1) TEGER
Au rédacteur en chef de Rude Pravo, Monsieur,
E 18 JUIN DERNIER, votre journal a publié un article de Jaroslav Kojzar intitulé "Sous le masque des clichés pseudo-révolutionnaires" Cet article était un nouveau fascicule de la série des leçons de haine auxquelles la presse tchécoslovaque a régulièrement recOurS afin d'essayer d'intimider les citoyens qui pensent librement dans ce pays (...).
Solidaires de Petr Uhl
A ceux d'entre nous qui vivent dans les régions dites de l'Europe de l'Est ou l'Europe centrale, l'histoire, durant ces cinquante dernières années, a montré à plud'une façon plutôt brutale, qu'il était dangereux de rester les bras croisés pendant que des forces anonymes préparent des progroms contre leurs adversaires idéologiques. Même les crimes soi-disant "culte de la personnalité" qui sont aujourd'hui révélés et discutés avec tant de passion en Union soviétique, occupent dans la presse une place secondaire par rapport aux articles démagogiques et diffamatoires dans le style de celui de Jaroslav Kojzar.
Cette fois-ci, la cible des attaques est Petr Uhl, père de trois enfants, signataire de la Charte 77 et militant du Comité de défense des personnes injustement emprisonnées (VONS), un homme qui a passé neuf de ces dix-huit dernières années en prison, comme Comme en 1970, lorsqu'il avait été condamné pour la première fois à quatre années de prison (Kojzar parle par euphémisme de "plusieurs mois), le seul "cri-
me" de Petr Uhl est aujourd'hui son attitude particulièrement cohérente, sa haute intégrité personnelle, son sens de la responsabilité civique, son empressement à aider les autres et son courage humain. Même ceux d'entre nous qui sont en désaccord avec les choix idéologiques de Petr Uhl - avec des arguments beaucoup plus qualifiés que M. Kojzar - n'ont aucun doute sur les qualités morales et l'honnêteté intellectuelle de Petr Uhl.
Petr Uhl est directement et indirectement accusé de terrorisme, de conspiration pour renverser le gouvernement par un coup d'Etat, de rapports avec des "états-majors" étrangers. Dans notre histoire de l'après-guerre, ce genre de rhétorique a servi de justification à beaucoup trop d'éxécutions, beaucoup trop de condamnation à la prison à perpétuité et à la destruction de beaucoup trop de vies humaines. Les victimes ont été réhabilitées par la suite. Leurs cas ont été totalement révisés. Des "erreurs" ont été découvertes. Malheureusement, on ne peut pas ressusciter les morts, ni rendre aux personnes injustement condamnées, ces années de leur vie qu'elles ont dû passer dans des conditions inhumaines. Il est évident que l'une des ironies de la perestroïka "à la tchécoslovaque" est alors que de telles pratiques sont publiquement discutées et condamnées en Union soviétique, les journalistes tchèques, à l'instar de Kojzar, retournent sans vergogne à ces méthodes, continuant inlassablement à propager une mosphère de peur et d'in-certitude.(...)
Tant que le travail désintéressé et les contributions positives de personnes comme Petr Uhl se heurteront à des réponses violentes et cyniques comme celle de Kojzar, on ne pourra même pas prétendre qu'il y a une réelle volonté de restructuration et de démocratisation de notre société. Nous protestons énergiquement contre ce type de politique et nous voulons exprimer notre totale solidarité avec Petr Uhl. •
Prague, le 28 juin 1988. Signataires : Petr Bartos, Ludek Bednar, Jana Bucharova, Josef Danisz, Bozena Devata, Stanislav Devaty, Pavel Dudr, Premysl Fialka, Ladislav Grebik, Jiri Gruntorad, Vladimir Hajny, Vaclav Havel, Marek Hlupy, Ludvik Hradilek, Anna Hradilkova, Ladislav Kaspar, Jan Kiss, Anna Kissova, Bedrich Koutny, Ivan Lamper, Jan Machacek, Eliska Meissnerova, Robert Nebrensky, Kveta Markova, Dana Nemcova, David Nemec, Jaromir Nemec, Miroslav Odlozil, Petr Placak, Judita Prochazkova, Jan Ruml, Jan Scheider, Dusan Skala, Joska Skalnik, Jaroslav Spurny, Frantisek Starek, Jaroslav Sabata, Ruth Sormova, Petruska Sustrova, Jachym Topol, Vladimir Trida, Jan Urban, Lucie Vachova, Robert Valik, Sasa Vondra, Martina Vondrova, Lubos Vydra.
L'authenticité de ces signatures est garantie par Ivan Lamper.