LE PROBLEME DES RELATIONS entre les diverses républiques et rebondir et s'aggraver avec les manifestations violentes que viennent de connaître le Monténégro, l'une des républiques de Yougoslavie,
A l'instar du Kosovo où, depuis juillet der _*, des dizaines de milliers de personnes de nationalité serbe ou monténégrine ont manifesté, la Voïvodine est une province autonome de la république de Serbie.
Or, une nouvelle constitution est en préparation et c'est dans ce cadre
- les différences de niveau de vie sont criantes d'une partie à l'autre du pays - est un des éléments-clés de cette montée du nationalisme.
politiquement turbulentes, telle la Slovénie, en jouant pour ce faire du événements peuvent amener à se demander si ce n'est pas là jouer
C'est dans cet imbroglio que s'est déroulé au mois de juillet, le procès militaire, les quatre ont fait appel et furent laissés en liberté provisoire.
Inprecor a rencontré Marko Hren, Braco Rotar et Tomaż Mastnak,
YOUGOSLAVIE
L'imbroglio national nationalités qui composent la fédération yougoslave, vient de qui s'enchainent a celles de la population serbe dans la région de
Voïvodine, jusque-là restée relativement calme.
Ces deux entités jouissent d'une large indépendance en matière légale et économique, quasi-identique à celle des 6 républiques de Yougoslavie.
que les populations serbes de ces deux provinces réclament une intégration pure et simple à la république de Serbie.
L'inégalité économique des différentes régions de Yougoslavie
Et il n'est guère étonnant de voir à côté des revendications proprement nationales, s'exprimer des exigences et des revendications ouvrières.
Il faut y ajouter la volonté affichée par le président du parti serbe,
Slobodan Milosevic, de reprendre en main certaines régions sentiment national de la population serbe. Toutefois, les derniers avec le feu...
de 4 jeunes Slovènes arrêtes en mai dernier, sous l'inculpation de
"révélations de secrets militaires" (1). Condamnés par un tribunal
Des dizaines de milliers de Slovènes se sont mobilises depuis les arrestations à l'appel du Comité pour la défense des droits de
/Homme, qui s'etait aussitot constitue.
qui font actuellement une tournée europénne pour ce Comité.
INPRECOR : Pouvez-vous nous expliquer la raison de fond du procès qui s'est tenu à Ljubljana ?
- TOMAZ MASTNAK : Pour essayer de comprendre le procès de Ljubljana, il faut prendre en compte les développements économiques et politiques qu'a connus notre pays depuis environ 1984. Pour parler très généralement, il existe, à l'échelle de la Yougoslavie, un conflit entre deux tendances politiques. La première est un mouvement pour la démocratisation et la modernisation, la seconde est une contre-tendance qui voudrait préserver la situation telle qu'elle est, qui cherche à reproduire ce système, à assurer le maintien de ceux qui ont le pouvoir depuis plus ou moins 1945.
La première de ces tendances, vers la démocratisation, s'exprime principalement en Slovénie, dans la partie nord de la Yougoslavie, mais elle ne se limite pas à cette région. L'autre est pour l'instant dominante en Serbie, dans la partie sud du pays. Nous pouvons donc parler d'une division Nord-Sud dans laquelle le Sud idéologiquement et politiquement parlant plus conservateur el plus orthodoxe, dans le sens de la tradition bolchévique, domine la partie nord, plus développée. Quand nous parlons de la démocratisation dans notre pays, le premier point à souligner est que nous parlons d'un mouvement surgi d'en bas. C'est l'auto-organisation indépendante de la société, fruit des initiatives indépendantes, des mouvements sociaux indépendants, qui a commencé à faire pression sur le système politique le forçant ainsi à se moderniser, à devenir plus tolérant et plus démocratique.
Les forces pour la démocratisation regroupent à la fois les initiatives indépendantes et certaines structures politiques de Slovénie. Parmi ces dernières, il faut mentionner la première place occupée par l'Alliance des jeunes socialistes de Slovénie que nous décrivons parfois comme étant l'agent de la société civile dans le système politique. Elle joue un rôle de médiateur entre les initiatives sociales et le système politique, les lieux où les décisions politiques sont prises. Mais le parti communiste slovène a également commencé à se moderniser, il est devenu plus libéral, il essaie de rationaliser son activité, il se fait l'avocat de la modernisation de la société, d'une économie plus libérale, d'une plus grande indépendance des décisions politiques et économiques, et il est prêt à dialoguer avec la société. Ce n'était pas le cas voilà dix ans.
En face, nous avons une force conservatrice qui a perdu toute crédibilité politique et idéologique. Elle est incapable de mobiliser une quelconque activité sociale. Sa seule façon d'agir consiste à s'assurer du soutien de l'appareil répressif de l'Etat. Ils doivent se réfugier derrière l'armée et la police. Mais ce n'est pas tant la police qui joue le rôle principal de préservation de l'ordre établi que l'armée.
Cela est vrai depuis 1984, mais c'est apparu surtout très clairement depuis 1986, date du congrès de l'organisation de jeunesse slovène, où un programme politique que nous pourrions qualifier d'alternatif fut accepté. L'armée joue un rôle décisif : c'est elle qui est le plus disposée à lutter contre ce mouvement démocratique qui se développe en Slovénie et dans les autres parties de la Yougoslavie. Nous pouvons parler d'un conflit entre les forces démocratiques et l'armée. Cette dernière est devenue la gardienne du statu quo au profit de ces forces rétrogrades.
Ce procès n'est qu'un moment de cette contre-offensivé de l'armée et des forces conservatives.
Reprenons les faits. Il y eut une réunion du Conseil militaire à Belgrade. Cette instance à un pouvoir consultatif, elle doit conseiller comment agir au Président de la Yougoslavie dans les cas de guerre ou de danger grave mais ce n'est pas un organe politique. Lors de cette réunion en mars, le Conseil militaire acceptait une déclaration disant que la contre-révolution était à l'ordre du jour en Slovénie. C'était là une déclaration clairement politique et, conséquence de cette déclaration, l'armée commença à avancer quelques mesures pratiques à prendre pour
1) Voir Inprecor (sur procès) numéro 269 du 4 juillet 1988 et numéro 271 du 5 septembre 1988.
réprimer cette soi-disant contre-révolution. Deux semaines après cette réunion du Conseil militaire, se réunissait secrètement et à huis-clos, à Belgrade, le Comité central de la Ligue des communistes de Yougoslavie, (LCY) où le secrétaire général du Parti communiste de Slovénie essayait de repousser ces accusations. Il polémiqua contre le conseil militaire, révélant dans son discours certaines procédures employées : une délégation spéciale de l'état-major de l'armée avait été envoyée au ministère des Affaires intérieures à Ljubljana pour lui demander si la police serait en position de contrôler la situation dans le cas où l'armée arrêteraient certaines personnes du fait de leur activité démocratique.
Ces détails-là et d'autres similaires, figuraient dans le discours de Milan Kucan Les minutes de ce discours furent rendues publiques, je ne sais pas comment, mais le fait est que depuis le début mai, il n'y avait plus seulement des rumeurs courant en Slovénie selon lesquelles l'armée était en train d'essayer de préparer une intervention, mais aussi des photocopies de ce discours secret de Milan kumain, en grande quantité. C'est d'inquiétude qui régnait en Slovénie aux mois d'avril et mai que se produisent les arrestations. Elles furent perçues par la population slovène, comme par les forces démocratiques dans d'autres parties de la comme la première
Yougoslavie, étape de la réalisation de cette tentative de restaurer force, et comme une attaque directe contre la démocratisation en Slovénie. Voilà pourquoi il y a eu tant de gens prêts à résister à ces tentade résoudre les problèmes tives politiques et sociaux par la répression.
Trois jours après les arrestations, un Comité pour la défense des droits de l'Homme était fondé, organisme de coordination des différents groupes politiques et sociaux résistant à la répression. Un très grand nombre de gens, individuellement ou collectivement, se regroupèrent au sein du Comité. A l'heure actuelle, ce dernier a plus d'un millier de membres collectifs et plus de 70 000 membres individuels, soit ensemble, plus de 100 000 personnes, pour la plupart de Slovénie mais pas uniquement. Quand nous parlons des membres collectifs du comité, il faut comprendre que c'est très hétérogène.
D'une part nous trouvons des collectifs issus du mouvement social, d'autre part des organismes de base des syndicats ou du
Parti communiste. Le Comité comprend des étudiants, des ouvriers, des intellectuels, des organisations professionnelles, religieuses, culturelles, des journaux, etc.
C'est la première fois depuis la guerre que l'Eglise prend une position politique claire. Nous avons à faire réellement avec un organisme qui est représentatif de l'ensemble de la société. Toutes les classes, toutes les couches de la société slovène en sont partie prenante. C'est un mouvement démocratique de toute une nation.
Le comité s'est largement consacré à l'analyse des nombreuses violations de la loi et de la Constitution qui eurent lieu pendant le procès et l'enquête et le comité essaya d'aider les quatre accusés, aujourd'hui condamnés. Quand nous parlons des activités de ce comité, il faut mentionner les réunions régulières de ce Collège qui était une sorte de comité de coordination ou de direction du comité se réunissant tous les jours, voire deux fois par jour ; les séances plénières du comité, au moins une fois par semaine, qui regroupaient plusieurs centaines de personnes ; et les manifestations. Par exemple, celle qui fut organisée le 26 juin à Ljubljana et qui fut la plus grosse manifestation depuis la Seconde Guerre mondiale réunissant environ 40 000 personnes.
La seconde manifestation importante organisée par le comité, le fut à l'occasion de l'anniversaire de l'Indépendance, le 4 juillet. Cet anniversaire est génépar les autorités, mais cette année, à côté de la cérémonie officielle, s'en tint une autre, alternative. Et alors que la manifestation officielle ne réunissait que quelques centaines d'indiplus de 10 000 personnes assistaient à celle organisée par le comité. Et il faut souligner que le comité avait organisé cette manifestation alternative en collaboration avec les vétérans de la lutte de libération nationale. C'est la première fois que cette tradition de résistance nationale devient un moment du mouvement démocratique. D'habitude, cette tradition était utilisée contre les partisans des réformes démocratiques présentés comme les ennemis de la tradition. Il est important de le souligner pour montrer que le régime a non seulement perdu sa crédibilité actuelle, mais aussi sa légitimité historique.
• Quelle fut la position des autorités slovènes sur ce procès ?
- MARKO HREN : Après les violations de la loi et l'arrogance montrée par la cour militaire pendant le procès, il est clair pour tous que ce dernier n'est basé sur aucun argument juridique réel, c'est purement un procès politique. Voilà pourquoi également le comité a toujours insisté sur la question de la légalité et de la procédure suivie, pourquoi nous avons exigé un procès public, la possibilité pour les accusés d'être jugés dans leur langue, etc. Puis, quand nous avons connu tous les documents auxquels Tomaz faisaient allusion, nous avons mis l'accent sur le contenu des documents des militaires, en révélant, non des secrets militaires, comme le pouvoir voulait le faire croire, mais la signification politique de ces documents. Le comité s'est efforcé d'obliger le président de Slovénie à se prononcer sur ce document, ce qu'il ne fit pas. Nous avons posé la question au président de la république de Slovénie : ce document est-il constitutionnel ou non ? Sa première réponse fut qu'il ne pouvait faire aucune déclaration sur ce document, qu'il n'était pas compétent pour ce faire, disant que seul le président de la Yougoslavie a autorité pour donner des déclarations sur des documents militaires puisqu'il est également Commandant en chef des forces armées. Alors nous avons lui avons reposé la question en nous basant sur un article de la Constitution disant que chaque citoyen de la République est gardien de la Constitution, ce qui vaut aussi pour le Président de la Slovénie. Sur cette base, nous lui avons demandé de nous donner son opinion sur ce document. Le jour suivant, il nous fit parvenir sa réponse à notre deuxième demande, en disant qu'il ne répondrait jamais à notre question sur le fond, car ce n'était pas le bon moment pour répondre à ce type de question, parce que cela mettrait sérieusement en danger le peuple slovène et le président de la Slovénie en conflit sérieux avec les autorités fédérales. Si on lit cette réponse entre les lignes, on peut l'interpréter de la manière suivante : "Chers amis, c'est anticonstitutionnel, mais ce n'est pas le moment de le dire car cela pourrait provoquer un conflit avec les militaires, pouvant aller jusqu'à
une intervention militaire". C'est pour nous une preuve que ce document est totalement anticonstitutionnel car il donne des pouvoirs à l'armée que l'armée ne peut avoir normalement qu'en période de guerre, lors de "circonstances anormales", lesquelles ne peuvent être établies que par le Président de la Yougoslavie, par le pouvoir civil. L'armée ne peut le faire elle-même.
• La crise politique est telle en Yougoslavie qu'elle implique selon vous de recourir directement à l'armée ?
- BRACO ROTAR: Ce rôle de l'armée dans les pays socialistes touche de près la nature même des régimes du "socialisme réel". Je crois que ce rôle spécifique relève de la situation du communisme de guerre établi par Staline, où il n'y a aucune séparation entre la sphère politique et la sphère militaire. L'intervention militaire peut toujours discipliner la population. C'est également vrai pour la Yougoslavie. Nous avons à faire à un régime politique qui est très militarisé. Presque tous les dirigeants sont aussi des militaires ou des policiers. Tacitement, l'armée peut s'ingérer dans la vie sociale. Certains articles de la Constitution, comme certains articles de loi, ouvrent la possibilité d'une intervention militaire. On peut déclarer l'état de siège régional, on peut arrêter toute personne sur la seule présomption d'un délit contre l'Etat. Et les limites de ces lois sont mal définies, elles peuvent être utilisées à discrétion selon les circonstances.
• L'armée serait-elle prête à prendre le pouvoir?
TOMAZ MASTNAK : La société, la politique ont été tellement militarisées dans notre pays, qu'il n'est pas nécessaire à l'armée d'intervenir directement. Elle est déjà présente dans tous les secteurs de la vie politique et sociale. Dans la situation actuelle, si la loi martiale était proclamée, l'armée prendrait la responsabilité de la situation, alors qu'aujourd'hui, elle a le pouvoir mais ne porte pas la responsabilité qu'elle aurait dans le cadre d'un coup d'Etat militaire. Mais nous pouvons parler d'une tentative de l'armée d'intervenir plus directement, et ce qui était prêt pour la Slovénie ne s'est jamais produit en Yougoslavie, ce serait une étape supplémentaire dans la militarisation de la société et la politisation de l'armée. Et tout pas en avant dans ce sens aurait pour effet de déstabiliser le pays, détruire l'économie, dissoudre la vie politique et aggraver la situation.
• Les choses vont donc rester en l'état ?
- BRACO ROTAR : Le fait de conserver le statu quo est un peu illusoire, car ce statu quo est un équilibre qui dure depuis des décennies et maintenant les ressources manquent pour le préserver. Ces tentatives de maintien sont passéistes. Selon moi, il y a deux tendances assez proches, celle qu'on peut voir en Serbie avec Milosevic et ce populisme serbe que l'on pourrait nommer "serbisme" ouvert, l'autre qui est une tendance "yougoslaviste" qui n'est en fait qu'un serbisme déguisé, car elle est dirigée dans sa majorité par les Serbes. La fédération et les institutions ont un caractère serbe très marqué.
MARKO HREN : Tous les cadres militaires sont dirigeants du Parti communiste en même temps. Toutes les autorités civiles sont en même temps des autorités militaires, il n'est donc pas nécessaire aux militaires de prendre le pouvoir, ils l'ont déjà. Cette mixture fut parfaitement symbolisée par le maréchal Tito et après sa mort, après la disparition de ce symbole, des mouvements apparurent qui voulaient définir le rôle respectif des militaires et du Parti communiste, renforcer le contrôle de la société civile. Il fut ainsi proposé que le ministre de la Défense soit un civil et non un militaire ce qui est chez nous la règle.
- BRACO ROTAR : Nous pensons que la séparation des sphères militaire et politique contribuerait à résoudre la crise économique que connaît la Yougoslavie. mobiles à Maribor attribue une certaine cette dernière déclare qu'elle n'a pas d'argent pour payer. La présidence du gouvernement slovène n'a rien mieux que de proposer un nouvel impôt pour renflouer financièrement l'armée afin qu'elle puisse payer ce qu'elle doit ! Les députés ont refusé la proposition, puis le gouvernement a essayé de faire pression sur les maires ce, avec succès et, quinze jours après une nouvelle demande était posée visant à augmenter le taux d'imposition de "solidarité" avec les régions les moins développées du pays, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine, etc.
- MARKO HREN : Ce sont les nouveaux mouvements sociaux, l'organisation de jeunesse slovène et l'hebdomadaire Mladina qui exercèrent les plus fortes pressions pour cette démilitarisation de la société et du pays.
• Dans toutes les républiques de Yougoslavie, on assiste à une montée de nationalismes antagoniques... Les mouvements indépendants sont-ils capables de jouer un rôle pour dépasser ces divisions qui, finalement, servent assez commodément le pouvoir central ?
TOMAZ MASTNAK : Nous avons à faire en Yougoslavie à deux types de développement politique et économique, l'un slovène, l'autre serbe. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce qui se passe en Serbie. Nous avons assisté à de nombreuses manifestations de masse en Serbie dans les derniers mois, mais aussi à des manifestations de la minorité serbe au Kosovo. Ces mouvements nationalistes en Serbie ont été déclenchés et favorisés par la direction autoritaire serbe, direction qui s'est formée après la prise de pouvoir de Milosevic à l'automne dernier. Depuis qu'il est au pouvoir, il a systématiquement essayé de provoquer un climat nationaliste émotionnel et de créer un climat d'irrationalité politique. L'un des premiers actes de son gouvernement fut de purger la rédaction des journaux serbes pour avoir ainsi tous les médias à sa botte. Et ces médias ont commencé à mener une campagne contre la population albanaise au Kosovo et contre les Slovènes traitant les forces démocratiques slovènes de contre-révolutionnaires. Ces mouvements de masse nationalistes ont des traits communs avec les mouvements de masse fascistes. Ce sont des mouvements populistes de droite, ils combinent des caractéristiques staliniennes ou néo-staliniennes avec des traits fascistes. Dans ces manifestations, les gens appellent aux armes, à la violence, demandent une intervention militaire, à l'armée de prendre la situation en main. également à faire à un mouvement de masse ou à un mouvement nationaliste également en Slovénie, mais les différences entre ces deux mouvements nationaux sont très importantes. En Slovénie, la question nationale est le moment d'un mouvement démocratique plus large, c'est seulement l'une des revendications d'une poussée démocratique. Et quand nous parlons d'un regain de nationalisme en Yougoslavie, il faut bien faire la différence entre ces deux types de nationalisme.
Pour parler des contacts qu'entretient le mouvement démocratique slovène avec les mouvements démocratiques du reste de la Yougoslavie, nous avons toujours essayé d'avoir des contacts avec ces mouvements. Il existe des petits groupes identiques à ceux de Slovénie et nous avons des contacts avec eux, notamment à Zagreb où se sont formés des groupes féministes, pacifistes et écologistes, et d'autres à Belgrade. Mais ces deux dernières années, avec cette campagne menée contre la Slovénie, il est de plus en plus difficile de trouver un langage commun sur certains points. Et nous avons été déçus quand nous avons appris, par exemple, que même des gens très connus dans les cercles démocratiques à Belgrade, soutenaient Milosevic. Il est très difficile de discuter avec eux en termes rationnels de la question du Kosovo ou du problème slovène, car il existe tant de tensions émotionnelles.
- MARKO HREN : Beaucoup des mouvements indépendants apparus en Yougoslavie se sont organisés en Slovénie, non seulement à Ljubljana mais aussi dans d'autres villes, Maribor, voire des petites villes où existent généralement des groupes écologistes qui se sont constitués sur un problème d'environnement existant (centrale nucléaire, pollution, etc.). Deux groupes féministes se sont formés à Ljubljana, des groupes gays, pacifistes et autres. Tous ces mouvements sont organisés sous couvert de l'organi-
sation de jeunesse, des organisations étudiantes ou des mouvements culturels légaux qui existent et qui rendent ainsi possible la légalité de leurs activités. commencement, en 1983-1984, le mouvement alternatif de Ljubljana était organisé en un seul groupe qui se scinda ensuite en sept sur des thèmes différents.
Existe également à Zagreb, la capitale de la Croatie, un groupe qui s'est formé voilà trois ans. Il a eu quelques problèmes pour légaliser ses activités et resta illégal pendant un moment. Comme en Slovénic, les groupes alternatifs qui existent dans les petites villes de Croatie agissent surtout sur des questions écologiques.
Les groupes slovènes ont de très bonnes relations avec ceux de Croatie, notamment ceux de Zagreb. Nous sommes sur les mêmes positions, nous avons les mêmes préoccupations. Dans d'autres républiques, en Bosnie, en Serbie, en Macédoine, au Monténégro, il n'existe pas de groupes alternatifs organisés mais seulement des individus.
Il faut mentionner à part la Voïvodine, où à l'ombre d'une partie de l'organisation de jeunesse qui est très libérale, se sont constitués des groupes alternatifs, notamment pacifistes et écologistes, mais aussi des droits de l'Homme. Ils étaient très actifs voilà deux ans quand ils menèrent toute une campagne contre la construction d'une nouvelle centrale nucléaire, mais il semble que leur activité se soit mise en sommeil ces derniers temps.
• Avez-vous également des contacts avec les mouvements indépendants qui existent dans les différents pays de l'Est ?
- TOMAZ MASTNAK : Quand nous parlons des contacts entre les mouvements ou initiatives démocratiques en Yougoslavie, avec des mouvements similaires en Europe de l'Est, il faut souligner que le rôle central dans l'établissement de ces relations a été joué par le mouvement pacifiste de Ljubljana. Ce groupe a systématiquement travaillé à établir des conlacis avec les mouvements pacifistes indépendants dans tous les pays de l'Est, avec les Hongrois, les Tchèques, avec les Polonais, et en Allemagne de l'Est. Et nous commençons à avoir des contacts, au moins épistolaires, avec des groupes en Union soviétique. Nous pensons que ces contacts sont fondamentaux pour toute démocratisation possible du bloc de l'Est, et pour toute intégration démocratique de l'Europe. Nous avons réalisé qu'il est très difficile d'établir un dialogue entre l'Ouest et l'Est, mais nous nous sommes rendu compte qu'il était encore plus difficile d'établir un dialogue Est-Est. Depuis 1985-1986, nous essayons de travailler systématiquement en ce sens. Nous avons organisé ensemble des forums, des séminaires, parfois de façon légale, parfois non. Nous sommes très heureux de voir que ces mouvements indépendants deviennent de plus en plus forts.
• Pour revenir aux mouvements indépendants en Yougoslavie même, les relations sont-elles systématiques ?
- TOMAZ MASTNAK : Partout et à chaque fois qu'il existe des initiatives indépendantes, nous prenons contact avec Mais les autorités font tout leur possible pour empêcher toute coordination horizontale entre structures indépandentes, qu'elles soient sociales, culturelles, politiques ou syndicales. Le pouvoir divise la Yougoslavie de façon systématique en des ensembles hostiles les uns aux les autres, mais en même temps, elles voudraient unifier le pays par force, de façon artificielle.
- MARKO HREN : Le meilleur exemple de cette segmentation systématique de la société, ce sont les grèves de mineurs de ces dernières années. Il est incroyable de constater que ces grèves ont éclaté dans toutes les régions de Yougoslavie, et que les mineurs n'avaient absolument aucune relation entre eux, aucune structure commune n'a vu le jour.
- BRACO ROTAR : Il n'existe aucune communication horizontale entre les gens qui sont atomisés. Et ce qu'a réussi le Comité de défense des droits de l'Homme sur ce plan, est un précédent important. Il a établi une relation de confiance entre les individus, détruisant la méfiance qui règne entre les individus du fait de la répression, de la délation. C'est une chose tout à fait nouvelle qui est possible parce qu'en Slovénie, nous agissons publiquement.
- MARKO HREN : Que les mouvements indépendants de différentes républiques partagent les mêmes idées et prennent des initiatives ensemble est extrêmement important dans la mesures où ces forces autoritaires dont nous parlions essayent systématiquement d'isoler chacune des républiques, afin de faire passer ces mouvements pour nationalistes. C'est une tactique très commune : chaque mouvement qui apparaît dans une république donnée est taxé de nationaliste, d'antiyougoslave, de séparatiste, etc. Or, il est très important qu'il existe des mouvements en Yougoslavie disant que c'est là une lutte commune pour la démocratisation de la vie politique de l'ensemble du pays.
• Existe-t-il aujourd'hui un danger d'éclatement de la république de Yougoslavie ?
- TOMAZ MASTNAK : Je voudrais dire une fois de plus que les forces sociales et politiques qui sont attaquées par les autorités officielles et accusées de vouloir détruire la Yougoslavie sont les seules forces qui sont en position de construire des liens réels entre les différentes républiques de l'ensemble du pays et ce, sur la base d'une plate-forme démocratique. Et inversement, les forces politiques qui clament qu'elles sont la seule garantie de l'existence de la Yougoslavie, comme l'armée par exemple, sont en fait les forces qui la détruisent. Toute unification par la violence signifierait dans un futur très proche l'éclatement de conflits tels qu'ils détruiraient le pays mais, malheureusement, il semble qu'il soit très difficile à certaines forces politiques de le comprendre.
Propos recueillis par Ariane MERRI ; 23 septembre 1988