Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Les remugles haineux de Rude Pravo

· Inprecor n° 272, 19 septembre 1988 · p. 12-13 · 1 997 mots

IVe Internationale Europe de l'Est URSS et Russie France

manque d'intérêt pour l'anniversaire du 21 août" (Financial Times, indifférence le vingtième anniversaire" (Le Monde, 13 août 1988).

"Un anniversaire qui tombait dans une indifférence absolue" (El Pais, tchécoslovaques qui, elles non plus, ne s'attendaient guère à la plus communiste tchèque n'hésite guère à recourir contre les militants

Ainsi, le 18 juin dernier, Rude Pravo, l'organe du PCT, publiait en éditorial, un réquisitoire contre le militant marxiste-révolutionnaire

Mais là où les choses deviennent particulièrement intéressantes, la Pravda et, surtout, par le journal soviétique Sovietskaia Rossia, rendue célèbre par l'article de Nina Andréeva qui, en mars dernier, pincettes) de cet article de Rude Pravo, la réponse de la Charte 77, la lette de Petr Uhl à la Sovietskaïa Rossia, ainsi qu'une déclaration

TCHECOSLOVAQUIE

Les remugles haineux de Rude Pravo

"LES TCHECOSLOVAQUES font preuve d'un remarquable

18 août 1988)

"Les Tchécoslovaques voient arriver dans la plus grande

22 août 1988).

Tout le monde peut se tromper. Les 10 000 personnes qui ont manifesté à Prague le 21 août dernier ont ainsi infligé un joli camouflet aux "observateurs étrangers" et aux autorités importante manifestation depuis la "normalisation" de 1969 (1).

Honnie et méprisée par la population, la direction du Parti des organisations indépendantes telle la Charte 77, aux bonnes vieilles méthodes staliniennes qui firent si bien leurs preuves dans les années 30.

tchèque Petr Uhl. L'importance de cet article était déjà en sol remarquable : cela ne s'était guère produit depuis longtemps.

c'est que cet article fut repris par le journal du PC slovaque, marquait l'offensive des "conservateurs" en URSS.

Nous publions ci-dessous, des morceaux choisis (avec des d'Ernest Mandel et Alain Krivine impliqués par Rude Pravo..

DOCUMENT

L VIT PARMI NOUS. Il profite des avantages de notre Sécurité sociale. Il va faire ses courses dans les mêmes magasins que nous. Peut être même monte-t-il dans les mêmes trains ou métros que nous. La seule différence, c'est qu'il dispose en permanence des "bons de tuzex" (2) en quantité suffisante ; que les radios occidentales parlent souvent de lui et que son nom apparaît fréquemment dans la presse bourgeoise. Il s'agit de Petr Uhl.

Il fait partie de nos prétendus dissidents qui se nomment les chartistes et agit comme porte-parole auprès d'Occidentaux qui viennent chez nous. (...)

A lépoque (en 1968, ndlr), cet enseignant de 27 ans était un illustre inconnu, lorsque des émissaires de la prétendue IVe

Internationale de Paris sont venus lui rendre visite à Prague. Il rêvait d'une révolution mondiale bien dans l'esprit du programme spécifique de cette internationale. D'après ce programme, le capitalisme serait une meilleure base pour lancer une telle révolution. Par conséquent, la première étape serait le renversement de notre régime politique, ce régime qui est en vigueur dans les Etats socialistes de l'Europe centrale et de l'Est, y compris la Yougoslavie.

Lev Bronstrein, dit Léon Trotsky

Qu'est-ce que la IVe Internationale ? De temps en temps, le nom de Léon Trotsky (Lev Bronstein) ressort de l'histoire de l'Union soviétique des années 20.(...) Dans son livre sur la révolution permanente, publié en 1930, Léon Trotsky affirmait qu'il était impossible de réaliser pleinement une révolution socialiste dans un cadre national. Et donc il était partisan d'éliminer le pouvoir socialiste partout où un tel pouvoir était instauré. Avec une poignée de ses partisans, il a formé la prétendue Ligue communiste internationale qui s'est unifiée avec plusieurs autres grou-pes en septembre 1938 pour former la prétendue IVe Internationale, le grand parti mondial de la révolution socialiste.(...)

Les partisans de Léon Trotsky ont adopté un plan intitulé : "L'agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale". Ils y ont esquissé littéralement comme l'une de leur première et principale tâche, la lutte contre les forces antifascistes, conformément à l'idée manifestement provocatrice selon laquelle il fallait que le fascisme triomphe d'abord, parce qu'ainsi, selon eux, sa chute rendrait possible une révolution mondiale. Cette plate-forme aventuriste allait déboucher sur une nouvelle étape toujours aussi absurde : les trotskystes ont déclaré la guerre à tous les gouvernements qui entraient en contact avec l'URSS, l'ennemi le plus conséquent du fascisme. Ils se sont également opposés aux communistes français -des pseudo-internationalistes, selon Trotsky - à cause de leur appel au peuple de Paris à transformer la ville en une forteresse imprenable face à l'avance des troupes nazies. Les trotskystes ont même conçu la constitution d'un front intérieur visant des secteurs individuels de gauche du mouvement de libération français. C'était peut-être la raison pour laquelle les trotskystes ont pu réunir légalement leurs conférences en France à l'époque de l'occupation de ce pays.

Trotsky misait sur la guerre

Après la guerre, les partisans posthumes de Trotsky ont agi de même. Ils ont acclamé les préparatifs de guerre des avocats de la prétendue révolution culturelle en Chine et leurs projets de règlement de compte nucléaire avec leurs ennemis. Aux débuts des années 60, un journal des trotskystes anglais a même pu écrire qu'une société communiste pourrait être construite sur ces ruines ... tout comme, à court terme, une guerre préventive pouvait nous permettre d'être les premiers à porter un coup décisif et éviter ainsi qu'une attaque soit préparée par l'impérialisme. A une certaine époque, Trotsky misait également sur la guerre. Le caractère provocateur d'une telle approche est évidente.

A la fin des années 60 et au début des années 70, les partisans de la IVe internationale ont refait parler d'eux. Leurs émissaires se sont mis à sillonner le monde à la recherche de nouveaux contacts (...). Une de leurs déclarations appelait les masses à travers le monde à se préparer à la prise du pouvoir, et à une guerre ato-

1) Pour une analyse de la situation en Tchécoslovaquie vingt ans après le Printemps de Prague, voir l'article de Petr Uhl dans Inprecor numéro 258 du 1er février 1988. Sur les événements de 68, voir l'article d'Anna Libera dans Inprecor numéro 266 du 23 mai 1988.

2) Bons qui permettent d'acheter des articles d'importation dans les magasins qui n'acceptent que les devises occidentales.

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mique et à y répondre par une révolution prolétarienne. Par conséquent, les efforts de paix de l'Union soviétique et des autres pays socialistes étaient qualifiés de collaboration de classe et de trahison des intérêts internationaux du prolétariat.

La IVe Internationale avait aussi ses avocats en Tchécoslovaquie. L'un d'eux par exemple, était Sonneschein qui avait ouvertement collaboré avec les nazis. Zavis Kalandra et d'autres étaient aussi dans leurs rangs. Après la révolution de février de 1948, certains trotskystes ont formé des organisations anti-nationales qui collectaient des informations politiques, économiques et militaires sur la Tchécoslovaquie et avaient des activités subversives.

Un général sans troupes

C'est après le XXe Congrès du Parti communiste d'Union soviétique (14 au 24 février 1956) et dans la période précédent la crise en Tchécoslovaquie (dans les années 60) que les trotskystes se sont de nouveau agités. A cette époque, ils comptaient surtout dans leurs rangs l'historien Bartosek, ainsi que Pithart et Samalik, professeurs à la faculté de droit de l'Université de Prague. Toutefois, c'est l'enseignant Petr Uhl qui s'est propulsé à la tête du trotskysme dans notre pays.

Uhl a exposé ses chimères dans un livre publié à Cologne (République fédérale d'Allemagne) en 1982, le Programme de l'autogestion sociale ; ainsi que dans une série d'articles, notamment dans les pages d'Inprekor, le bimensuel de la IVe Internationale (les numéros 6 et 7 de l'année dernière) (Il s'agit là d'Inprekor tchèque, ndlr). Dans tous ces écrits il s'oppose résolument au système socialiste et présente les méthodes pour le combattre. Par dans son programme, il énumère ses idées sur la société future après la victoire, en abusant démagogiquement du mot d'ordre d'autogestion de la société

C'est après une rencontre avec Alain Krivine, l'un des dirigeants de la IVe Internationale qu'Uhl s'est mis à organiser des cellules trotskystes. C'est en septembre 1968 qu'ils firent leur première apparition avec un manifeste du Mouvement révolutionnaire de la jeunesse, déclarant que la révolution se fera dans un processus de révolution permanente et que le combat contre l'ordre social existant en Tchécoslovaquie et dans d'autres pays socialistes pourra libérer toutes les nations et ouvrir une nouvelle époque dans la construction du socialisme, ce qui, convergeant avec la lutte du prolétariat occidental pourra provoquer une révolution mondiale. En un mot une fantasmagorie.

Peu après, les trotskystes ont commencé à préparer des actions concrètes. En février 69, ils envisageaient de faire une variante de coup d'Etat militaire. En septembre de la même année, après plusieurs réunions organisées par le prétendu Parti révolutionnaire socialiste, ils ont décidé d'utiliser des pseudonymes. Petr Uhl était le dirigeant principal. Il savait également que certains membres se préparaient à faire des actions terroristes. Il prit part aux discussions où il était projeté de s'emparer de la radio tchécoslovaque par la force afin de diffuser une déclaration anti-gouvernementale. La date même de cette action était fixée : le 31 décembre 1969. Des séances d'endoctrinement

Ces groupes, utilisant différents pseudonymes ont publié des tracts et des proclamations et ont pris contact avec des agents étrangers. Ils étaient également liés aux états-majors trotskystes de Paris. Certains membres sélectionnés ont acquis de l'expérience à l'étranger, Basta, Olsa, Stasa et d'autres étaient à Paris pour négocier avec l'état-major. A Berlin Ouest, Uhl et Frolik ont rencontré l'un des principaux dirigeants trotskystes, Mandel, secrétaire de la IVe internationale. Il était convenu d'organiser en Autriche des séances d'endoctrinement à l'intention d'une série de militants soigneusement sélectionnés.

A la fin de 1969, l'organisation avait apparemment 111 cellules. Chacune d'entre elles envoyait ses représentants dans quatre associations légitimes. Ces quatre coordinateurs, avec l'aide d'autres dirigeants, organisaient à partir de là les activités de l'état-major.

En 1970, les dirigeants de l'organisation, y compris Petr Uhl ont été condamnés à plusieurs mois de prison pour leur activités subversives.

Après sa libération Petr Uhl a poursuivi ses activités. Il a par exemple accueilli le secrétaire à l'organisation de la IVe Internationale qui visitait la Tchécoslovaquie déguisé en touriste.

Uhl l'a introduit auprès d'autres dissidents de notre ordre social et a signé un document anti-gouvernemental - la soi-disant Charte - et a fondé le soi-disant Comité de défense des personnes injustement emprisonnés dans le but de glaner des informations pour les media bourgeois et de discréditer les décisions des autorités judiciaires et autres.

Devenir un dirigeant

Il a établi des contacts avec le groupe polonais illégal, KOR et plus tard, avec les dirigeants de Solidarité afin de profiter de leur expérience dans les conditions tchécoslovaques. Cela a donné naissance à la prétendue initiative de défense sociale qui devait se transformer en un Solidarité tchécoslovaque. C'était une entreprise vouée à l'échec car les chartistes étaient incapables d'étendre leur dissidence aux usines et par conséquent, ils se sont transformés en un petit groupe fermé n'ayant aucune influence de masse, décevant ainsi les espoirs de leurs amis étrangers.

Mais Uhl ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il se prépare minutieusement. Il est nécessaire pour prendre le pouvoir de gagner une partie de l'armée à sa cause ou du moins la neutraliser à travers un climat politique adéquat (...).

Il veut devenir un dirigeant mais n'a que son imagination comme seule troupe. Mais pourquoi ses amis de l'autre côté de la frontière se priveraient-ils de se servir de ses ambitions ? Il semble attendre quelque chose de ceux avec lesquels il correspond par l'intermédiaire d'immigrés post soixante-huitards ou post quarantehuitards comme Pavel Tigrid et les autres ou avec l'aide de ses amis de la IVe Internationale. Mais veut-il vraiment autre

Et c'est là le cœur du problème. Sous sa phraséologie pseudo-révolutionnaire se cachent les mêmes objectifs obscurs que ceux poursuivis par d'autres naufragés politiques : le renversement à tout prix du régime socialiste actuel. Ils savent pourtant très bien qu'ils n'ont aucune chance de succès.

C'est pour cela qu'ils se replient vers une tentative de déstabilisation de notre société et essayent d'entraver son développement. Et tout est bon pour servir cette cause, même un aventurier comme Petr Uhl et sa révolution permanente.

Jaroslav KOJZAR, Rude Pravo 18 juin 1988

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