ECONOMIE Manifestation contre le FMI
LA REUNION ANNUELLE du Fonds monétaire international/Banque mondiale (FMI/BM) qui s'est tenue à Berlin Ouest du 26 au 29 septembre 1988 a été la cible de manifestations de protestation de la part de groupes militants de l'opposition et de
Durant le week-end qui précédait cette rencontre au sommet des banquiers, les forces opposées à la politique du FMI et de la BM vis-à-vis du Tiers-monde ont attiré des milliers de personnes dans un contre-congrès et des manifestations de rues. Une session du Tribunal permanent des peuples pour la paix devait se tenir ensuite pour juger des crimes contre l'humanité des instances financières internationales et la présence de piquets d'opposition dans tous les endroits où logeaient et se réunissaient les banquiers devait être
Dans tout le pays l'atmosphère était tendue depuis le début de la rencontre. On attendait 10 000 banquiers, délégués et journalistes du monde entier. Plus de 8 000 policiers et 4 000 gardes du corps avaient été déployés pour leur protection et pour empêcher les manifestants de s'approcher de trop près de la réunion. La police avait reçu des ordres stricts pour éviter que les jeunes protestataires ne viennent défigurer l'image de Berlin-Ouest, place soumise aux lois et toujours sûre pour y faire des affaires. Depuis des mois, police de Berlin-Ouest faisait des enquêtes et des perquisitions, en vertu de la loi antiterroriste et la police des frontières avait reçu l'ordre de détecter tout manifestant en puissance et de le renvoyer dans son pays. Un prétendu commando de la Fraction armée rouge revendiqua cependant le coup de feu tiré sur le responsable ouest-allemand de l'organisation de la réunion, mais l'authenticité de la revendication est fortement mise en doute. La présence de la police était massive devant les supermarchés, les banques, les grands magasins et les hôtels de luxe. Cependant ce fut un succès pour l'ensemble des groupes opposés à la politique financière dans le Tiers-monde. Plus de 4 000 personnes assistèrent au "Contre-congrès du FMI/BM" les 23 et 24 septembre à l'université libre de Berlin. 150 organisations y ont participé, des Verts, des groupes anti-impérialistes et de solidarité, des syndicats, des organisations religieuses, le mouvement anti-nucléaire et pour la paix, etc.
L'objectif de "l'annulation immédiate et totale de la dette du Tiers-monde" a été discuté et élaboré dans plusieurs sessions plénières, des commissions et des forums. Des orateurs étaient venus de quatre continents. La plupart des participants et des organisateurs tombèrent d'accord sur la nécessité de l'abolition du néo-impérialisme et du capitalisme afin de créer un système de marché mondial équitable.
Le jour suivant ce contre-congrès, ce sont 80 000 personnes qui ont participé à une manifestation de masse. Aux cris de "FMI Fondation mondiale d'assassins" et "Ils ne passeront pas", la foule est pacifiquement passée près du Centre international des congrès où le comité provisoire tenait session.
Dans la nuit de dimanche, 4 000 personnes manifestèrent à nouveau pendant plusieurs heures marchant au son des tambours et bloquant la circulation. La police encercla le cortège, mais n'arrêta personne.
A Berlin-Est, où des invités du FMI avaient dû être logés, c'est aussi l'opposition, qui paradoxalement fit entendre une critique sévère du monde capitaliste et de l'ordre économique mondial. Alors que les autorités de Berlin-Est, contre de solides devises, se déclaraient toutes prêtes à travailler avec l'Occident capitaliste et mettaient les hôtels de la ville à la disposition des banquiers, des groupes d'opposition décidèrent d'organiser une semaine d'action contre le FMI.
Ces actions débutèrent le 23 septembre par un concert de solidarité. Pendant le week-end, un séminaire sur "un ordre économique mondial juste" se tint dans une église. Il se termina par un service religieux auquel participèrent 800 personnes. Une marche en forme de pélerinage entre plusieurs églises avait été interdite, de même qu'une veillée en face de l'ambassade des Etats-Unis.
Les 60 participants au séminaire, qui venaient de toute l'Allemagne de l'Est ont critiqué le rôle du FMI et de la Banque
mondiale, qui "organisent la pauvreté des peuples". Des représentants des mouvements indépendants et des experts des pays de l'Est avaient été invités. Ces derniers, dont beaucoup de professeurs d'université, ont exprimé une position proche de celle du gouvernement : le FMI et la BM sont "objectivement des renforcement technique" de l'ordre économique mondial qui "pour le moment ne peuvent être contournés". De plus, les pays en voie de développement n'ont aucune chance de pouvoir prendre la voie du socialisme. Une critique radicale du FMI était donc, selon eux, un retour au temps "des briseurs de machines" du début du ca-
Cela n'était pas une simple dispute idéologique. Ce débat a un potentiel explosif dans les pays de l'Est puisque les participants ont critiqué des pays comme la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Yougoslavie, la Chine (tous membres du FMI, et l'entrée de l'URSS dans cet organisme est également en discussion), qui essayent d'échapper au chaos économique en réintroduisant l'économie de marché. Au lieu de cela, les participants exigaient que "les pays du socialisme réllement existant" fassent des propositions pour un ordre économique mondial basé sur la solidarité.
De même, ils exprimèrent des critiques à l'endroit du cours réformiste de l'Union soviétique et demandèrent que le contrôle des moyens de production sociaux dans "le socialisme réellement existant" soit fondamentalement transformé sur la base d'une économie socialiste planifiée ("démocratie des conseils ouvriers et autoges-
Les organisateurs firent la déclaration
"Nous nous opposons au système social capitaliste, à ses lois et ses institutions, qui gouvernent aujourd'hui l'ordre économique mondial".
"Ce système est basé sur l'exploitation, et élargit le fossé entre les pauvres et les riches. Nous nous opposons également aux structures des pays du socialisme réellement existant, qui expose les peuples de cette partie du monde aux effets de l'économie capitaliste mondiale, et empêchent le développement de rapports économiques internationaux alternatifs.
"Nous avons des intérêts communs, mais nous sommes conscients que l'accomplissement de ces objectifs pose à l'Est et à l'Ouest des tâches bien diffé-
"Nous nous opposons fermement à toute tentative de présentation fallacieuse des critiques que nous faisons à notre propre système comme étant une défense
"Berlin 1988".
Cette déclaration était signée de plusieurs groupes d'Allemagne de l'Est : AG Weltwirtschaft ; Gegenstimmen ; Nicaragua AG 17 Juli ; Groupes socialisme démocratique ; l'Eglise d'en bas ; Friedenskreis, Friedrichsfeld ; des membres du Groupe d'initiative pour la paix et les droits de l'Homme ; Terre unie, Potsdam ; Le cercle Weissensee pour la paix."