Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Interrogations polonaises

· Inprecor n° 273, 3 octobre 1988 · p. 9-10 · 1 672 mots

Cyril Smuga était le pseudonyme de Jan Malewski, coéditeur de l'Inprekor polonais (1981-1990) et directeur d'Inprecor à partir de 1998.

Pologne Syndicalisme

APRES LE TETE-A-TETE entre Lech Walesa et le premier policier rencontre au sommet entre d'une part, une délégation de Solidarité composée de Lech Walesa, Wladyslaw Frasyniuk et des dirigeants des comités de grève du mois d'août, et d'autre part, une délégation substantielle du régime conduite par Kiszczak et Stanislaw Ciosek, secrétaire du comité central du POUP, qui s'est tenue le 16 septembre ronde consacrée "au modèle du fonctionnement de l'Etat et de la vie gouvernement ; le mardi 27, Mieczyslaw Rakowski, membre du BP du Parti ouvrier unifié polonais et secrétaire de son Comité central, chargé des questions idéologiques, est chargé de former un nouveau

Quelle est l'attitude des différentes forces de l'opposition polonaise militants, représentatifs à divers degrés des courants qui traversent

POLOGNE du pays, le ministre de l'Intérieur Czeslaw Kiszczak, c'est une à Varsovie en présence d'observateurs de l'épiscopat.

Le communiqué officiel publié peu après précise qu'une table publique, l'accélération du développement et de la modernisation de l'économie, la forme du mouvement syndical polonais" sera organisée à la mi-octobre.

Bien qu'il s'agisse de facto de négociations entre Solidarité et le sommet de la bureaucratie, le communiqué fait silence sur la qualité des deux délégations.

Le 19 septembre, la Diète polonaise accepte la démission du gouvernement.

devant ces changements? Nous avons posé la question à trois la nouvelle génération militante apparue avec force sur la scène politique polonaise.

ZUZANNA DABROWSKA est une des fondatrices du Parti socialiste polonais (PPS) apparu en novembre

1987. Agée de 22 ans, étudiante et ancienne militante du mouvement

Liberté et Paix (WiP), elle dirigea l'organisation régionale du parti à Wroclaw. Après la scission du groupe de dirigeants moderes du parti au printemps 1988, elle a pris la fonction de secrétaire du présidium du Conseil général du PPS.

INPRECOR : Que pensez-vous de l'appel de Lech Walesa à arrêter les grèves ?

— Il est difficile d'estimer si la vague des grèves aurait pu grossir si Lech Walesa n'avait pas appelé à arrêter les grèves.

D'une part, dans l'usine "Polar" de Wroclaw, par exemple, la grève était préparée pour le ler septembre. Il en était de même dans l'usine de camions de Lublin. D'autre part, les grèves en Haute-Silésie étaient en train de s'éteindre.

Comme tout geste politique, l'appel de

Lech Walesa peut être examiné sous deux aspects. L'aspect moral, et de ce point de vue la conversation du principal dirigeant syndical avec le premier policier du pays, l'animateur de l'état de guerre, le "pacificateur" des grèves est pour le moins discutable. Le ministre de l'Intérieur Czeslaw Kiszczak n'a même pas cherché à créer l'illusion qu'il s'agit de négociations du gouvernement, ou d'une commission ad hoc, avec l'opposition. Devant les grèves, il est apparu que Jaruzelski, Rakowski ou Messner ne comptent pas, c est Kiszczak qui a joué le premier rôle et il le doit sans nul doute à Walesa. Si l'on apprécie l'appel du point de vue de son efficacité, une chose est sûre : il a été entendu par les grévistes. Il est encore difficile de porter un jugement sur les réactions des principaux animateurs de Solidarité. Mais il faut noter que parmi les membres de la délégation pour la table ronde, on ne trouve pas certains dirigeants importants de Solidarité. Cela fait penser à un crédit de confiance donné à Walesa par des dirigeants qui ne veulent toutefois pas s'engager personnellement dans les jeux autour de la table ronde. Les travailleurs ont également ouvert un tel crédit à Walesa, tout en délimitant clairement le cadre de la discussion : mandatant Lech Walesa à négocier la place de Solidarité en tant que syndicat et non comme un club ou une association. Il est trop tôt pour parler des chances d'une réelle entente à la table ronde. Il est clair qu'il s'agit de la part des autorités d'un geste tactique. Comme le dit Lampedusa dans Le Guépard, lorsque le système commence à s'effondrer, il faut au plus vite faire le plus de changements possibles afin que tout reste comme avant. Ce que Walesa pourra obtenir dépendra donc de son jugement et de celui du pouvoir sur la détermination de la société.

• Certains dirigeants de Solidarité et certains représentants du camp gouvernemental lancent l'idée d'une entente autour d'un pacte anti-crise. Qu'en pensez-vous ?

- L'idée du pacte anti-crise, dont il était question avant les grèves d'août, diffère de celle de la table ronde par le fait que la délégation de l'opposition a aujourd'hui un argument de taille : la force des grévistes et leur soumission à l'appel de Lech Walesa. Si cet argument n'était pas pleinement utilisé, c'est-à-dire si un second syndicat n'apparaissait pas à un quelconque niveau en Pologne, il y aurait de nouvelles grèves et l'autorité de Lech Walesa en sortirait amoindrie.

• L'idée du pacte était de réaliser une sorte d'échange : le syndicat accepterait / austérité et les autorités accorderaient en échange quelques libertés démocratiques. Récemment dans un article du Spiegel, Adam Michnik n'hésitait pas a etablir un parallele avec le pacte de la Moncioa, dont un des principaux résultats fut un effondrement du mouvement syndical dans l'Etat espagno!...

— Le pacte de la Moncloa est un très mauvais précédent... Je pense qu'aujourd'hui en Pologne cela n'est pas possible, car ce n'est plus un petit groupe qui s'autonomise par rapport aux dirigeants de lopposition, mais d'une certaine manière, la masse des travailleurs. Cela forme le cadre dont doivent tenir compte aussi bien les leaders qui mènent les négociations que les représentants du pouvoir. Tout le monde sait que lors des récentes grèves, Lech Walesa avait été au bord du désaveu et qu'il n'a obtenu l'arrêt des grèves que très difficilement. L'élément déterminant avait été non pas l'acceptation de la tactique de Lech Walesa, mais la volonté de tous de ne pas offrir au pouvoir le spectacle d'un déchirement du front des grèves. Voilà comment il faut comprendre les paroles de Lech Walesa annonçant qu'il présenterait sa démission en cas d'échec des pourparlers, il risque de ne pas avoir d'autre choix. Walesa, à la différence de certains de ses conseillers, sent parfaitement l'état d'esprit des masses et ne se fait aucune illusion sur sa propre situation. En conséquence, même si quelqu'un signait un accord pour l'austérité en échange de la légalisation du syndicat, cela n'aurait pas de réalité : dès que les travailleurs dispose-

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ront de leur propre syndicat, ils feront ce que bon leur semble...

Est-ce que la jeune génération, qui a été à l'avant-garde des récentes greves, peut espérer quelque chose de cette table ronde ?

- Oui, à condition qu'à l'issue de ces pourparlers, un syndicat indépendant puisse obtenir le droit d'exister. Jusque là, les militants de Solidarité dans les entreprises s'occupaient de tout sauf de l'activité syndicale. Ils imprimaient et diffusaient les tracts, allaient aux messes pour la patrie, prenaient des risques en amenant des tonnes d'imprimés clandestins dans l'en-

Dans quelques cas seulement, les commissions de Solidarité prenaient en charge les problèmes organisaient par exemple les caisses d'entraide (l'activité syndicale à Nowa Huta est ici l'exception qui confirme la règle). Sans parler du fait que dans la clandestinité il n'y avait aucun moyen de renouveler les cadres ; ceux qui étaient fatigués partaient et leur place restait vide.

Il y a une chance que cela change. L'existence légale du syndicat, la nécessité d'entrer en concurrence avec les syndicats officiels - ce que ces derniers craignent par dessus tout et avancent comme la principale raison de leur refus du pluralisme - permettra de former dans les entreprises de nouveaux cadres capables de s'occuper des questions réellement les plus importantes du point de vue des vriers : les salaires, les conditions de travail, la protection sociale... cadre, le rôle des militants de différentes organisations, capables d'assurer la formation des militants d'entreprises, de leur fournir les matériaux nécessaires et de leur apprendre la lutte quotidienne pour les droits des travailleurs, sera crucial. Cela conduira également à une saine polarisation de Solidarité. Ceux des militants qui ne s'intéressent pas aux questions proprement syndicales, trouveront de manière naturelle d'autres formes d'activités qui les attirent plus.

grevistes envers l'initiative de Lech Walesa met en question Tunité du nouvement Solidarité, en particulier dans le cas de l'échec des négociations sur la légalisation du syndicat. Pensez vous qu'il faille chercher à maintenir cette unité, dont les récentes grèves furent le symbole, et si oui, comment ?

— L'unité de Solidarité en tant que mouvement social est un mythe. Il l'était déjà du temps de sa légalité, ce qui est naturel. Au sein de Solidarité il y a beaucoup de gens qui représentent des choix politiques qui ne collent pas à une activité syndicale. Ces gens se séparent peu à peu de Solidarité, en créant leurs propres organisations ou partis politiques. C'est un phénomène sain et positif. Néanmoins, nombre de dirigeants et de conseillers de Solidarité font encore preuve d'une tendance à s'occuper de tout, à s'attribuer le monopole de représentation de la société tant au plan politique que social.

Les ouvriers ont fait grève pour obtenir un syndicat libre, c'est cela leur but principal. Sans sa base ouvrière, Solidarité n'aurait pas de raison d'être, ou alors sous la forme d'un petit club politique propageant les idées de la démocratie américaine. Si l'on veut préserver l'unité de Solidarité, il sera donc nécessaire en premier lieu de déterminer ce que Solidarité doit être, ce qui n'exclut nullement que Solidarité joue un rôle politique. Si les grévistes parviennent à leur but dans un proche avenir, c'est-à-dire si par la pression systématique, ils arrachent la légalité du syndicat sous une forme ou une

Oil faudra reconstruire son unité. Pour sa part, le Parti socialiste polonais, en tant qu'organisation indépendante et au de ses militants, noue et nouera des liens avec les structures syndicales d'entreprise, partant de l'idée que c'est au niveau des entreprises que les revendications qui unifient les travailleurs appa-

Propos recueillis au téléphone le 14 septembre 1988 par Cyril Smuga TE LES AI OBSERVES PENDANT UN CERTAiN TEMPS

ET JE SAIS QU'ILS ONT UN EXCELLENT

DIRiGEANT!

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