AFRIQUE DU SUD Lutte contre la conscription
Le 22 août dernier, Adriaan Vlok, ministre sud-africain de l'Ordre et de la loi, a annoncé l'interdiction de l'organisation Campagne contre la conscription (ECC). Depuis l'interdiction du Congrès des démocrates au début des années 60, c'est la première fois qu'une organisations de blancs est interdite par les sud-africaines.
Le ministre Vlok a justifié sa décision en accusant l'ECC "d'être liée à la prétendue lutte contre l'apartheid et la prétendue lutte de libération nationale qui veut saper les fondements de l'Etat".
Fondée en 1983 l'ECC regroupe une cinquantaine d'associations qui s'interressent au sort des jeunes blancs, de plus en plus nombreux, qui ne veulent plus servir
Organisée au départ exclusivement d'étudiants , l'ECC a réussi par la suite à attirer un public très diversifié, allant des étudiants aux professions libérales, aussi de gens venant de milieux moins privilégiés. L'ECC a des branches locales dans 14 villes différentes et regroupe également des associations de parents et des groupes de conscrits.
Au sein de l'ECC, se côtoient des objecteurs de conscience sur des bases religieuses, des pacifistes, des militants qui auraient préféré prendre les armes non pas pour ... mais contre l'apartheid, ainsi que des jeunes plutôt apolitiques qui ne veulent tout simplement pas perdre deux ans au service militaire sans parler des périodes de réserve.
Dans les années 70, une douzaine d'objecteurs conscience avaient été condamnés à des peines de prison pour refus d'accomplir leur service militaire. La loi actuelle sur la conscription autorise l'objection de conscience - uniquement pour des motifs religieux - en échange d'un service alternatif de six ans, en guise de "punition".
A partir de 1976, les incursions militaires de l'armée sud-africaine en Angola ont commencé à jeter le trouble chez des conscrits. Même les plus patriotes d'entre-eux n'étaient pas enchantés de se faire tuer pour intervenir dans une guerre civile dans un pays voisin. L'utilisation de l'armée pour des tâches de répression dans les townships n'a fait qu'accroître ce trouble.
Par ailleurs, de plus en plus de jeunes universitaires préféraient aller travailler à l'étranger plutôt que de perdre deux ans à l'armée, à tel point que les milieux d'affaires s'inquiétaient des résultats néfastes de cette "fuite des cerveaux".
La campagne de l'ECC en faveur d'un service alternatif réduit à quatre ans et autorisé également pour des motifs non-religieux rencontrait donc un écho très favorable auprès d'un public de plus en plus large. Et ceci, malgré les restrictions que la loi sur l'état d'urgence imposait aux activités de l'organisation depuis 1986.
Le débat sur la conscription a connu un rebondissement spectaculaire cet été. Au mois de juillet, un jeune blanc, David Bruce, était condamné à une peine de six ans de prison pour avoir refusé de "servir dans l'armée de l'apartheid". Une semaine plus tard, le 3 août, lors d'une conférence de presse organisée simultanément dans quatre villes différentes, 143 blancs annonçaient, dans une déclaration commune, leur refus de "servir dans une armée qui a pour principale mission de préserver le système de l'apartheid". Ceux des 143 qui n'ont pas encore effectué leur service militaire risquent d'être condamnés à six ans
Certains des signataires, qui ont déjà accompli leur service militaire, ont dénoncé les abus et les atrocités commises par l'armée sud-africaine en Angola et lors des incursions dans les townships. Un des porte-parole des 143, Etienne Marais, qui a servi dans l'armée sud-africaine entre 1980 et 1982 en Namibie et en Angola, témoigne par exemple de meurtres commis de sang froid et de tortures infligées à des enfants en Namibie. Il rapporte également les destructions de villages entiers, de l'habitude qu'avaient certains soldats de "collectionner" des doigts et des oreilles en guise de "souvenir" etc.
La réaction du gouvernement a été très violente. Le 5 août, Défense, le général Malan, déclarait que le gouvernement rejetait les demandes de l'ECC pour l'élargissement de l'objection de conscience et la réduction de la durée du service alternatif. Malan accusait également l'ECC de menacer la sécurité de l'Etat. Le lendemain, l'hebdomadaire sud-africain Weekly Mail qui avait fait un article sur la conférence de presse des 143 était saisi par la police. Toute cette escalade amenait l'interdiction d'ECC, le 22 août.
Le gouvernement sud-africain n'en n'a pas fini pour autant avec les objecteurs de conscience. D'autre groupes comme l'Association de soutien aux objecteurs ou des groupes de parents et de conscrits prennent déjà le relais de l'ECC. Les églises catholique, anglicane et méthodiste sont en train d'élaborer un programme pour un service alternatif et ont annoncé qu'ils soutiendraient moralement et légalement les objecteurs de conscience. Par ailleurs, un millier d'étudiants de l'Université de Cape Town ont manifesté contre l'interdiction de l'ECC.