De nombreux groupes de femmes ont émergé, mais la principale fédération
Elle a été engagée dans un large éventail d'activités, allant de la défense de femmes théologiennes. Elle est actuellement doyenne du Collège Sainte subventions qui ont un effet inflationniste, mais auxquelles nous ne pouvons pas renoncer. Elles sont intentionnellement dirigées et bénéficient à ces secteurs de la population et ne sont pas détournées produisait auparavant, quand cet argent risquait de bénéficier aux commerçants, surtout quand il s'agissait des produits alimentaires de base.
Nous verrons dans l'application de ces mesures comment nous allons diriger les subventions vers ces entreprises productives et secteurs sociaux dont nous pensons qu'il est indispensable qu'ils en bénéficient.
Ne pas sacrifier les acquis de la révolution
Donc nous ne taisons pas une politique où nous allons sacrifier les acquis de la révolution même si nous ne pouvons pas tracer de grands plans pour continuer de développer les programmes sociaux dont veut le peuple nicaraguayen. Le peuple veut plus d'éducation, plus d'écoles, et nous ne pouvons le faire parce que nous n'en avons pas les moyens.
Que nous proposons-nous de faire ? Nous nous proposons de donner l'éducation à plus d'un million de Nicaraguayens, ce qui signifie maintenir l'emploi de plus de 57 000 travailleurs de l'éducation, si l'on compte ceux qui enseignent dans les campagnes, fondamentaux pour l'enseignement. Cela implique une politique de subventions et de ne pas réduire le budget de l'éducation, mais de le maintenir, tout en expliquant aux enseignants que la situation est difficile.
L'autre solution serait de réduire ce budget et nous ne voulons pas le faire. De même pour la santé. Donc pour ce qui est des services sociaux de base, nous voulons les préserver, puisque nous ne pouvons continuer de les développer comme nous le voudrions, mais au moins, nous pouvons maintenir les programmes qui ont un impact important sur les Nicaraguayens.
Granma 17 juin 1988.
PHILIPPINES
Le mouvement des femmes
LE MOUVEMENT DES FEMMES est très jeune aux Philippines.
Mais au cours des cinq dernières années il a évolué de façon très rapide et active.
s'appelle Gabriela (1), elle a rassemblé sous son sigle une centaine d'organisations, soit environ 40 000 femmes.
La soeur Mary John Mananzan, réélue présidente nationale de Gabriela a accordé l'interview suivante à Inprecorau début du mois de juin.
des droits des consommateurs à des rassemblements internationaux
Scolastique de Manille.
NPRECOR : Pouvez-vous nous parler de l'organisation Gabriela, et des conditions dans lesquelles elle a été fondée ?
Sœur MARY JOHN : Gabriela est née en 1984. En fait, elle est issue d'un congrès convoqué par le Centre de ressources pour les femmes (CWR). Revenons un peu en arrière. Avant les années
70, il n'existait rien qui ressemble à un mouvement féministe aux Philippines.
Tout d'abord, les femmes des couches moyennes pensaient qu'elles étaient libérées, et ne voyaient donc pas l'utilité de construire un mouvement de femmes. La seconde raison, c'est que le mouvement féministe dépeint par les médias était une sorte de féminisme hystérique qui déplaisait aux femmes philippines. Il a fallu l'expérience de Philippines invitées à des conférences de femmes à l'étranger, pour se rendre compte que c'était un problème légitime. Là, elles virent que c'était exactement les mêmes problèmes qui étaient débattus dans les réunions aux Philippines. La nécessité de construire un mouvement féministe se fit alors jour.
Et ainsi dans les années 70, des groupes commencèrent à se former. Le tout premier s'appelait Makibaka (Mouvement libre de la nouvelle femme). Il était déjà de tendance féministe, mais je dirais qu'il était orienté plus politiquement qu'autour du féminisme. Son objectif principal était de parvenir à intéresser et engager les femmes dans la lutte pour la libération nationale. Malheureusement, en 1972, il dut devenir clandestin. Pendant la période de la loi martiale, de 1972 à 1978-79, il n'y eut aucun mouvement réel, jusqu'en 1978, quand les associations de femmes commencèrent à émerger. L'une des premières s'appelait Philippina, puis vint le Centre de ressources pour les femmes (CWR) et d'autres comme le Mouvement des femmes travailleuses (KMK). En 1984, le CWR eut l'idée d'inviter toutes les associations de femmes ainsi que les secteurs femmes d'autres organisations à une conférence. C'est au cours de cette conférence que les participantes choisirent de créer une fédération à laquelle fut donné le nom de Gabriela. Il faut dire qu'au tout début, les membres de Gabriela étaient davantage des militantes politiques que féministes, ce qui est compréhensible. Il y avait en même temps des personnalités engagées dans Gabriela au niveau du Conseil national, des femmes éminentes des Philippines qui n'avaient aucune perspective féministe. Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il y a eu une évolution dans l'orientation de cette organisation.
• Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette évolution ?
- En 1985, je me souviens que le Conseil exécutif de Gabriela proposa une commission de travail qui se pencherait précisément sur la perspective féministe. Il y eut ainsi une commission à l'échelle nationale où nous avons invité les différentes dirigeantes de toutes les organisations. Nous avons martelé le sens d'une orientation féministe et nous sommes arrivées aux principes suivants.
Une association féministe diffère d'une association de femmes. Les associations de femmes peuvent avoir des objectifs bénéfiques pour les femmes, mais ils sont en général considérés comme secondaires par rapport aux questions fondamentales. Au contraire, une organisation féministe doit se sentir concernée fondamentalement par la question des femmes. Il doit y avoir
1) Gabriela est le sigle adopté par cette fédération large, d'après le nom de Gabriela Silang, une combattante philippine de la révolution contre la domination espagnole, à la fin du 18e siècle.
compréhension intérieure de l'existence de la discrimination, de la subordination et de l'oppression des femmes qui transcende la classe, la race, la religion, la nationalité et la culture, et que le rôle de cette organisation féministe est de se consacrer à l'éradication de ce type de discrimination, d'oppression. C'est le principe de base.
Comme association de femmes du Tiers-monde, nous mettons aussi l'accent sur l'importance du contexte du mouvement femmes. Le mouvement des femmes aux Philippines doit se situer dans le contexte de la transformation économique, politique et socio-culturelle de la société. Ce n'est pas un mouvement à part, isolé, ou subordonné, c'est une partie essentielle du processus. Nous disons donc que la transformation économique, sociale et politique est la condition nécessaire, bien que non-suffisante, de la libération des femmes.
Nous savons que les femmes ne peuvent être entièrement libérées sans cette transformation, mais nous ne voyons pas non plus la possibilité d'une libération humaine totale sans la libération des femmes. Nous insistons donc sur le fait que nous n'attendrons pas la libération totale de la société pour poser cette question ; elle doit être totalement intégrée et partie prenante du processus de libération.
• Quels sont les effectifs de Gabriela ? Quelle est sa représentativité par secteur ?
- De 47 organisations affiliées, Gabriela a grossi jusqu'à en comprendre environ 100, ce qui fait à peu près 40 000 membres individuels. 90% sont des femmes des couches pauvres. Les paysannes qui appartiennent à Amihan seraient environ 18 000, les ouvrières du KMK environ 15 000. Les femmes pauvres des villes seraient 3 000 et le reste sont des adhérentes individuelles.
• Dans quels domaines de travail votre organisation est-elle engagée?
— Chacune des organisations membres a son propre centre d'activité et ses propres activités, mais nous avons concentré les axes stratégiques de Gabriela sur sept points, pour aider à la systématisation. Cela n'est pas le fait de tout le monde, mais chaque aspect est porté par l'une ou l'autre des associations.
Ces sept axes stratégiques comprennent avant tout l'organisation, car nous sommes conscientes qu'un groupe opprimé ne peut acquérir de pouvoir sans organisation. Nous nous organisons selon les secteurs, selon les intérêts. Et, à l'heure actuelle, nous essayons de nous organiser selon les régions et les zones territoriales. Pour l'instant nous avons quatre régions : Manille, Davao, Panay et Bacolod. Nous avons également développé des commissions nationales. La commission sur les violences contre les femmes a ou• vert deux centres dans les zones de prostitution. Elles s'efforcent d'organiser les prostituées dans leur propre intérêt et de les éduquer sur les problèmes de la santé. La commission dirige aussi la campagne sur le SIDA.
Il existe une autre commission, sur les femmes et la santé, qui contrôle les cliniques de premiers soins dans diverses zones urbaines. Il y a aussi une commission sur les enfants, car il n'existe absolument aucune association de protection des enfants. Ici, nous saisissons à bras-le-corps des questions comme la prostitution infantile et nous donnons une formation à celles qui seront employées dans les crèches. Nous avons également une commission sur les droits de l'Homme et un bureau international.
Notre deuxième axe est celui de la mobilisation. Suivant le principe selon lequel nous sommes dans un certain contexte, nous n'organisons pas les femmes seulement sur des problèmes purement féministes, par exemple les mariages par correspondance, la prostitution, le viol, le SIDA. Nous les mobilisons aussi sur des problèmes nationaux comme les bases étrangères, la dette extérieure et les problèmes de consommation.
Le troisième est l'éducation. C'est l'un des points stratégiques les plus importants parce qu'aux Philippines, les femmes ont intériorisé leur oppression. Les femmes des classes moyennes se trouvent à l'aise dans leur rôle ménager parce qu'elles ont des domestiques. Elles ne souffrent pas réellement du poids de la double journée par exemple. Mais il existe. Les femmes qui ne sont pas des classes moyennes et qui doivent assumer le travail domestiques en sont bien persuadées. Pour elles, c'est l'ordre normal des choses. C'est leur lot. Elles considèrent même le fait d'être battues comme leur lot. Il y a donc un travail d'éducation à faire.
Cette éducation est donnée de façon formelle et informelle, institutionnelle et non-institutionnelle. Cette éducation informelle et non-institutionnelle est dispensée par les différentes organisations. Elles ont toutes un service d'éducation, mais le bureau national de Gabriela fournit l'enseignement. La formation des enseignants est également du ressort du bureau national. En ce qui concerne la voie formelle, institutionnelle, ce n'est pas vraiment Gabriela qui s'en charge. Ainsi, moi, comme je suis membre de Gabriela et que je dirige également une école, j'ai pensé qu'un cursus sur les femmes devait être intégré à l'institution. Il existe maintenant un ensemble d'écoles qui sont d'accord pour introduire des cours sur la question femme dans leur programme.
Nous avons déjà à l'école des cours d'introduction obligatoire sur cette question. Il existe également un projet d'Institut d'études féministes. Il s'occupera de développer ressources et formation, essayant de mettre à la disposition des femmes venant au centre autant de matériel imprimé et non-imprimé que possible. Il sera aussi centre de recherches et de publications car il existe un réel besoin de matériel écrit d'un point de vue philippin sur
l'ensemble des questions femmes et nous me complet d'éducation participative et interculturelle sur les femmes.
La quatrième stratégie est le savoir féministe. Il y a une différence entre le savoir féministe et l'éducation. L'éducation féministe consiste à faire surgir la prise de conscience, à ouvrir les esprits, alors qu'avec le savoir téministe, nous essay ons d'introduire la perspective féministe dans les différentes disciplines, comme la théologie, la psychologie, l'histoire, etc. Les associations qui font ça dans Gabriela sont l'Association des femmes en théologie et l'Organisation nationale mes religieuses des Philippines. un aspect très important parce que les qu'il existe vraiment une racine religieuse à l'oppression des femmes. C'est pour cela qu'il est vital que la religion soit repensée d'une façon bien déterminée du point de
Quant à la cinquième stratégie, c'est l'action légale. Nous avons utilisé cette stratégie lors de la campagne de tapisserie que nous avons lancée pour que les droits des femmes soient inclus dans le projet de nouvelle Constitution à la fin 1986-début 1987. Les femmes ont artistiquement présenté leurs droits sur des tapisseries et le succès n'a pas été ment en termes de mobilisation, mais aussi dans le fait que les rédacteurs de la Constitution y ont effectivement inscrit une déclaration sur l'égalité des droits.
Nous réalisons aujourd'hui, cependant, qu'il ne sert à rien de l'inscrire dans la Constitution s'il n'y a pas de législation à ce sujet, et nous sommes à présent occupées à préparer notre agenda législatif. Nous rédigeons un article de loi pour que le gouvernement décide de créer un fonds de développement économique pour les femmes. D'autres projets proposés sont des lois concernant la pornographie, la prostitution des enfants et les violences contre les femmes. Quelque chose est en train de se passer du côté légal, et nous avons également l'intention d'organiser des femmes avocates qui apporteraient un soutien juridique gratuit aux femmes, quels que soient leurs problèmes, mais plus spécialement en cas de viol.
La sixième serait la protection sociale. Nous manquons toujours d'équipements sociaux, tel qu'un centre contre le viol, un centre pour les femmes battues, etc. Les premiers pas ont été faits par Hilda Narciso qui a été violée par une bande de militaires et qui a dû subir trois ans de thérapie. Elle a publiquement dénoncé ses agresseurs à la télévision, suite de quoi, d'autres victimes sont venues la voir. Il y a aujourd'hui environ sept femmes avec lesquelles elle fait de la thérapie de groupe. Leur objectif principal est de fonder un centre d'accueil en cas de
Concernant les autres activités sociales de Gabriela, nous avons commencé à nous intégrer à des projets municipaux dans des quartiers urbains pauvres. Nous proposons aux femmes de ces zones un projet leur permettant d'acquérir des resdans le but de les rendre autosuffisantes et capables de payer les frais de crèche. Des ensembles de cette nature, une crèche, un projet de subsistance et une clinique de premiers soins, ont été réalisés en quatre endroits, mais Samakana (Groupe urbain des femmes pauvres) se donne 36 zones comme objectif.
Notre dernier axe stratégique est la solidarité internationale. Nous réalisons que notre lutte n'est pas seulement nationale, mais internationale. Et il est bon pour nos femmes de voir réellement ce qui se passe dans le monde entier. Le programme Solidarité internationale des femmes-Philippines (WISAP) que nous proposons chaque année, organise des expositions pour les femmes qui viennent du monde entier.
• Comment avez-vous célébré le 8
— En mars dernier nous avons eu notre semaine habituelle des femmes. Nous avons débuté par un défilé aux flambeaux, avec d'autres groupes. Le thème en était "Les femmes disent non à la guerre totale" (2). Nous nous rendons compte guerre totale est ce qui fait tellement souffrir les femmes aujourd'hui aux Philippines. Elles sont touchées par ce que font les groupes de militaires et de vigilantes (3). Ensuite, nous avons eu un tiangue, une foire, pour la première fois à Quiapo, sur la place du marché populaire de Manille. C'était en même temps un projet de subsistance pour les femmes parce qu'elles ont pu y vendre ce qu'elles avaient réalisé dans leurs groupes de couture. Les gens ont été très intéressés et voulaient savoir ce que faisait Gabriela. Nous avions organisé un groupe de jeux où de nombreux enfants du voisinage sont venus. Puis, nous eûmes un séminaire sur les femmes et la santé. Une ouvrière, une paysanne, une femme des quartiers pauvres ont pris la parole, en face d'elles on trouvait des médecins et quelqu'un du ministère de la Santé. Nous les avons entendues décrire les risques multiples qui menacent la santé des femmes dans leur situation particulière. Le groupe d'Action médicale a dessiné, pour les femmes, un projet davantage basé sur la communauté locale que sur l'hôpital.
Le 9 mars, nous avons fait une manifestation de la Plaza Miranda à Mendiola. Une chose significative est qu'en dépit du fait que seule Gabriela avait appelé à cette marche, près de 5 000 femmes sont venues de différentes provinces. Un contingent masculin s'y est joint et a défilé à l'arrière de la manifestation. Je pense qu'il est bon que nous montrions que nous ne sommes pas un mouvement anti-mâle, car nous sommes pour une société véritablement égalitaire où les hommes et les femmes pourraient développer une société meilleure et ne pas être des adversaires.
Un événement très important, qui a rehaussé l'éclat de la semaine des femmes, a été le tribunal des femmes du 22 mars Nous avions déjà 30 femmes du WISAP avec nous, nous avons donc demandé à dix d'entre elles d'agir comme un jury international, et nous avons invité un juriste indien dans ce but. 12 cas avérés de violation des droits des femmes ont été présentés. Il se produisit un incident touchant, dû à une femme victime d'une grenade à main. Elle a perdu ses yeux, elle est enceinte et la moitié de son corps est paralyse. Trois temmes ont du la porter a la tribune d'où elle a apporté son témoignage. Les juges ont fait une excellente déclaration. Avant la tenue du tribunal nous avons eu un service liturgique et ils m'ont proclamée babaylan, prêtresse. Quand il y a une babalyan c'est un peu comme si on revenait aux anciens temps.
• Quand vous dites que Gabriel: tait seule dans cette manifestation, cela signifie-t-il que les groupes qui ne sont pas affiliés à cette organisation avaient leurs propres manifestations ?
— Non, il n'y a pas eu d'autres manifestations. Il y a eu d'autres activités, auxquelles Gabriela s'est également associée. Il y a eu, par exemple, un symposium sur les femmes et le travail, où quelques femmes de Gabriela étaient oratrices. Il y a eu une autre foire au Centre culturel des Philippines et nous y avons également participé bien que nous ayions la nôtre à Quiapo. Il y a eu de nombreux numéros culturels et musicaux et d'autres activités comme la promotion de livres. Mais nous ressentions fortement le besoin d'organiser cette marche contre la guerre totale, parce que cette question est cruciale pour les femmes. Comme l'a dit une femme de Pampaga, la guerre totale n'empêche pas seulement les organisations de fonctionner, mais les moyens mêmes d'existence des gens sont menacés. Le fait qu'ils ne puissent pas aller dans les champs avant 7 heures du matin et après 4 heures de l'après-midi limite le travail qu'ils peuvent accomplir.
• Quels problèmes rencontrez-vous dans l'organisation des femmes ?
- Il est facile d'organiser les femmes des couches pauvres. Avec les femmes des classes moyennes cela peut devenir très difficile. Cependant, les groupes de vigilantes constituent le principal problème actuel pour organiser les femmes de la base. Une propagande systématique est faite contre Gabriela, nous amalgamant avec toutes les organisations qu'ils considèrent comme des fronts communistes. Nous avons sérieusement été victimes des activités des vigilantes. Trois femmes membres de Amihan ont été tuées, dont deux décapitées, et l'une d'elles, enceinte, a été
2) En 1987, la présidente Corazon Aquino a déclaré la "guerre totale" contre les guérillas communistes de la Nouvelle armée du peuple (NAP) et du démocratique national (FDN).
3) Les groupes de vigilantes sont des organisations civiles anti-communistes, souvent directement liées à l'armée et qui répandent la terreur dans les provinces et dans quelques quartiers de Manille. Amnesty International a publié un document mettant en garde contre ces très graves développements (voir Inprecor numéro 265 du 9
éventrée. Dans des régions comme Panay et Davao, nos membres ne peuvent se rencontrer. Les présidentes des diverses associations ont été forcées d'aller se rendre dans les commissariats locaux, sinon on faisait exploser leur maison.
• Savez-vous quelle est l'importance aujourd'hui accordée à la lutte des femmes par les organisations clandestines du Mouvement démocratique national ?
- Il existe un mouvement de femmes au sein de la lutte clandestine, Makibaka. Gabriela ne fait pas partie de Makibaka et vice-versa. Mon impression est qu'auparavant le mouvement clandestin avait l'habitude de considérer la question des femmes comme une "contradiction secondaire", mais que les femmes impliquées dans cette lutte réussissent mieux, aujourd'hui, à persuader l'ensemble du mouvement de reprendre à son compte la cause des femmes et de ne pas la laisser seulement aux femmes.
• Quelles difficultés rencontrent les organisations de femmes comme le KMK en particulier, face à une organisation plus puissante comme la confédération syndicale du Kilusang Mayo Uno (KMU, Mouvement du Premier mai) 7 Comment travaillent-elles ensemble concrètement ?
- En ce qui concerne le KMK et le KMU, en fait les relations sont telles que le KMK n'est pas au-dessous du KMU. Le KMK œuvre comme secteur femme du KMU, mais reste une organisation autonome qui a son propre programme et sa direction propre et même son propre financement. Il y a au KMU des femmes qui n'appartiennent pas au KMK. Bien sûr il y a des problèmes concrets, comme lors des manifestations, les femmes doivent-elles y aller ensemble sous un seul drapeau ou vont-elles rejoindre divers contingents sectoriels ? La compréhension de ce point concret a été de conserver un contingent de femmes et quand les femmes rejoignent les divers secteurs, elles apportent aussi le drapeau de Gabriela avec elles.
• Qu'en est-il des autres groupes de femmes ? En quoi diffèrent-ils de Gabriela ?
- KBP, dirigé par Aida Lava, travaille aussi avec les femmes paysannes. Nous les coordonnons et leurs préoccupations se centrent spécifiquement autour des femmes et de la paix. Les comme Kalayaan et Philippina sont des organisations importantes et ont leurs propres activités. Il y a aussi Lakas ng Kababaihan, le secteur femmes de Bisig (4) et des groupes femmes plus traditionnels. Il faut quand même mentionner la Commission nationale sur les femmes du gouvernement. La nomination de Remy Rikken à ce poste a donné de nouvelles perspectives à cette commission qui paraît intéressée à collaborer avec les organisations non-gouvernementales, alors qu'aupara-vant elle travaillait toute seule. La commission nationale a initié une série de consuitations, par exemple sur la recherche, la santé, les mass-médias, etc.
De plus, une nouvelle initiative a été l'instauration de la Fondation pour le développement des femmes. Quelques femmes ayant des responsabilités en font partie, dont moi et d'autres personnalités. Nous avons eu un congrès à Urduja (5) dans la province de Pangasinan, pour lequel environ un millier de femmes se sont mobilisées. Deux choses ont été décidées au cours de ce séminaire : d'abord de former une fondation pour les femmes et le développement qui se préoccuperait de la façon dont les femmes sont affectées par le développement, de quelle façon les femmes peuvent analyser, critiquer, le cadre économique actuel et comment elles peuvent s'y inscrire. Ensuite, nous travaillons à une législation demandant au gouvernement de prévoir un fonds pour le développement économique des femmes, et de créer des services femmes dans tous les ministères, avec à leur tête un vice-
• Que Cory Aquino soit une femme, a-t-il aidé à faire progresser la lutte des femmes?
— Je ne pense pas qu'elle soit là parce qu'elle est une femme, mais malgré le fait qu'elle soit une femme. Dans une interview, on lui a demandé si elle était féministe. Elle a répondu qu'elle ne l'était pas d'une façon organisée, mais qu'elle est pour les droits des femmes. Ce qu'on peut constater, c'est qu'il existe une conviction qu'une législation spécialement orientée en faveur des femmes devrait exister. Elle a aussi proclamé un "mois de la femme". Dans les faits, cependant, il n'y a rien de nouveau, rien de vraiment différent dans
• De nombreux lecteurs dinprecor seront surpris de voir que la dirigeante de Gabriela est une religieuse...
— Oui, je le suppose ! Il existe aussi une oppression des femmes dans l'Eglise, vous savez ! Et plus que ça, il y a toute la question des racines religieuses de l'oppression, qui touchent même les gens en dehors de l'Eglise. Donc en tant que femme et religieuse, je suis d'autant plus intéressée à ce que la religion soit une force de libération plutôt que d'oppression des temmes.
• Les Philippines sont un des rares pays qui ne reconnaissent toujours pas le divorce... Quels sont les débats sur des questions comme l'avortement et le divorce ?
— Ces questions ne sont pas encore aux Philippines. Dans la commission de Gabriela sur les droits de la femme comme reproductrice, des discussions commencent sur ces problèmes. Je pense qu'il s'agit ici d'une question d'efficacité. Si Gabriela commence à organiser des femmes sur ces questions, personne ne nous écoutera. Même aujourd'hui, il s'agit d'une propagande clandestine. Par exemple, quand nous nous sommes opposées à l'introduction d'une clause sur l'avortement dans la Constitution, sans même avancer aucun argument pour ou contre l'avortement, mais en disant simplement qu'il était inutile d'introduire une clause à ce sujet dans la Constitution, nous avons reçu de nombreuses critiques. C'est très difficile.
• Même dans le milieu féministe ? - Il y a une émission de télévision intitulée L'heure des femmes. Dans ce programme on trouve des discussions sur l'avortement et le divorce. En fait, au cours d'une de ces émissions qui débattait du divorce, toutes les femmes interrogées se sont prononcées en faveur du divorce, au cas par cas (sur la base de cas individuels).
Je ne pense pas qu'une loi sur le divorce serait votée à l'heure actuelle même si des femmes sénateurs comme Nikki Coseteng et Shahani sont favorables au divorce en fonction des cas particuliers. Mais je dois dire que ni l'avortement, ni la contraception ne sont réellement discutés, même si 80% des femmes des classes moyennes utilisent la contraception eL sil y a un grand nombre d'avortements. Ce n'est tout simplement pas discuté. Il n'y a aucun moyen de traiter l'ensemble de la question.
Propos recueillis par Sonia RUPON Juin 1988.
4) Bisig, qui signifie "arme", est le sigle d'une organisation socialiste indépendante des Philippines.
5) La princesse Urduja de Pangasinan est la plus célèbre des femmes dirigeantes de la société pré-espagnole. Habile au maniement des armes, elle conduisait une armée de femmes.