NOUS PUBLIONS ci-dessous la seconde partie de l'article de A. Maraver sur la réforme en Chine populaire (voir Inprecor numéro 271 du 5 septembre 1988). A MARAVER
E POINT CULMINANT du débat sur la réforme économique au sein du Parti communiste chinois (PCC) a eu lieu lors du troisième plénum du XIle Comité central, qui approuva la "Décision sur la réforme des structures économiques" et de la Conférence nationale du Parti, en septembre 1985, qui élabora les lignes du VIle Plan quinquennal 1986-90, actuellement en vigueur. Dans les deux cas, malgré l'opposition et la partialité de la fraction conservatrice, la ligne réformiste parvint à donner une vision neuve du fonctionnement d'une économie socialiste, résumée par la formule "économie marchande socialiste" et une stratégie de développement adoptant des rythmes de croissance annuelle de 7%.
Goulots d'étranglement
Par la suite, en 1986-87 rent à apparaître quelques goulots d'étranglement sectoriels (énergie, transports, etc.) auxquels s'ajouta un déficit budgétaire beaucoup plus important que prévu, l'inflation consécutive à la "crise des ci-
Centre les villes et les campagnes et une diminution des investissements étrangers. Tout cela, ajouté à la tension sociale et à la lutte politique entre fractions du parti, obligea le gouvernement à réorienter la première étape du plan quinquennal appliquant un programme d'austérité et de réformes de structures, l'accent étant mis sur l'équilibre macro-économique interne, comme l'a expliqué Zhao Ziyang lors de la Se session de la VIe Assemblée nationale populaire (ANP).
Le rapport au XIlle congrès reprend et amplifie ce qui est fondamental dans les deux textes, essayant d'établir les éléments de correction nécessaires avec la phase d'ajustement de 1986-87. Rappelons que la politique de réforme économique est déterminée par l'état réel des forces productives dans la première étape du socialisme et que son objectif est de "favoriser le développement de l'économie socialiste". Voici ce que recouvre le concept "d'économie marchande planifiée et socialiste" : à partir de l'existence d'un secteur de propriété socialiste planifié par l'Etat ouvrier, développer le marché comme forme d'intégration des secteurs économiques ayant des formes de propriété différentes (étatique, coopérative, individuelle) de manière à ce que l'influence et l'hégémonie du secteur étatisé puisse influer sur l'ensemble de l'économie au travers de l'utilisation des mécanismes marché, et la "loi de la Valeur". Le développement d'une économie marchande suppose un progrès substantiel par rapport au poids global de l'économie de subsistance dans le PNB, mais dans la conception réformiste, son importance va au-delà, en accord avec les théories de l'économiste Sun Yefang, en permettant grâce à la loi de la Valeur, le calcul économique et la planification elle-même.
L'économie marchande planifiée se différencie du capitalisme, qualifié "d'économie marchande anarchique" par l'économiste Liu Guogang, par la propriété collective des moyens de production et par la possibilité même de planifier à partir de ce secteur prédominant de l'économie. Dans une économie socialiste, "c'est à l'Etat de réguler le marché, et celui-ci à son tour, doit orienter les entreprises" Les mécanismes de régulation doivent être macro-économiques, juridiques et administratifs, en évitant l'intervention bureaucratique avec des plans imposés éla-
Six tâches prioritaires
Pour la réforme de la structure actuelle, on souligne six tâches prioritaires :
1) Changer le mécanisme de gestion des entreprises, en accord avec le principe de la séparation du droit de propriété du droit de gestion, en accordant une autonomie et une responsabilité véritables concernant les pertes et les bénéfices. La forme concrète dépendra des caractéristiques de l'entreprise, mais définissant
Run contrat ou d'autres éléments juridique les relations entre l'Etat et
Les travailleurs sont conviés à participer démocratiquement à la marche de l'entreprise, bien que sur ce sujet le rapport soit très vague, y compris par rapport à la décision du troisième plénum du XIle Comité central (1). Les entreseront sélectionnés au mérite, par concours, et un système de responsabilité leur sera appliqué selon les résultats de l'entreprise. L'obtention de fonds d'investissement par l'émission d'actions, devrait s'accompagner de formes de participation des actionnaires dans les conseils de direction, qu'il s'agisse de l'Etat, d'institutions financières, ou d'autres entreprises ou individus.
2) Développer l'association économique horizontale, entre les entreprises, de manière à augmenter la rapidité de circulation des facteurs productifs, avec constitution volontaire de cartels, de centres de recherches inter-entreprises et développement général de la division du travail.
3) Elargir le marché, depuis les biens de consommation, jusqu'aux moyens de production, services, biens immeubles, etc., en évitant l'apparition de positions de monopoles. Le premier pas doit être la réforme du système des prix, parallèlement à celle des revenus salariaux, assurant le maintien et l'élévation du niveau de vie de la population.
4) Perfectionner la capacité de régulation macro-économique indirecte de l'Etat, avec l'objectif de maintenir un équilibre entre l'offre et la demande globales. Le système bancaire se voit confier un rôle central, il en est de même de la création d'une structure de contrôle et de prélèvements fiscaux comme mécanismes d'intervention de l'Etat et de distribution de fonds d'investissement. On prévoit aussi l'élaboration et le perfectionnement de la législation économique et du système judiciaire. L'Etat gardera la responsabilité directe dans une série d'ouvrages et de projets industriels-clés.
5) Maintenir et impulser les divers 1) "Dans le même temps qu'est mis en place le système de responsabilité personnelle du directeur d'usine, il est nécessaire de perfectionner le système des congrès ouvriers et d'employés, ainsi que le système d'administration démocratique dans ses formes diverses, afin de mettre pleinement en valeur les fonctions et le rôle des syndicats et des délégués des ouvriers et des employés, dans l'examen de toute décision d'importance dans les entreprises, dans la supervision du travail des gestionnaires et dans la sauvegarde des droits et intérêts Légitimes des ouvriers et des employés, concrétisant ainsi le rôle de classe ouvrière comme dirigeante dans ce pays".
Décision du Comité central sur la Réforme de la structure économique. L'organisation des congrès ouvriers a été très inégale dans l'ensemble de la Chine. D'une part, la reconstruction syndicale après la Révolution culturelle a cherché à créer une base sociale d'appui au bloc d'alliance qui mit en échec la Bande des quatre, qui avait une présence très active dans les syndicats, en s'appuyant sur une certaine aristocratie ouvrière et en renforçant leur rôle de courroie de transmission du Parti. (Voir Trade Unions in China, Lee Lai To. Singapore University Press, 1985).
ne s'agit pas, cependant, de copier leur ! de l'administration chinoise un véritable types de propriété, sur la base de la prédominance du secteur socialiste. La faible socialisation de la production exige un développement combiné de toutes les formes de propriété, y compris un secteur privé avec travail salarié, légalement codifié. De la même façon, il faut doter les investissements étrangers d'une couverture légale qui les rendent attractives internationalement.
6) Diversifier les formes de rétribution, avec prédominance de la formule "à chacun selon son travail". L'apparition des dividendes et des intérêts doit être réglementée, de façon à ce que l'enrichissement plus rapide d'un secteur de la population ne provoque pas d'inégalités excessives, qui doivent être corrigées par l'Etat. Mais le problème actuel est celui de "l'égalitarisme" et de la théorie de la "cocotte de fonte" qui empêche l'action des stimulants matériels. Dans ce cadre sont indispensables la lutte contre l'inflation et l'équilibre entre consommation et production en liant la croissance salariale aux augmentations réelles de productivité.
Réveiller l'enthousiasme
De même, on signale, dans le rapport, l'importance de la situation psychologique. La réforme se fait dans une situation difficile de réajustement qui exige le réveil de l'enthousiasme de la population mais aussi une progression plus lente que celle qui était prévue en 1984, en suivant une tactique de consolidation prudente. En ce sens, est intégré l'aspect le plus important des critiques conservatrices au projet réformiste et cela reflète son influence dans le bilan général de la crise de janvier
Pour ce qui est de la stratégie de développement et des obstacles auxquels s'est heurté le VIle Plan quinquennal, le rapport se félicite des réussites de la première étape de la réforme qui a permis de multiplier par deux le PNB en 1980, permettant de répondre aux besoins de base de la population. Il s'agit aujourd'hui de doubler de nouveau le PNB en l'an 2 000, point à partir duquel on pourra avancer jusqu'à atteindre le niveau des pays développés" dans les cinquante années
Dans la phase actuelle, le problème le plus pressant est la faible rentabilité des entreprises, à la différence du secteur agricole, et la rareté des ressources naturelles et des fonds d'investissement. C'est pourquoi il est indispensable de réorienter le modèle productif pour aller vers un développement intensif et non extensif. On trouve ici trois aspects fondamentaux :
A) Donner la priorité au développement et à l'application de la science et de la technologie et y conformer le système scolaire, en gardant à l'esprit les rapides changements de la révolution scientifique et technique et la nécessité de s'y intégrer.
B) Maintenir un équilibre macro-économique général, éviter les goulots d'étranglement sectoriels et appliquer la politique de réforme de structure. Il faut prendre en compte les importantes migrations de population de la campagne vers la ville qui vont se produire dans les prochaines années, et de la nécessité de développer rapidement l'industrie légère et le secteur de la consommation, sans retarder de produits sophistiqués et aux transferts de technologie, il est indispensable d'impulser un secteur d'exportation dynamique. Conjointement à cette orientation, centrée géographiquement sur l'Est, l'existence d'un large marché intérieur exige le développement sur une autre base technologique de la structure industrielle implantée grâce à l'aide soviétique dans les années 50 et 60, et située dans le Centre et l'Ouest de la Chine. La base de la croissance soutenue de toute l'économie du pays restera encore pour un temps indéfini le secteur agricole, avec le développement dans les zones rurales de petites industries et le perfectionnement du système de responsabilité familiale qui a eu de si bons résultats jusqu'à présent.
La politique de portes ouvertes ouvertes et les relations de l'économie chinoise avec l'économie mondiale, en cherchant à augmenter les réserves en devises et à rationaliser la politique d'importations de manière à ce qu'elle serve à l'introduction de technologie de pointe. Il n'y a cependant pas de bilan des zones économiques spéciales (zones franches), dont les résultats sont bien loin d'être ceux qui avaient été prévus au moment de le rapport fait référence à la politique de contrôle démographique, le maintien est une condition préalable a toute autre politique économique, et à la nécessité de prendre en considération les problèmes écologiques dans la planification du développement.
L'obiectif de la Réforme politique, selon le rapport, est de "forger une démocratie encore plus élevée et plus efficace" que celle des pays capitalistes développés. Il modèle politique, de "séparer les trois pouvoirs et gouverner avec l'alternance des divers partis", mais de "perfectionner la démocratie et la légalité socialistes et de s'efforcer d'éliminer les manifestations du bureaucratisme et les influences du féodalisme". Et cela à partir de la Dictature démocratique populaire, avec son système d'Assemblées populaires, de conférences de coopération, de consultation avec les partis et personnalités démocratiques, sous la direction du PCC et d'application du centralisme démocratique.
Réforme politique
Il s'agit d'un "processus progressif de lente accumulation", dont la condition préalable est une "ambiance politique et sociale de stabilité". En aucun cas, il ne "faut pratiquer la 'grande démocratie', qui minerait la légalité étatique et la stabilité sociale". L'objectif immédiat est de "créer une structure de direction que favorise l'élévation de l'efficacité qui serve pour augmenter la vitalité et qui permette de mettre en jeu l'initiative des divers sec-
Ensuite, le rapport énumère sept mesures d'introduction de la Réforme :
1) Séparer le Parti de l'administration d'Etat. On considère que c'est le point le plus important de la Réforme politique. "La direction du Parti est une direction politique à laquelle s'ajoute les cadres nommés à des postes importants dans les organes du pouvoir d'Etat. La forme principale sous laquelle le Parti exerce sa direction politique réside dans la conver sion, par des procédures légales, des principes du parti en volonté de l'Etat." Pour assurer la séparation des attributions "aucun comité du Parti n'aura dorénavant de secrétaire, ni de membre permanent de ce comité qui s'occupe exclusivement du travail du gouvernement sans avoir de charge gouvernementale". De même il faut "dissoudre les groupes dirigeants du Parti dans les divers départements d'Etat" et que les cessent de s'occuper des infractions à la loi ou des fautes administratives. L'objectif n'est pas seulement de former un appareil d'Etat moderne, mais de renforcer la capacité de direction sociale du Parti, qui "doit se con-
Men transférant des compétences aux instances inférieures. A cause de la pénurie de cadres, le Parti et l'Etat ont concentré de manière excessive la capacité de décision aux niveaux supérieurs, "s'embourbant dans la routine" et freinant "l'autonomie de la base et l'initiative des masses populaires". Le principe général qui doit s'appliquer est de ne pas conserver dans l'instance supé rieure tout ce qui peut être transféré et ré solu dans une instance inférieure.
3) Réformer l'administration de l'Etat. "A cause de raisons économiques, culturelles et socio-historiques, il faudra prolonger notre lutte contre la bureaucratie". Les va-et-vient politiques depuis 1949 et la confusion entre le Parti et l'Etat ont fait
labyrinthe dont la similitude avec un Etat moderne est pure coïncidence. L'objectif fondamental est de créer une capacité d'intervention indirecte dans le système économique du pays en opérant des réajustements de personnel et de fonctions à travers un Plan élaboré par le Conseil d'Etat et que devra approuver la première session de la VIle Assemblée populaire nationale.
4) Création d'un corps de fonctionnaires techniques comme axe de la réforme des cadres et du personnel. Les fonctionnaires de l'Etat sont actuellement désignés par le Département du personnel du Parti à ses différents niveaux, sous l'étiquette de "cadres d'Etat". La séparation entre le Parti et l'Etat exige "d'établir à la place un système scientifique d'administration organisée", , en accord avec une loi spécifique sur cette question. Les fonctionnaires pourraient être politiques ou techniques. Dans le premier cas, ils seraient proposés et contrôlés par le Parti en étant élus par les Assemblées populaires. Dans le second, ils seraient recrutés par concours, en accord avec la loi, et leur promotion se ferait selon leur rendement professionnel.
5) Implanter un système de consultation et de dialogue au niveau social. Pour stimuler l'activité de la population et permettre une direction efficace et informée des organes dirigeants, il faut "imprimer un caractère de plus grande ouverture aux activités des organismes dirigeants, faire connaître au peuple les sujets importants et soumettre à sa discussion les problèmes d'intérêt supérieur".
"Cesser d'agir en bureaucrates"
6) Démocratiser les institutions politiques et de masse. Améliorer le système électoral, à partir de la loi de 1979 et sa réforme de 1986, "en respectant la volonté des électeurs et en leur garantissant une marge de choix". Dans les diverses Assemblées, "la répartition proportionnelle ne contribue pas à une interprétation de la volonté de l'électorat". Pour que les candidats puissent avoir une représentativité plus ample, "on pourrait compléter le système des élections par zone, par celui d'élections par secteurs sociaux et autres" Les Assemblées populaires verront ainsi se renforcer leur rôle, leur tâche législative et de contrôle de l'application des lois. De même des voix se font entendre en faveur d'un rôle politique plus grand des partis démocratiques et de la Conférence consultative politique "sous la direction du Parti communiste". Les syndicats, la Jeunesse et la Fédération des femmes sont appelées à "agir de façon indépendante" pour "qu'en même temps qu'ils défendent les intérêts généraux de tout le peuple, ils puissent mieux comprendre et défendre les spécificités des masses qu'ils représentent". Pour y parvenir, il faut qu'ils acquièrent la confiance de la base et "cessent d'agir en bureaucrates et comme des organismes administratifs".
7) Construire la légalité socialiste. "Il faut que sur tous les terrains de la vie poliLigue, économique et sociale de notre pays, comme dans tous les chaînons de la démocratie et de la dictature, il y ait des lois auxquelles se référer, qu'on agisse en conformité avec elles, qu'on les applique avec rigueur et qu'on punisse toute infraction." Dans un pays sans tradition culturelle législative, où l'accent a toujours été mis sur sur la cohésion sociale et le consensus, ce qui a été renforcé par l'intervention directe du Parti dans la gestion de l'Etat, formuler tout un système légal est déjà définir un projet de construction de l'Etat et une nouvelle conception de la société comme espace où se développent des conflits réglables à tous les niveaux.
Rajeunissement des cadres
Get construction du Parti -
Bien que ces mesures aient un caractère limité, comme les "fondations" d'un développement progressif de la démocratie socialiste et "une garantie de base" pêcher la répétition de la "grande révolution culturelle" et conserver pendant longtemps la paix et la stabilité du pays.
La campagne de consolidation et de rectification du Parti a été un terrain sur lequel la politique réformiste n'a pu avancer qu'avec de grandes difficultés. Le rapport résume les axes de la nouvelle période ouverte par le XIIIe Congrès, pendant laquelle la tâche centrale assignée à l'appareil du Parti est sa propre construction.
Le premier de ces axes est l'homogénéisation politique des militants, autour des thèses adoptées, pour réduire dans la pratique le jeu fractionnel interne de l'interprétation du programme de la Réforme, spécialement en ce qui concerne les rythmes d'application, comme l'a re-
Le second est la politique de rajeunissement des cadres, dans laquelle la progression est déjà notable. Depuis le XIle Congrès de 1982, jusqu'à la Conférence nationale de 1985, 581 des 656 cadres civils des provinces auront été déplacés, l'âge moyen des nouveaux dirigeants étant de 53 ans.
De fait, le mot d'ordre "d'alliance des cadres de trois générations" ne fonctionne qu'au niveau de la direction centrale, où l'équilibre frationnel sera plus difficile à maintenir, mais au niveau provincial, le remplacement de la "génération révolutionnaire" et de la "génération persécutée" s'est menée à un rythme plus élevé que durant les années les plus dures de la Révolution culturelle. Son effet le plus immédiat a été une technocratisation des cadres, dont 52% ont une formation universitaire.
La lutte contre le bureaucratisme, le népotisme, les abus de pouvoir et la corruption, vices causés "par la position de notre parti comme parti de gouvernement (qui) a une certaine tendance au divorce d'avec les masses", est une autre des tâches centrales selon le rapport et doit être une caractéristique de la morale communiste dans la période de la Réforme. Face à l'argument utilisé par les conservateurs, on souligne que l'application des mesures de réforme politique, spécialement le renforcement de la légalité socialiste, réduirait ces phénomènes négatifs.
Les purges, critiques et autocritiques et les autres conséquences des luttes fractionnelles permanentes dans le PCC, spécialement durant les "Dix années de chaos" ont développé chez les militants et les cadres un syndrome aigu d'insé curité. Aussi bien le XIle que l'actuel Congrès, ont essayé d'établir des règles de "démocratie interne" et de "direction collective".
Au traitement des majorités et des minorités (2) et au système de consultation entre organes inférieurs et supérieurs, s'ajoute à présent l'obligation de rendre des comptes du Comité permanent au Bureau politique et de ce dernier au Comité central qui va augmenter le nombre de ses sessions plénières. On prévoit un nouveau règlement de fonctionnement pour ces organismes et un système de double tour pour les élections des candidats, à bulletins secrets, avec des options différentes, pour tous les Comités du Parti.
La nouvelle direction
C'est la méthode qui a été suivie pour l'élection du Comité central par les 1 959 délégués (3). Sur une liste de candidats élaborée par une commission du congrès, les délégués ont élu, au vote secret, 173 noms, auxquels deux autres furent ajoutés
2) '*The 12th Congress of the Chinese Communist Party". Lowell Dittmer, China Quarterly numéro 93, mars 1983. Quand des divergences apparaissent, qu'il existe une large majorité et une petite minorité, cette demière devra se plier mais pourra exprimer ses positions et ses protestations par les canaux adéquats. Si la majorité est étroite et la minorité importante, la décision devra être repoussée jusqu'à une nouvelle discussion et l'existence d'un consensus plus large.
3) Au Xlle congrès, l'élection du CC s'est faite par la méthode suivante : il y eut un premier vote pour élaborer une liste de candidats, à partir de laquelle la Présidence du congrès proposa une seconde liste avec 10 candidats de plus que le nombre de membres à élire. Cette seconde liste fut à son tour votée par le congrès à l'aide d'un système informatisé permettant de compter instantanément les Voix.
pour des raisons inconnues. Cette liste de 175 candidats, comme celle des 110 membres suppléants, a ensuite été adoptée à l'unanimité.
Seul un tiers des 175 membres du nouveau Comité central faisaient partie de celui que le XIle Congrès avait élu en 1982. Les 98 membres dont le mandat n'a pas été renouvelé, sur les 210 dont se composait le Comité central précédent, sont en majorité des militants de la "génération révolutionnaire", ayant plus de 70 ans, qui ont soutenu Deng Xiaoping dans sa lutte contre Hua Guofeng.
Mais pour juger de la rapidité et de la profondeur du changement de génération entre le XIle et le XIIle Comité central il faut tenir compte des démissions et des cooptations effectuées lors du 4e plénum du Xlle Comité central, peu de jours avant et après la Conférence nationale de septembre 1985, quand 64 membres de plein droit et suppléants laissèrent la place à 91 nouveaux candidats, conformément à l'appel de Deng Xiaoping pour que la vieille génération se retire.
Si on ajoute à cela les changements intervenus au niveau des directions provinciales et dans les appareils centraux du Parti et de l'Etat, dont provient la majorité des délégués élus pour le Congrès, on a l'impression que la fraction réformiste aurait pu constituer une majorité relative, en respectant les bases régionales de pouvoir.
La "génération révolutionnaire"
Le Bureau politique, élu par le Comité central à son ler plénum, a réduit son effectif de 20 à 17, intégrant 7 nouveaux membres grâce au départ de dix autres. Parmi eux on trouve les dirigeants les plus importants de la "génération révolutionnaire" : Deng Xiaoping, le président de la République populaire Li Xiannian et Chen Yun qui, avec Zhao Ziyang et Hu Yaobang, formaient l'ancien Comité permanent. On y trouve aussi le Président de l'APN, Peng Zhen, et l'idéologue conservateur Hu Qiaomu.
Il faut leur ajouter d'autres dirigeants nationaux de moindre renom public comme le vice-président de l'APN, Xi Zhong xun, le directeur du Département politique de l'Armée populaire de libération (APL), Yu Qiuli, le chef de l'état-major de l'APL, Yang Dezhi, le président de la Commission des sciences et technologies Fanf Xi et le président de la Fédération syndicale,
A l'exception de ce dernier, leur retrait du Bureau politique était justifié par leur âge élevé, compris entre 71 et 85 ans. Cela ne signifie d'ailleurs pas leur disparition de la vie publique ni la fin de leur influence idéologique dans la lutte fractionnelle, car Deng Xiaoping restera l'arbitre suprême du Parti, en tant que président de la Commission militaire, Chen Yun occupera la présidence du Comité consultatif central, où les conservateurs auront une majorité de fait, et tout laisse supposer que Peng Zhen, malgré ses 85 ans, restera à la tête de l'Assemblée populaire natio-
La majorité du nouveau Bureau politique est clairement réformiste, avec une importante réduction en son sein du poids du groupe de l'APN et de la vieille génération de l'APL. Il reste un noyau conservateur formé de Li Peng, Qiao Shi, Yao Yilin et Song Ping. Il faut noter, en particulier, que Hu Yaobang se maintient au Bureau politique malgré sa récente révocation comme Secrétaire général pendant la crise de janvier.
La génération de rechange
Le Comité permanent a subi des changements radicaux. De ses cinq membres, seul reste Zhao Ziyang. L'ascension de la "génération de rechange" donne le sentiment de remplir, un à un, en fonction de son profil idéologique, les trous laissés par ses prédécesseurs : Yao Yilin à la place de Chen Yun, Hu Qili à celle de Hu Yaobang et Qiao Shi à celle de Li Xiannian. Dans le cas de Li Peng et de Deng on ne trouve pas cette correspondance, ce qui donne apparemment une majorité aux conservateurs dans l'organe politique de direction quotidienne du Parti.
Le Secrétariat, qui est placé sous le contrôle direct du Bureau, a réduit le nombre de ses membres de 10 à 4, ce qui le transforme en un organe beaucoup plus souple, capable de coordonner le fonctionnement du reste des organes de direction, permettant une co-responsabilité politique plus large quand par le passé. I est significatif qu'à sa tête on trouve Hu Qili, dauphin de Hu Yaobang jusqu'à sa révocation, et représentant du secteur le plus libéral des réformateurs. Rui Xing wen, secrétaire du Parti à Shanghai, appartient également à cette fraction, ainsi que Yan Minfu, responsable de la politique de Front unique depuis 1985. Le quatrième membre est Qiao Shi, à son tour responsable de la Commission de discipline et qui a reçu le droit très important d'intervenir en dernière instance, surtout au niveau provincial, comme l'a démontré la campagne de consolidation des dernières années.
Le rapport de forces entre les deux fractions se restructure ainsi en un système compliqué d'équilibre entre les organes. De là l'accent mis sur un véritable fonctionnement collectif de la direction, avec un poids politique plus grand pour le Bureau politique, qui bien qu'il ait été un des flambeaux des conservateurs dans la crise de janvier, a été récupéré par les réformistes, à leur profit.
Le nouveau règlement, annoncé Congrès, du fonctionnement de la direction sera fondamental pour maintenir cet équilibre dynamique : un Comité permanent dans lequel les principaux dirigeants conservateurs de la nouvelle génération devront prendre la responsabilité, sous la
Secrétaire général Zhao Ziyang, d'appliquer au jour le jour la politique élaborée par un Bureau politique à majorité réformiste ; un Secrétariat réformiste qui devra impulser la dynamique de cet équilibre, avec une Commission de discipline, ultime recours, dirigée par le conservateur Qiao Shi. Il reste à voir le rôle que jouera le Comité consultatif central, dont le président, Chen Yun, apparaît institutionnellement comme un contrepoids à Deng Xiaoping, sans toutefois jouir, à l'instar de ce dernier, d'une reconnaissance collective et unanime comme arbitre suprême du Parti, du haut de sa présidence de la Commission militaire, ce qui lui permet en même temps de diriger personnellement la rélève de génération dans l'armée en faveur des réformistes
La succession réelle va s'initier avec ces résultats du congrès, car Zhao Ziyang, à 68 ans, n'a dans le meilleur des cas qu'une période de cinq ans avant le XIVe Congrès, pour exercer sa charge de Secrétaire général. Depuis ce poste et celui de vice-président de la Commission militaire, il devra prendre en charge, du fait de la mort prévisible de Deng, le rôle de celui-ci comme chef de la fraction réformiste et celui d'arbitre du Parti. Li Peng occupe la présidence du Conseil d'Etat et Hu Qili se profile comme successeur possible de Zhao Ziyang.
Equilibre instable
Il s'agit là seulement d'hypothèses qui devront subir la dure épreuve d'une lutte fractionnelle qui s'inscrit dans le cadre des réponses différenciées de la bureaucratie aux contradictions et problèmes objectifs de l'application de la réforme, bureaucratie dont l'assise sociale, du fait de la tourmente de la Révolution culturelle et du changement de génération est encore instable
Il est prévisible que les délimitations entre les fractions et les allégeances personnelles, loin de se consolider subiront des modifications importantes dans la "génération de rechange", sur laquelle ses propres problèmes pèseront davantage que les perspectives idéologiques dont elle a hérité, même si en même temps elles doivent s'appuyer sur les dirigeants de la "génération révolutionnaire", aujourd'hui mis au second plan, pour faire avancer leurs positions individuelles dans la succession ouverte à la direction du Parti. Les bases de pouvoir régionales, et dans une moindre mesure celles de l'armée, pren-
dront une importance accrue dans ce cadre. Des figures comme Wan Li, remplaçant prévu de Li Xiannian à la présidence de la République, ou Qiao Shi qui pourrait devenir le concurrent conservateur de Hu Qili pour le Secrétariat général lors XIVe Congrès, sont encore loin d'avoir manifesté tout leur potentiel dans la lutte fractionnelle.
Dans la conférence de presse donnée à la fin du XIlle Congrès, Zhao Ziyang mit en garde les correspondants étrangers contre la tentation d'interpréter la situation politique chinoise comme un affrontement entre réformateurs et conservateurs. En un sens le conseil est valable, et le sera dans une plus large mesure avec le changement de génération dans le PCC. Comme caste sociale, la bureaucratie est loin d'être consolidée et stabilisée. Dans aucun autre secteur de la population, le syndrome de la Révolution culturelle n'est aussi patent. Ce qui signifie, en même temps, que de larges secteurs de la bureaucratie subordonnent toute dynamique de changement ou de réforme à la consolidation de leur situation sociale.
Le projet économique et politique de la fraction réformiste est un programme de transformation de la société chinoise qui rend possible, à l'horizon du XXIe siècle, cette consolidation du pouvoir de la bureaucratie. Elle exprime avec toutes ses contradictions la nature même d'une couche sociale qui, pour exister, doit sappuyer sur les conquêtes de la révolution socialiste, dont les fruits en Chine sont aujourd'hui plus évidents que jamais, tout en devant exproprier politiquement la classe ouvrière pour garder ses privilèges.
La bureaucratie éclairée
Appeler à l'enthousiasme, la mobilisation et l'activité de secteurs chaque fois plus larges de la population pour mener à bien les "Quatre modernisations" tout en la divisant, l'atomisant et la contrôlant au nom des "Quatre principes".
Les résolutions du XIIIe Congrès représentent cette vision de l'avenir de la bureaucratie "éclairée" comme se considè re la fraction réformiste ; un projet d'hégémonie sociale qui la convertisse en arbitre des conflits "corporatifs" qu'engendrera inévitablement la réforme elle-même. Tout au long de cette année, elle s'est construit une base sociale chez les intellectuels qui ont été réprimés par la gauche maoïste, les secteurs de la classe ouvrière qui travaillent dans les entreprises d'Etat de technologie plus moderne, les nouveaux gestionnaires industriels, ceux que la presse nomme qiyejia, et l'immense secteur de la paysannerie qui a
"système de responsabilité familiale" avec un accroissement très rapide
Au contraire, les conservateurs manquent d'un projet politique global à long terme, et expriment avant tout le syndrome de la Révolution culturelle dont souffre la bureaucratie. Peng Zhen, un des premiers à avoir été purgés au cours de ces "dix années de chaos", a été capable, à partir de l'APL de donner une forme en positif à ces craintes en défendant un système de "démocratie et de légalité sociaqui fixe les règles du jeu pour éviter le passé. Mais ce n'est pas par hasard qu'en même temps, il a été le porte-parole conservateur dans la crise de janvier
Sacralisation de la loi de la Valeur
La fraction conservatrice a cherché un appui social dans la bureaucratie intermédiaire, surtout celle des provinces, menacée par le changement de génération ou qui doit résoudre les contradictions créées par la réforme, surtout les conflits ciaux, avec des moyens qui ne lui permettent pas d'arbitrer. Elle l'a cherché aussi, ponctuellement, dans ces secteurs ouvriers qui se sont vus déqualifiés par la nouvelle division du travail, ou qui travaillent dans des secteurs de moindre pro- dans les secteurs paysans des régions les moins fertiles.
Dans un pays sous-développé comme la Chine, avec 800 millions de paysans, l'existence d'un marché national, avec des formes variées de propriété, est inévitable et nécessaire. Le reconnaître, contre le dogmatisme de la gauche maoïste, est un pas idéologique de géant. La révolul'avantage de compter avec un secteur économique public dominant qui offre la possibilité, grâce à la planification et à l'intervention sur le marché, d'orienter socialement l'ensemble du développement économique. C'est pourquoi la question de savoir qui décide de cette orientation est si importante.
La sacralisation de la loi de la Valeur dans la "Première étape du socialisme" que ces sociales inégales, la division économique de la Chine en une zone de pointe dans l'Est et une autre retardataire dans le Centre et TOuest, et les privilèges des administrateurs comme résultat de lois économiques objectives, que la bureaucratie
La Réforme politique se convertit ainsi en un moyen de gestion des conflits sociaux inévitables, qui ne remet pas en question son hégémonie politique, et qui permet de maintenir un certain consensus social rendant possible la mobilisation contrôlée de la population pour les objectifs de la Réforme économique. C'est la base du second élément central du programme réformiste, son gradualisme, qui établit une relation directe entre développement économique et élargissement du marché démocratique. Le problème réside exactement dans la recherche d'un point médian d'équilibre entre intérêts sociaux opposés. Jusqu'à maintenant, la population urbaine a oscillé entre le cynisme le plus absolu et la mobilisation autonome en accord avec ses propres perspectives et intérêts, divisant ainsi, comme en janvier de l'an dernier, la fraction réformiste elle-même.
Sur le terrain économique, l'application de la réforme dans les milieux ruraux, si elle a bien augmenté de façon extraordinaire la productivité, jusqu'à mériter qu'une revue aussi réactionnaire que The Economist consacre sa "une" à l'agriculteur chinois, a produit un déséquilibre important dans la production des céréales de base pour l'alimentation.
La "crise des ciseaux"
En 1986, à travers les critiques de Chen Yun, on a fait un effort pour augmenter les prix d'achat, on a introduit un système de contrats, de crédits pour la mécanisation, on a réduit le prix des engrais destinés à ces cultures et élevé de 40% la partie du budget destinée à des ouvrages d'infrastructure à la campagne. Le résultat a rendu patente la capacité d'intervention de l'Etat, car il y a eu une augmentation de deux millions d'hectares plantés par an, avec une récolte de 391 millions de tonnes, soit onze millions de plus qu'en 1985
La combinaison de la politique d'austérité dans les villes et de l'augmentation de la productivité agricole en 1985-86, a pesé sur les prix agricoles dans quelques secteurs, augmentant la pression à l'émigration sur les noyaux d'industrialisation rurale. En ce sens, la grande contradiction est la résultante : étant donné les caracté-
ristiques de l'agriculture chinoise, une élévation de la productivité dans cette phase n'est possible qu'avec la mécanisation, et la condition préalable est le transfert de main-d'œuvre, en milieu rural, vers la petite industrie.
En 1986, la production rurale brute, non agricole, (industrie, construction, transports et commerce) a crû de 22,3% et dépasse déjà les 46,9% du PNB rural. Mais en revanche, la puissance totale de la machinerie agricole n'a augmenté que de 9,1%. La "crise des ciseaux" dans les prix de l'échange rural-urbain va être une sorte d'épée de Damoclès au-dessus de la tête de la fraction réformiste, de même que les problèmes d'inégalité et d'assistance sociale aux secteurs les plus fragiles.
En ce qui concerne l'économie urbaine, les problèmes d'équilibre général, le fameux cadre macro-économique, se sont heurtés à des réticences, et dans quelques cas, à un barrage de la part de l'Etat pour intervenir avec des mesures correctrices, nom d'une stricte application de la "loi de la Valeur". Le résultat final a été l'application générale d'une politique d'austérité avec des appels à relancer la réforme dans des secteurs concrets avec de nouveaux investissements. Cette dynamique d'accélération et de freinage a d'importants effets psychologiques parmi les gestionnaires d'entreprises, sans que soient supprimés les goulots d'étranglement traditionnels de l'énergie et du transport.
Le "bol de riz en fer"
Cependant, pour la population urbaine, les deux phénomènes les plus préoccupants sont linflation et les menaces contre la sécurité de l'emploi. L'élévation des salaires a répondu, dans un premier moment de la réforme, à des raisons politiques, qui furent peu après accompagnées de leur blocage et de leur subordination à la productivité réelle par personne et par entreprise.
La suppression du contrôle des prix à la fin 1984 a fait exploser l'inflation, seule la chute des prix agricoles à la fin 1986 a permis de la faire baisser de quelques points. Mais il est évident qu'elle continue à être de plus de 10% annuels, et que la seule solution trouvée pour le moment est la réduction des coûts salariaux. Tout nouveau progrès de la réforme du système des prix, une des clés de la Réforme industrielle urbaine, aura de semblables conséquences. Cela explique qu'on l'ait retardée en 1986-87.
Le point le plus conflictuel et le plus dangereux, néanmoins, est celui de la sécurité d'emploi et de la restructuration des effectifs. En 1983, 96,8% de la force de travail entraient dans la catégorie "travailleurs fixes". Les Danwei ou unités de travail, étaient de véritables micro-sociétés responsables non seulement de leurs objectifs de production mais aussi de mise à disposition de leurs membres de logements, garderies, écoles, assurances sociales et retraites. Un des aspects fondamentaux de la Réforme a consisté à rompre avec le "bol de riz en fer", c'est-àdire la sécurité du travail et l'immobilité de la force de travail, et le remplacer par système de contrats de travail".
Le contrat spécifie les "responsabilités, les pouvoirs et les avantages" du travailleur et de l'entreprise pour un laps de temps déterminé et son renouvellement dépend des besoins de la firme et de la productivité du travailleur. Le système de sécurité sociale des unités de travail passe aux mains de compagnies d'assurances ouvrières, ce qui suppose en pratique la destruction de la cohésion interne des Danwei. En plus des travailleurs embauchés avec ce système, les entreprises peuvent recruter des travailleurs temporaires, avec des salaires et des droits inférieurs.
L'application de ce système 1983 a créé d'importantes différences au sein de la bureaucratie elle-même, pour ne rien dire des résistances opposées par les travailleurs. A la Conférence nationale de Zhengzhou, sur ce thème en 1984, quatre positions ont été délimitées : ceux qui sont partisans de l'application immédiate d'un "marché socialiste du travail" : ceux qui, comme le ministre du Travail lui-même, veulent une application pas à pas chômage temporaire causé par la restructuration et qui s'ajouterait aux problèmes déjà graves de l'emploi; ceux qui défendent le vieux système des travailleurs fixes, alléguant qu'il y a d'autres causes plus importantes de la baisse de production et qu'il s'agit d'une mesure antisocialiste ; et enfin, la position représentée par l'économiste Jiang Yimei, porte-parole des grandes entreprises publiques pour lesquelles la spécialisation et l'expérience de la force de travail est indispensable, qui défend un système triple d'emplois fixes, sous contrat et temporaires, avec des droits en fonction du statut. Pour Jiang, le système de con• trat suppose un changement de pouvoir dans l'entreprise, en faveur des gestionnaires, ce qui met en question son caractère socialiste.
La fraction réformiste est consciente du danger de tension sociale que comporte l'application du nouveau système de travail. Dans la sidérurgie de Wuhan, en 1980, a eu lieu la première expérience d'apparition d'un noyau syndical indépendant qui fut durement réprimé. Tout au long du XIlle Congrès, il y eut des allusions répétées à la nécessité d'une réforme des syndicats, qui regroupent 80 millions de travailleurs, ce qui permet la gestion contrôlée des inévitables conflits ouvriers qui se produiront.
Diviser la classe ouvrière
En même temps que la réforme syndicale, l'autre axe de la stratégie réformiste
Best la division de la classe ouvrière, avec les nouvelles catégories qui déqualifient un secmasse travailleuse chinoise, et la menace de chômage. Ce dernier aspect a été essentiel dans la croissance annuelle, en milieu urbain de la force de travail jusqu'à environ 8 millions de personnes, ce qui a créé une alternative impossible à éluder entre l'objectif d'élévation de la productivité par la restructuration des effectifs et les conséquen-ces sociales du chôma-ge. Jusqu'à présent, la fraction réformiste a choisit la première option, et n'a pas trouvé d'autres solutions face à la seconde que d'appeler à l'auto-emploi et aux exécutions massives de la campagne contre la cri-minalité.
Les villes chinoises, et non la campagne, seront le nouveau centre social des conflits, dans la prochaine période. A mesure qu'on avancera dans l'application de la Réforme industrielle urbaine, ces conflits se concentreront dans les usines. Face aux syndicats réformés corporatistes et aux administrateurs, les Congrès ouvriers, dont les prérogatives ont été réduites depuis le 3e plénum du XIle Comité central, pourraient se transformer en noyau de résistance unitaires des travail-
Que la Réforme devienne, ou pas, une seconde Longue marche, dépendra des solutions trouvées à ces conflits d'intérêts. Mais seule la mobilisation massive de la classe ouvrière urbaine, le retour à son alliance avec la paysannerie par le contrôle démocratique sur la planification et l'appareil d'Etat, et le plein développement des libertés démocratiques lui permettront d'entrer, comme en 1949, dans la Ville interdite, où les membres du Comité central siègent et résident aujourd'hui.
15 janvier 1988.