Inprecor 1974–2004

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GRANDE-BRETAGNE

La grève des postiers

· Inprecor n° 274, 17 octobre 1988 · p. 24-26 · 1 791 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne

UN ARRIERE d'entre 150 et 200 millions de lettres s'est entassé au cours de la grève de 12 jours menée par les travailleurs des postes de Grande-Bretagne. C'était leur première grève nationale en 17 ans.

du Syndicat des postiers (Syndicat des communications-UCW), avait refusé d'appeler à une action généralisée. Tout cela a commencé par

24 heures d'arrêt de travail de 140 000 travailleurs le 31 août, et a fait boule de neige devenant ainsi l'une des actions les plus importantes

La grève des postiers

Elle fut clairement menée par la base, tandis que la direction des dernières années. Steve BELL

'OBJECTIF des premières 24 heures de grève était de bloquer l'introduction de salaires différenciés selon les régions par la direcDivers taux de salaires pour le même travail selon les régions est une des idées favorites du gouvernement Thatcher.

Cette idée est basée sur l'avantage à tirer des différences qui existent sur le marché du travail. Les salaires sont bas dans le service postal, et dans des régions comme Londres ou le Sud-Est de l'Angleterre où il y a des emplois de rechange, le taux de départ des travailleurs qui quittent le service pour avoir une meilleure paye est élevé.

Par contre, dans des régions de fort chômage, comme l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Angleterre du Nord, les listes d'attente de chômeurs cherchant un emploi dans les postes sont bien longues. Dans cette situation, le gouvernement, qui soutient la direction des Postes, souhaite donner des salaires plus élevés à ceux qui travaillent à Londres et dans le Sud-Est qu'à ceux des autres régions.

Lors du Congrès annuel de l'UCW, ce plan a été rejeté, bien que le Conseil exécutif national ait été prêt à l'accepter. Un vote parmi les membres a montré que 2/3 d'entre eux étaient favorables à une action de grève. Forcé d'agir, le conseil exécutif a appelé à un jour de grève. Il espérait qu'une série d'actions sélectives serait suffisante pour forcer la Poste à reculer. Le 13 août fut pompeusement appelé "phase une" de la campagne de l'exécutif. La phase deux est arrivé sous une forme que n'attendait pas la direction.

Le succès de la journée de grève poussa

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avaient rejoint la grève,et tout le réseau née depuis lors Depuis 1987-8, il a eu l'administration des postes à agir contre le syndicat. Lors de la reprise du travail, l'encadrement local a reçu l'ordre de s'en prendre aux conditions de travail établies, mais les travailleurs n'étaient disposés à se laisser faire. Dès le retour des travailleurs à leur poste, l'action de grève recommença localement. Au soir du ler septembre, quelques-uns des plus gros centres de triage du pays étaient fermés, dont Liverpool, Manchester, Conventry, l'Ouest de Londres et Southend en Angleterre, Chester, Swansea et Cardiff au Pays de Galles.

Cent mille travailleurs en grève

En deux jours, pratiquement toute l'Ecosse et la plus grosse partie de l'Ouest de l'Angleterre, le Pays de Galles, les Midlands et Londres étaient en grève. Le 5 septembre, plus de 100 000 travailleurs était complètement paraly-

Bien que la direction nationale de l'UCW ait officialisé toutes les grèves locales, elles ont toutes été appelées et dirigées localement. En d'autres termes, une grève nationale a été appelée à la suite de l'action des branches locales.

Les raisons de fond de ce conflit sont les changements intervenus tant dans l'industrie que parmi la main-d'œuvre. Le service postal en Grande-Bretagne il a été institué pour la première fois il y plus de 350 ans, a intégré les télécommunications, et jusqu'en 1979, il est resté partie prenante du service public. En 1980, le gouvernement Thatcher a divisé le service en deux : un service postal public et une compagnie privée de télécommunications, la British 1986, le service postal a été encore divisé en quatre sections : lettres, paquets, services de comptoir et Giro Bank (service bancaire propre au service postal, dont les clients sont surtout des travailleurs).

Cette réorganisation avait pour but de privatiser au moins les trois dernières sections. L'industrie britannique des postes est le service postal le plus rentable du monde avec des bénéfices déclarés avant impôts de 212,2 millions de livres pour la dernière année fiscale (avril 1987 à mars 1988). Dans la communauté européenne, c'est le seul service postal ayant été bénéficiaire sans subventions pendant plus de 12 ans. Le volume de courrier traité par la poste s'est accru de 20% au cours des cinq dernières années ; la productivité du travail a augmenté de 25% en deux ans; les coûts de financement ont été réduits de

L'expansion du service a été de pair avec la croissance de la force de travail. En 1979, il y avait 178 000 travailleurs à temps complet et 11 000 travailleurs à temps partiel. Mais la composition de cette main-d'œuvre s'est modifiée. La proportion de femmes, de Noirs et de jeunes parmi les travailleurs a augmenté. La proportion des travailleurs ayant connu la défaite de la grève de 1971 décroît rapidement. De nombreux travailleurs des postes ont connu une expérience syndicale acquise dans les industries manufacturières en déclin, comme l'automobile et la mécanique. La proporqui ont rejoint la poste après avoir quitté les Forces armées décroît, alors que dans le passé, ce groupe était assez important. Ces changements, assortis d'horaires lourds, de bas salaires et du caractère fastidieux de beaucoup de

Sont alimenté la poussée de l'action de grève. En 1980, les jours de travail perdus pour fait de grève étaient de 2 044. En 1984-85 ce chifre était monté à 62 000 et reste à ce niveau chaque anprès de 200 grèves qui représentent un cinquième de toutes les journées de travail perdues en Grande-Bretagne l'an dernier.

La modification du caractère de cette industrie et de la main-d'œuvre qui la compose a poussé le gouvenement à opérer un changement au niveau de la Tout ce qui restait du paternalisme du service public a été suppimé, le Président des postes est un partisan de Thatcher et il est pour la privatisation. Des techniques de gestion comme les cercles de qualité, sont introduites pour intégrer directement les travailleurs et miner l'organisation syndicale. Les directeurs locaux sont jugés autant sur leur attitude envers le syndicat que pour leurs capacités administratives. La direction met l'accent sur le côté affaires plutôt que sur le service public.

Une fois durcie la grève, l'importance de cette industrie est devenue claire. Selon estimations officielles, cette grève coûtait 25 millions de livres par jour. Il fut rapidement noté par la presse financière, que la grève aurait un impact évident sur les statistiques monétaires d'octobre. Les plus importants utilisateurs du courrier ont fait pression sur la direction des postes pour résoudre le conflit. Le gouvernement Thatcher laissait comprendre qu'il envisageait de retirer le monopole des postes sur l'acheminement des lettres, une menace sans conséquences immédiates pour la grève. Les livreurs de paquets privés ont obtenu du travail supplémentaire, mais admettaient que la totalité de leurs moyens annuels ne leur permettait que de traiter deux journées du courrier qui passe régulièrement par les postes.

Toutes les conditions d'une victoire franche des travailleurs postiers étaient rassemblées. Toutes les conditions, sauf une : La direction de l'UCW n'était pas prête à assurer la victoire. Partisans de choc des dirigeants du Parti travailliste, Neil Kinnock et Roy Hatterskley, ils n'étaient pas prêts à utiliser le pouvoir que les travailleurs leur avaient donné. Entre 120 000 et 132 0000 postiers étaient en grève contre les atteintes aux conditions de travail locales. Au lieu de transformer cette grève en arrêt de travail total contre la mise en place du salaire différentiel et pour la défense des conditions acquises, ils signèrent un accord minimal avec la direction. La direction du syndicat n'a pas appelé à une grève nationale parce qu'elle espérait que la poste prendrait cette attitude comme une gracieuse invite à céder quelque chose. Au lieu de poser le problème noir sur blanc en se mettant à la tête de la mobilisation, elle a considéré comme nécessaire d'offrir à la direction des postes une issue de secours. Inévitablement, la poste a compris que la position du conseil exécutif leur offrait de meilleures conditions que celles des travailleurs sur les piquets de grève.

L'accord du 12 novembre L'accord établi le 12 novembre, intégrait des formules quant à des négociations ultérieures portant sur la question des salaires par régions et le cadre de règlements locaux de la grève, qui étaient loin de satisfaire totalement les travailleurs. L'accord ayant affaibli la grève, employés des bureaux commencèrent à retourner au travail vingt-quatre heures après sa signature. Mais cependant, il a fallu encore une semaine pour que la plupart des centres de tri retournent au travail. A la fin du week-end des 17/18 septembre, de nombreuses grèves locales solides se poursuivaient toujours. C'était en soi une claire indication que l'accord n'avait pas épuisé la combativité des travailleurs. De larges franges des travailleurs étaient furieux contre ce qu'ils considéraient comme une trahison. Dans les meetings de masse du Nord au Sud du pays, des motions de défiance furent vogénéral Alan Tuffin et la direction de l'UCW.

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TU C GENERAL COUNCIL

Peut-être est-il plus significatif encore pour l'avenir que les directions de branches et de districts ait dirigé des grèves très bien organisées sans aucune implication directe des dirigeants syndicaux. Ce n'est que durant le week-end des 17/18 septembre que les membres de l'exécutif syndical ont quitté Londres pour discuter avec les branches locales. Dans plusieurs des branches les plus importantes, les dirigeants syndicaux de gauche ont gagné une réelle autorité pendant la grève parmi la masse des travailleurs. Des milliers de travailleurs, surtout des jeunes, ont participé pour la première fois à un mouvement syndical majeur. De nombreuses branches ont été impliquées dans des actions de solidarité, y compris des piquets massifs, des meetings publics et des comités de grève de district ou de branche.

Un mouvement ouvrier convalescent

Depuis le krach boursier d'octobre 1987, le mouvement ouvrier de GrandeBretagne a commencé à se rassembler. Thatcher garde toujours l'initiative, et de rudes coups sont portés à la classe ouvrière, mais une guérison complète du mouvement ouvrier est en cours, dont la grève des postiers est un signe.

Trahis, mais non défaits, les travailleurs des postes ont commencé à forger une nouvelle solidarité. Au moment où cet article était écrit, les membres de l'UCW travaillant aux guichets et qui n'avaient pas participé au mouvement, ont voté pour une action de grève contre les pertes d'emplois. Des rapports faits deux semaines après la grève indiquent une agitation continuelle parmi les postiers. Inévitablement, le gouvernement et la poste préparent d'autres attaques contre les postiers. La prochaine fois, les travailleurs seront mieux préparés après être passés par cette importante expérience.

2 octobre 1988

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