Eric Hammond, expliquer pourquoi son syndicat ne devait pas être
Les délégués, représentant près de 9 millions de travailleurs affilles à des syndicats membres du TUC, ont voté à une écrasante majorité
Mais ce vote, très bien accueilli, n'a pas marqué le début d'une bataille contre les accords que concluent certains dirigeants syndicaux avec syndicat unique/clause de non-grève, baptisés accords sweetheart).
GRANDE-BRETAGNE
Scission du TUC
EN SEPTEMBRE DERNIER, les délégués au congrès annuel de la Confédération syndicale (TUC) britannique ont écouté, dans un silence de mort, le dirigeant du syndicat des électriciens, exclu de la Confédération.
l'expulsion du Syndicat des électriciens, électroniciens, des télécommunications et des plombiers (EETPU).
le patronat, accords qui échangent la reconnaissance comme syndicat unique dans l'entreprise contre la paix sociale (accords
Quelles sont donc les implications de cette scission pour la plus grande confédération syndicale unifiée d'Europe ?
Hilary ELEANOR
E SYNDICAT EETPU représente un courant du syndicalisme britannique qui est encore plus à droite que la direction majoritaire
TUC, elle-même fervente adepte de la philosophie du "nouveau réalisme". Le syndicat des électriciens s'est rendu célèbre comme numéro un des syndicats jaunes de
Grande-Bretagne. Il y a trois ans, les permanents de l'EETPU ont organisé le recrutement de jaunes pour le patron de presse Rupert Murdoch après quil avait renvoyé des journalistes et des imprimeurs et mis sur pied une opération antisyndicale pour sortir ses journaux. Le
TUC a fermé les yeux sur les activités de l'EETPU (finalement, seule une motion de censure a été votée), et a fait très peu pour soutenir la grève, longue d'une année, des
5 000 travailleurs de l'imprimerie licenciés (voir Inprecor numéro 236 du 16 février 1987).
L'avant-garde des jaunes
Depuis lors, l'EETPU a été à l'avant- garde de la négociation avec les patrons dans la conclusion d'accords syndicat unique/clause de non-grève. Mais cela en lui- même n'a guère inquiété la bureaucratie syndicale. Ce n'est que lorsque le syndicat d'Eric Hammond a refusé de se plier aux règles édictées par le TUC à propos de ces accords dits sweetheart, que les problèmes ont commencé.
Ces règles sont inscrites dans l'accord de Bridlington, qui date de 1939, et qui est un guide de lignes directrices et de procédures d'arbitrage destinées à empêcher les syndicats de débaucher mutuellement leurs adhérents. L'EETPU a été exclu du TUC pour avoir refusé d'obéir à deux règles établies par le Comité d'arbitrage de la Confédération, qui imposent aux syndicats de se retirer des accords syndicat unique/ clause de non-grève, dans des entreprises où d'autres syndicats existaient déjà. Cette année, le TUC a adopté un code de pratique pour les prochains accords sweetheart, ce qui montre qu'il n'y est guère opposé en principe, mais seulement aussi longtemps que ce n'est pas lui qui les ré-
L'impact de l'expulsion est difficile à estimer si peu de temps après l'événemais trois questions se posent maintenant. Quelles seront les conséquences de l'expulsion pour l'EETPU lui-même, en particulier dans ses relations avec les syndicats du TUC ? Le syndicat des électriciens cherchera-t-il d'autres alliances ? Qu'adviendra-t-il de la minorité de gauche qui est restée dans le syndicat ?
La réponse à la première question n'est pas claire. Plusieurs militants syndicaux affiliés au TUC ont déclaré qu'ils refuseraient de reconnaître au niveau local le syndicat exclu. Cela signifierait que dans de nombreux lieux de travail où existe un comité unitaire syndical pour les négociations, il y aura refus pur et simple de travailler avec les membres de l'EEPTU. Cela donnera des maux de tête aux patrons qui devront suivre un parcours dangereux de négociations parallèles, sur la corde, et ouvre la voie, en conséquence à de possibles conflits locaux dus aux batailles inter-syndicats.
Eric Hammond, dirigeant du syndicat des électriciens
Aujourd'hui que l'EETPU n'est plus lié (même théoriquement) par l'accord de Bridlington, les commentateurs ont prédit le déchaînement d'une guerre de recrutement, les syndicats du TUC ne reculant devant rien pour briser les branches de lEETPU et vice-versa. Historiquement, plusieurs syndicats de Grande-Bretagne ont été construits comme des cartels basés sur le métier dont les membres dépendaient d'un apprentissage rigoureux et long. L'impact du chômage et les attaques contre les syndicats menées par le gouvernement Thatcher, ont accéléré une dynamique déjà existante de fusions.
Quel avenir pour la gauche ?
Il existe aujourd'hui moins de 90 syndicats pour la première fois depuis 1872, alors que le nombre total des membres des n'était que de 255 000. Les syndicats se tournent vers l'extérieur dans leur lutte pour garder à la hausse le chiffres de leurs effectifs, et recrutent de plus en plus de travailleurs en dehors de leur sphère d'activité traditionnelle.
Dans son propre intérêt et en partie à cause d'un moindre degré d'auto-protection, l'EETPU fort de 350 000 membres, va sans aucun doute chercher de nouvelles alliances parmi les autres syndicats droitiers "jaunes" qui existent. Cela inclut le (UDM), qui a rompu avec le Syndicat national des mineurs (NUM) pendant la grève des mineurs de 1984-85, et des organisations comme l'Association professionnelle des professeurs et le Collège royal des infirmières (RCN). Mais même ainsi, la force totale d'une Confédération jaune rivale serait minuscule par comparaison avec le TUC.
Existe-t-il un avenir pour la gauche dans l'EETPU ? Les socialistes dans le syndicat ont durement fait campagne contre Hammond et l'exécutif, mais beaucoup ont décidé que de rester dans le syndicat
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A i
après l'expulsion n'était pas tenable et furent à l'origine d'une scission, le Syndicat des industries de l'électricité et de la plomberie (EPIU). Quelques socialistes ont prétendu que c'était une erreur, et que la gauche devait rester et lutter dans l'EEPTU malgré tous les problèmes. L'avenir de l'EPIU sera en fait difficile. Tandis que les patrons, pour des raisons évidentes, sont tout heureux de reconnaître les scissions syndicales de droite, comme l'UDM, ils hésiteront à reconnaître un syndicat nouveau et évidemment militant.
Pendant ce temps, de nombreux militants de gauche ou pro-TUC ont choisi de quitter l'EEPTU pour rejoindre les sections syndicales alternatives du TUC de leur secteur, surtout dans les deux syndicats généraux de masse les plus importants, le TGWU et le GMBATU. Vu les problèmes posés par le fait de rester dans l'EETPU comme les difficultés qui assailleront la scission de gauche, EPIU, c'est là probablement, la solution à court terme la plus sensée.
Le succès ou l'échec du projet d'Eric Hammond d'emmener son syndicat en dehors de la Confédération du TUC sera jugé sur le nombre de membres qu'il réussira à maintenir dans les rangs de l'EETPU.
Les retombées sur le Parti travailliste
Une autre répercussion de l'expulsion, et non des moindres, est le maintien de l'affiliation et de la participation de l'EETPU au Parti travailliste (1). Cette semaine, la conférence du Parti travailliste a voté de ne pas exclure le syndicat malgré les solides arguments de la gauche pour qui les individus adhérents au syndicat pourraient rester membres du parti, mais qu'il était scandaleux que la direction antiouvrière de l'EETPU puisse continuer à avoir son mot à dire dans la politique du parti et les élections internes.
En dehors du drame de l'affaire EETPU, le Congrès du TUC fut "business as usual", comme à l'ordinaire. Ce ne sont pas les luttes de cette année, menées par les travailleurs de la santé, les ouvriers de chez Ford, les marins et les postiers qui ont dominé l'ordre du jour. La principale discussion s'est tenue sur le projet conservateur de schéma de reconversion, dit "Apprentissage et emploi", destiné aux chômeurs de longue durée. Le congrès a voté de se retirer de la participation à ce projet, mais seulement de façon "conditionnelle"
Ce schéma de reconversion remplace 37 projets antérieurs de stages pour les adultes chômeurs, et est destiné à fournir des stages, en moyenne de six mois, pour 600 000 personnes. Cela a deux fonctions pour les conservateurs. D'abord cela réduira les chiffres officiels des sans-emplois, déjà si souvent manipulés par le gouvernement, que nul ne sait plus combien de gens sont réellement au chômage. Ensuite, cela fournira une réserve de main-d'œuvre bon marché pour l'industrie : ceux qui sortiront de ces stages recevront seulement des allocations sociales plus environ 10 livres par semaine. Un autre événement majeur du Congrès a été l'ovation en l'honneur de Jacques Delors, Président de la Commission européenne, qui a inévitablement parlé de l'impact de 1992 sur les syndicats. Pourquoi cette ovation ? L'opposition à l'entrée de la GrandeBretagne dans le Marché commun est depuis longtemps la ligne politique du mouvement ouvrier, mais aujourd'hui, commence à être acceptée comme inévita-
Le discours intelligent de Delors impliquait que l'Europe serait un réseau plus sûr de défense et d'extension des droits sociaux de base, pensée tentante qui n'a pas été perdue pour les dirigeants syndicaux britanniques qui ont souffert de la perte de trois millions de membres au cours des 10 dernières années et qui se préoccupent des prochaines mesures prises par Thatcher et son gouvernement.
La seule victoire claire pour la gauche au congrès du TUC a été l'adoption d'une motion demandant la fermeture de tous les réacteurs nucléaires, une motion proposée par Arthur Scargill du NUM. Mais dans les autres domaines, comme l'a dit Scargill : "Je pense que le congrès du TUC de 1988 sera jugé comme l'un de ceux qui est tombé en plein dans la politique de la peur. IL a été rempli par le nouveau réalisme qui balave le mouvement à l'heure actuelle.
Si le poison du nouveau réalisme et de la collaboration de classe se répand au sein de la bureaucratie, les socialistes peuvent s'appuyer sur la volonté continue de combattre exprimée dans les diverses luttes de cette année, et de celles qui éclateront indubitablement dans le proche avenir. Thatcher a peut-être réussi à dompter la bureaucratie, mais, en dépit de tout, son gouvernement est toujours loin d'avoir maté la classe ouvrière.
1) Les relations entre les syndicats et le Parti travailliste, social-démocrate, sont uniques en Europe occidentale, les syndicats affiliés possédant un vote bloqué (selon leur taille), qui détermine effectivement la politique du parti et les résultats des votes lors du Congrès du parti.