;
15 avril 1988.